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 Sujet du message: MAGGIE BELL — “Queen Of The Night” & “Suicide Sal”
MessagePosté: Ven Mai 09, 2008 12:28 am 
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Pourquoi Maggie Bell n’est-elle pas devenue une sorte de Joe Cocker au féminin? C’est là un mystère que l’on aimerait élucider, comme l’on aimerait élucider le flou de l’après Stone The Crows: un flou récalcitrant que ne dissipe ni Internet ni les notes de livret de Chris Welch. Et qui, de plus, de grâce et précisément, nous instruira des faits qui conduisirent notre réginale goualeuse aux Etats-Unis, ainsi — car je ne peux là que procéder à des recoupements — que de tout ce qui concerne l’enregistrement de deux albums — deux «inédits»! pour Atlantic, à New York: l’un produit par Felix Pappalardi, l’autre par Felix Cavaliere?

Qu’en est-il vraiment!? Le catalogue Atlantic* fait état de quatre sessions, l’une le 23 juillet 1973, les trois autres en octobre, dont deux les 3 et 4 de ce mois. Voici les titres issus de la première: “Air mobile”, “Baby I'm down”, “Last of the sunshine eyes”, “I'd only have you for a little while”, “Easy rider”, “Wayfaring stranger”, “Other women”, “Pebroche lullaby”, “Traveling in the Dark”; soit neuf véritables inédits auxquels s’ajoutent “Queen of the Night” et “As the years go passing by” qui, eux, figureront sur l’album: le premier étant réenregistré le 3 octobre, le second le 4. L’une des sessions d’octobre (celle dont la date n’est pas précisée) apporte encore quatre inédits: “Spotlight”, “Don't Go To Strangers,” “Air Mobile” et “Bad water”, en plus de “Oh my my”, “The other side”, “Trade winds” et “After Midnight”, qui, eux aussi, figureront sur l’album et seront réenregistrés le 3 et le 4 octobre. «I believe it was a wonderful stuff. I think it was down to a load of politics.» (Je crois que c’était là du bon “matériel”. Je pense qu’on l’a seulement laissé de côté à cause d’un tas d’embrouilles).** Est-ce de ces titres dont parle Maggie — fâchée qu’ils aient été jugés médiocres!? Aucun producteur n’étant nommé, c’est difficile à déterminer, mais l’on peut penser que les deux putatifs L.Ps se “réduisent” en fait à un seul — le total des treize inédits — et que Pappalardi et Cavaliere se sont relayés à la production. Enfin, excepté la section des cuivres, l’on connaît les musiciens — ceux présents à la session du 3 octobre: Barry Goldberg, Arthur Jenkins, Leon Pendarvis, Richard Tee, Cornell Dupree, Reggie Young, Hugh McCracken, John Hughey, Chuck Rainey, Bill Salter, Steve Gadd, Ralph MacDonald; auxquels il faut ajouter le trio des Sweet Inspirations (Estellle Brown, Sylvia Shemwell, Myrna Smith), employé aux chœurs, et l’alors débutant Luther Vandross fournissant quelques backings.

Une chose est sûre: Jerry Wexler, intervient auprès de la direction en faveur de Maggie: «She can sing. I’d like to take over and see if I can make an album with her. And if you don’t like it you can burn the tapes.» (Elle est capable de chanter. J’aimerais prendre l’affaire en main et voir si je peux faire un album avec elle. Et si vous ne l’appréciez pas, vous pourrez brûler les bandes.)**

Les musiciens bûchent leur partition, Maggie répète deux mois durant — c’est donc bien les titres enregistrés le 23 juillet qui ont été abandonnés! —, et quand tous se réunissent, chacun connaît les morceaux par cœur: pour obtenir un rendu plus sincère, aucun papier n’est autorisé.

Onze chansons sont retenues —six purement soul —: onze reprises, essentiellement récentes, ayant soit un lien avec les “affinités” de Maggie, soit avec celles de l’écurie d’Atlantic.

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“Queen of the Night” — du titre écrit par Ronnie Leahy, second organiste de Stone The Crows — sort (pourquoi si tard !?) en juin 1974. Remarquons son recto — ce portrait qui donne à la “vedette” un mauvais genre très étudié, et que le titre rend plus ambigu —, et son verso qui l’allégorise, avec ses lèvres cobalt et son œil unique, en opposition avec l’autre côté de son visage, envahi de ténèbres. Jerry Wexler a réussi: c’est une œuvre, charnue et vigoureuse où se distinguent le piano, l’orgue, des chœurs (souvent), des cuivres (parfois) et de foisonnantes percussions; on ne peut lui reprocher que quelques sonorités un brin voyantes et une rythmique au fort embonpoint: tributs à l’air du temps. Evidemment, Maggie excelle, fulmine, ne cesse d’allumer les brandons de l’Emotion, de catapulter le Frisson. Allez! détails:

Caddo Queen: «A real Confederate rock flavour»! Un véritable népenthès musical, turbulent, funky, guipé de waw-wah, visité par un orgue fureteur et nacré, grenillé de percussions latines. L’histoire est celle d’un joueur et de sa petite amie, et Caddo Queen le nom du steamboat sur lequel ils sont embarqués. — «Ruby said to Billy: “I have known a lot of men, But you are my only lover, ‘cause when you touch me... Oh! You make me feel like I’ve never been touch before». Maggie chante ça avec une fougue incendiaire, rauquant le “oh” d’une voix aiguë et perçante, puis entonne avec les chœurs: «And we dance every night to the deck of the Caddo Queen» — floraison de bonheur, subite lévitation de l’esprit! Ecrite par un certain ou une certaine Troy (Doris Troy!?), Waylon Jennings et Hank Williams, Jr., cette chanson ne semble avoir été ni reprise ni jouée par ces musiciens.

A woman left lonely: «And when she gets lonely, She’s thinking about her man, He’s taking her for granted, And she doesn’t understand»... Ecrite par Dan Penn et Spooner Oldham, cette explicite chanson — favorite de Maggie —, plutôt country, dotée d’un orgue paroissial, de giclées de slide et d’une boulonneuse rythmique, figure sur “Pearl” (1971) de Janis Joplin; elle sera reprise par Charlie Rich (en 1971), Rita Coolidge (en 1972), ainsi que par Scott Walker (en 1973). Maggie la chante avec moins de flagrance et de déchirement que la regrettée Janis, mais avec une sorte de compassion — toute féminine, toute sororale — pour l’imaginaire esseulée.

Souvenirs: Une chanson de John Prine (elle figure sur son deuxième album, “Diamond In The Rough”, paru en 1972). C’est un blues lent, profond, poignant, sillonné de cuivres, dilaté par la voix de Maggie, violente, tendue, écorchée, où s’exprime un terrible sentiment d’abandon et d’oubli. — «I hate graveyards and old pawn shops, For they always bring me tears. I can't forgive the way they robbed me of my childhood souvenirs».

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Pressage hollandais

After midnight: «After midnight, were gonna let it all hang out, After midnight, were gonna chug-a-lug and shout»... Un surprenant boogaloo, tout grouillant de crécelles et de percussions, vergeté par une guitare incisive et dardillonnante. Un titre festif, rescaldatif écrit par J. J. Cale en 1966, rendu célèbre par Clapton en 1970, puis repris par son auteur, l’année suivante, pour son premier album; ainsi que, la même année, par Sérgio Mendes dans une version typée, idiosyncrasique, qui a sans doute inspiré Jerry et Maggie.

Queen of the night: Un parangon de deep soul, liturgique, berceur, puissant. L’intro est fulgurante: «Too-too-ooh-ooh» font les chœurs étançonnés par la basse et la batterie, liserés par l’orgue; puis le piano rapplique, les cuivres bondissent et Maggie proclame: «I am a woman, If I had my freedom, And I was the universe in your eyes, And I was the sunset and sunrise, Would you love me? Love me». On songe à la divine Aretha: «A natural woman»; plus qu’ailleurs s’y vivifie, s’y glorifie la féminité d’un personnage, sa passion, son tourment, sa sensualité, et le final, où s’exhaussent les répons, est une étreinte et une oraison: «Yes, I’m a sweet lovin’ woman (She’s the Queen of the Night), Oh, yeah, give me some lovin’ (She’s the queen of the night)». Ecrite par Ronnie Leahy, second organiste de Stone The Crows, cette chanson aurait pu (aurait dû?) être jouée par ce groupe.

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Pressage belge

Oh my my: Un rock “bon enfant” allègre et juteux écrit par Ringo Starr. — Icelui n’en n’aurait-il livré sa version avant celle de Maggie, c’est elle (Maggie) qui aurait eu les honneurs du top ten: cinquième position dans les charts US en mars 1974! Le début, avec son riff pompé sur “Shaft”, ses mornifles de congas super-réverbérées, ses scaferlati de guitare, est très argougneur, très acoquinant; la suite donne une satyriasique envie de guincher. — «Oh my my, oh my my, can you boogie, can you slide?».

As years go passing by: B side du précédent, inversement pathétique, bluesy, enveloppant, scarifié par une guitare élégante et plaintive, ensanglanté de cuivres. Maggie effile le tranchant du désespoir, l’irise de sa voix rêche et corrosive. — «There is nothing I can do, If you leave me here to cry, You know my love will follow you, As the years go passing by». Une chanson signée par Deadric Malone (alias Don Robey: le directeur des fameux Duke et Peacock), chantée par Albert King en 1967.

Yesterday’s music: Un opime mid tempo signé David Clayton Thomas (et William Smith) — objet par lui d’un single en 1972 —, et bien dans la manière vaillante et sensible de son auteur: souple et montueux, généreusement pourvu de chœurs. Les paroles révèlent un certain accablement: «Opened my eyes early this morning, I found myself all alone, Sweet tasting midnight, still on my tongue, And a touch of tomorrow in my bones».

We had it all: Une chanson de Donnie Fritts (co-signée par Troy Seals); elle figure sur son premier album (“Prone To Lean”, 1974), et sera reprise par Bob Neuwirth (la même année). Ah, ces élans dacryopés qui vous empoignent dès l’intro et vous remorquent le cœur! Le piano est romanesque, la guitare amiaulante et moirée; il y traîne un pollen cristallin qui ressemble à du clavecin, et Maggie entonne les paroles avec un naturel paisible et diffus: «I can hear the wind blowing in my mind, Just the way it use to sound to this heart of mine, You were there to answer when I called, You and me, Lord knows, we had it all». Le refrain, tonitruant, pigmenté de wah-wah ferrugineux, est moins éloquent.

The other side: «Hey mister, can you help me, I’m looking for a ride, Over to the other side»... Une chanson écrite par Carole Bayer Sager et Peter Allen, qui la chante sur son deuxième album, “Tenterfield Saddler”, paru en 1972. Pur entertainment, mi country-mi charleston, louchant du côté de Mae West. Maggie y est aussi à l’aise qu’un lion dans la savane, un isard sur les flancs des Pyrénées, une amibe au milieu des nénuphars.

Trade winds: Un mature cantabile enrobé d’une ambiance night club — piano limpide, coulé, précis, balai sur la caisse claire, stries chatoyantes de la guitare, basse rayonnante et vagabonde — : une lénitive merveille, composée par Ralph McDonald et William Salter, qui sera reprise par Rod Stewart en 1976, et par Lou Rawls l’année suivante. Maggie la chante avec une divellente émotion, des accents poignants et splendides; on l’imagine, vêtue d’une robe pailletée, cernée d’un halo de lumière, agrippée à son micro.... «Here I stand looking, looking around me, While all around me what do I see, Unhappy faces behind a painted smile, Heartache and loneliness dressed up in modern style, Unhappy people living in sin and shame, Reflections of myself, life is no easy game, We're caught in the trade winds, The trade winds of our time». Ce n’est là que le premier volet d’un affligeant triptyque, dur constat d’une réalité sociale.

L’accueil est enthousiaste, les bonnes revues abondent, et l’on note celle particulièrement gratifiante de Time Magazine, retraçant brièvement le parcours de Maggie, s’étendant sur sa voix exceptionnelle: son registre court mais «balèze», son chant «directement viscéral». Bette Midler, qui en est à ses débuts (du moins discographiques), clame que c’est là le meilleur album solo féminin qu’elle ait jamais entendu. On imagine la joie et la fierté de notre troubadour!

Elle part en tournée: quarante villes, quarante dates. Non pas en vedette, mais en première partie, en warm-up act de Dave Mason ou de groupes comme les Doobie Brothers, Poco et, pour finir, Who, au Madison Square Garden. Qui sont les musiciens qui l’accompagnent!?... Hormis le nom de Joe Jammer, guitariste, et celui de The Thunder Thights, choristes, c’est le brouillard. Joe Jammer (Joseph Edward William Wright) a fait partie — sur le tard de Paladin, groupe bien connu des amateurs de progressif anglais (mentionné dans ces colonnes***), puis — toujours tardivement — de Snafu; les Thunder Thights sont célèbres pour leur contribution au “Walk on the wild side” de Lou Reed: «And the colored girls say: “Doot do doot, doot do doot, doot do doot do”» — «They were a great bunch of girls and it was one of the best tours I’d done in my life.» (C’était une sacrée bande de filles, et c’était l’une des meilleures tournées que j’ai jamais faites.)** dira Maggie, qui se rappellera encore de quelques gigs avec Earth, Wind and Fire dans le Sud... Comme le public — noir — restait bouche bée et interdit en la voyant, elle eut l’idée de chanter la première chanson cachée par un écran de bois, et de ne se montrer qu’à la deuxième. Ce fut une bonne idée: «Well, the response was unbelievable! You see, at first they couldn't accept a white woman from Scotland singing the blues. “Scotland? Where's Scotland — is that near Alaska?” But we used the screen and then it was OK — Ha, ha!» (Et bien, la réaction fut incroyable! Vous voyez, d’emblée ils ne pouvaient accepter une femme blanche venue d’Ecosse chantant le blues. “L’Ecosse ? C’est où l’Ecosse — près de l’Alaska?” Mais nous utilisâmes cet écran et tout changea — Ah, ha!).**

Pourquoi ne poursuit-elle pas sa belle lancée sur le sol américain? Pourquoi Atlantic ne renouvelle-t-il pas son contrat?... opiniâtres et opilatifs mystères! Après une tournée en Allemagne, au début de l’année 1975, Maggie enregistre, dans le studio de Ringo Starr (les fameux Startling Studios de Tittenhurst Park), son deuxième album “Suicide Sal” entourée de musiciens qu’elle connaît bien: Hugh Burns, Ray Glynn, Mickey Keene, Jimmy Page, Clark Terry (guitare); DeLisle Harper et Billy Lawrie (basse); Roy Davies et Pete Wingfield (claviers); Jimmy Jewell (saxophone); Cuddley Judd (cornemuse); Brian Breeze (guitare et chant); Paul Francis (batterie); et aussi Mark London (chant): l’ex-producteur de Stone The Crow. Les sessions ont lieu en avril 1975; l’album paraît durant l’été de la même année, sur le label de Led Zeppelin: Swan Song.

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“Suicide Sal — she’s everybody’s pal” est le surnom de Doris Droy, la sœur du père de Maggie, reine du music-hall: un modèle pour Maggie, qui l’admirait et allait pâtir, à ses débuts, de la vilaine réputation qui, à travers les âges, poursuit copas et “Esmeraldas”. — «In a way she was an outclass because she came from a church-going family, and for a woman to be on the stage in those days was very risky.» (D’une certaine façon, c’était une déclassée, parce qu’elle venait d’une famille croyante, et parce que, pour une femme, être sur scène en ces temps était très risqué. ). Aussi, cet album se veut-il un hommage et une identification: hommage et identification pleinement révélées par le titre — “Maggie Bell as Suicide Sal” (Maggie “comme” ou “en tant que” Suicide Sal) —, ainsi que par les images: le personnage posant crânement dans sa robe rouge empruntant ses traits à ceux de Maggie, la vraie et “homologue” Maggie se montrant dans une tenue tout aussi voyante.

L’œuvre est, dans l’ensemble, plus rock que la précédente — par ces titres, par son jeu —, mais elle est tout aussi juteuse:

Whishing Well annonce la couleur. Une basse mastodonte, une batterie griffue, “lampassée” de charleston, s’unissent en un bon gros riff — “come on and dance!” —, ondulé, aguicheur, auquel se mêlent un orgue-compte-gouttes au son anodisé, une guitare homéopathe et picoreuse... «Take off your hat, take off your shoes, I know you ain’t goin’ anywhere»: Maggie entonne ça avec une nobiliaire rudesse et une intrépide volupté. Un titre de Free — de Paul Rodgers —, figurant en tête de leur dernier album, “Heartbreaker”, également sorti en single en décembre 1972. Maggie: «I’ve always loved Free and that song in particular, so I was keen to do my own version.» (J’ai toujours aimé Free et cette chanson en particulier, aussi étais-je ravie d’en donner ma version.)**. — Comme on la comprend!

Suicide Sal débute par deux guitares claironnantes, strictement stéréophoniques, rivetées par la frappe régulière d’une cymbale, poussant un riff martial avec une ardeur “progressive” qui fait songer à Gentle Giant. Elles sont bientôt rejointes par la basse et la grosse-caisse qui entament un poum poum vaniteux que vient estomper un piano gentiment guincheur. Et Maggie se met à chanter: «Suicide Sal was an uptown gal, She made them laugh and sing». C’est elle qui a dû écrire les paroles — la musique étant composée par Mark London, Mike Clifford et Chris Trengrove —; au su des révélations, on est frappé par leur grande véracité: «Sal was my friend, her spirit lives on in me, And when I sing my song, I hear her sing along, Because of leaves on the family tree» (Sal était mon amie, son esprit vit en moi, Et quand je chante ma chanson, je l’entends chanter avec moi, nous sommes de la même famille).

I was in chains, écrit par les frères Sutherland (“Sutherland Brothers Band”, 1er album en 1971), est une dilucide ballade écossaise. Du folk!?... Oui! du folk: du folk enchabraqué de rock, mais du folk tout de même avec une intro aérienne mêlant arpèges de guitare sèche, plainte d’une cornemuse et longs froissements de cymbales au chant de Maggie. L’ex-Stone The Crows, au temps d’icelui, avait déjà donné un aperçu de son intérêt pour le genre avec “Ailen Mochree” sur “Teenage Licks” — trop court aperçu!—, elle récidive ici, majestueusement, infusant toute son âme de fille des Lowlands dans cette émouvante complainte: «My love was in chains, Chained to his whisky, Lying sleeping, below the silver tree, Then up comes David, Said you must be running boy, And now I must fly, now I must fly». Notons que le titre sera repris par Paul Young.

If you don’t know est signé Pete Wingfield. Pete Wingfield, organiste, chanteur, mais aussi journaliste, spécialiste de soul, a fait ses débuts, à la charnière des sixties, avec un combo de blues nommé Jellybread. Il joue alors au sein des turbulents Olympic Runners, et vient de connaître un succès en solo avec “Eighteen with a bullet”. Il a tourné un moment avec Maggie, et c’est pour elle qu’il a écrit cette chanson. Un titre soul, évidemment: amer constat sur la précarité des sentiments où l’auteur essaime de petites notes affectueuses et aquatiques, puis des sons lisses et ligneux. Plutôt langoureux au début, il se corse, devient plus ardent sous les coups de boutoir de Maggie: «So if you don’t know, I can tell you, Waouh!We’ve been wasting our time, Ain’t no lie I’m trying to say you, Oooooh! it’s the truth this time» clame-t-elle au deuxième refrain, hurlant les interjections. S’en suit un break serein et cajoleur, modelé par Jimmy Page, qui y décoche un solo bluesy, escaladeur, pourvu de notes fines et floconneuses, et, quand Maggie reprend, accompagne ses cris de fauve de jaculations stridentes et fougueuses.

What you got conduit aux marches de la Félicité. D’où sort ce titre — signé Armstrong? —, le plus rock, le plus herculéen, le plus jouissif. Les bielles de la rythmique yoyotent voyoutement, la guitare vésuve avec concision, l’orgue est coopératif et phosphorescent, Maggie résolument hardie et chahuteuse: «I don’t know what you’ve done to me, But I’m happy as a woman can be, My heart is so feel with joy, Like a kid with a brand new toy». Ajoutez à cela la brigade de nos saltimbanques glapissant «What you got is so good» au refrain, et vous aurez une idée de l’ambiance!

In my life est une radieuse ballade qui débute paisiblement: la basse, flâneuse, l'orgue doux et léger, les accords tranquilles de la guitare sèche et la voix délicieusement rêche et voilée de Maggie évoquant une brise venant courber les épis d'un champ de blé. Signée Dave Courtney/Adam Faith, elle semblerait plutôt avoir été écrite par Courtney et Leo Sayer (qui jouait avec Dave Courtney, et que ce dernier présenta à Adam Faith, qui devint son manager). Quoi qu'il en soit, c'est Sayer qui la chanta; elle paru en single (fin 74), ainsi que sur son second album (janvier 75), “Just A Boy”. Les paroles exposent les hauts et bas inhérents à l’existence et la volonté de forger sa vie. — «You see I’m a lonely, lonely woman, And what I got, I got together with my own two hands, And I wonder what I’m gonna do to put things right, I’ve seen a lot of good times in my life».

Comin’ on strong, offert par Zoot Money et Colin Allen, irradie, bouillonne, exulte. Aussi calorifère, mais plus trépidant que “Wishing well”, il en prolonge l’irrécusable ardeur avec une rythmique boxeuse et glutinative — congas, batterie et giclées de cymbales —, une guitare “gymnaste” et cisailleuse, un orgue ingambe et globulaire. Quant à Maggie, femelle Ivanhoé, elle se montre plus galante et plus galvanisante que jamais — «Don't let them stop you, From holdin’ on, Don't let them stop you, From comin’ on strong»!

Hold on.... «And hold on tight to what you believe is right»... brise les enceintes du Doute et de la Détresse. C’est une hymne à l’Espoir, ample, munificente et passionnée: une œuvre de Simon Kirke et Paul Kossoff qui figure sur l’album “Kossoff, Kirke, Tetsu and Rabbit” paru en 1971. Le début est lent, dépouillé — un orgue aux notes perlées, fluides et minérales, nimbant la voix écorchée de Maggie —, puis la basse, la batterie insufflent panache et vigueur, la guitare, aux notes fuselées, presque hawaïennes, s’élance en un court et caressant solo.... «Just believe that’s gonna turn out alright, Good times gonna come soon I can see them inside»... «Hold on! Hold on!» n’a cesse ensuite de répéter Maggie, et la houle des mots se fond dans la houle de l’orgue, et la guitare revient, irrorant sa plainte, réverbérée par la basse, nonchalante, écumeuse.

I saw him standing there est, bien sûr, repris aux Beatles — premier morceau, premier album, millésimé 1963. Du rock stakhanoviste, allègre, joyeux, harpé par un piano obligeamment boogie-woogie, insculpé par une rythmique efficace, congrue, béate où Maggie se montre “cybèlement” prodigue et vertement hâbleuse. Un titre aussi épique que “I am the walrus” par Spooky Tooth, ou “With a little help from my friends” par Joe Cocker: même plafonnante transfiguration, même portentueuse ardeur! Le final, d’abord “gospel”, est des plus spectaculaires: le piano s’évanouit en délicieux arpèges que Maggie gratifie d’un impromptu «Beautiful!» que suit un éclat de rire tout aussi impromptu... et c’est reparti pour un petit trot boogie-woogie, jovial et synallagmatique.

It's been so long est une belle et ronde ballade au châssis magistralement gospel: un titre de Phil May, des Pretty Things, qui figure sur ce qui sera leur dernier album, “Savage Eye” (et non “Silk Torpedo” comme il est dit sur les notes de pochette). Simple et ténue au début, avec seulement le piano et la voix de Maggie, elle s'étoffe avec l'écot de la guitare — pépiante et laconique —, puis celui de la basse et de la batterie — vermeilles, toniques —, enfin celui de l'orgue — friselé, puis vélaminaire. Et Maggie se fait plus altière, plus vibrante pour éveiller de sombres images de noyade et de péché, de clair de lune et de départ... «Separated from our past, We sometimes die, Oh, we sometimes die» lâche-t-elle enfin, et un saxophone (Jimmy Jewell), chaud, mélodieux, superbe, hisse le pavois de l'Emphase, et elle reprend, soutenue par Phil May: «It's been so long, It's been so long» — amorce d’un final ignescent où la guitare projette de petits feux Saint-Elme, où l'orgue déploie d’almes et généreuses flammèches.

* Catalogue Atlantic:
http://www.jazzdisco.org/atlantic/7200-cat/a/

** Notes de Chris Welch

*** Discussion sur Paladin:
http://rock6070.com/phpBB2/viewtopic.ph ... sc&start=0

En complément, voir la revue des albums et l’histoire de Stone The Crows:

viewtopic.php?f=8&t=2430

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Dernière édition par carcamousse le Lun Fév 27, 2012 8:11 pm, édité 2 fois.

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MessagePosté: Ven Mai 09, 2008 12:30 am 
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Et en complément audio, écouter Suicide Sal sur le site :wink:

http://www.rock6070.com/Maggie.html


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MessagePosté: Ven Mai 23, 2008 2:47 pm 
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Trés bonne Chronique. On y apprends beaucoup de choses. Merci ...

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MessagePosté: Dim Mai 25, 2008 3:55 pm 
souvenir, souvenir oupez merci pour cette bio
Il y a une époque où Maggie Bell faisait la une de la presse.
En décembre 1972, "l'événement musical de l'année" se passait à Londres avec la représentation au Rainbow de l'opéra rock Tommy.
Maggie Bell y tenait le rôle de la mère. la revue Best a relaté l'événement dans son N°55 de février 1973. avec la divine chanteuse en couverture oupez


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MessagePosté: Dim Mai 25, 2008 4:15 pm 
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Merci de vos mercis, kids; et merci, James, de cette magnifique reproduction! Have a nice day, you all!

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Carcamousse
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MessagePosté: Dim Mai 25, 2008 6:46 pm 
un hommage qui fait chaud au coeur, merci Carcamousse


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