«In South Carolina, There’re many tall pines» (début de “Hickory wind”)... It is the Byrds!? — Not that’s not the Byrds! — O.K.! listen to this one... «I don’t care how many letters they sent, The morning came, morning went» (etc, début de “You ain’t going nowhere”)... That singing is the Byrds! They’re doing Dylan! — It can’t be the Byrds! play another tune!... «Well, gather round me children, A story I will tell, About Pretty Boy Floyd, the outlaw»... (rire) It’s the Byrds, alright! — No! ain’t it the Byrds.
— Extrait d’un spot publicitaire (ghost track de la réédition Columbia, 1997)
Et oui! à la fin du mois d’août 1968, en une période encore très psychédélique, les Byrds sortent ce manifeste “paille dans les sabots” qui semble douteux et “réactionnaire”, et la pochette (datant de 1933), avec sa bordure de vignettes cataloguant les différentes tenues de cow-boy à travers les âges et suivant les états, est la parfaite illustration de leur tribut à un patrimoine que l’on juge celui de l’Amérique “bien pensante”. En fait, c’est simplement un retour aux sources, la volonté de s’écarter d’un style que Roger McGuinn et Chris Hillman, alors seuls en lice, considèrent déjà comme passablement usagé. C’est aussi, et en grande partie, la conséquence de la venue de Gram Parsons. Natif de Floride, grand connaisseur de country et de rhythm ‘n’ blues, ce dernier a joué au sein de The International Submarine Band (groupe fondé avec John Nuese, alors qu’il fréquentait l’Université de Harvard). Le style de leur unique album, “Safe At Home” (enregistré en décembre 67, mais sorti en juillet 68) est connu pour devancer celui des Byrds, et Roger McGuinn, qui a alors le projet de réaliser un double L.P. reflétant l’évolution de la country depuis ses origines, fait la part belle à son auteur et à sa culture; «Gram’s bag is country and we’re going to let him do his thing», confie-t-il au magazine “Rolling Stone”. Autre participant: Kevin Kelley. Cousin de Chris Hillman, remplaçant de Michael Clarke, il a joué au sein des Rising Sons avec Taj Mahal et Ry Cooder. Gary Usher, qui s’est illustré avec “The Notorious Byrds Brothers”, assure derechef la production.
C’est donc de la country music, et il ne faut ni redouter le crin-crin du violon, ni le clang-clang du banjo, ni les ululements du pedal steel guitar si l’on désire ajouter ce Byrds à sa discothèque. Personnellement, j’adore ça — et plus c’est “roots” et minimal, et plus je suis aux anges! Ainsi me firmamenté-je avec “I’m a pilgrim”, traditionnel déjà inscrit au répertoire du Golden Gate Quartet à la fin des années 30, “The Christian life”, standard d’Ira et Charles Louvin, aux paroles évidement bigotes — «I won't lose a friend by heeding God's call, For what is a friend who'd want you to fall» —, et “Pretty Boy Floyd”, rengaine alerte de Woody Guthrie, seulement rythmée par la basse. J’adore aussi les deux chansons signées de Gram Parsons et chantées par lui*: “Hickory wind” et “One Hundred Years From Now”; la première pour sa mélancolie, son rythme indolent — typiquement sudiste — et ses chœurs légers et caressants; la seconde pour sa vitalité et sa brillance “pop“ (c’est la chanson plus “pop” de l’album). “You’re still on my mind” encore! — un titre de Luke McDaniel, également chanté par Parsons — ambiance bastringue on ne peut plus réussie avec piano caracolant et notes tremblées — «The jukebox is playing, A honky tonk song»!
«Nothing was delivered
And I tell this truth to you,
Not out of spite or anger
But simply because it's true»
— “Nothing was delivered” (Bob Dylan)
Dylan retrouve sa place d’honneur avec deux chansons extraites des fameux “basement tapes”: “You ain’t going nowhere” et “Nothing was delivered”, respectivement placés en ouverture et en fin — toutes deux chantés par Roger McGuinn —; nette préférence pour la première qui donne envie de tailler la route. Autre excellente reprise chantée par McGuinn — et j’arrêterai ici —, celle de “You don’t miss your water”, classique de la soul — William Bell (1961) — qui, malgré son trois temps flâneur et paresseux, conserve ses fervents accents de gospel.
* Une troisième, “Six days on the road” fut écartée pour des problèmes de droit. L’album de The International Submarine Band avait été édité sur LHI, label de Lee Hazelwwod. Celui-ci apprenant que Gram Parsons enregistrait avec les Byrds fit valoir un contrat d’exclusivité et s’opposa à sa participation. Résultat: l’absence de cette chanson et “You don’t miss your water” et “The Christian life” chantés par Roger McGuinn au lieu de Gram Parsons; la version originelle “The Christian life” figure, en bonus, sur la réédition Columbia.