voici des notes écrites pour la réédition de "1980:No sex" imminente chez FGL. Sauf qu'elle seront pas dans l'album...
1980 : No Sex.
Des souvenirs épars…
Après le vif succès du premier album, “Ramon Pipin’s Odeurs”, avec pas loin de 100 000 albums vendus ; après la semaine triomphale au Théâtre Renaud-Barrault, un Olympia et une tournée française à 38, s’est posée la question cruciale du 2ème album.
Polydor, notre maison de disques était prête à nous suivre, et dans la mesure où nous étions producteurs, notre liberté était totale.
Costric, l’auteur principal et âme binômique du groupe, tentait de me convaincre de faire un nouveau disque qui aurait pris la forme d’un opéra-rock :“Tommy Lobo”. Des maquettes furent enregistrées mais cette histoire absconse d’une femme qui accouche d’une télé ne me parut guère porteuse d’un avenir commercial radieux.
Donc rebelote pour un album disparate, mais sans reprises parodiques cette fois.
J’étais dans ces années-là tenancier d’un studio à Paris, assez réputé, où se croisaient la crème des musiciens qui me confiaient leur ennui à accompagner tel ou tel artiste et me proposaient leurs services, même bénévoles, histoire de se marrer un peu.
Si bien que sur l’album à venir seront réunis Manu Katché (avant Sting et Peter Gabriel), Pierrot Chérèze (Higelin), ainsi que Bernard Paganotti ,Klaus Blasquiz, Stella Vander et Liza Deluxe en récréation de Magma, François Bréant (Lavilliers) etc. autour du noyau fidèle Costric, Clarabelle, Shitty, Sharon, Jean-Philippe Goude, Laurent de Gaspéris, Jean-Mi Kajdan, Guy Khalifa…
Je crois me souvenir que le titre « 1980 : NO SEX » nous est venu suite au déferlement de porno tous azimuts, bien décidés que nous étions à prôner l’abstinence. La pochette avec la poupée gonflable qui se suicide en était l’illustration. Pour la photo au verso, elle a été faite à la piscine des Tourelles dans le 20ème. Recto idem dans les douches.
Cet album s’ouvre, histoire de perturber l’auditeur, par le son violent d’un bras de platine hifi rayant un vinyl. Nous l’avions évidemment fait pour de vrai, ce qui eut pour effet d’affoler les graveurs qui cassaient régulièrement le diamant de leur appareil.
— De quoi ? : Cette intro à l’album, avec 2 batteurs et un joli solo de basse de Sylvin Marc, m’a été inspirée par une chanson brésilienne des années 60 adaptée par Zanini et interprétée par Bardot « Tu veux ou tu veux pas ? ». Ou par “Oh hé hein bon” de Nino Ferrer ?
— Le stade nasal : Dans ce gracieux duo Klaus-Sharon où un patient dérangé finit par abuser de son analyste, dont le riff est inspiré d’un titre de Creedence, nous avions avec l’ingénieur Jean-Louis Rizet décidé de pousser les niveaux jusqu’à saturation sur l’ad lib, un anti-shunt en quelque sorte…
— L’homme-objet : Une chanson de Costric et Gaspéris inspirée de Dire Straits, où s’illustre Pierrot Chérèze. C’est la première fois que le batteur Amaury Blanchard travaille avec nous et il restera longtemps avec nous. Dans la mise en scène, nos danseuses “les Mouillettes” déshabillaient Laurent G. qui se retrouvait en slip pailleté doré. Il adorait.
— Ma fils Tennessy : Un hommage à mes racines ashkénazes. Cette triste histoire de cowboy est interprétée par Shitty avec l’accent yiddish qui fut coaché par Jacky, notre ancien attaché de presse, à l’époque partenaire d’Antoine de Caunes dans “Chorus”.
— Quitte ou double : Un titre de Guy Khalifa chanté par Liza et Stella qui revisitent “Doctoresse Jekyll and Mrs Hyde”.
— Le morceau le plus rapide du monde : le jazz-rock connaît son heure de gloire et tous ces virtuoses nous fatiguent, si bien que nous décidons de leur apprendre une bonne fois pour toute qui sont les maîtres. C’est Mahamad Hadi qui s’y colle, ponctué par le merveilleux rire de Sylvin Marc.
— Astrid : Un des titres emblématiques d’Odeurs, écrit par Costric et musiqué par Gaspéris. Qui parle d’une relation nécrophile et dont aujourd’hui encore, le sens de certaines paroles m’échappent. Le Charcot évoqué n’est pas le neurologue pionnier de l’hystérie mais l’explorateur des zones polaires. L’incubat est le démon mâle qui abuse des femmes endormies.
Je suis à la guitare lead, relativement en forme.
A la fin de cette face A, on distingue des coups tapés contre le mur, le but était de faire croire que l’écoute de cette musique dérangeait les voisins.
La face B commence par une parodie — la seule — d’une chanson des Coasters, “Three cool cats” adaptée en français sous le titre “Nouvelle vague” au début des années 60 par Richard Anthony — dont la sœur Valérie est d’ailleurs une de nos choristes de scène. 1980 est l’époque de la Nouvelle Droite du sulfureux Alain de Benoist, partisan de l’Algérie française et de l’apartheid. Nous nous devions de l’évoquer subtilement.
— Couscous Boulettium. Une chanson visionnaire préfukushimesque. Sur une musique robotique de Jean-Philippe Goude programmée sur l’Emu modulaire de Richard Pinhas, la description clinique de l’expérience et de l’état du sujet. Chanté par Klaus, voix non trafiquée sauf un delay, chœurs vocodés. Voici quelques secrets de bruitage.
- Eternuement langue… je crois une tranche de viande lancée contre un mur.
- Sang trop acide : une carotte croquée par l’ingé son
- Pour le pont, il s’agit de Steve Shehan (percu de Paul Simon tout de même) qui avait ingurgité 1,5 l de Coca. Et nous attendions... L’accompagnement vomitif est produit par de la purée déversée dans la cuvette des toilettes.
- Intestin descendu… : une balle de tennis dans un tuyau en carton
- Par la surprise les bras… : une caisse d’outils lancée dans les escaliers.
Ce morceau fut évidemment un de nos incontournables scéniques où Nono, enroulé dans du cellophane, sous une lumière verdâtre, crachait du couscous sur les premiers rangs puis se traînait à terre dans d’atroces souffrances, provoquant un rire teinté de très sérieux malaise. Certains en font encore des cauchemars…
— Le jour où les oranges pelurent : Une chanson écrite par Nono et composée par Kajdan, où s’illustre encore Pierrot Chérèze.
— La viande de porc : Citons encore ces deux vers historiques
: « La viande de porc, c’est bon quand c’est mort
Car quand c’est vivant ça fait du boucan »
Cette phrase fut d’ailleurs attribuée aux Nuls donc rendons à César…
Manu Katché derrière les fûts je pense, un arrangement de Gérard Prévost et la voix unique de Guy Khalifa. Là encore des paroles qui restent mystérieuses (la viande de cochon, cinq jours en ballon ?) (dans chaque homme y a un port latent, dans chaque port y a une femme qui attend, dans chaque homme, il y a donc une femme, le port de la jaquette est obligatoire ?!!??).
— Je m’aime. Rita Brantalou nous rejoint avec cette ode à l’onanisme divinement interprétée par Shitty qui y mange un sandwich au dernier refrain ( ?). Chérèze à la guitare. J’y utilise le gizmo, appareil inventé par Lol Creme et Kevin Godley de 10cc, fixé au chevalet et constitué de roues en plastique qui tournent sur les cordes. Très rare. J’ai évidemment paumé cet objet.
Cette chanson fut chantée pendant 6 mois tous les soirs au Gymnase par Coluche au cours de son spectacle. Il n’en reste malheureusement aucune trace, soi-disant sur ordre de Paul Lederman, son manager.
— J’ai le mauvais goût dans la bouche. Un manifeste. Francis Lockwood brille au piano et Chérèze y délivre un magnifique chorus.
— La santé par les plantes. Costric se lâche sur les bienfaits des drogues douces. Nous avions décidé de faire chanter du rock à Clarabelle. A noter que j’avais complètement détendu mes cordes pour la partie de guitare. Joli bruit de court-circuit à la fin, adoré des graveurs…
— Rock Haroun Tazieff, du rock mou par Jimmy Freud. Le credo anar de Costric sur l’état du monde, là encore. Petit clin d’œil au Bonheur des Dames.
L’album suivant, “De l’amour”, marquerait un tournant décisif, tant au niveau des compositions que de la production et des textes, avec l’arrivée de Yves Hirschfeld.
“1980 : No Sex” a été notre plus grosse vente avec plus de 100 000 exemplaires. L’album a bercé de nombreux médecins ou étudiants attardés qui ont usé leur LP jusqu’à la corde. Le premier pressage collector fut fait en vinyl marron et l’encre de pochette était odorante, pour rappeler l’extrait de céleri que nous projetions dans la salle avant les concerts. Malheureusement, le résultat fut décevant et les disques puaient vraiment !...
