«Then through a glass darkly see
Then face to face you will be
Spirit of love move in thee
Spirit of love set you free»— “Spirit of love”

Regardez la pochette: Clive Palmer à gauche, John Bidwell au milieu, Mick Bennett à droite. Ne dirait-on pas une case de bande-dessinée? — extraite d’un vieux Pilote! Ne reflète-t-elle pas le “naturel” qui hante alors les esprits. Et ne ressemble-t-elle pas, aussi (les instruments bizarres), à celle de “Just For Love”*, de Quicksilver Messenger Service, qui paraît peu après, en août 1970?
* “Just For Love”:
http://i61.servimg.com/u/f61/11/01/35/51/quicks12.jpgLa musique répond à cette image. Elle offre ce naturel, et une grande douceur poétique que rehausse le caractère mystérieux — évidemment spirituel — des chansons. La plupart dégagent une ambiance féerique, charmeuse, et rappellent parfois les motets du Moyen Age. Les autres sont à la fois plus enjouées et plus populaires; la dernière, “When he came home”, en deux parties, témoigne de cette ambivalence, tout comme “Scranky black farmer”, un traditionnel écossais chanté par Clive, souligné tout du long par des chœurs répétitifs — de curieux «Ooda, ooda» —, des frottés de guitare sèche, des nappes d’harmonium et des couinements de dulcitar. Le travail de composition est dû en partie à Mick: il écrit les paroles et apporte des lignes mélodiques à John et à Clive qui les affinent et les embellissent.
En plus du dulcitar — déjà évoqué* pour son bourdonnement particulier, et dont joue John Bidwell —, on peut encore entendre de la basse, du violoncelle — dans les trois dernières chansons —, du pipeau — dans “Evening air” —, quelques percussions — des bongos notamment —, ainsi que du banjo — dans le seul instrumental, “Banjo land”. La basse — qui ne figure que dans quatre chansons — est celle de Steve Bonnett (un ami, sans doute**), le violoncelle est tenu par Ursula Smith (membre de Third Ear Band), le pipeau par Clive Palmer (à moins que ça ne soit par John Bidwell?), les percussions sont fournies par John Bidwell, à l’exception du martèlement régulier de la grosse-caisse dans “Wade in the water” qui est dû à Ralph McTell (qui joue également de la guitare dans le premier morceau, “Spirit of love”), le banjo, enfin, est tenu par Clive Palmer et — il y en a deux — par l’aptumiste John Bidwell. Pour être complet, citons les chœurs féminins qui ornent le premier titre: Christina Bonnett (épouse du bassiste), Chrissie Quayle (membre des Temple Creatures***), Gillian McPherson (artiste folk, récemment découverte par Jo Lustig) et Reina Sutcliff (l’une des “groupies” de la couverture du “Electric Ladyland ”de Jimi Hendrix****).
* VOIR L’HISTOIRE DE C.O.B:
viewtopic.php?f=7&t=8047** On le retrouve dans “Easy” (à la mandoline), un album de Ralph McTell paru en 1974.
*** VOIR L’HISTOIRE DE C.O.B:
viewtopic.php?f=7&t=8047**** Je ne sais où exactement! — Elle est aussi connue pour avoir — avec Mike, son mari? — écrit “Water, paper and clay”, chanson interprétée par Mary Hopkin, sur son deuxième album, “Earth Song/Ocean Song” (1971).
“Spirit of love”, la première chanson, est une ballade accorte et souriante délivrant de doux préceptes qui semblent se référer à l’ère du Verseau. Elle est chantée par Clive, qui s’accompagne à la guitare sèche. Une seconde guitare, décorative, est tenue par John — qui joue aussi du piano. Et puis, il y a ces chœurs, radieux, bénins, escortant les refrains, enluminant les couplets de «ah-ah-ah» paisibles.
Cette ambiance sereine perdure dans “Music of the ages” et “Soft touches of love”, les deux chansons suivantes (chantées par Clive, puis par Mick). Enchanteresses et mystérieuses, portées par l’aile du Rêve, elles évoquent une aube lumineuse et chatoyante: “Music of the ages” avec ses cristallins pickings de dulcitar, sa basse molletonneuse, ses échos moirés; “Soft touches of love” avec sa mélodie traînante et mélancolique, de doux arpèges de guitare, une flûte lointaine et brumeuse.
«Oh see the sun, the burning sun
Hung in the sky on a tree
Wade in the water, wade in the water, wade in the water with me»Viennent ensuite les titres «enjoués et populaires» que sont “Banjo land”, l’instrumental — badin, estival, adorné de sons de vagues et de joyeux cris d’enfants —, “Wade in the water” — débonnaire, champêtre, chanté à l’unisson par Clive, Mick et John, et rythmé par des
clap hands et les coups feutrés d’une grosse-caisse —, puis “Scranky black farmer”, le traditionnel, dont j’ai déjà parlé. Ils déroutent un peu, apparaissent bien simples, bien frustes à côté de l’émerveillement procuré par les autres, mais ils révèlent la face “nationale” des musiciens, leur attachement au passé, et sont autant de fenêtres ouvertes sur l’ambiance de leurs concerts, au Folk Cottage, où dans d’autres petits clubs de la côte; tout comme ils sont le reflet des moments où ils jouaient, tranquilles, pour eux et quelques amis. Et puis, à la réflexion, ils ne sont pas si dissemblables: les paroles de “Wade in the water” sont une ode à la vie, à la nature — au soleil, à la lune, à la nuit —, et “Banjo land” peut être considéré comme un prélude; quant à “Scranky black farmer” — comptant les mésaventures d’un homme engagé par ce maigre et “noir” fermier —, son entêtante orchestration — ces «Ooda, ooda» répétés comme des mantras, le ripement permanent de l’orgue, etc. — lui confèrent l’étrangeté et la couleur orientale qui tiennent à l’ensemble de l’album.
«Sitting here on a summer evening
Stars drawing patterns across the sky
And all the dreams that I had forgotten
They come again to fade as soon»La magie de “Music of the ages” et de “Soft touches of love” revient avec les trois titres suivants: “Evening air” (chanté par Clive), “Serpent’s kiss” et “Sweet slavery” (chantés par Mick).
Le premier possède le caractère matinal et mélancolique de “Soft touches of love”. La mélodie est limpide et dépouillée — une guitare, un pipeau —, les paroles évoquent l’amour, le regret, la fuite du temps.
Le deuxième, “Serpent’s kiss”, est plus garni et franchement oriental. Y apparaissent du violoncelle, du bongo, de la basse, de l’harmonium, du dulcitar. Les voix — celles de Clive, de Mick, de John, chantant parfois à l’unisson — sont réverbérées, étoffant une atmosphère qu’il faut bien qualifier de psychédélique. Le bongo souligne discrètement le rythme — fléchissant et capiteux —, le dulcitar s’enivre de ses piaulements sinueux, le violoncelle file ses notes graves et langoureuses, et les paroles sont délicieusement sibyllines.
Le troisième, “Sweet slavery”, est un mélange d’ardeur et de morbidesse, irrésistible, nocturne et caressant. Les hachures métronomiques de la guitare, les pulsations feutrées de la basse “mordancent” l’aigre plainte de l’harmonium, comme les tendres et miséricordieux élans des chœurs et du violoncelle qui surviennent aux refrains. Les paroles sont trois longs couplets, poétiques, évoquant une cavalière à la chevelure enflammée, et son amant, endormi dans une forteresse. Mick Bennett les chante avec ferveur; son timbre de voix, âpre, écorché, accentuant la tristesse de la mélodie.
«When he came home all the troubles
Of the world were at his feet
And his poor heart was aching
As he gazed along the street
And nothing was quite the same
As he dreamt that it would be»“When he came home”, le dernier titre, se compose de deux parties, et rejoint la simplicité de “Spirit of love” et de “Banjo land”. La première, chantée à l’unisson, est empreinte de tristesse — tristesse des paroles et de la mélodie, lente et solennelle, enténébrée par le jeu doux et similaire du violoncelle. La seconde, instrumentale, est un petit air de valse, rythmé par deux guitares, puis par un bongo, et embellie par les trilles de l’harmonium et les modestes variations du violoncelle. Le ton enfantin, le final qui va
smorzando rappellent les comptines d’autrefois et bouclent gentiment l’album, semblant dire: «Ainsi font, font, font, Les petites marionnettes, Ainsi font, font, font, Trois p’tits tours et puis s’en vont!»
AUTRE REVUE:
http://www.blastitude.com/2/pg4.htmVOIR LA REVUE DU SECOND ALBUM, “Moyshe McStiff and the Tartan Lancers of the Sacred Heart”:
viewtopic.php?f=7&t=8045VOIR L’HISTOIRE DE C.O.B:
viewtopic.php?f=7&t=8047