
Juana Molina,
Son (2006).
Cinquième album pour l'Argentine (je ne connais que les trois derniers) qui mélange guitare folk et expérimentations électroniques soft, avec un travail admirable sur la voix. Ceci la rapproche, en gros, d'une Björk calme, ou, plus souvent, d'une Camille bucolique.
Le très beau "La Verdad", à écouter jusqu'au bout, le finale est au choix glaçant ou charmant.
J'en profite pour signaler que son meilleur album est le dernier, et que c'est même un des grands albums des années passées. Ce
Un Dia de 2008 est très audacieux et côtoie le sublime à plusieurs reprises, notamment sur une chanson-titre hallucinante qui dépasse de très loin ce qu'elle a pu faire avant et défie la catégorisation. Posez-vous, fermez les yeux et écoutez-moi ça :
Trip garanti, ou remboursé.
Si certains cherchent un son des années 2000, je pense à .JB par exemple qui trouve qu'on n'invente plus grand chose actuellement, avec cette artiste, à la suite de
Björk, en compagnie de
Jun Myiake ou de
Camille en France et bien d'autres, on a affaire au son des années 2000-11, si on veut éviter les albums vintage 60's 70's ou 80's. En effet, on s'éloigne du rock ou de folk purs et durs, pour quelque chose qui s'apparente à de l'electro mâtiné de post-rock, et de world music.
Il y a deux choses qui me frappent avec ces artistes, qu'elles ont en commun je crois : la foi dans l'idée que les possibilités de la voix sont toujours à explorer, et le sentiment d'euphorie qui ressort de leurs disques. Ce sont des disques très ambitieux, très originaux, et pourtant on sent que ces artistes s'amusent, qu'elles ont une vraie jubilation à se rendre compte de ce qu'elles arrivent à faire (c'est peut-être moins le cas pour la Björk des années 2000, qui a peut-être eu tendance à prendre le mot "génie" au sérieux). C'est d'autant plus frappant qu'elles ne forment pas un mouvement, mais qu'elles arrivent à des résultats cousins par des moyens différents (folk et percussions sudaméricaines plus ou moins tribales pour Molina, électro pour Björk, un peu tout et n'importe quoi pour Camille : la chanson comme genre, le r'n'b, la folk sur le dernier).
A ce sujet, les paroles de "Un Dia" sont frappantes, c'est comme si elle se rendait compte des libertés qui lui sont accessibles, et qu'elle s'en enivrait jusqu'à la transe; ça colle très bien avec le morceau :
Un día voy a ser otra distinta,
voy a hacer cosas que no hice jamás.
No va a importarme lo que otros me digan
ni va a importarme si resultará.
Voy a viajar, voy a bailar, bailar, bailar, ¡quiero bailar!
Voy a vivir en el medio del campo y a las mañanas me vo(y) a levantar
para ordenar (me va a costar). Me gustará. ¿Cuándo será?
(Un jour, je serai quelqu'un de différent,
je ferai des choses que je n'ai jamais faites.
Je me moquerai de ce que les autres diront
Je moquerai de si ça marche ou pas.
Je voyagerai, je danserai, danserai, danserai, je veux danser !
Je vivrai au milieu des champs et le matin je me lèverai
Pour ordonner (il m'en coûtera). Ça me plaira. Quand cela sera-t-il ?)
Traduction approximative, que les hispanophones me pardonnent et n'hésitent pas à me corriger.