«I got the name way before this record, in my Chicago days. Barry Goldberg named me “The Snake” because I used to walk around in this little weird black leather jacket which kinda look like snake skin. My fingers also look like little snakes crawling up and down the neck of the guitar!» — Harvey Mandel
Harvey Mandel: lead guitars
Paul Lagos, Earl Palmer, Adolpho de la Para: drums
Victor Conte, Chuck Domanico, Larry Taylor, Antonio de la Barreda: bass
Randy Resnick: rhythm guitar
Freddy Roulette: steel Guitar
Jim Taylor: piano
Kevin Burton: organ
Charles Lloyd: flute
Don “Sugarcane” Harris: violin
Autant vous prévenir, je ne suis pas un spécialiste de l’œuvre de Harvey Mandel — c’est simple, je n’ai que deux albums, icelui et “Christo Redentor”, que je détaillerais peut-être un jour sous la rubrique psychédélisme —, donc pour vous documenter, allez plutôt faire un tour sur Wikipedia ou, mieux, sur ce site:
http://www.harveymandel.com/index.html Néanmoins voici un petit historique pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler du bonhomme:
Harvey Mandel est né à Detroit, mais a grandi à Chicago. Grand amateur de blues, il accompagne Charlie Musselwhite, harmoniciste (> wikipedia!) dès le début des années 60, puis réalise un premier L.P. solo “Stand Back!” en 1966, il participe aussi à deux albums de Barry Goldberg (futur Electric Flag). Un soir, au Fillmore de San Francisco, il est invité par Bill Graham à remplacer, au pied levé, Henry Vestine, guitariste de Canned Heat. Il tourne neuf mois en compagnie des musiciens et son nom apparaît sur trois de leurs albums: “Recorded Live in Europe” (1970), “Futur Blues” (1970) et “Historical Figures and Ancient Heads” (1972). Il joue ensuite avec John Mayall, enregistre avec lui “Back To The Roots” (1971) (en compagnie d’Eric Clapton et de Mick Taylor) et poursuit sa carrière solo avec “Games Guitars Play” (1970), “Baby Batter” (1971), “The Snake” (1972) et le fameux “Shangrenade” (1973), connu pour sa première utilisation du tapping à deux mains: technique reprise, plus tard, avec succès, par Eddie Van Halen. En 1972, il rejoint Pure Food And Drug Act, en compagnie de Don “Sugarcane” Harris — qui assure le chant —, Randy Resnick, Paul Lagos, Victor Conte; un album “live”, “Choice Cuts”, enregistré à Seattle, paru cette année-là, n’obtient aucun succès. En 1974, il joue avec Arthur Lee et participe au désastreux “Reel To Real”. Il joue aussi avec les Rolling Stones et manque de remplacer Mick Taylor; il s’illustrera sur “Hot stuff” et “Memory motel” dans l’album “Black And Blue” (1976). Ensuite!?... Je sais qu’il retourne à Chicago, puis va s’installer en Floride. A l’aube des années 80, il joue dans un night-club appartenant à Ronnie Wood, en compagnie du saxophoniste Bobby Keys. Après, c’est le trou noir. Je crois qu’il regagne la baie de San Francisco et tourne avec le groupe qu’il forme alors, l’Electric Snake Band. Quant à sa production discographique, elle s’interrompt avec un best of en 1975 (reprise en fait de “Feel The Sound of Harvey Mandel paru en 1974) et ne reprend qu’en 1993 avec “The Twist”.
“The Snake” est selon son auteur l’un de ses trois meilleurs albums, il est d’autre part considéré comme l’un des jalons du rock progressif: cette fusion de rhythm ‘n’ blues, de funk et de jazz qui marque le tournant des seventies. C’est la vigueur, le tonus, le tranchant du rythme qui happe dès les premières notes: la frappe nerveuse et piaffante du batteur, la rondeur plantureuse de la basse, le jeu souple, frétillant, versatile des guitares, enfin l’impeccable “tenue de route” des musiciens, leur grisante virtuosité. Des neufs titres (plutôt courts) qui le constituent, huit sont des instrumentaux. Tous sont signés, ou co-signés, Harvey Mandel, excepté “Pegasus” dû à Jim Taylor, le pianiste. Si l’on défalque ce dernier, dont la mélodie un peu trop lustrée, “Mark Knopfler” ou “dessus de pendule” ne me plaît guère, l’acoustique “Ode to the Owl”, hommage à Al Wilson, qui est un pur exercice de style, ainsi que “Uno Ino”, la chanson (chantée par Harvey — fait unique dans sa carrière), il reste cinq scherzos révulsifs et bouillonnants, plus “Levitation”, une chafriolante ballade, mi-blues mi-jazz, ondée, chantournée. Let me introduce...
“The diving rod”. Un riff fourchu, calamistré, pavoisant, émincé par la frappe trépignante du batteur, bosselé par les ruades de la basse où viennent s’agripper et s’entortiller les notes fluides et coscotées de Harvey qui s’offre un petit solo fractionné et plasmatique.
“Lynda love”. Alors là, extase, témulence, abordage! Un riff you-really-got-me-esque, spumeux et savamment barbare: Paul Lagos baratte le rythme avec véhémence, Victor Conte martèle sa basse et en extirpe une horde de notes belliqueuses, Harvey triture ses cordes, pressure ses accords, fait gicler leur savoureux venin, tandis que Sugarcane enrubanne de ses glyphes trémoussants, de ses hiements vifs et zigzagants cette régalienne offensive.
“Peruvian lake”. Un tempo heurté, une frappe robotique et sèche, la basse siphonne le rythme, rigide, obstinée, Harvey feint les escousses de l’oisillon au bord du nid, puis s’élance, voltige, papillonne, pirouette, malaxe une pluie de notes granuleuses, tremblées, tintinnabulantes.
“The snake”. Inspiré par le célèbre “Thank you” de Sly & The Family Stone, un titre funky et reptilien comme il se doit. Imaginez un vieil anaconda, vert et luisant, chaloupant langoureusement, imaginez un vieux riff, patouillard, lascif, récursif, imaginez une guitare vibrionnante, glissante, tout aussi voluptueuse... Laissez-vous hypnotiser par ce serpent, croquer par ce riff, caresser par cette guitare!
“Levitation”. La ballade mi-blues mi-jazz: cinq minutes relax dans la lignée de Blues Project ou du premier Jethro Tull avec une flûte flâneuse et coquette, un orgue chaleureux, léonin, sprinteur, des guitares méandreuses: l’une lenticulaire, métallique, picotante, couinante, ruisselant comme l’eau d’une fontaine; l’autre lamellaire, amarescente, plus éruptive.
“Bite the electric eel”. Du jazz! crépu, trépidant, virulent, tempétueux, roboratif. Harvey plante ses notes comme des banderilles, les tord, fouaillant la chair de la musique, la suppliciant en de sauvages extases, puis sa guitare fuse, bondit, se hérisse, talonnée par le tempo, bousculée, affolée par la basse: un parcours ivre et cahoteux cisaillé par la plainte effilée, puis modulée du violon.
