Je profite de mon grand âge

pour essayer d'éclairer ta lanterne à ce sujet, puisque j'ai pleinement vécu les années 60.
Si politiquement le Général De Gaulle éprouvait une méfiance vis à vis des américains et tenait avant tout à l'indépendance de la France vis à vis des States tentaculaires (les accords de Yalta qui lui sont restés en travers de la gorge, l'ONU "ce machin", l'OTAN, etc ...), ce n'était absolument pas le cas musicalement parlant.
Déjà, à la fin de la seconde guerre mondiale, les soldats américains avaient largement contribué à faire connaître leur musique, enclenchant par le fait la révolution que nous allions connaître quelques années plus tard dans ce domaine. D'ailleurs, Elvis Presley puis Chubby Checker et beaucoup d'autres n'étaient pas des inconnus, loin de là !
Le problème en France, c'est que la pompe rock and roll et musique des jeunes ne s'est véritablement amorcée qu'au début des années 60, via des chanteurs, chanteuses et groupes français qui adaptaient systématiquement les tubes ricains. Progressivement, le marketing de l'époque s'est aperçu que la jeunesse représentait un nouveau vivier commercial et c'est ainsi que naquirent les émissions et magazines qui leur étaient spécialement dédiés, comme Disco Revue, SLC, Mlle Age Tendre, etc ...
Entre temps, les phénomènes Shadows puis rapidement Beatles, Rolling Stones, Animals, etc ... sont apparus, draînant dans leur sillage pléthore d'autres artistes britanniques qui ont occupé un terrain que leurs homologues d'outre-atlantique n'avait pas encore eu le temps de conquérir pour cause d'évolution lente des mentalités.
En fait, cette prédominance britannique est le résultat d'une conjonction fort simple :
Ce n'est qu'en 1962/1963 que véritablement la jeunesse s'est affranchie des dogmes qui prévalaient jusqu'alors, grâce à la formidable explosion du pouvoir d'achat et aux perspectives radieuses de l'économie.
D'ailleurs, les Monkees et beaucoup d'autres avant eux ont été la réponse américaine aux Beatles, mais rien n'y a fait, il était trop tard chez nous.
C'est à partir de 1967 que la mentalité des jeunes a commencé à évoluer à travers un anti-américanisme alimenté à la fois par la guerre du Vietnam ("US go home" était peint sur tous les murs) et par un refus de la société de consommation que l'Amérique proposait.
Paradoxalement, les artistes américains ont repris du poil de la bête . Mais nous changions déjà d'époque ....
Pour conclure, je dirai que la France a toujours soigneusement cultivé un anti-américanisme.
Pour ma part j'aime les States et ai fait miennes ces paroles d'une chanson de la fin des sixties qui se voulait être une réponse à toutes les barbes fleuries qui rêvaient de Mao le grand démocrate :
"
Si les ricains n'étaient pas là, vous seriez tous en Germanie à parler je ne sais quoi, à saluer je ne sais qui etc .... est ce une raison pour oublier qu'un jour on en a eu besoin ?"