DATE DE BOOT : 12 avril 1963
LIEU : TOWN HALL (New york)Pour ce nouveau chapitre nous allons faire un grand bond en arrière. Nous sommes le 12 avril 1963 quelques jours avant la sortie de l ‘album Freewheeling. Dylan n’est alors qu’un petit chanteur folk dont le premier album, sorti un an auparavant, a fait un flop prévisible. Il s’est vendu à environ 2500 exemplaires et dans les locaux de la maison de disque on doute d’ailleurs que ce chanteur au timbre de voix nasillard est un grand avenir dans le show bizness. Dylan est surnommé la « folie de Hamond » (John Hamond étant le premier producteur du Zim et celui qui lui a permis d’enregistrer son premier disque).
Ce dernier tenant à sa réputation refuse de baisser les bras et décide de programmer une nouvelle séance d’enregistrement le 24 avril 1962. Mais cette fois ci on décide d’étaler les séances sur une année entière, histoire de laisser un peu mûrir l’auteur compositeur qui commence à naître.
Ravi Dylan se met à écrire jour et nuit, et les idées ne manquent pas. Il y a quelques jours il a d’ailleurs trouvé une mélodie plutôt sympa sur laquelle il a posé quelques strophes. Dylan se rend alors au Gerde's café où se produisent notamment Gil Turner et les New World Singer. À l'entracte, Turner rejoint le coin des artistes, où Dylan joue sa chanson. Turner, enthousiaste, lui demande de la lui enseigner puis rejoint la scène où il annonce: « Mesdames et Messieurs, j'aimerais vous chanter maintenant une chanson de l'un de nos meilleurs auteurs-compositeurs. L'encre n'est même pas sèche et voilà à quoi ça ressemble. » Après que Turner l'a interprétée, le public est debout et l'ovationne; la chanson est un succès. Sentant le bon coup un duo se faisant appeler les New world singers demandent à Dylan si ils peuvent enregistrer le titre. Le Zim accepte (ils sont copains) et c’est ainsi qu’une première version de Blowing in the wind sera publié sur un disque baptisé Broadside Ballads, Vol. 1. Le succès n’est pas vraiment au rendez vous ce qui n’empêchera pas le duo d’enregistrer d’autres morceaux de Dylan en avant première comme Bob Dylan's Dream ou Don't Think Twice It's All Right.. Qu’importe Dylan décide de garder le titre et l’enregistre en juillet 1962 lors d’une séance pour son prochain disque qui est prévue pour le printemps 1963.
L’année 1962 se termine sur les chapeaux de roues pour le jeune chanteur qui trouve un nouveau manager en la personne de Albert Grossman (qui proposera, avec le succès que l’on sait, la chanson Blowing in the wind à un autre groupe qu’il manage : Peter Paul and Mary) .
Les concerts dans les bars folks se succèdent et la notoriété du Zim devient de plus en plus importante. Dylan a tellement de matériel qu’il publiera, sous couvert d’un pseudo, certaines chansons originales sur des compiles folk. The Death of Hemmet Till par exemple est un morceau inédit que Dylan a publié sous le pseudo de Blind Boy Grunt en 1962 sur une compile du nom de Broadside Ballads ..Un nouveau jeu de piste pour les fans du Zim commence. Pour la petite histoire lorsque une petite station de radio de Chicago diffusa pour la première fois le titre The Death of Hemmet Till, la compagnie de télécommunication de la ville enregistra pas moins de 8394 appels de personnes qui essayaient de joindre la radio pour savoir qui avait composé cette chanson.
En avril 1963, soit un an après la première session, la touche finale est apporté au deuxième opus Dylanien. Quelques semaines avant son lancement son manager décide d’organiser un grand concert au fameux TOWNHALL de New york.
C’est la première incursion de Bob dans une grande salle. Avant ce fameux jour du 12 avril 1963 le Zim n’avait fait qu’une timide prestation dans l’antichambre du Carnegie Hall. Mais cette fois ci c’est vraiment Dylan que le public vient voir. 600 personnes se sont déplacés pour entendre chanter celui qu’on présente dans les milieux autorisés comme le renouveau du Folk.. C’est pour le Zim l’occasion de présenter, à un large public, ses nouvelles chansons qui dorment depuis presque un an dans les studios de Columbia. La pression pour Grossman est immense car il sait que le futur succès de l’album freewheeling, dépendra en grande partie de la prestation de Dylan et de l’accueil que le public va réserver à ses nouvelles chansons.
Lorsque le Zim rentre seul sur scène, la pression est palpable..Il s’approche du micro, ajuste son porte harmonica et après quelques applaudissements polis se lance dans une version approximative d’un tube de Woody Guthrie, Ramblin' Down Through the World. Il jette au public quelques phrases de la chanson puis se lance dans un long solo d’harmonica..Ca couine, ça dérape, s’est bourré de fausses notes, bref ça fait mal aux oreilles ..Grossman pali dans les coulisses, quand au public, il applaudit poliment. Il n’y a que Dylan qui semble garder confiance en son répertoire. La suite de l histoire lui donnera raison puisque ce concert sera une démonstration merveilleuse des talents d'auteur qu'il s'était forgé depuis son arrivée à New York deux ans auparavant. Ce boot ne contient que des pépites dont beaucoup sont très rares. Ce qui est incroyable c’est la complicité qui unit très vite le Zim et son public. On a parfois l’impression d’assister à un véritable Stand up, et il n’est pas rare d’entendre le public rire à gorge déployé..On est loin des concerts du NET où Dylan ne parle presque plus à son public. A la fin du concert, sans doute au rappel, Dylan sort une liasse de feuilles de la poche de sa veste en daim élimée et commence la récitation d'un long poème en prose. (J'avais ça à tout hasard, fit-il, hypocrite), soit quelques 194 vers lancés à vive allure dans une diction claire avec guère plus de pause que ses respirations. Avait-il fait ça auparavant, le ferait-il ensuite pendant les quarante années à venir ? Je ne crois pas. Par chance, le concert était ce soir-là enregistré par la Columbia Records et c'est certainement à ce hasard qu'on doit la publication de ce poème pour la première fois dans " Ecrits et dessins " en 1973. Il reçut le titre de " Dernières pensées sur Woody Guthrie ".
Tout l'impact de ce poème réside dans sa construction. Dylan ne fait qu'une seule référence à Woody. Avant cela, il n'est fait qu'une seule fois mention de sa découverte d'un Dieu. Les vers restants évoquent des moments de la vie du jeune Dylan (ou de tout autre jeune dans cette Amérique des années 60) tandis qu'il vagabonde, s'émerveille, espère, redoute et déteste ce qu'il voit de ces terres arides que sont pour lui devenus les Etats-Unis d'après guerre. " Hé Dieu tout-puissant, ça ne peut pas être la réalité ", dit-il en guise de conclusion. Mais alors où trouver un antidote moral à tout cela ? En 1963, vous avez le choix entre aller à l'église pour y trouver Dieu ou aller à l'hôpital de Brooklyn pour y trouver Woody Guthrie. C'est tout dire de l'importance de Guthrie pour Dylan à cette époque …
......Et pendant que Dylan rend hommage à son maître sur scène l’imprimerie tire les premiers exemplaires de l’album Freeweelin ..Dans quelques heures le destin de Dylan va définitivement basculer et du statut d’élève il va passer à celui de prophète de toute une génération….
Qualité du son : 10
Qualité de la prestation :10
Je précise que ce concert mythique s’adresse aussi bien aux fans du Zim qu’à ceux qui veulent le découvrir.
Playlist
Ramblin' Down Thru The World (1)
Bob Dylan's Dream (2)
Talkin' New York (3)
Ballad Of Hollis Brown (4)
Walls Of Red Wing (5)
All Over You (6)
Talking John Birch Paranoid Blues (7)
Boots Of Spanish Leather (8)
Hero Blues (9)
Blowin' In The Wind (10)
John Brown (11)
Tomorrow Is A Long Time (12)
Hard Rain (13)
Dusty Old Fairgrounds (14)
Who Killed Davey Moore?(15)
Seven Curses (16)
Highway 51 (Curtis Jones) (17)
Pretty Peggy-O (arr. by Bob Dylan) (18)
Bob Dylan's New Orleans Rag (19)
Don't Think Twice, It's All Right (20)
Hiding Too Long (21)
With God On Our Side (22)
Masters Of War (23)
Last Thoughts On Woody Guthrie
Moment fort du concert : Tomorrow is a long time : indispensable
Info Boot
http://www.bobsboots.com/CDs/cd-n44.htmlLien :
http://www.mediafire.com/?rcix3ihkh3j7yxihttp://www.mediafire.com/?ijld9xcllyp1dv2Source : une bonne partie du texte provient du portrait qu’à réaliser le site Inside rock sur le troubadour Folk
http://www.inside-rock.fr/Bob-Dylan-Bus ... n#get_born