Deprecated: preg_replace(): The /e modifier is deprecated, use preg_replace_callback instead in /home/clients/0f46b0890d927e19a33db8813d3b9891/web/forumarchives/includes/bbcode.php on line 112
Forum de rock6070 • Afficher le sujet - The Gentle Soul

Forum de rock6070

Nous sommes le Sam Juin 13, 2026 12:29 pm

Heures au format UTC + 6 heures




Forum verrouillé Ce sujet est verrouillé, vous ne pouvez pas éditer de messages ou poster d’autres réponses.  [ 2 messages ] 
Auteur Message
 Sujet du message: The Gentle Soul
MessagePosté: Ven Jan 18, 2008 4:18 pm 
Hors ligne

Inscription: Mer Juil 11, 2007 10:59 pm
Messages: 717
A Nain Dien, fan des Beach Boys,

Le temps est gris, le paysage immobile, aucune brise n’agite les branches ployantes du sapin presque bleu qui occupe le bout arrondi d’une parcelle de gazon, aucune pie ne vient atterrir sur le gravier qui recouvre la terrasse de l’immeuble voisin. Rien de spécial à faire, juste à songer au passé en parcourant mes rangées de CDs, fidèles témoins d’une quête obstinée... 1965: Les Byrds, Simon & Garfunkel, rayon américain... 1966: Tim Hardin, Laura Nyro... 1967: le Velvet Underground, les Doors... Brusquement l’envie me prend d’écouter quelque chose de cool, d’orchestré, de californien...1968!? Voyons, voyons... Moby Grape? “Wow”... Pas assez cool!... Joni Mitchell!? premier album... cool bien sûr, mais trop dépouillé... Les Beach Boys alors!? “Friends”, le trombone sur “Break the world”, les cloches sur “Be here in the morning”, le violoncelle sur “Little Bird”, hum, tentant!... Mais y aurait-il plus rare?... plus rare!?... Oui! The Gentle Soul.

Image

Réédité par Sundazed en 2003, l’album est sorti le 30 octobre 1968. Ah! cette image: ce halo floral, ce double portrait un peu rêveur, typique aux duos folk... folk! Est-ce du folk!?...

Fondamentalement, oui! Pamela Polland et Rick Stanley, nos deux protagonistes, ont porté leur guitare sur le dos et hanté les coffee-houses. Mais, tout d’abord, ils ne sont pas seuls, une foule de musiciens les accompagne, parmi lesquelles Paul Horn, flûtiste émérite, innovateur “new age”, et les cadors que deviendront Ry Cooder et Van Dyke Parks; l’un insinuant ses riffs vibrants et métalliques; l’autre s’illustrant au clavecin! Ensuite — on l’a deviné ! — ils sont influencés par le courant baroque, ce goût du faste et du raffinement qui est l’apanage de The Left Banke et qui marque un tournant pour les Beach Boys ou les Beau Brummels. Terry Melcher — alors producteur des Byrds et de Paul Revere and The Raiders — est l’instigateur et le génie de cette œuvre ; son apport est considérable, sans lui cet album n’aurait été qu’agréable et sympathique; «We would do the basic song, then Terry would just build around us», dira Rick («Nous jouions simplement nos chansons, Terry construisait tout autour»).

«We can show the world around us
The lovely living beauty they want to see»

Image

Pamela, élevée dans la vallée de San Fernando par des parents musiciens — un père spécialiste des bois dans la musique classique, une mère pianiste — apparaît dans le circuit musical en 1964; elle aurait alors 18 ou 19 ans. Le premier groupe dont elle fait partie est The All Time Good Time Every Time Singers, groupe d’étudiants à l’UCLA, qui doit-être le même que ce McCabe's All Time Good Time Jelly Roll Band dont vous voyez la photo. Pamela, qui a placé ce cliché sur Internet, y chantait et jouait de la cruche et des cuillères. Elle ne se souvient plus du nom des musiciens, seulement que la photo fût prise sur la scène du Ash Grove; l’un des premiers clubs folks de Los Angeles.

Les notes de pochette de la réédition Sundazed, signées par Jud Cost, étayées par les souvenirs de Pamela et de Rick, nous révèlent la suite; je m’emploie à les résumer ici.

Pamela a dix-sept ans lorsqu’elle rencontre Jackson — donc en 1962 ou 1963 —, lui en a quatorze; elle sert alors dans un snack pour se faire un peu d’argent, lui commande un hamburger. Il compose déjà; lorsqu’ils se revoient, il lui chante les trois chansons qu’il a écrites, elle lui chante les siennes.

Elle rencontre aussi, alors qu’elle joue au Ash Grove, le très jeune Ry Cooder (Ry allait faire partie des Rising Sons avec Taj Mahal en 1964). «Ry was my first singing teacher», dira-t-elle. «He taught me how to listen» («Ry fut mon premier prof. Il m’apprit à écouter»). Et, féru de blues, il lui fait écouter Blind Lemon Jefferson, Mississippi John Hurt, Bessie Smith, Ma Rainey... Trop timide pour chanter, il aimerait qu’elle tînt ce rôle.

L’histoire de The Gentle Soul, commence au début de l’année 1966 avec sa rencontre avec Billy James. Billy James, alors chercheur de talents et publiciste pour Columbia, entre par hasard dans la petite librairie où travaille Pamela. Il remarque sa guitare, posée dans un coin, et lui demande si elle en joue... «I sang for him right in the bookshop», se souviendra-t-elle. «It was like Lana Turner being discovered at the soda fountain» («Je chantais pour lui, là, dans la librairie. Et ce fût comme si l’on découvrait Lana Turner près du distributeur de boissons»). Billy James, épaté, propose de la chaperonner et la présente à Terry Melcher.

Image

Pochette de l’album éponyme réalisé en 1974

Terry Melcher, fils de Doris Day, joueur de trombone et membre du duo Bruce & Terry avec Bruce Johnston en 1960, est surtout connu comme producteur (“Midnight Ride” de Paul Revere and The Raiders vient de sortir), mais ses dispositions, ses connaissances et sa vitalité l’entraînent à de multiples activités; ainsi participe-t-il, en tant que choriste, au fabuleux “Pet Sounds” des Beach Boys. Influent, communicatif, il a permis aux Rising Sons de signer chez Columbia (qui alors l’emploie), et vient de présenter Van Dyke Parks à Brian Wilson — tous deux, chacun le sait, collaboreront à l’ambitieux et inabouti “Smile”. Comme Pamela en vient à lui parler de ses influences, notamment celle des Everly Brothers, il l’incite à chercher son pendant masculin pour un duo de ce genre. Après un essai infructueux avec un certain Jan, Pamela, lors d’une fête, rencontre Rick Stanley.

Pamela lui chante ses chansons. Rick chante les siennes. Ils chantent alors ensemble et... «It was on instant click, we recognized immediately that our voices blended really well together» («Ce fut instantané, nous sûmes immédiatement que nos voix s’accordaient parfaitement»), assurera Pamela. Et Rick, se souvenant de leur chant comme le jeu d’une navette glissant entre les fils de chaîne d’une tapisserie, dira à son tour: «It was weaving in and out harmony. I’d be high, then I’d be low. She’d be high, then she’d be under me» («Nous tissions l’harmonie. Je montais, elle descendait, puis montait à son tour»). Et pour parachever cette entente, Rick, comme elle, adore les mélodies de Don & Phil Everly; lui aussi s’est fait des créateurs de “Cathy’s clown” un modèle à égaler.

Rick Stanley, né en 1941 ou 1942, est élevé à Boston, mais termine ses études en Allemagne où son beau-père édite un journal de l’armée américaine, “The Stars and Stripes”. Il lui enseigne la guitare et l’ukulélé. A dix-sept, dix-huit ans, il est subjugué par “Songs Our Daddy Taught Us”, (paisible retour aux sources des Everly Brothers), puis découvre Pete Seeger, Jim Kweskin, Eric Von Schmidt et Bob Dylan. Engagé dans la marine en 1962, il est démobilisé en 1965. Il revient alors aux Etats-Unis, parcourt les routes en stop, joue dans les cafés et les hootenanies et se retrouve à Los Angeles.

Image

De g. à dr.: Bobby, Pamela Polland, Riley Wyldflower, Rick Stanley

Pamela et lui prolongent leur collaboration en compagnie d’un certain Bobby à la contrebasse, puis de Riley Wyldflower à la guitare rythmique. Aucun renseignement sur l’un, peu de détails sur l’autre, sinon qu’il a alors dix-neuf ou vingt ans, qu’il est né à Baton Rouge en Louisiane, qu’il a étudié au Collège de Santa Monica et qu’il était le leader d’un groupe avant que de rejoindre le duo. C’est lui aussi qui, fortuitement, suggère le nom du groupe. Rick racontera l’histoire: «Riley was lying on his bed, just smoking joint after joint [.] He was blowing the smoke in this cat’s face, and the poor kittty couldn’t even move. I said, “Oh, is this going to affect the cat in a bad way?”. And he said, “No-o-o, he just a gentle soul.” And I said, “Gentle Soul! That’s it! There you go, that’s the name.” I said, “Pamela, the Gentle Soul”, and she went, “Yep.” And the name wasn’t gentle soul, like soul music, it was THE Gentle Soul.» («Riley était étendu sur son lit, fumant joint après joint [.] Il soufflait la fumée sur la tête de ce chat, et cette pauvre bête ne pouvait même pas bouger. J’ai dit, “Oh, arrête, tu risques de traumatiser ce chat!”. Et il dit, «Non-on, c’est une âme gentille!”. Et j’ai dit, “Gentle Soul! C’est ça! Tu y es, c’est le nom!” J’ai dit, “Pamela, The Gentle Soul!?”, et elle s’est écriée, “Ouais!”. Et le nom n’était pas “gentle soul” comme s’il s’agissait de “soul music”, c’était THE Gentle Soul.»).

Melcher, secondé par Billy James, va les aider à obtenir un contrat avec Columbia et leur apporter tout son soutien, tant sur le plan humain qu’artistique et matériel, s’ingéniant à leur donner confiance et à s’améliorer; les logeant aussi dans une sorte d’énorme hacienda près du Sunset Strip, et, cerise sur le gâteau, leur ménageant un gig au Golden Bear, une boîte de Huntington Beach — la fameuse “Surf city” célébrée par les Beach Boys.* En 1967, après Bobby et Ryley, Sandy Konikoff, un batteur ayant tourné avec Bob Dylan, vient les rejoindre (c’est encore l’attentionné Melcher qui le dépêche vers eux!). Mais s’il participera aux séances de studio, jamais il ne les accompagnera sur scène. «I don’t think we ever played with live drums all the years he was with us», déclarera Rick, qui ajoutera: «He just kinda hung with us. But I was open to anything. I was so easygoing. After being in Vietnam this was absolute, glorious heaven» («Je ne pense pas que nous ayions jamais joué ensemble durant les années où il fut avec nous. Il était juste avec nous et je l’acceptais très bien. J’étais très décontracté. Après le Vietnam, tout semblait le paradis total, absolu.»).

* dans “Surfing Safari”: «Come on and safari with me,
At Huntington and Malibu they're shooting the pier»


Image

Ils enregistrent dès septembre 1966, ainsi que les mois suivants, et leur premier single, “Tell me love/You move me”, paraît au début de l’année 1967 (vraisemblablement en février ou en mars); le second, “Our national anthem/Song for three”, paraît, lui, au printemps ou à l’été 1967.

“Tell me love”, arrangé par Jack Nitzche, écrit et conduit par Rick est une merveille, un pur produit de studio, obligeamment psychédélique, obligeamment beatlesien, et muni, comme il se doit, d’une orchestration touffue et virevoltante. “You move me”, écrit par Pamela, mais toujours conduit par Rick, très sémillant, très dynamique, sonne beaucoup plus early 60’s, détonne, à vrai dire, avec ce qu’ils feront ensuite.

“Our national anthem” écrit par Pamela, conduit par Rick, éclate comme une supernova, claire, iridescente, exubérante. Ç’aurait dû être un hit, un hit inoubliable, imputrescible, avec ses pom pom de basse joyeux et résolus, son acoquinant tempo, ses guitares cabrioleuses, la fourrure de ses chœurs et la radieuse bénévolence de l’ensemble, si royalement vissé à l’air du temps, mais dame Fortune est parfois si distraite, et nul ne s’avisa de ce superlicoquentieux rondelet. Egalement conduit par Rick, mais composé par Pamela et son mari, Greg Copeland, “Song for three”, tout aussi pop, avec guitare sèche, écho, triangle et fines percussions — auxquelles s’ajoute un emploi sporadique de la batterie —, doit beaucoup, sinon trop, aux Everly Brothers. Malgré ce panache et cette précellence, ce single, comme le précédent, sombre dans le gouffre de l’indifférence.

The Gentle Soul commence à travailler à l’album en janvier 1968. Mais après avoir enregistré les deux tiers des morceaux, Rick, en proie à une crise mystique, laisse tout en plan et gagne les bois de Coast Ranges, près de Monterey, n’emportant qu’une tente, du riz et du thé au jasmin. Pendant un mois, il va vivre en ermite, passant ses journées à méditer et à communier avec la nature; pendant ce temps Jackson Browne assure l’intérim. Finalement, les feux de camp qu’allume Rick sont repérés et il se retrouve nez à nez avec une patrouille de rangers. «I got this feeling I’d better get back. I wasn’t getting anywhere», confiera-t-il. («J’eus le sentiment que je ferais mieux de revenir, que je n’aboutirais à rien»). Ce qu’il fait après un autre séjour méditatif, cette fois dans un ashram du Self-Realization Fellowship à L.A.. Enfin les séances reprennent, les derniers titres sont enregistrés les 6 et 7 avril 1968. Pamela et Rick, jusque-là assez portés sur les psychotropes, décident de se sevrer et de se concentrer sur leur travail. «We were just writing together real clear and working together great», assurera-t-il, ajoutant «Pamela was the one with the genius. She had the songwring gift and she taught me how to write». («Nous étions parfaitement clairs pour écrire et travaillions bien. Pamela avait du génie, le don de la composition, et elle m’apprit comment écrire.»).

Enfin, je l’ai dit, le 30 octobre 1968 — jour de sortie de “La bande à Bonnot” sur les écrans français — The Gentle Soul apparaît dans les bacs des disquaires. Il est édité par Epic, label siamois de Columbia.

«Life is only as real as you are,
Beauty is as beautiful as you can see,
Love is always real if you are».

Fraîcheur, candeur, eurythmie: les voix s’unissent comme des fumées d’encens; les mots brûlent comme des papiers d’Arménie, évoquant l’amour et les fées, l’océan et le rêve, la poésie et la musique; et les motifs baroques se mêlent aux glissandos du blues, et le clavecin, l’orgue, la flûte, la harpe, le violon et la mandoline s’épandent en écumes gracieuses, jaillissent en symphonie. La voix de baryton, paisible, légèrement tremblée, de Rick, celle de mezzo-soprano claire et agile de Pamela se nouent à la ronde des instruments, se catissent au camaïeu de leurs sonorités. Le clavecin, depuis l’ouverture (“Overture”), où il égrène ses notes effilées et piquantes, à “Through a dream”, où l’électricité lui donne une dureté de silex, prodigue à l’ensemble un charme élisabéthain, une fantaisie délicieuse, onciale et surannée. La guitare de Ry Cooder, elle, empreint de ses riffs flébiles et grinçants la calliépie des autres guitares, puis s’enchevêtre aux guipures du clavecin; elle se montre plus parcimonieuse ensuite, et plus orthodoxe, dominant les deux titres les plus blues: “Young man blues”, où lui répond une mandoline pareillement électrifiée, et “Reelin’”, qu’elle ravine de plaintes lancinantes.

Le thème de l’ouverture (“Overture”) est repris dans “Marcus”, qui suit, enchaîné. Les mauresques du clavecin, l’acanthe des guitares, les besants voluptueux de la contrebasse nimbent la mélodie d’une aura de tendresse et d’agrément; toute la douceur et la féerie de cet album se condensent dans cette chanson.

“Song for Eolia” offre les mêmes suavités baroques. Le clavecin est là , encore, sade et volubile; les guitares festonnent le tempo; les violons tabisent la mélodie; Pamela surfile de sinueuses vocalises, sa voix et celle de Rick commutent et se relaient en un parfait équilibre.

“Young man blues” débute par des arpèges de guitare crépusculaires et langoureux, puis le rythme se fait heurté, plaintif; la guitare de Ry Cooder râcle, gémit, et le son électrisé de la mandoline éclate telle une alcancie, délivre sa charge tintinnabulante et fruitée.

“Renaissance”, évoquant le style des Everly Brothers, diffuse une atmosphère de paix et de joie que reflètent les paroles et une flûte fort bucolique. «The fullness of your presence, Is the wing that waves me free, And everywhere I look, I see the golden touch of Love, Ah... Ananda my Ananda». Ananda, qui signifie “félicité” en sanscrit, est le nom du plus fidèle disciple du Bouddha.

“See my love (song for Greg)”, que chante seule Pamela, est dédié à son mari, Greg Copeland. Ruissellement de harpe, cascatelle de piano, friselis de caisse claire, pétillement de guitare... la mélodie entière évoque le flot gambadant d’un torrent, où le jet insouciant d’une fontaine: une grande fontaine à vasques, chargée de néréides et de tritons joufflus. La voix de Pamela a la douceur d’une pêche, de sa peau, de sa pulpe, et on ne peut que s’abandonner à ses modulations duveteuses, à ses dorlotements involvants, infiniment tendres, infiniment caressants. Curieusement, quelques notes d’orgue rappellent le salacieux “Je t’aime... moi non plus” de Birkin et Gainsbourg; ce fieffé provocateur aurait-il ouï cette chanson?

“Love is always real” est une ode à l’amour, une affirmation de foi. La mélodie est cajoleuse, chatoyante, grêlée de pizzicati, ourlée de clavecin, ouatée de violoncelle, nacrée de sémillants “la-la-la” qui rappellent ceux du très espiègle “She’s a rainbow” des Rolling Stones.

“Empty wine” a des finesses de musique de chambre, des papillonnements de grâce, une sveltesse poétique. La mélodie s’éploie comme la queue d’un paon dont les ocelles sont la flûte, le violon, la guitare; les paroles de longs cirrus qu’essaime la voix de Pamela. «Our love´s the words of a song, That song to sing,You can feel its silence swell, As everything».

“Through a dream”, comme “Young man blues”, se distingue par ses traits de blues, son tempo bossué, les paroles dolentes qu’égrènent les voix emmêlées de Rick et de Pamela. Il s’y entend seulement la basse, la guitare, le babil enjoué d’une flûte et, curieusement, à la fin, ces notes dures et étranges de clavecin électrique. On y remarque aussi l’influence des Everly Brothers.

“Reelin’” est un autre blues, un lamento à l’exorde scandé par deux guitares; l’une concise et maussade; l’autre — celle de Ry Cooder — vibrante et chromée. Pamela chuinte, ulule, étire sa voix, la bouchonne, la corroie, emmitouflant le lacis des guitares et le doux grisollement d’un orgue.

“Dance”, composé par Rick et Ned Wynn*, émerveille par sa clarté, sa douceur, son naturel et sa tranquillité. Il évoque des matins printaniers, des odeurs de pain et de confiture, des rideaux de mousseline qu’agite un coulis de vent, des prairies où volent des papillons et des libellules.

* Ned Wynn est le fils de Keenan Wynn — le colonel Bat Guano du “Docteur Folamour”—; lui-même est acteur et l’auteur d’une autobiographie, “We Will Always Live In Beverly Hills”.

L’album n’est pas encore sorti que le groupe est déjà dissous. Pamela, en compagnie de son mari, séjourne alors en Grèce; Rick Stanley, après avoir joué en avec Kenny Edwards (chanteur et guitariste des Stone Poneys — groupe des débuts de Linda Ronstadt), s’apprête à partir pour l’Inde. Terry Melcher lui téléphone alors qu’il boucle ses bagages: «Come and listen to it, it’s done» («Viens entendre l’album, il est fini»), dira-t-il, et Rick, se rappelant leur conversation, de déclarer: «He wanted us to like it. He was just that way. He almost did it for you, because he wanted you to appreciate what he does.» («Il voulait que nous aimions ce disque. Il était ainsi: il faisait presque les choses pour vous, parce qu’il désirait que vous appréciiez son travail.»).

Son apparition sur le marché ne procure aucun remous. Epic se contente de passer une annonce dans Billboard et nulle réception n’est organisée pour fêter l’événement. En fait, durant toute son histoire, The Gentle Soul n’aura bénéficié d’aucune tournée, et ses prestations se limiteront aux clubs de Los Angeles et des bourgades circonvoisines. «It was so heartbreaking» («C’était si navrant»), se désolera Pamela, se rappelant que le groupe n’eut jamais l’occasion de jouer à San Francisco, ni même au festival de Monterey où Terry Melcher, impliqué dans l’événement, les avait conduit.

EPILOGUE:

Image

Rick Stanley rencontre Maharishi Mahesh Yogi, père de la Méditation Transcendantale; celui-là même, très illustre, qu’ont déjà rencontré les Beatles et à qui s’est confié Donovan. L’homme va financer deux albums qui paraîtront sur Ganesh Productions: “Song of life” en 1970, et “Something Good Is Happening” en 1972. Sur le premier, il est accompagné par Emile Richards, aux percussions, et Paul Horn à la flûte — ce même Paul Horn qui jouait avec The Gentle Soul. Des titres comme “The whisper of Lord Krishna” ou “Truth of Life” laissent deviner ce que devait être le genre musical. Idem, et même “pire”, pour le second où les plages s’intitulent “Knowledge is Structured in Consciousness”, “The Science of Creative Intelligence” ou “Cosmic Consciousness”! La pochette, aussi, fait frémir. Parmi les musiciens, plus nombreux, se trouve de nouveau Emil Richards, mais aussi Paul Fauerso, l’organiste de The Loading Zone, groupe pionnier de la scène de San Francisco.

S’en suit un hiatus de huit années, puis émerge “In The Golden Dome”. Enregistré à Nashville avec une flopée de musiciens chevronnés, il est encore imbu de spiritualisme — du moins les paroles, en partie dues à Maharishi Mahesh Yogi —, mais aussi teinté d’influences celtiques, avec une cornemuse, des tambours écossais et le soutien d’une chanteuse irlandaise.

Cet engouement pour la musique irlandaise se poursuit en 1983 avec un album auto-produit nommé “On English Hills” — où figure de nouveau de la cornemuse, ainsi que du pipeau et du tympanon —, puis en 2001 avec “The Ballad of Bothwell & Marie, toujours auto-produit, rehaussé harpes, guitares et violoncelle. Là, il faut ajouter que les harpes employées sont fabriquées et jouées par Rick lui-même. Egalement doué pour la menuiserie et ayant appris à manier l’instrument auprès de maîtres tels que Máire Ní Chathasaigh et William Jackson, il dirige aujourd’hui une entreprise plutôt réputée.

http://www.celticharps.com/index.html

Image

Pamela Polland en plus de sa participation à The Gentle Soul est très tôt appréciée comme compositrice. Elle écrit notamment “I've Got to Know”, le B side de “Different drum”, des Stone Poneys, et le merveilleux “Tulsa county”, qu’enregistreront les Rising Sons, puis les Byrds, en 1969 (sur le L.P. “Ballad Of Easy Rider”), et qui sera également repris par Bobby Bare, Jesse Ed Davis et Anita Carter.

En 1970, elle participe en tant que choriste à “The Mad Dogs and Englishmen”, tournée ô combien héroïque de Joe Cocker. Puis sollicitée par Asylum et Columbia, elle choisit l’ancestrale compagnie et sort, en 1971, un album éponyme en compagnie des membres de Dr. Hook & The Medicine Show, de Taj Mahal et de Nicky Hopkins. Un second album, produit par Gus Dudgeon (partenaire attitré d’Elton John), devant paraître en 1973, reste à l’état de bande magnétique après le licenciement de Clive Davis, le directeur de Columbia.

Image

Alors qu’émerge le disco et les remixs, Pamela se rebaptise Melba Rounds et forme en compagnie de cinq autres femmes, une revue costumée qui puise dans le répertoire d’avant-guerre. Chantant, dansant et jouant des claquettes, elles obtiennent un succès notable et deviennent l’attraction du Palms, un club de San Francisco.

Quand sonne l’heure de la new wave et de l’electropop, Pamela, toujours plongée dans le passé, fraye avec des musiciens de jazz et en vient à faire partie de la troupe de Dick Oxtot, The Golden Age Jazz Band, interprétant toujours des standards, ceux de Billie Holliday, Sarah Vaughan ou Anita O’Day; une aventure qui dure huit ans.

Elle enseigne ensuite le chant, produit une video éducative nommée “Vocal Ease” et retrouve le chemin du studio en 1995 avec “Heart Of The Heart”, un album où sont invités Bonnie Raitt et Kenny Loggins. Cette même année, elle va s’installer sur l’île de Maui, en plein Pacifique.

Elle s’imprègne de la culture hawaïenne et rejoint une école où sont enseignés les danses traditionnelles comme le hula, le chant et la musique. Elle forme aussi un duo, du nom de Makamaka, avec un ami de longue date, Bobby Parrs. Tous deux réalisent et produisent également des films pour la télévision et le cinéma.

http://www.pamelapolland.com/index.html

..........................

Paroles:
http://dieczerwinskis.de/Gentle%20Soul.htm#6

Revues:
http://www.gullbuy.com/buy%5C2003%5C6_3/gentlesoul.cfm
http://www.progarchives.com/Review.asp?id=139220

_________________
Carcamousse
Laudator temporis acti


Dernière édition par carcamousse le Lun Mai 05, 2008 3:52 am, édité 1 fois.

Haut
 Profil Envoyer un message privé  
 
 Sujet du message:
MessagePosté: Sam Jan 19, 2008 3:33 am 
Que dire... Si ce n'est que ca donne envie de trouver cette galette....

SOMPTUEUX papier la mon ami, écrit avec passion... Je m'écoute le titre mis sur NainDien.com, climat supra agréable oupez


Haut
  
 
Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Forum verrouillé Ce sujet est verrouillé, vous ne pouvez pas éditer de messages ou poster d’autres réponses.  [ 2 messages ] 

Heures au format UTC + 6 heures


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages
Vous ne pouvez pas joindre des fichiers

Rechercher:
Aller à:  
Powered by phpBB © 2000, 2002, 2005, 2007 phpBB Group. Color scheme by ColorizeIt!
Traduction par: phpBB-fr.com