
De g. à dr.: Clive Palmer, John Bidwell, Mick Bennett
Clive Palmer quitte The Incredible String Band — qu’il a formé avec Robin Williamson — aussitôt après la parution du premier album, en juin 1966. Comme Robin — qui part au Maroc —, il préfère le voyage aux tournées, et “se taille” en Inde et en Afghanistan. Il ne rejoindra pas Incredible String Band lors de sa reformation, coupant ainsi court à une carrière prometteuse.

Il revient en octobre 1967 — la page folk du Melody Maker signale son apparition le vendredi 19 sur la scène du club de Soho, Les Cousins (“Very fine banjo player. Come early to obtain seats”). A Londres, il retrouve Wizz Jones, un vieil ami (tous deux, très jeunes, ont joué au coin des rues de Paris, en 1959 et 1960, durant l’été). Ils font à nouveau équipe et enregistrent “Banjo Land” — fameux album qui, malheureusement, ne sera réalisé qu’au siècle prochain: en 2005!
S’ensuit une rude période. Clive, vêtu d’un manteau fait de pièces découpées dans des couvertures du surplus de l’armée, débarque un matin à Mitchell — un patelin près de Newquay, sur la côte Atlantique, au sud-est de l’Angleterre. Il va fréquenter un club local, le Folk Cottage (une vraie chaumière avec un
snack et un
coffee-bar au sous-sol), et bientôt former avec, Henry Bartlett, Peter Berryman et Jill Johnson (une très jeune chanteuse), The Famous Jug Band.

Leur premier LP, “Sunshine Possibilities” (Liberty Records), paraît en juillet 1969 (précédé d’un single en mai) et connaît un certain succès. C’est un remarquable album où se côtoient de vieux
ragtimes et des traditionnels comme “Saro Jane” ou “He never came back”, et que distingue — interprétées par Jill Johnson — deux compositions de Clive, “Nickolson Square” et “Leaf Must Fall” (la plus exquise, le point fort de cet album). Mais Clive, déçu de ne pouvoir jouer les mélodies riches d’influences acquises durant son périple, quitte le groupe (où, selon un interview, est invité à le faire).

De g. à dr.: John Bidwell, Mick Bennett, Clive Palmer
(Photo extraite du livret de la réédition de “Moyshe McStiff” de Sunbeam Records)
De retour à Cornwall, il rencontre John Bidwell, multi-instrumentiste, et Mick Bennett, percussionniste et chanteur. — Ce dernier a joué avec deux des membres du Famous Jug Band (Henry Bartlett, Peter Berryman) au sein du combo précédent: The Mitchell Minstrels; combo dont faisait également partie Ralph McTell, guitariste et chanteur bien connu des amateurs de folk. Ce dernier, qui débute sa carrière (deux albums à son actif), va bientôt les patronner. Ils tournent alors sous deux noms: le Stockroom Five — usant d’un répertoire country — et Temple Creatures — jouant de la musique orientale. Mick est versé dans l’étude du bouddhisme, Clive dans celle de l’ancien Testament; Mick, lui, est féru de poésie. Une caravane abandonnée, découverte dans les bois de Mylor, près de Falmouth, leur sert de lieu de répétition. — Elle servira aussi de domicile à John et à Clive qui y passeront deux rudes hivers avec seulement des pommes de terre et de la farine pour subsister.

Par l’intermédiaire de Ralph McTell — à qui un jour, son manager, Jo Lustig, demande s’il connaît un groupe intéressant —, ils obtiennent un contrat avec CBS et enregistrent, à Londres, aux Marquee Studios, en compagnie de Steve Bonnett à la basse, et d’Ursula Smith (membre de Third Air Band,) au violoncelle, leur premier album: “Spirit of Love”. C’est Jo Lustig qui leur suggère (ou impose!?) le nom de C.O.B — pour Clive’s Original Band; ou encore Clive’s Own Band: pendant, un peu revanchard, de I.S.B — Incredible String Band!?
Ils jouent en studio — avec le même naturel — ce qu’ils ont l’habitude de jouer en public, et Ralph McTell — qui s'emploie à la production — se souviendra des sessions comme les plus difficiles auxquelles il prit part. «Ils étaitent indisciplinés», dira-t-il, «et peu soucieux des procédés d’enregistrement». Pour circonvenir cette “désinvolture”, il ajoute qu’il dut user, non seulement de patience, mais encore de subterfuges: «overdubs, double tracking, vari-speed tapes, you name it!».
Le résultat, intimiste et captivant, paraît en juin 1970. Il est très bien accueilli par la presse; notamment par le Melody Maker qui le déclare “Album folk du mois”. Il est aussi très cité pour le son de sitar du
dulcitar, l’instrument que l’on voit sur la pochette: un dulcimer — proche du modèle en vogue dans les Appalaches — qu’a modifié — et dont joue —, John Bidwell; il en a élargi le chevalet, augmentant ainsi la surface de résonance des cordes, produisant un bourdonnement semblable à celui du sitar. Malgré ces atouts, “Spirit of Love” ne se vend pas, et CBS ne poursuit pas l’aventure.
>>> VOIR LA REVUE DE CET ALBUM:
viewtopic.php?f=7&t=8046Cela n’affecte pas trop le moral des musiciens — du moins celui de Clive. De retour à Mitchell, ils reprennent le circuit des petits concerts, vendant quelques-uns des albums qu’ils charrient toujours avec eux.
Puis Jo Lustig devient leur manage. Et au printemps 1972, ils regagnent Londres, y décrochant —
intra muros ou dans la région —, suffisamment d’engagements pour subsister. Clive Palmer se souviendra de cette période comme de bons moments: «Nous allions partout avec ma vieille camionnette, nous y couchions aussi. C’était amusant la plupart du temps.»

Pressage allemand
(de g. à dr.: Clive Palmer, Genevieve Val Baker, Mick Bennett, John Bidwell)
Ils signent bientôt un contrat avec Polydor. Jo les convainc alors d’enregistrer un
single franchement commercial, et c’est accompagnés (à la batterie) par une amie de Clive, Genevieve Val Baker (Genny), qu’ils mettent en boîte le curieux et anecdotique “Blue morning/Bones”: reggae d’un côté, bluette de l’autre (les deux signés Clive). John Bidwell déclarera que si le premier reste, avec son contre-chant, une bonne composition, le second, lui, relève de la fumisterie. De leur côté, Clive et Mick regretteront ce travers qui finalement ne leur vaut que des échos peu flatteurs.

C’’est sur un label éphémère de Polydor, Folk Mill, qu’ils réalisent, en 1972, leur second album, le chef-d’œuvre qu’est “Moyshe McStiff and the Tartan Lancers of the Sacred Heart”.
>>> VOIR LA REVUE DE L’ALBUM:
viewtopic.php?f=7&t=8045Disons-le de suite, il ne remporte aucun succès — quelques centaines d’exemplaires vendus —, et c’est là le dernier opus de C.O.B. — Il faudra des années et le développement de l’intérêt porté aux productions de cette époque pour qu’il soit justement estimé et largement vanté. Sunbeam Records le réédite en 2006: une impeccable réédition, avec livret, photos du groupe et résumé de son parcours sous forme de témoignages croisés de chacun de ses membres, ainsi que celui de Ralph McTell. Il s’y trouve également des bonus: quatre chansons enregistrées dans la fameuse caravane, un
alternate take (“Solomon’s song”), et les deux titres de leur 45 tr. — Seules manquent les paroles, qui figuraient sur le
gatefold original.

L’histoire s’arrête ici, ou presque. Clive Palmer, dans l’entrevue accordée à Richard Morton Jack pour The Ptolemaic Terrascope (en 2003) n’évoque pour toute promotion qu’un concert au Royal Festival Hall — en compagnie de Pentangle: «J’avais amené un chanteur traditionnel de la région des Borders [le sud de l’Ecosse], un nommé Willie Scott. On lui paya ses dépenses, et on le plaça au milieu de la scène. C’était un vieux berger; il resta à cette même place, avec sa houlette, et chanta. Les gens furent un peu surpris, mais tout se passa au mieux.»
On ne retrouve Clive Palmer qu’en 1978, pour un album solo nommé “Just Me”. Il quitte ensuite, pour une dizaine d’années, la scène musicale. John Bidwell réapparaît en 1973 au côté de Wizz Jones sur son album “When I leave Berlin”, puis au sein de Lazy Farmer, en 1975, avec le même Wizz Jones, son épouse, Sandy, Jake Walton et Don Coging. Ils réaliseront, cette année-là, en Allemagne, un éponyme, excellent et purement acoustique album de folk. Je ne sais rien de Mick Bennett, mais si l’on en croit la photo ci-dessous, prise au Festival Folk de Norwich en 1973, il continue à s’épanouir comme chanteur.



Mick Bennett au Festival Folk de Norwich en 1973
(Photo extraite du livret de la réédition de “Spirit Of Love” de BGO Records)
VOIR l’INTERVIEW DE RICHARD MORTON JACK:
VOIR LA REVUE DU PREMIER ALBUM, “Spirit Of Love”:
viewtopic.php?f=7&t=8046VOIR LA REVUE DU SECOND ALBUM, “Moyshe McStiff and the Tartan Lancers of the Sacred Heart”:
viewtopic.php?f=7&t=8045