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MessagePosté: Mar Sep 11, 2007 9:46 pm 
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oui mais as-tu vu la version par Roger McGuinn, Tom Petty, Neil Young, Clapton, Dylan et Harrison ?(30ème anniversaire de carrière du Zim) Cette version là surpasse tout

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MessagePosté: Mer Sep 12, 2007 6:36 pm 
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Celle là ? :lol: :lol: :lol: :lol: :lol: oupez oupez oupez oupez WAOUH c'est MEGA INTERGALACTIQUE !!!!



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MessagePosté: Mer Sep 12, 2007 10:45 pm 
J'adore ! Ils sont mille sur scène (hyperbole !). L'ingénieur son a dû être comme fou.


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MessagePosté: Ven Sep 14, 2007 3:05 pm 
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le seul qui assure pas vraiment c'est le pricinpal interessé :D

McGuinn en ouverture est très bon!

Mention spécial à georgie pour...la couleur de la veste :lol:

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 Sujet du message: The Byrds — “Dr. Byrds & Mr. Hyde” (février 1969)
MessagePosté: Mer Sep 19, 2007 6:44 pm 
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“Dr. Byrds & Mr. Hyde”! Le titre, comme le relève David Fricke, l’auteur des notes de pochette accompagnant la ré-issue Columbia, est symptomatique de l’irrésolution d’un Roger McGuinn qui, avec avec “Sweetheart Of The Rodeo”, n’a pas su convaincre les aficionados folk-rock-pop de ses premiers albums, ni séduire le clan des amateurs de country; un McGuinn partagé, indécis, qui aurait pu fusionner le hard rock et le folk, comme il le fait dans “Bad night at the Whiskey” (paru en single en janvier 1969), mais qui n’ose explorer cette voie et se cantonne dans les genres folk et country déjà abordés. Les accents lourds et fulminants du hard rock émaillent encore “King apathy III” — si bien, d’ailleurs, qu’on a l’impression d’entendre un titre de Cream — et “This wheel’s on fire”, péan de Bob Dylan et de Rick Danko, placé en ouverture, qui, avec sa fuzz incendiaire et son moulinet psyché, surpasse haut la main la version bariolée du tandem Driscoll/Auger.

L’équipe à, bien sûr, changée: Clarence White, le guitariste, est encore là, mais Gram Parsons, Chris Hillman et Kevin Kelley sont partis; Gram Parsons pour former, avec Hillman, The Flying Burrito Brothers; Kevin Kelley pour rejoindre Fever Tree. John York tient la basse, Gene Parsons les baguettes, Roger McGuinn chante toutes les chansons et Bob Johnston est le producteur. John York, venu s’installer à Los Angeles en 1965, a joué avec The Bees, The Sir Douglas Quintet; il a ensuite formé The Tender Trap avec Terry Hand et David Marks; en 1967, il a rejoint The Mamas And The Papas; puis il a fait partie d’autres groupes moins connus: The Lamp Of Childhood, le duo Farina Omaline et The Sounds Of Piccardy. Gene Parsons, né à Los Angeles, vient du country; il a formé The Castaways en 1963 avec Gib Guilbeau, puis a joué avec les Gosdin Brothers, Gary Paxton, Kenny Vernon, et, en 1968, au sein de Nashville West avec son ami Clarence White qui le présentera aux Byrds.

Après le gigantesque “This wheel’s on fire”, sa guitare déchirante, ses chœurs flaccides et nébuleux, sa batterie subéreuse, bizarrement étouffée —une particularité due à une idée de Bob Jonhston de détendre au maximum la corde de timbre de la caisse claire —, vient “Old Blue”, une comptine guillerette, qui surprend agréablement avec ses clap hands et annonce l’ambivalence de l’album. “Blue” est un chien; le titre, un traditionnel qu’interprétait (sous le nom de “Dog Blue”) Mimi & Richard Fariña sur leur premier album — «Well, I had an old dog and his name was Blue, I bet you five dollars he's a good dog too».

La suite est constituée de chansons écrites — ou co-écrites — par McGuinn et de quelques reprises, dont le “Baby, what you want me to do” de Jimmy Reed inséré dans le curieux medley qui marque la fin; toutes sont excellentes.

“You’re gentle way of loving me”, signé Gary Paxton et Gib Guilbeau, déborde de ce wanderlust infectieux propre au country avec son rythme trottinant, ses macramés de guitares, ses évohés d’harmonica et ses paroles évoquant les trajets en Greyhound et le bonheur enfui. Gene Parsons devait chanter cette ballade, mais finalement, part souci d’égalisation, ce fut McGuinn qui la chanta.

“Child of universe” entortille l’esprit dans son trois temps vagabond et chamailleur, la moleskine de ses guitares, les tapons moutonneux de sa batterie, le tulle dionysien de ses paroles. Une chanson écrite par McGuinn et Dave Grusin pour un film nommé “Candy”, une comédie érotico-excentrique signée Christian Marquand où figuraient alors la blonde et jeunette Ewa Aulin (Candy) et une hallucinante brochette d’acteurs: Ringo Starr, Charles Aznavour, Marlon Brando, Richard Burton, James Coburn, John Huston, Walter Matthau et même Anita Pallenberg! — «Child of the universe giving freely of herself, Purity of truth rehearse leaving men her cosmic well».

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“Nashville West”, un instrumental signé Gene Parsons et Clarence White, brosse une ambiance joviale. Cadence marquée par une cloche ou un wood-block, poums poums de basse pantouflards et flegmatiques, déferlement de pickings: on imagine la salle oblongue d’un saloon, le bar, immense, souligné par une longue barre de cuivre, les tables rondes et massives, les lourdes chaises à barreaux, la peinture licencieuse suspendue au-dessus des rangées de bouteilles et l’effervescence d’un samedi soir: les vaqueros en rang contre le comptoir, descendant leurs godets, la chanteuse dans sa robe à falbalas, accoudée au piano s’époumonant dans un nuage de tabac, des cercles de joueurs immobiles, le colt à la ceinture, abattant leurs cartes avec des gestes lents.

“Drug store truck drivin’ man”, écrit par Roger McGuinn et Gram Parsons — juste avant qu’il ne quitte les Byrds —, est un ciel indolent où glisse l’alizé de la Valse, où courent les cirrus des guitares. C’est aussi une épigramme pleine de verve et d’ironie dont les paroles s’adressent à Ralph Emery, l’un des D.Js les plus connus de Nashville. Lors d’une de ses émissions, à l’occasion d’un passage des Byrds, Emery, dans un premier temps, refusa de passer “You ain’t going nowhere” — le titre de Dylan ouvrant “Sweetheart Of The Rodeo” —, puis il y consentit, mais le commenta de façon réellement désobligeante... «He's a drug store truck drivin' man, He's the head of the Ku Klux Klan». Même si le refrain est une caricature, McGuinn, d’autre part, ne mâche pas ses mots et enfonce le clou en stipulant: «This one is for you, Ralph». Jeffrey Shurtleff, en compagnie de Joan Baez, reprendra cette chanson à l’occasion du festival de Woodstock, la dédicaçant «au gouverneur de Californie: Ronald Reagan».

“King apathy III” surprend par son appareil de gros riffs et l’extravagance de ses guitares affluant en fines gerbes bluesy, toutes scintillantes d’écho, ou s'agitant en pointes écumeuses, pétrissant l’argile du country. Entièrement écrit par McGuinn, c’est un manifeste plutôt ironique contre l’apathie des consciences; il y souligne aussi le désir très en vogue de fuir la ville pour la campagne — «So I'm leavin' for the country to try and rest my head, Cause if I hang around this scene too long, you know, babe, I'll be dead».

“Candy” poupeline joliment avec son rythme clopin-clopant, sa basse compacte et mafflue, ses pansélènes de guitare, palpitantes et magiques. Ecrite par McGuinn et John York pour être la chanson-thème du film — “Candy” —, elle fut refusée en faveur de “Child of the universe” parce que John York n’était pas assez connu. Pourtant, les paroles — «Meet the man who needs you now, Can you give your love away like Candy?» — étaient plus adaptées à cette quête de la sensualité qui est l’apanage du film.

“Bad night at the Whiskey”, dense, ondulant, pulpeux, encroué dans les rets mattoïdes du psychédélisme, madré de spasmes nitescents et de «aaaaah» hypnagogiques, ionise superbement l’azote consentant niché au creux de nos encéphales. Inspiré par une prestation désastreuse au Whisky A Go Go, composé moitié par McGuinn (musique), moitié par Joey Richards (paroles), c’est une virulente attaque contre les sceptiques et les imbéciles – «You told me not to sing today, You say my music gets in the way, Cause he walks on in just as you begin, Bringin' my soul brothers down».

Pour conclure, le “Medley” enrobant les reprises de “My back pages” et de “Baby, what you want me to do” nous sert un hachis de riffs de guitare, coupantes et bourdonnantes, de jérémiades d’harmonica et de stances rubicondes des plus ravigorants. Cette incursion dans le blues, relax et inattendue, est semblable au break que les musiciens pourraient donner sur scène; c’est aussi une manière de dire comme l’explique John York: «The Byrds are still here and are coming back stronger than ever».

That’s old folks!

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 Sujet du message: Re: The Byrds — “Dr. Byrds & Mr. Hyde” (février 1969)
MessagePosté: Mer Sep 19, 2007 6:51 pm 
“Child of universe” entortille l’esprit dans son trois temps vagabond et chamailleur, la moleskine de ses guitares, les tapons moutonneux de sa batterie, le tulle dionysien de ses paroles. Une chanson écrite par McGuinn et Dave Grusin pour un film nommé “Candy”, une comédie érotico-excentrique signée Christian Marquand où figuraient alors la blonde et jeunette Ewa Aulin (Candy) et une hallucinante brochette d’acteurs: Ringo Starr, Charles Aznavour, Marlon Brando, Richard Burton, James Coburn, John Huston, Walter Matthau et même Anita Pallenberg! — «Child of the universe giving freely of herself, Purity of truth rehearse leaving men her cosmic well».

Candy ? Un sacré navet que mon collègue le Nanaconda, mon bonnet rouge et moi-même avons chroniqué .


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MessagePosté: Mer Sep 19, 2007 7:05 pm 
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Merci Carcamousse, "Dr Byrds" est un album que j'aime beaucoup, même s'il n'est pas du niveau des précédents.

Les photos du dos de la pochette illustrent aussi la dualité du titre de l'album, les Byrds, habillés en astronautes, venant de l'espace ou de la 5ème dimension, se transforment en cow-boys.

Après, il y aura encore (Untitled), que je trouve assez moyen, dont nous attendons ta revue et que tu nous feras peut-être (re)découvrir


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MessagePosté: Mer Sep 19, 2007 7:25 pm 
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Merci à toi, Bernard B. Après il y a d'abord “Ballad of Easy Rider”, album très attachant: revue prévue pour après-demain. So long!

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 Sujet du message: Ballad Of Easy Rider (octobre 1969)
MessagePosté: Ven Sep 21, 2007 7:48 pm 
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«It’s not a raucous egotripping, I’m-hipper-than-you-are album, but more like an album that says “I’m lonely”. Maybe it has something to do to the mood of the nation». — David Fricke

Je redécouvre cet album et me repais de ses commentaires éclairés et instructifs: ceux concernant son caractère, très bien défini; ceux concernant l’histoire de ses chansons, apportant des connaissances nouvelles, plus qu’attrayantes!

C’est effectivement un album sur la solitude, sur l’espérance et la désolation; chaque chanson, ou presque, évoque le déracinement, une nouvelle route à prendre, un chemin qu’il faut suivre.

Roger McGuinn continue de bénéficier du support de John York, Gene Parsons et Clarence White, qui signent d’excellentes chansons et puisent avec bonheur dans le vivier de leurs passés. Sa contribution, à vrai dire, est mince: il ne compose que le titre-phare, “Ballad of easy rider”, et, derechef, se contente de grappiller le répertoire de Dylan, de Woody Guthrie et du folk anglais. En fait, il est plus absorbé par le projet d’un opéra rock en compagnie de Jacques Lévy: une adaptation de “Peer Gynt” d’Ibsen, astucieusement renommée “Gene Tryp”.

Terry Melcher, qui a produit “Mr. Tambourine Man” et “Turn! Turn! Turn!”, est de retour. Il s’implique beaucoup dans la réalisation et participe même aux harmonies vocales.

La photo de la pochette est celle du père de Gene Parsons, Lemuel David Parsons; elle a été prise dans le parc national de Joshua Tree, en Californie, en 1934. La moto est un modèle de 1928 de Harley Davidson. La carabine est une Winchester.

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1/ The ballad of easy rider

«The river flows, it flows to the sea
Wherever that river goes, that's where I want to be
Flow river flow, let your waters wash down
Take me from this road to some other town»
— Bob Dylan / Roger McGuinn

La plus belle et la plus captivante chanson de l’album! La mélodie coure comme les eaux de cette rivière, azurée par le lyrisme des violons, rythmée par le pouls capricant de la basse, embrumée par la légèreté des pickings. Peter Fonda, réalisateur du film, demanda à Dylan d’écrire cette ballade, mais il refusa, offrant juste les trois vers du début. McGuinn écrivit la suite et s’inspira, pour la musique, d’“Everybody’s talkin’”, interprété alors par Harry Nilsson.

2/ Fido

«Fido stayed all night, he would not go home
I asked him to leave, I said I do not have that bone
I was feelin' lonesome sittin' by the phone
Wide awake stayin' up late wishin' I was home»
-— John York

John York est seul, par une chaude nuit d’été, dans la chambre d’un motel. Il ne parvient pas à dormir. La porte est restée ouverte. Soudain, un chien entre, un chien errant, cherchant une présence, un refuge... Il va se blottir dans un coin et y rester jusqu’au matin. La mélodie est une rengaine rhythm ‘n’ blues, zébrée par les riffs acérés de Clarence White, traversée par un surprenant solo de batterie, latin, guilleret, farfelu.

3/ Oil in my lamp

«Give me oil in my lamp
Keep me burning, burning, burning
Give me oil in my lamp as I pray»
— Traditionnel

Une chanson déjà interprétée par Clarence White au temps pas si lointain (1962-1965) où il jouait avec les Kentucky Colonels; il chante ici: ce qu’il n’avait pas eu l’occasion de faire depuis cette époque. Le traitement est électrique, dans la veine folk-rock des Byrds dénaturant un peu ce pieux appel à la vie.

4/ Tulsa county

«My nights have been lonely since I`ve been in Tulsa county
And I really don`t know what I'm gonna do.
I just might take a trip somewhere along the southern border
'Cause I know I've gotta get away from you»
— Pamela Polland

Une chanson apportée par John York, interprétée par McGuinn et chantée pour la première fois (en 1965 ou 1966) par Rising Sons: groupe qui comprenait Ry Cooder, Taj Mahal, Kevin Kelly (> “Sweetheart Of The Rodeo”) et, pour un temps, Ed Cassidy. Une magnifique ballade country, claire, étincelante évoquant les highways rectilignes, les relais poussiéreux et l’amour déçu. Sa mélancolie est rehaussée par le violon de Byron Berline, champion du bluegrass.

5/ Jack Tarr the sailor

«When first I came to Liverpool, I went upon the spree
Me money at last I spent it fast, got drunk as drunk could be
And when my money was all gone, it was then that I wanted more
But a man must be blind to make up his mind to go to sea once more»
— Traditionnel

Une vieille complainte choisie par McGuinn, grand connaisseur de folk anglais: l’histoire de Jack Tarr, volé par une putain, contraint de s’embarquer sur un baleinier, affrontant le froid mortel de l’Arctique. La houle de l’océan et les vergues craquant sous le vent résonnent dans la mélodie; la tristesse, la fatalité sont renforcées par les frottés de mandoline, les hôlements du Moog de McGuinn, les grincements touffus de la guitare électrique.

6/ Jesus is just alright

«I don't care what they may know
I don't care where they may go
I don't care what they may know
Jesus is just alright, oh yeah!»
— Art Reynolds

Du gospel, du gospel-rock! Une version sans doute proche du hit des Art Reynolds Singers: les premiers à fusionner les deux genres. La section de cordes prévue pour l’accompagnement se réduit à quelques notes ténues et passées à la moulinette du phasing. Sa vigueur, très communicative, incita Columbia à l’éditer en single — sans trop de succès (97ème au Billboard); les Doobie Brothers, en 1972, en livrèrent une version plus tapageuse qui fit un meilleur score (35ème).

7/ It’s all over now, Baby Blue

«The empty-handed painter from your streets
Is drawing crazy patterns on your sheets.
This sky, too, is folding under you
And it's all over now, Baby Blue»
— Bob Dylan

Alentie, élégiaque, embuée par les plaintes veloutées du pedal steel guitar, affermie par la frappe énergique de la batterie et la ferveur des chœurs, cette ode au changement, déjà copieusement reprise — Them, 13th Floor Elevator, Chocolate Watch Band, etc. — est une grande réussite; elle dépasse la version enregistrée en 1965 pour “Turn! Turn! Turn!” — version bien trop vive et bien trop sèche. C’est McGuinn qui, avec sa voix frémissante, énumère l’imparable dérive des événements.

8/ There must be someone (I can turn to)

«There must be someone I can turn to
Someone like me, lonely too
All my life I've been alone, got no friends, got no home
and there must be someone I can turn to»
— V. Gosdin / C. Gosdin / R. Gosdin

Interprétée par Gene Parsons, cette chanson fut chantée par les Gosdin Brothers en 1966; lui et Clarence White ayant alors participé à l’enregistrement. Ecrit en majeure partie par Vern Gosdin, elle est autobiographique. Vern rentre chez lui, une nuit, après un concert, et trouve sa maison complètement vide: sa femme est partie avec leurs enfants, emportant tous les meubles, laissant seulement un mot d’adieu. Vern veille le restant de la nuit et écrit cette chanson. Au matin, il va la chanter à Clarence White qui habite non loin de lui. Lente, triste, soutenue par une instrumentation sobre — guitare limpide, basse/batterie —, elle exprime pleinement la solitude qui est au cœur de l’album, en est même la parfaite allégorie. Pourtant McGuinn ne souhaitait pas l’inclure, et il laissa John, Gene et Clarence l’enregistrer seuls.

9/ Gunga Din

«Sittin' backwards on this airplane, it's bound to make me sick
Spend your life on a D.C.8, never get to bed, settle down in the blue
Now we're over Kansas where the clouds are flowing by
The whole wide world looks back at me just like a mushroom high, I wonder why»
— Gene Parsons

Aussi véloce et radieuse que “Ballad of easy rider”, chantée par son auteur sur un ton nasillard qui rappelle étrangement celui de Brian Eno, estampée par une basse superbe, lourde, ample et charnue, c’est l’une des plus mémorables chansons de l’album. Les paroles retracent une série d’événements: John York se voyant refuser l’entrée d’un restaurant parce qu’il portait une veste de cuir; un concert à Central Park où Chuck Berry ne vint pas — ce qui provoqua la colère du public —; un retour de tournée dans ce D.C.8 où tous étaient avides de revoir le soleil de Californie. “Gunga Din” ne veut a priori rien dire et est seulement venu de la nécessité d’une rime en in: «Got a leather jacket on, you know that it's a sin, Gunga Din».

10/ Deportees (Plane wreck at Los Gatos)

«The skyplane caught fire over Los Gatos Canyon
A fireball of lightning shook all our hills
Who are all these friends who are scattered like dry leaves
The radio said they were just deportees»
— Woodie Guthrie

Cette poignante ballade date de 1948. Elle raconte le terrible destin de vingt-huit émigrés mexicains “reconduits” dans leur pays. La presse et la radio, annonçant la catastrophe, mentionnèrent le nom des membres de l’équipage, mais les passagers furent, uniformément, nommés «déportés». Leurs dépouilles furent inhumées au cimetière de Holy Cross à Fresno, en Californie, dans un seul tombeau. La mélodie est une valse gracieuse dont le tempo est marqué par la frappe de la baguette sur les bords de la caisse claire.

11/ Armstrong, Aldrin and Collins

«Armstrong, Aldrin and Collins were launched away in space
Millions of hearts were lifted, proud of the human race
Space control at Houston, radio command
The team below that gave the go they had God's helping hand»
— Zerke Manners / S. Seely

Un hommage à la mission Apollo 11, un hommage aux pionniers d’un nouvel âge. L’évocation d’un autre voyage, d’une autre route... vers la gloire! Un très courte chanson, facétieuse, identique au “We’ll meet again” qui concluait “Mr. Tambourine Man”. Après un compte à rebours, un grondement de moteur, s’élève une mélodie suave, métissée d’accords semblables à ceux d’un clavecin, éraflée par les trilles grinçants du Moog de McGuinn.

A lire:

http://blog.myspace.com/index.cfm?fusea ... =287674731

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MessagePosté: Ven Sep 21, 2007 8:06 pm 
Ces albums de la période la moins connue des Byrds ont quelque chose d'attachant avec ce souffle qui sent bon le viel ouest et ce parfum de nostalgie qui renvoie d'une part aux naîves sixties qui sont sur le point de s'achever, parrallèlement au passage des membres du groupe à l'age adulte ( c'est comme ça que je le ressents!)


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MessagePosté: Sam Oct 13, 2007 8:50 pm 
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«I'm gonna' catch that horse if I can
And when I do I'll give her my brand»
— “Chestnut mare” (McGuinn/Lévy)

Selon Roger McGuinn, Terry Melcher, le producteur, avait écrit «untitled» sur les fiches de studio, voulant signifier que le nom de l’album n’était pas défini, mais, fortuitement, c’est ce “nom” qui fut imprimé sur la pochette. De fait, il aurait dû s’appeler “Phoenix”: indiquant ainsi que, malgré leurs avatars et leurs tribulations, les Byrds étaient toujours sur la brèche, tournant aux Etats-Unis comme en Europe, aussi créatifs qu’à leur premier jour — les courbes étudiées de leur gatefold rappelant le fish-eye de “Mr. Tambourine Man”. Le casting — ou, disons, la distribution pour éviter un anglicisme — ne varie guère, seul John York, le bassiste, est remplacé, et ce par Skip Battin.

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Skip (Clyde) est un vieux de la veille. Il débute en 1956 avec Gary Paxton sous le nom de The Pledges. Le duo se rebaptise Skip and Flip en 1959 et perdure au début des années 60. Skip apparaît ensuite en solo pour quelques singles — soit sous ce nom, soit sous celui de Clyde —, puis, en 1967, il forme The Evergreen Blueshoes avec le guitariste Al Rosenberg; un album, “The Ballad of Evergreen Blueshoes”, mélange de country et de bluegrass, voit le jour en 1969. C’est ensuite qu’il rejoint les Byrds. Il jouera sur les deux albums suivants, “Byrdmaniax” et “Farther Along”, puis signera un album solo en 1973, avant que d’intégrer les New Riders Of The Purple Sage.

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1970 marque la vogue des doubles albums, et les Byrds auraient pu produire un double live — comme ils n’avaient pas encore livré d’enregistrement public, ç’eut été un événement —, mais McGuinn tenait à présenter deux facettes des Byrds — symbolisées par les images de ce gatefold, décidément très ingénieux, où, telle une vigie, on voit notre leader porter son regard et de côté et au loin. Sa volonté était que le premier disque fut le disque studio, mais Terry Melcher s’y opposa; à juste raison: le live, reflet de leurs performances au Queens College et au Felt Forum à New York en ce début d’année 1970, offrant une énergie prodigieuse et saisissante.

Ça démarre sur les chapeaux de roue avec “Lover of the bayou”. Un vrai swamp rock! compact, fiévreux, “stonien”, hanté par la voix de McGuinn — une voix gutturale élimée par l’effort —, harcelé par les plaintes cisaillantes de Clarence White, hachuré par la frappe syncopée, décalée, de Gene Parsons, houé par la basse vrombissante de Skip Battin. Ce titre, inédit, écrit par McGuinn et Jacques Lévy pour leur projet d’opéra rock, ”Gene Tryp” (adaptation de la pièce d’Ibsen, “Peer Gynt”), est le premier d’une série qui parsèmera, et cet album, et “Byrdmaniax, le suivant — le projet ayant avorté, McGuinn les jugea trop bons pour les perdre!

Les autres chansons font montre du même éclat et de la même vigueur. Les Byrds paient un nouveau tribut à Dylan avec une version volubile, amphétaminée, de “Mr. Tambourin Man” et une magistrale — une première ! — de “Positively 4th Street”. Sinon, ils puisent vaillamment dans leur propre stock: “If you want to be a rock ‘n’ roll star” — interprétation certes, moins somptueuse que celle de “Younger Than Yesterday” mais tout aussi ardente —, “Nasville West” — qui figurait sur l’album précédent, “Dr. Byrds And Mr. Hyde” —, “Mr. Spaceman” — traversé d’un solo de guitare des plus désinvoltes, tirebouchonné par une basse râpeuse et gambadante —, enfin “Eight miles high” — l’acmé, le «tour de force»: seize minutes d’intensité glorieuse où s’exalte la fulgurante créativité de leur période psychédélique, seize minutes échevelées, tourbillonnantes où McGuinn éparpille les tintements sinueux et argentins de sa Rickenbacker, où Clarence White dégaine une myriade de notes phosphorescentes et crapahuteuses, où Skip Battin et Gene Parsons, de conserve, déportent leurs cadences en trajectoires fougueuses et virtuoses.

Le disque studio, plus folk, est tout aussi splendide. Les titres composés par McGuinn et Jacques Lévy sont magnifiques, et l’on mesure combien le concours de Skip Battin est important car il signe quatre morceaux sur neuf: deux écrits avec Kim Fowley, un avec Gene Parsons, un seul. Le chef–d’œuvre, l’apogée, c’est “Chestnut mare”, signé McGuinn/Lévy.

Cette ballade que jalousa Dylan, ouvre divinement le second microsillon. C’est, après le turbulent maelström de “Eight miles high”, un merveilleux zéphyr, un parangon de grâce et de beauté. Les guitares scintillent, tour à tour dodelinantes et virevoltantes, paisibles et picotantes, la batterie cisèle la mélodie, la sculpte comme un camée, exaltant la tendresse de ses couleurs. «Above the clouds, higher than eagles were gliding, suspended in the sky», le pont baroque et délicat qui souligne ce passage date de 1962, à l’époque où McGuinn tournait avec le Chad Mitchell Trio. Il raconte qu’il était au bord d’une falaise, sur l'île de Saint-Domingue, contemplant l’océan et le bleu de l’horizon, lorsque lui vint cette mélodie. Les paroles diffèrent, en fait, de celles écrites à l’origine: le renne de la pièce d’Ibsen devient cette jument farouche que ne cesse de poursuivre le héros.

«If all my days were hills to climb and circles without reason, If all I was was passing time, my life was just a season». Les deux autres compositions de McGuinn et Jacques Lévy, “All the things” et “Just a season” expriment l’amertume et les regrets: ceux de Peer Gynt, las de ses aventures, rejoignant Solveig, son fidèle amour. Des deux, “Just a season” est la plus limpide, la plus touchante: les guitares et le pedal steel guitar enchevêtrent leurs harmonies fluides et papillonantes et leurs notes semblent ricocher sur la mélodie comme des galets lancés sur l'eau d’un étang.

Autres chansons folks: “Truck stop girl” et “Welcome back home”. La première, composée par Bill Payne et Lowell George, apparaîtra quelques mois plus tard sur le premier album de Little Feat en une version plus rythmée, moins émouvante. Les paroles content l’histoire d’un routier qui, amoureux de cette “Truck stop girl”, oublie de serrer son chargement et meurt dans un accident. Le fatum et l’immensité des paysages américains sont glorifiés ici; la voix écorchée de Clarence White délinée la mélodie, le piano tresse sa mélancolie, la batterie modèle son ardeur, la guitare ébrase cet élan en girandes passionnées. La seconde, entièrement composée par Skip Battin, est conduite par une guitare sèche et niellée d’un discret lacis de Rickenbacker. «[...]I think that you're afraid to say it, Tell me how they kill a man», toute l’horreur de la guerre au Viêt-Nam résonne dans ces vers — Skip Battin, en les écrivant, pensait à un ami, mobilisé et mort en combattant. C’est une ballade houleuse, fiévreuse, qui renoue sur la fin avec le psychédélisme de “Eight miles high” avec un rythme spasmodique et des guitares capréolées autour d’un “Nam Myoho Renge Kyo” rhizomique et insistant.

Chuintement — bruit d’air aspiré par une tuyère.... cliquetis métallique — amas de jetons brassé, remué... un riff bluesy, saccadé, catchy... une basse obsédante, incrustée, funky... souffles, sourdes vibrations — fission mortifère... frappe aiguë saignant le tempo, “Hungry Planet” est le titre le plus rock après “Lover of the bayou”. Ecrit par Skip Battin et Kim Fowley, remanié par McGuinn — qui y incorpore ces bruitages inquiétants —, il montre les sentiments des Byrds face aux saccages de la guerre, au pillage des ressources et à la pollution. «I'm a hungry planet, I had the blueest seas, All the people kept chopping down all my finest trees, Poisening my oxygen, diggin' in my skin, Takin' more out of my earth than they'll ever put back in». Après ce titre, excellent et singulier, se trouvent trois chansons plus normatives, entées sur le bluegrass et le country.

Bluegrass avec “Take a whiff on me”, traditionnel de Leadbelly, marqueté par la frappe volubile de Gene Parsons, émaillé de picking de banjo; bluegrass avec “You all look alike”, signé Battin/Fowley — augustes picking de guitare, de mandoline, et merveilleuses éraflures de violon (celui de Byron Berline) —, une sombre histoire de meurtre où la victime se voit entourée de chiens et de curieux; country avec “Yesterday’s train”, molletonneuse ballade de Gene Parsons et Skip Battin, embrumée de pedal steel guitar, câlinée par les miaulements d’un harmonica. «[...] you know the trees are green and the baby cries, From dust to dust, yet nothing dies», Battin, épris de bouddhisme, croyait en la réincarnation... tout comme David Crosby qui, la même année, exploitait ce thème dans le célèbre “Déjà vu” — «[...] I feel like I've been here before, [...] And you know, it makes me wonder, What's going on under the ground».

La réédition Columbia, en l’an 2000, offre un CD supplémentaire, bourré d’inédits passionnants. Trois alternate takes: une superbe version de “Yesterday’s train”, totalement acoustique, sans pedal steel guitar; une version alentie, beaucoup plus charmante de “All the things”; la version acoustique (sans violons) de “Kathleen’s song” (autre composition de McGuinn et Lévy, qui figurera sur “Byrdmaniax”, l’album suivant). Ajoutés à cela: la version studio de “Lover of the bayou” — moins moite que la version live et dominée par l’harmonica; “Willin’”, autre emprunt à Little Feat, qui figurera sur son premier album, mais fut aussi reprise, la même année, par Seatrain (“I’m willin’”). Puis viennent une série de live, dont six, enregistrés au Felt Forum à New York, forment un judicieux et enthousiasmant complément (les deux autres proviennent d’enregistrements réalisés au Fillmore East, toujours en 1970): quatre Dylan, “You ain’t going anywhere”, “My back pages”, ”This wheel’s on fire”, “It’s alright, ma (I’m only bleeding)” — tous déjà interprétés sur les précédents albums, excepté le dernier —, plus le célèbre “Ballad of easy rider” et le traditionnel “Old Blue” (déjà joué sur “Dr. Byrds et Mr. Hyde”).

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MessagePosté: Ven Oct 19, 2007 8:20 pm 
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On reproche généralement deux choses à cet album: sa production trop emphatique et la faiblesse de ses compositions; les Byrds dénoncèrent la première comme une trahison, Terry Melcher s’en défendit, arguant la seconde. L’un et l’autre ont raison: il est vrai que la béchamel violon/chœurs féminins qui enrobe certains titres finit par écœurer, il est vrai aussi que certaines chansons pêchent par leur manque d’originalité. Personnellement, je lui reproche surtout son défaut d’identité, de cohésion; c’est là une brochette de morceaux plus qu’un album — la créativité des Byrds y semble aussi pétrifiée que les visages qui ornent la pochette: pochette déroutante qui laissent à penser que nos fiers oiseaux étaient conscients de n’être plus que des “masques”, que leur “vie” même, en tant que groupe, que phénomène artistique, s’achevait ou était achevée.

Néanmoins, ce n’est pas un album à négliger: tout n’y est pas si fade et si pâteux, et le concours du piano — présent presque de bout en bout — lui donne même un certain cachet. J’avoue souffrir un peu à l’écoute de “Glory, glory” — gospel-rock emprunté comme “Jesus is just alright” (sur “Ballad Of Easy Rider”) au répertoire des Art Reynold Singers —, je trouve cette reprise trop musclée, trop pétaradante; sa batterie vorace, son piano citigrade, en sus d’une basse anabolisée, étouffent les chœurs — ardents et féminins — qui devraient être l’épine dorsale de ce gospel, étouffent aussi la guitare, très sobre, de Roger McGuinn. Par contre, j’adore “Jamaica say you will”.

«Jamaica, say you will, Help me find a way to fill these empty hours». Chantée par Clarence White, cette ballade de Jackson Brown — pas encore connu à l’époque: la ballade comme le chanteur! — se distingue par le jeu clair, économe, limpide de ses guitares, le tintement radieux de ses cymbales, le trait subtil, grave et plaintif de son violon.

Signé et chanté par McGuinn, “Pale blue”, crénelé d’harmonica, ouaté d’une morbidesse country, se veut aussi doux et mélancolique que l’était “Ballad of easy rider”. Mais son arsenal lyrique, par trop liquoreux, par trop abondant, lui défend cette visée; on ressent cette brillante orchestration comme un additif, un greffon, rien de plus.

Les chœurs féminins resurgissent dans “I trust”. Une ballade encore, et derechef signée, chantée par McGuinn, mais plus rock, plus byrdsienne, exempte de gesticulations orchestrales, tout à fait roborative.

Écrit par McGuinn et Jacques Lévy, “Kathleen’s song” est une ballade rescapée de “Gene Tryp”, leur projet d’opéra rock. La symbiose avec l’orchestration est, cette fois, parfaitement réussie. Il n’y a pas de batterie, juste un chatoiement d’arpèges mêlé à l’orfroi des violons, du hautbois et de la flûte, et McGuinn y épanche sa peine amoureuse avec une tendresse émouvante: «And time don't mean nothing to me, And only the hours listen to hear my song, And I will be walking in dew, And I will be waiting for you».
Notons que la version “nature” figure sur le CD bonus de la réédition Columbia de “Untitled”, et qu’elle est tout aussi prenante.

Ballades encore, plus country: “Absolute happiness” et “My destiny”. La première, écrite par Skip Battin et Kim Fowley contient des accents de ragtime rappelant les années 20, la seconde, un traditionnel signé H. Carter, des senteurs gospel. “Absolute happiness”, chantée par Skip Battin, est ma préférée. Elle possède une douceur paisible rehaussée par les moirures traînantes du pedal steel guitar et les squames mordorées d’un orgue Hammond. Chantée par Clarence White, “My destiny”, plus typée, plus larmoyante, a pour atout un piano “Deep South” vibrant de ferveur religieuse et des paroles délicieusement moroses: «Hopeless love what else for me, Is this my destiny, For every man somewhere a mate, Someone stole my love from me is this my destiny». Difficile de faire plus cafardeux!

«Garbo quietly picked a flower... Valentino suddenly appeared in his midnight blue tuxedo... And Fatty Arbuckle waddled by on way to the bath house green, Up in Xanadu diamonds fell like rain, Citizen Kane was king, poor Citizen Kane». “Citizen Kane”, écrit par Skip Battin et Kim Fowley, a tout l’air de sortir d’un vieux Victrola avec sa trompette bouchée, son trombone, ses cataclops de wood-block et sa scie musicale. Les paroles et la mélodie, armoriées de nostalgie, ressemblent au “Celluloid heroes” des Kinks; c’est même à se demander si ces derniers ne s’en sont pas inspirés! J’adore cette romance, son refrain copieusement rock, ses fioritures badines et papillonnantes, sa saveur galamment surannée.

Autre emprunt au vaudeville avec “I wanna grow up a politician”, seconde composition de McGuinn et de Jacques Lévy; elle aussi rescapée de “Gene Tryp”. Conduit par un piano bastringue, historié d’un petit solo de clarinette on ne peut plus “New Orleans”, éperonné par quelques mesures de marche militaire, ce mid tempo, alerte et guilleret, est insidieusement satirique: «I'll give the young the right to vote, As soon as they mature, But spare the rod and spoil the child, To help them feel secure».

Après le gospel, les ballades folk et country, les incursions dans le vaudeville restent le bluegrass et le rhythm ‘n’ blues. “Green apple quick step”, joyeux rigodon, signé Gene Parsons et Clarence White, comble la première lacune avec un panache étourdissant: banjo, guitare, violon, et même un accordéon éhontément cajun s’y pavanent avec toute l’agilité et la pétulance requises; “Tunnel of love”, façonné par Skip Battin et Kim Fowley, supplée la seconde avec ostentation, délivrant un titre massif et pataud, articulé par une ligne de piano hutine et itérative, un pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa-pa goudronneux, propre aux romances des années 50. C’est une ode bizarre, assez macabre, où soupirent les goualeuses, où rugit le saxophone et où l’orgue crisse indolemment.

Si je récapitule, “Jamaica say you will”, “Kathleen’s song”, “Absolute happiness”, “Citizen Kane”, “Green apple quick step”, voilà cinq bonnes raisons de se procurer cet album!

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MessagePosté: Ven Oct 26, 2007 5:04 pm 
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“Farther Along”, novembre 1971
(enregistré à Londres à l’été 1971)

Remarquons cette pochette, ce cliché sépia, un peu stylisé, qui rappelle — cette stylisation et les costumes en moins — celui du “Déjà Vu” de Crosby, Stills, Nash & Young paru l’année précédente: serait-ce exagéré d’y voir une réplique!?

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J’ai acheté cet album à sa sortie, dans une petite boutique de la rue Childebert, à Lyon. A cette époque, il y avait encore des petites boutiques avec des cabines d’écoute —oui ! des cabines; on s’enfermait dans ces isoloirs et l’on écoutait les “plages” à volonté. Je ne connaissais pas grand-chose à la musique alors, et n’avais encore, je crois, rien entendu des Byrds. Surpris, déconcerté par un déferlement rock contraire à l’image de la pochette, mais ravi par l’émergence de deux chansons “folk” — “Farther along” et “Bugler” —, je suis resté cloîtré tout le temps de la première face, et ce malgré l’impatience de mon père, qui m’accompagnait! N’eussent été ces deux titres, je serais ressorti penaud, honteux d’avoir fait attendre mon père et la boutiquière.

De retour au logis familial, je m’empressais de passer la deuxième face sur mon “électrophone”... Même schéma, même impression! J’ai toujours, depuis, à moitié aimé ce “dernier Byrds”, et il faut bien dire qu’il est à moitié bon, et que leurs auteurs, l’équipe de “Byrdmaniax” au complet, ne pouvaient cette fois incriminer leur producteur, Terry Melcher, puisqu’ils s’étaient eux-mêmes chargés de la production.

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Un coup d’œil sur les “credits”, révèle à quel point Roger McGuinn est absent; des onze titres, il signe seulement le premier, “Tiffany queen”, et collabore au collectif “Antique Sandy”. — Bref, il ne s’est pas foulé, surtout lorsque l’on sait que “Tiffany queen” n’est qu’une imitation de Chuck Berry! Gene Parsons, lui, se signale par trois morceaux (“Get down your line”, “B.B. class road”, “Bristol steam convention blues”) — les deux derniers co-écrits,, respectivement, par Stuart “Dinky” Dawson et Clarence White. Skip Battin, toujours en partenariat avec Kim Fowley, “allonge”, lui, deux chansons (“America’s great national pastime” et “Precious Kate”); le reste, quatre titres, est constitué de reprises.

L’œuvre est disparate, et l’on peut, pour y voir clair, la scinder en deux: une part rock ‘n’ roll-boogie- rhythm ‘n’ blues que l’on nommera ROCK; une part laid back-folk-country-bluegrass — et même vaudeville! —, que l’on nommera FOLK.

ROCK:

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«They asked me what I thought about the 50's rock n roll
Then they got into a limousine and fell into a hole
I moved into the kitchen and I quickly fell in love
The warden came along and asked me what I was thinking of
Last year in the summer with a tiffany lamp over her head»

— “Tiffany queen”, signé donc par Roger McGuinn, est un rock ‘n‘ roll carré, poncif, homologué Chuck Berry, où une avalanche de non-sens se substitue aux récits picaresques du maître du duckwalk.

— “Get down your line”, signé Gene Parsons, navigue assez nonchalamment entre rock et country, appuyé par la frappe mordante de Gene Parsons et fleuri d’une petite fugue d’harmonica.

— “B.B. Class road”, signé Gene Parsons et Stuart “Dinky” Dawnson — roadie alors des Byrds —, est un boogie cossu et agreste que ne renierait pas Canned Heat. Un hommage aux roadies, bien sûr, et, fait surprenant, entonné par Gene Parsons d’une voix rocailleuse, si méconnaissable qu’on l’a cru chanté par Dawnson. Harmonica euphorisant, solo de gratte furfuracé et bondissant, bruits de verres brisés en épitaphe: il faut être obtus et sectaire pour ne pas succomber à l’ardeur charivarique de cette sérénade!

— “America’s great national pastime”, signé Battin/ Fowley, guilleret, lippu, joufflu, fanfaresque, est l’incartade “vaudeville” et le morceau élu comme single: le genre chantons-tous-en-chœur où ne manquent que le tuba et la grosse caisse pour faire plus orphéon. Mais il ne faut pas s’y fier, les paroles sont frondeuses, elles tournent en dérision le condensé “american-way-of-life” que célèbre la mélodie: «One of America's great national pastimes is chocolate fudge, Carrying a grudge, bribing a judge, One of America's great national pastimes is poisoning rain, Acting insane, inflicting pain», et plus loin «[...] cutting the grass, Grabbing some ass»! On reconnaît bien-là la verve outrageante de Kim Fowley!

— “So fine” est un titre de Johnny Otis. Ecrit pour les Fiestas en 1958, il devint un succès en mars 1959 (#3 R&B). Comme “There goes my baby” des Drifters ou “What did I say” de Ray Charles, il s’inscrit dans la genèse de la soul musique avec un rythme ardent et très chaloupé. Les Byrds en donnent une version plus traînante, plus New Orleans, marquée par le piano et une basse hypertrophiée.

FOLK:

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“La cène à Emmaüs”, Caravage (1601)

«Et il advint, comme il était à table avec eux, qu’il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent...»
— Les deux disciples d’Emmaüs, “L’évangile selon saint Luc”

«Farther along we'll know all about it
Farther along we'll understand why
Cheer up my brother, live in the sunshine
We'll understand it all by and by»

— “Farther Along” est un gospel dont l’origine semble remonter au début du XXe siècle. Elvis Presley en donne une version lente et magnanime dans “How Great Thou Art” en 1967, les Byrds le transforment en une ballade folk, simple, pure et lumineuse, où se coalisent guitare, piano, mandoline et voix, où s’éthérise le message d’un espoir serein.

— “Bugler”, chantée par Clarence White, est une composition de Larry Muray — elle paraît, la même année que “Farther Along”, sur son album solo, “Sweet Country Suite”. Dédiée à un chien (“Bugler”), comme l’étaient “Old Blue” (sur “Dr. Byrds & Mr. Hyde”) et “Fido” (sur “The Ballad Of Easy Rider”), c’est la plus émouvante des trois et, incontestablement, la meilleure de cet album. Banjo, pedal steel guitar, toute la grandeur et le wanderlust du “country” s’exaltent dans cet hymne, comme s’y exalte la douleur du souvenir. — «One day Nola, she brought the news, she said, I hear young Bugler's done paid his dues, He's been hit down, yes on that highway [...] «Bugler, Bugler, bless your hide, Jesus gonna take you for a chariot ride, Say goodbye, say goodbye».

— “Antique Sandy” est une ballade écrite par tous les membres des Byrds plus Jimmi Seiter; icelui, au début des années 70, est leur road manager — à l’occasion, leur percussionniste —, Sandy est le nom de sa “petite amie”. Les paroles sont candides et la mélodie un peu mièvre, mais il en émane cette douceur irisée, ce “cavalage”* délicieux propre aux tendresses byrdsiennes. L’erreur, la souillure, ce sont les mucilagineuses “réverbes” qui tapissent le refrain: massives allégories du rêve que fait la charmante Sandy.

— “Precious Kate”, composée par Battin et Fowley, est une autre ballade: églogue namby-pamby, au mid-tempo cimenté par la batterie, émaillée, deci-delà, par une guitare scintillante, mais à la nonchalance un peu poussive et aux paroles banales.

— “Lazy waters”, une chanson de Bob Rafkin chantée par Skip Battin. «Oh, to be wild again, get back to your lazy waters, Never needed anyone but you». Ballade au rythme lourd comme un bouclier d’obsidienne, sombre et lustrée comme cette pierre mystérieuse, alanguie de regrets et de mémoire anxieuse. C’est le summum de la face B, son oriflamme, son labarum. Ô le timbre vibrant et métallique des accords de guitare placés en ouverture! les tintements cuivrés et métronomiques des coups de cymbales! les cahots moirés du piano! la plainte automnale de l’harmonica et les déchirements marcescents de la guitare électrique!

— “Bristol steam convention blues”, signé Gene Parsons et Clarence White est un instrumental, une pure fantaisie bluegrass et allègre, à la manière du “Green apple quick step” de “Byrdmaniax”. Gene Parsons égrène des pickings de banjo avec une science étourdissante, tandis que s’entortillent les pampres des guitares et que patapoume la basse de Battin: un régal!

* cavalage: (n.m.) Etat de la tortue qui flotte endormie sur l’eau. (Larousse)

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MessagePosté: Ven Oct 26, 2007 6:06 pm 
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«Et il advint, comme il était à table avec eux, qu’il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna. Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent...»
— Les deux disciples d’Emmaüs, “L’évangile selon saint Luc”)

Hou là ! J'en connais qui vont faire une attaque et qui vont brûler leurs vieux Byrds ! Vade Retro ! :twisted:

En tout cas, merci encore Carcamousse de nous faire redécouvrir l'oeuvre de ce groupe, y compris leurs albums sous-estimés oupez


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