
A partir de 1975, je remontais tous les matins la Canebière pour aller au lycée (le lycée commençait en 6ème à cette époque où l'on ne parlait pas encore de collège).
Sur le gauche, il y avait un cinéma, le Noailles (cinéma Les Variétés aujourd'hui je crois), qui installait cette année là sur sa façade un gigantesque X noir, car la loi sur les films X venait d'être promulguée. Et durant des années, une affiche d'Orange Mécanique trôna également en façade.
Cette image effrayante, ce fou furieux avec son couteau, cet oeil qui me regardait passer matin et soir avec mes affaires de classe sur le dos, le mystère de ce cinéma X, tout ça donnait le frisson à l'adolescent que j'étais et qui de toute façon n'était pas en âge de franchir le seuil du temple de la luxure, interdit aux moins de 18ans.
Bien des années plus tard j'ai enfin vu Orange mécanique (à la télé). Et je n'ai pas compris grand chose au chef d'oeuvre de Stanley Kubrick. Mais je me revois toujours passant devant le Noailles et ce film qui resta à l'affiche des années et des années. Sur l'autre trottoir, un autre cinéma de la Canebière et une autre affiche qui ne quitta pas le hall pendant au moins 5ans, qu'est-ce que je dis, dix ans peut-être : Emmanuelle.