
Il y a des albums comme ça qu'on aime sans vraiment savoir pourquoi. Ils n'ont rien d'exceptionnel à première vue, ni à seconde d'ailleurs, et pourtant ils ont une façon d'entrer dans votre cœur sans frapper et de s'installer aussitôt à la place d'honneur. Comment font-ils ? Bonne question.
Pour moi, l'un de ceux-là est ce
Tennent & Morrison, premier album du duo composé de David Morrison et John Tennent, sorti en 1972. Qui sont-ils ? Internet offre effroyablement peu d'informations à leur sujet ; je ne sais même pas s'ils sont Anglais ou Américains. Ou « étaient » ? Il est frustrant de ne savoir quasiment rien sur eux. Il est même impossible de relier les noms aux visages sur la pochette ; d'instinct, et à supposer que chacun chantait sur ses propres compositions, je dirais que la voix plus rauque de Tennent correspond au moustachu qui arbore une crinière et des lunettes so seventies, alors que le jeunot à droite colle davantage à la voix plus douce de Morrison. Au moins connaît-on le personnel de l'album : on y trouve le bassiste Herbie Flowers et plusieurs membres de Stone the Crows, dont Jimmy McCulloch (futur Wings).
Enfin, reste la musique. Je suppose qu'il faut bien l'appeler « folk », étant bâtie autour de solides mélodies à la guitare acoustique (Tennent en joue à coup sûr, peut-être Morrison aussi ?). Mais elle est enrichie par les claviers de Ronnie Leahy qui lui donnent une dimension chaleureuse et accueillante, évoquant tantôt des soirées pluvieuses au coin de feu
(Keep My Secrets), tantôt des après-midi brillamment ensoleillés
(Tomorrow It Might Rain). La veine générale est apaisée et mélancolique, mais certains titres font la part belle au groove (
I Should Have Known Better,
I Can't Imagine). Pour conclure l'album, un léger vernis classique vient se déposer sur
Death in a Distant Country et lui confère une allure presque drakienne (elle n'aurait pas déparé sur
Five Leaves Left).
Les paroles qui viennent se greffer là-dessus n'ont rien d'exceptionnel, traitant sans génie de sujets classiques : solitude, incommunicabilité, amours déçues. En fin de compte, je pense qu'une bonne partie de mon amour pour cet album vient de l'obscurité totale qui l'entoure : pas d'informations sur ses auteurs, paroles introuvables (mais quand même déchiffrables, je collerai peut-être ce que j'en ai extrait ici), et seulement quelques
happy few en ayant jamais entendu parler. L'inconnu est toujours fascinant. Surtout quand il cache un album aussi beau que celui-ci.
This words all around me but none of them fit
They all make excuses and leaving and all
I don't see the point of just talking and talking
I'd rather say nothing at allhttp://time-has-told-me.blogspot.com/20 ... rison.html(merci à veg')