Malgré le lifting très prononcé de ses “vieilles” chansons — “Knockin’ on heaven door”, sapé reggae, par exemple ou “Blowin’ in the wind”, trop loukoum, trop mielleux — cet album, très vilipendé, passe finalement bien mieux que “Before The Flood”. J’entends une marée d’exclamations stupéfaites, indignés. Oui! je sais! Il est meilleur... dans l’absolu, il est meilleur: il vibre d’une énergie radieuse, superbement rock, le feeling, la cohésion sont parfaits, entre les musiciens, entre le public... alors!? Alors, il y a qu’il est saboté par un hirudineux et nauséabond synthé qui me file de l’urticaire! et je préfère cent fois la production claire et minutieuse de cet “At Budokan”, sa richesse instrumentale — pas moins de douze musiciens dont trois choristes! — et son alternance old tunes, new tunes, comme ce “Oh, sister”, figurant sur l’album “Desire”, d’une cambrure toute latine avec son orgue stertoreux, ses congas râblées, son sax envoûtant et ses répons félins. Très gouleyant aussi: la reprise exaspérée de “All along the watchtower”, avec ses colimaçons de violon; celle, ultra-dynamique, de “It’s alright, ma (I’m only bleeding)”, corseté d’un riff granitique; le moite et nostalgique “For ever young” — feulement de gisquettes et de saxophone, frottés langoureux de mandoline! —; “Shelter from the storm”, long, chaloupé, laid back, rôti par le saxophone, où Dylan nasille comme au bon vieux temps; “Love minus zero/no limits”, sautillant, frais, embelli d’harmonica, de pipeau et de violon; l’excellent “Ballad of the thin man”, dense, enveloppant, généreux, nappé d’orgue Hammond, passementé de saxophone; les tout aussi directs, pulpeux, rayonnants “One more cup of coffee (Valley below)”, “I shall be released” et “Like a rolling stone”, éminemment fervent et sympathique; enfin “Don’t think twice, it’s alright”, reggae à fond les manettes, plus crédible que “Knockin’ on heaven door”, urticariennement enthousiasmant!
