En attendant de pouvoir écouter l'album de la semaine qui est en cour de téléchargement (ce qui chez moi prend beaucoup de temps) je m'écoute ça :
GINNUNGAGAP - Remeindre - 2005
Un des nombreux side-project de Stephen O'Malley, mais beaucoup plus doux que la plupart.
On reste dans la mouvance Drone mais ici les instruments acoustiques dominent le jeu :
Stephen O'MALLEY - Tamboura, Acoustic Guitar, Farfisa, Juno-106
Anthony SYLVESTER - Harmonium, Acoustic Guitar, Srutti Box, Singing Bowl
Alexander TUCKER - Vocal, Classical Guitar, Mandolin, Harmonium, Bulbul Tarang
L'album se veut un hommage à Popol Vuh
Une chronique bien écrite trouvée sur slowend.Com :
"Tambura (cithare turco-afghanne), shruti box et bulbul tarang (respectivement instrument à bourdon et cordophone utilisés dans les musiques carnatiques indiennes), bol chantant, harmoniums, mandoline, guitares acoustiques, voix, et orgues : le parc instrumental acoustique utilisé sur « Remeindre » en dit long sur la quête d'une certaine mystique orientaliste via une instrumentation semi-traditionnelle, qui n'est pas sans rappeler les longues évocations méditatives du Popol Vuh, du début des 70's, période "Hosianna Mantra" qui tentait alors une fusion par la musique entre hindouisme et christianisme. Mais ce qui avait été tenté et réussi par Popol Vuh à l'époque, s'est peu à peu mué en une somme de dérives post-hippies absolument catastrophiques pour l'histoire de la musique, en aboutissant, notamment, à la New Age. Ce qui fait qu'avant de poser ce Ginnungagap sur sa platine, on est tout à fait en droit d'avoir des tonnes de mauvais a priori.
Mais voilà, en dépit de ces notes de pochettes aux discrets relents de patchouli cheap, et de tout le baratin cosmique baba quelque peu effrayant, dont SOMA n'a pas fait l'économie ces derniers temps, et qui aurait facilement pu s'engluer dans des débordements de Krishna dégoulinant hautement indigestes, en dépit de tout cela, il faut le reconnaître, « Remeindre » est un disque magnifique, incroyablement sobre, mesuré, délicat et planant, dans l'excellent sens du terme, un disque qui a su éviter tous les pièges sus-cités tout en les frôlant, un disque qui ne tombe jamais dans les mauvais clichés du genre, un néo-folk ascétique, teinté de drone, de raga indien, paradoxalement psychédélique et introspectif. Et puis, l'équilibre des sons et des timbres, si capital dès lors que la musique ne repose plus sur le double pilier mélodie/harmonie et adopte une structure fragile basée sur la transe et la répétition, est ici atteint d'une manière remarquablement nuancée et raffinée. Les drones dilatés enflent et se meuvent lentement en dessous de thèmes répétés et égrainés à la manière de la musique japonaise de Koto. On entre dans « Remeindre » par un boudoir calme et feutré, on y traverse quelques pièces moins hospitalières, et on en ressort par l'oppressant Aurgelmir, lorsque la voix possédée de Tucker vient nourrir les dissonances d'un cluster d'Harmonium continu."