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Robert Wyatt

MessagePosté: 28 Nov 2014, 10:46
par harvest
À l’occasion de la sortie d’un double CD, compilation de titres extraits de ses albums solos et de chansons extraites d’albums divers auxquels il a participé depuis le milieu des années 70, il est peut-être temps de revenir sur la carrière solo de ce musicien inclassable et toujours fertile en termes de création.
Si Robert Wyatt est bien connu comme étant membre fondateur de Soft Machine et plus tard de Matching Mole, il est depuis 4 décennies un chanteur, musicien, compositeur qui publie allègrement, plus ou moins régulièrement, des albums aux contenus toujours surprenants, audacieux et inouïs.
Sa carrière solo débute officiellement en décembre 1970 avec la sortie d’un album – The End of an Ear – qui fait montre d’une musique tout à fait originale, excentrique et qui ira même jusqu’à surprendre les admirateurs de Soft Machine dont le Third était sorti 6 mois plus tôt et qui avait connu un beau succès tout en redéfinissant ce qu’à l’époque on appelait d'un aimable vocable – Pop Music.

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La musique présentée sur ce premier album paru sous son nom est souvent classée dans le free jazz ou la rubrique expérimentale. Certes il a plus à voir avec le jazz anglais de l’époque qu’avec le rock progressif qui étend ses conquêtes ou le Canterbury, souvent plus mélodieux et avec moins d’aspérité. Il n’en reste pas moins que Wyatt, ici, poursuit la démarche du Soft entamée avec Third et qui se poursuivra avec Fourth qui sortira, lui, en février 1971.

Les musiciens qui « accompagnent » Wyatt sont :

Robert Wyatt - Batterie, Voix, Piano, Orgue

Neville Whitehead – Basse (qui joue aussi sur le premier LP de Elton Dean paru en 71)

Mark Charig – Cornet (plus tard dans Soft Machine et qui participe à nombre d’enregistrements pour divers groupes ou artistes)

Elton Dean - Alto Saxophone, Saxello (Soft Machine)

Mark Ellidge – Piano

Cyrille Ayers – Diverses Percussions

David Sinclair – Orgue (Caravan, futur Matching Mole)

On entend sur le disque la voix de Wyatt, ici utilisée comme pur instrument, qui se fond parfois avec les autres, piano, cuivres, orgue et autres sons électroniques. La part belle est accordée au Las Vegas Tango (en deux parties) de Gil Evans.
Les titres des autres « chansons » sont des hommages aux amis de Wyatt.

To Mark Everywhere – pour Mark Ellidge (demi-frère de Wyatt)
To Saintly Bridget – pour Bridget St – John
To Oz Alien Daevyd and Gilly – Daevid Allen et Gilly Smith
To Nick Everyone – Nick Evans (autre membre de Soft Machine)
To Caravan and Brother Jim – Caravan et Jimmy Hastings
To the Old World (Thank You For the Use of Your Body, Goodbye) – Kevin Ayers et son Whole World
To Carla, Marsha and Caroline (For Making Everything Beautifuller) – Carla Bley, Marsha Hunt et Caroline Coon.

Le disque n’aura pas de succès foudroyant, tout juste d’estime. Sur To Carla… on reconnaît un thème qui fera sa réapparition sur Rock Bottom, 3 ans plus tard.

Bonne écoute (à suivre)

Un extrait :
Vidéo cachée: Afficher
[video]https://www.youtube.com/watch?v=LBKj91zfJts[/video]

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 28 Nov 2014, 14:01
par greg
merci, donne envie de le ressortir :)
typiquement un auteur hivernal, je vais m'en faire une cure

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 28 Nov 2014, 15:00
par dada52
Ah Robert WYATT!!!! Tout un monde à part à lui tout seul.....
Merci Harvest de nous donner envie de réécouter ce disque qui n'est pas le plus abordable du bonhomme.
difficile d'accès pour les non initiés, mais une fois qu'on l'appréhende, une petite merveille comme quasiment tout ce qu'à fait Wyatt. Mais il faut vraiment se plonger et s'imprégner de son univers pour bien comprendre et apprécier...
Tu l'as acheté la dernière compil? Ca donne quoi pour quelqu'un qui a déjà quasiment tout?

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 28 Nov 2014, 17:06
par harvest
Oui, j'ai acheté la dernière compile en double CD ! Sur le CD1 c'est du connu avec Moon In June en tête - le CD2 comprend des titres d'autres artistes pour lesquels il a posé sa voix et même s'il y a des trucs connus - comme avec M-Mantler - j'ai pu découvrir des choses assez fabuleuses comme par exemple The River pour et avec Jeannette Lindstrom. D'ailleurs je me demande si je ne vais pas dans les semaines à venir faire une compile avec des titres qui ne sont pas sur ce double CD !

Tenez écoutez ça !

[video]https://www.youtube.com/watch?v=ddshz9kZw1E[/video]

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 29 Nov 2014, 12:03
par whereisbrian
Je suis un inconditionnel de Wyatt. Merci pour ce sujet.

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 29 Nov 2014, 12:05
par Algernon

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 29 Nov 2014, 13:15
par harvest
Merci pour le lien Algernon ! :chapeau:

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 29 Nov 2014, 13:22
par harvest
Rock Bottom (1974)

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Le 26 juillet 1974 on peut découvrir le nouveau disque de Robert Wyatt, enfin arrivé dans les bacs. Il me semble qu’en France il nous faudra attendre la rentrée pour pouvoir enfin l’acquérir – surtout dans la province perdue qui est la mienne. Les revues de pop music distillent quelques infos à propos de ce LP, les musiciens qui y ont participé, mais, évidemment, en ces temps de radios périphériques aussi peu audacieuses les unes que les autres rien n’a pu parvenir jusqu’à nos oreilles et pour se le procurer il faudra attendre l’arrivée de la commande du disquaire. Soft Machine n’est déjà plus qu’un souvenir – le groupe a viré jazz rock et ne procure plus beaucoup de frissons – et Matching Mole a sombré après deux disques recommandables.
On sait Robert Wyatt paraplégique après une chute de plusieurs étages et une retraite au cours de laquelle on sait qu’il a continué à composer et écrire – mais il ne peut plus jouer de batterie. Alors quelle musique va résulter de son travail tenu si discret ?
Quand pour la première fois on pose le vinyle sur la platine on sait tenir là un disque de l’année – la voix est là toujours aussi émouvante, fragile et en équilibre instable au-dessus de la mélodie. Et puis on consulte la liste des musiciens et on sort déjà convaincu que là on est face à des choix artistiques et esthétiques de la plus grande exigence même si aujourd’hui tout cela peut n’évoquer que peu de choses aux oreilles du néophyte.


Robert Wyatt –voix, claviers, percussions, slide guitare (2)
Mike Oldfield – guitare (6)
Gary Windo – basse clarinette, tenor sax (5)
Ivor Cutler – voix (3 and 6), baritone concertina, harmonium (6)
Alfreda Benge –voix (5)
Mongezi Feza – trompettes (3)
Fred Frith – viola (6)
Hugh Hopper – basse guitar (2, 4 et 5)
Richard Sinclair – basse guitar (1, 3 et6)
Laurie Allan –batterie (2 and 6)

Rien moins que des musiciens de Henry Cow, de Caravan, un ancien de Soft Machine, et deux cuivres bien connus dans le jazz anglais de ce début de décennie et que Wyatt a fréquenté quand il a participé au projet Centipede. Mike Oldfield, Wyatt l'avait connu dans le Whole World de Kevin Ayers et Laurie Allan a joué avec Daevid Allen, Gong et Chris McGregor - bref on retrouve la même famille.

1. "Sea Song" 6:31
2. "A Last Straw" 5:46
3. "Little Red Riding Hood Hit the Road" 7:40
4. "Alifib" 6:55
5. "Alifie" 6:31
6. "Little Red Robin Hood Hit the Road" 6 :08

Que dire de la musique ? Totalement inouïe, d’une créativité peu égalée à l’époque, où piano, voix, basse, cuivres, guitares, se conjuguent et se mêlent si étroitement que des sons semblant venus d’ailleurs envahissent l’espace et dissolvent le temps de l’écoute. Si esthétiquement quelques repères subsistent - Soft ou Matching Mole ont ouvert des voies - on pressent que là Robert Wyatt réalise enfin ce qu’il a toujours voulu faire entendre. Les textes des chansons sont souvent d’une assez grande tristesse ou mélancolie, d’autres se jouent des mots et on se croirait dans une sorte de poésie sonore comme la pratiquaient Isidore Isou et les Lettristes (Alifie). Il faut aussi se laisser emporter par l’intro d’A Last Straw, tout en apesanteur, et équilibre délicat, fragilité de la voix et claviers bien tempérés.
Tout dans ce disque doit être écouté avec patience et attention, chaque instrument requérant de l’auditeur tout ce qu’il pourra lui accorder d’extrême concentration. D’ailleurs ce disque ne se donnera à son auditeur que si ce dernier lâche prise et ne retient rien de lui qui pourrait empêcher une écoute profonde et exigeante. Cela dit même une écoute superficielle devrait laisser penser à l’auditeur distrait qu’il tient là un objet rare et une œuvre qui mérite qu’on lui donne un peu de soi et de son temps.

Un des grands moments du disque est le solo de sax ténor de Gary Windo (Alifie mais sur la pochette du disque pressage français il est écrit Alife) où là on tutoie les anges. Frissons garantis.

Vidéo cachée: Afficher
[video]https://www.youtube.com/watch?v=HBQvI0gYHaQ[/video]


Bonne écoute.

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 29 Nov 2014, 13:32
par greg
je l'ai passé hier soir
je le repasse
frisson garanti à chaque écoute :haan:

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 29 Nov 2014, 14:11
par harvest
Tu m'étonnes !! :coucouz:

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 29 Nov 2014, 16:52
par Algernon
J'ai découvert "Rock Bottom" grâce... au Service. Comme quoi, il y a eu un peu de bon dans la galère.

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 30 Nov 2014, 16:42
par dada52
Une pure merveille ce disque. J'ai écrit un jour ce que j'en pense dans Vapeur Mauve mais je ne sais plus où c'est.
Un des très grands disques de ma collection, ça c'est sur.....

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 05 Déc 2014, 11:40
par harvest
Ruth Is Stranger Than Richard (1975)

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Un peu moins d’une année après la publication de Rock Bottom, arrive dans les bacs des disquaires le second album de Robert Wyatt pour Virgin. Sorti en mai 1975, l’enregistrement s’est étalé sur six mois à partir d’Octobre 74. Depuis le succès de Tubullar Bells (Mike Oldfield) le label a signé quantité d’artistes et est devenu comme une marque réputée de qualité et d’exigences musicales. Tous les freaks de l’époque se tournent vers les productions Virgin où on retrouve beaucoup de groupes ou musiciens « canterbury » mais aussi des artistes d’origines diverses (Faust, Tangerine Dream, Gong etc.) Au début trouver les disques Virgin est plutôt une sinécure, tout du moins en province, et même à Paris il faudra explorer les lieux alternatifs pour vraiment dénicher certaines productions (je pense au mémorable Moulin de la Vierge par exemple…). Les disques de Wyatt, eux, sont assez facilement trouvables et le succès de Rock Bottom laisse augurer de ventes nouvelles appréciables. Pourtant Ruth Is Stranger Than Richard ne recevra pas tout à fait le même accueil que son prédécesseur, ni de la part du public ni de celle de la critique. Non pas que ce nouvel opus soit moins bon mais Wyatt ne se répète pas, les compositions étant plus disparates, le tout semblant moins homogène, il surprend et peut-être déçoit.

Side Ruth (Side One)

(Ru1) "Soup Song" (Brian Hopper, Robert Wyatt) – 4:03
(Ru2) "Sonia" (Mongezi Feza) – 4:18
(Ru3) "Team Spirit" (Bill MacCormick, Phil Manzanera, Robert Wyatt) – 8:33
(Ru4) "Song For Che" (Charlie Haden) – 3:42

Side Richard (Side Two)

(Ri1) "Muddy Mouse (a)" (Fred Frith, Robert Wyatt) – 0:49
(Ri2) "Solar Flares" (Robert Wyatt) – 5:36
(Ri3) "Muddy Mouse (b)" (Fred Frith, Robert Wyatt) – 0:50
(Ri4) "5 Black Notes And 1 White Note" (Jacques Offenbach arr. Robert Wyatt) – 5:00
(Ri5) "Muddy Mouse (c) Which in Turn Leads To Muddy Mouth" (Fred Frith, Robert
Wyatt – 6 :15

D’abord peu de compositions de l’artiste lui-même ; il a surtout arrangé et posé ses textes sur des musiques que d’autres lui ont apportées ou qu’il aura empruntées. Il y a d’indéniables réussites comme Team Spirit ou Solar Flares, le merveilleux 5 Black Notes & 1 White Note (adapté d’Offenbach). Il interprète aussi le Song For Che de Charlie Haden (la version originale se trouve sur le premier album du Liberation Music Orchestra).
Les trois petites pièces jouées en duo avec Fred Frith sont réjouissantes de simplicité apparente, où pourtant un travail sur les voix montre assez bien les exigences du chanteur vocaliste en matière de mélodie et d’harmonie.

Les musiciens accompagnateurs sont les suivants :

- Robert Wyatt – vocaux, piano, imitation electric piano (Ri4), orgue (Ri2), batterie (Ru2, Ri2)
- Brian Eno – guitare (Ri4), synthétiseur (Ri4), « direct inject anti-jazz ray gun » (Ru3)
- Gary Windo – clarinette basse (Ri2, Ru2), tenor saxophone (Ri4, Ru1, Ru3, Ru4), alto saxophone (Ri4, Ru2, Ru4)
- Nisar Ahmad "George" Khan – tenor saxophone (Ri4, Ru4), saxophone bariton (Ru1, Ru4)
- Mongezi Feza – trumpette (Ru2)
- Fred Frith – piano (Ri1, Ri3, Ri5)
- Bill MacCormick – basse (Ri2, Ri4, Ru1, Ru3, Ru4)
- John Greaves – basse (Ru2)
- Laurie Allan – drums (Ri4, Ru1, Ru3, Ru4)

Où on retrouve donc des musiciens de Henry Cow, le fidèle Laurie Allan déjà présent sur Rock Bottom, Bill MacCormick (ex Matching Mole et futur 801) et Brian Eno qui « injecte » quelques sons de sa création sur 3 titres.

Sur la pochette originale il n’était pas écrit face 1 et face 2 (sur le label c’était le cas) mais Side Ruth et Side Richard. La face 1 étant la face Ruth, la face 2, face Richard. Sur la réédition CD il semble qu’ils se soient plantés, le disque débutant par Muddy Mouse.

Le disque mérite évidemment une écoute (et même plusieurs !) attentive, bien des merveilles ne se dévoilant pas immédiatement. Il faudra attendre 1985 pour le prochain album de Wyatt, entre temps il sortira pas mal de singles ou de maxis et une compilation regroupant justement certains d’entre eux.

Un extrait :

Vidéo cachée: Afficher
[video]https://www.youtube.com/watch?v=lWVnX3mYgpw[/video]

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 05 Déc 2014, 11:53
par Manoueel
Merci pour ce topic ! J'ai jamais poussé la curiosité plus loin que Rock Bottom. Je vais suivre avec attention tes écrits. :chapeau:

Re: Robert Wyatt

MessagePosté: 05 Déc 2014, 12:35
par dada52
Merci Bruno de me donner envie de réécouter tous les albums de Robert WYATT en lisant tes textes.
Je suis depuis Soft Machine le parcours de ce grand musicien et chanteur et je ne m'en lasse pas malgré les années.