Bof, ce soir.
Non, j'ai pas dépassé les doses allouées au vendredi soir mais...
Je...
Récit :
J'allais donc, tout guilleret, me payer deux bouquins de SF dans ma librairie dédiée favorite.
Tralali-lalaaaa ! (Illustration sonore de la gaieté, pour les cinéphiles.)
Mine de rien, je signale à Xavier (le tôlier) que j'ai collé une alerte sur
un introuvable presque aussi vieux que moi,
même si je sais avoir peu de chance de le trouver un jour.
« Oh, tu as peut-être une chance ! me fait-il en retour. Je vais avoir deux grosses entrées prochainement, la veuve XXX est venue poser un lot conséquent. »
À la vue de ma trogne béate, il insiste :
« Si, si ! Je t'assure, c'est énorme, on entre ça en deux fois. »
Enfin, je trouve le souffle et l'énergie pour réagir et répondre :
« T'es sérieux, là ? Jacques est... mort ? »
Oui, Jacques est bel et bien mort.
La première fois que j'ai croisé ce gus, c'était lors de ma première visite à Paris. J'avais 16 piges. Il y a 32 ans, donc.
Éberlué par les quantités de romans de SF alignés au rez-de-chaussée de la Fnac Montparnasse, j'étais.
Lorsque j'ai aperçu le vendeur, je me suis précipité vers lui pour lui demander comment je devais m'y prendre pour bosser dans un rayon comme le sien.
Réponse :
« Alors... Je vais être clair : je n'aime que la SF, je ne veux rien faire d'autre et personne ne me piquera ma place. La sortie est là-bas. »
C'était Jacques. On est devenu potes plus tard, alors qu'on était tous les deux libraires dans le même magasin.
On se faisait des courses dans les couloirs, lui devant, hurlant : « Éloignez-le de moi ! Éloignez-le de moi ! Il veut ma place ! »
Mon dernier souvenir de lui remonte à quelques mois, après un resto trop arrosé, un retour dans mes quartiers avec des bouteilles de vins dans les poches
et une tournée (sobre) des bars en quête d'un tire-bouchon puisque je n'en avais pas à la maison, puis d'une nuit à écouter de la zik digne de ce nom.
Donc, ce soir...
Bof.