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De mes 17 à mes 20 ans, il m’est arrivé à quatre reprises de me sentir réellement en danger. Toujours à cause de la folie de certains hommes, de leur refus qu’une femme qu’ils convoitent puisse ne pas s’offrir à eux. À 17 ans, j’ai réellement cru que ma dernière heure était venue. Il a fallu que je me batte, que je ruse, pour changer le cours des choses.
Je voyageais alors toujours en stop entre la ville où j’habitais et une autre, à une vingtaine de kilomètres, dans laquelle je comptais plusieurs amis à qui j’allais rendre visite. Presque toujours, c’était des hommes qui s’arrêtaient pour m’inviter à faire la route avec eux. Des hommes parfois charmants, respectueux. Mais aussi d’autres aux pensées loin d’être innocentes. Des dragueurs qui se contentaient de belles paroles et n’insistaient pas quand ils comprenaient qu’ils n’obtiendraient rien de moi. D’autres, lourds, qui posaient leur main sur ma cuisse, que j’enlevais d’un geste brusque en les envoyant paître. Un jour, toutefois, je suis montée dans la voiture d’un homme qui semblait prêt à tout, jusqu’à l’extrême, pour satisfaire son appétit sexuel.
Il me semblait inoffensif, un homme semblable à tous les autres. Un peu sec dans sa façon de s’exprimer. Arrivés à mi-chemin, il m’a draguée, comme d’autres. Et, comme toujours, je lui ai dit gentiment que ça ne m’intéressait pas. Son insistance ne servait à rien, mais mes refus répétés ont libéré la bête en lui. Il m’a dit que si je ne me donnais pas à lui de moi-même, il bifurquerait pour aller dans la forêt et me violerait. Évidemment, pas question ensuite de me laisser repartir vivante et de prendre le risque que je le dénonce. Je pensais qu’il me menaçait dans le seul but de me faire peur et que je cesse de résister. Mais il n’en était rien, ses intentions étaient sérieuses.
Lorsque nous sommes arrivés dans ma ville, alors qu’il aurait fallu continuer tout droit pour me mener à destination, il a tourné à droite. Je savais que cette route qu’il empruntait nous conduisait directement jusqu’à la forêt. J’ai su alors que j’étais en réel danger de mort, qu’il me fallait absolument trouver le moyen de fuir, de lui échapper. Peut-être est-ce le destin qui m’en a donné la possibilité. Pour parvenir à la forêt, nous devions rouler un kilomètre environ sur une rue peu fréquentée. Nous aurions pu n’y croiser personne. Mais, à cet instant précis, j’ai vu des gens qui marchaient plus loin sur le trottoir. En une fraction de seconde, j’ai compris qu’ils étaient ma seule chance de sortir saine et sauve de cette situation. J’ai alors dit à l’homme que, s’il n’arrêtait pas immédiatement la voiture pour me laisser descendre, lorsque nous arriverions à hauteur de ces gens, j’ouvrirais ma portière pour les frapper et provoquerais un accident dont il devrait répondre. Il ne m’a pas crue, s’est mis à ricaner. Mais il a compris que j’étais sérieuse quand, quelques mètres avant d’arriver à leur hauteur, j’ai ouvert la portière. Juste un peu, mais assez pour qu’il craigne que j’aille jusqu’au bout. Il a alors freiné, brutalement, et m’a hurlé : « Tire-toi ! » Ce que j’ai fait immédiatement.
Si la rue avait été déserte ce jour-là, peut-être serais-je morte violée et étranglée à l’âge de 17 ans. La question que je me pose parfois en y repensant, c’est si d’autres filles sont montées à bord de la voiture de cet homme et n’ont pas eu la chance de s’en échapper. Je ne le saurai sans doute jamais.
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