Edit : il s'agit d'une chronique d'un LP-RIP mp3 de mauvaise qualité, depuis lors...2 versions cd sont sorties avec un mixage qui tient parfaitement la route :
1. une japonaise avec 2 inédits (stock épuisé en quelques mois !)
2. une australienne avec des bonus curieux, un mélange de my labors et The Lived Adventures avec Kooper...c'est du bon mais déjà entendu...la question qu'on se pose tout de suite...où sont passés les 2 inédits de la version japonaise ???

Recorded Live At Bill Graham's Fillmore West (LP-Columbia 1969)
Michael Bloomfield : Lead Guitar, Vocals (2/1)
Nick Gravenites : Vocals (1/1,4/1,2/2)
Mark Naftalin : Piano
Ira Kamin : Organ
John Kahn : Bass
Bob Jones : Drums, Vocals (3/1)
Dino Andino & Noel Jewkis : Tenor Sax
Gerald Hoshita & Snooky Flowers : Baritone Sax
John Wilmeth : Trumpet
Special Guest :
Taj Mahall : Vocals (1/2)
Jesse Ed Davis : Guitar (1/2)
Face 1
1. It Takes Time (4.15)
http://www.youtube.com/watch?v=1G6ov3lQJ7w2. Oh Mama (3.15)
http://www.youtube.com/watch?v=ifbIMi09Kag3. Love Got Me (2.35)
4. Blues On A Westside (15.30)
http://www.youtube.com/watch?v=QaKCLve_XDsFace 2
1. One More Mile To Go (10.55)
http://www.youtube.com/watch?v=2thhRPGzAaw2. It's About Time (7.00)
http://www.youtube.com/watch?v=HvItaPcFihc3. Carmelita Skiffle (5.15)
http://www.youtube.com/watch?v=MXnI4AN0TiYBonus Japanese editionIf I Ever Get Lucky feat. Taj Mahall
http://www.youtube.com/watch?v=JR0UB7rH-ykStronger Than Dirt
http://www.youtube.com/watch?v=SGZS7LmYav0Recorded Live between 30 jan. & 2 feb. 1969 At Fillmore West
Producer : Elliot Mazer
[Chronique à l'origine commune avec "MY LABORS" (1969)La transition avec "MY LABORS" est donc aisée pour en venir à ce
LIVE AT FILLMORE WEST paru sous le nom de Mike Bloomfield, qui par rapport à l'album de Nick Gravenites présente l'avantage de ne comporter que des titres live, avec les mêmes musiciens que sur MY LABORS, ce qui implique l'idée que ces deux albums peuvent être vus comme formant un tout cohérent. Par contre, le fait que les chanteurs varient par titre n'est pas forcément un plus, comme on va le voir. Mike Bloomfield avait effectivement trouvé en Nick Gravenites le complément vocal idéal, car il sentait ses interprétations vocales un peu comme lui pouvait envisager ses interventions à la guitare. Ce ne sera pas forcément le cas des autres intervenants vocaux.
IT TAKES TIME permet à l'album de Mike Bloomfield de démarrer sur les chapeaux de roues. C'est une très belle composition signée Otis Rush. L'interprétation est parfaite, l'orgue de Ira Kamin avec les cuivres en contrepoint donnent un balancement parfait, idéalement équilibré entre les feelings noir et blanc de ce morceau. A écouter en priorité, la version figurant sur l'album de Nick Gravenites en bonus track : si c'est bien la même version que celle présente sur l'album de Mike Bloomfield, le mixage est mieux réussi sur
MY LABORS, la guitare et l'orgue sont ici trop en avant, la guitare de Mike Bloomfield agressant un peu. La version présente sur
MY LABORS est absolument parfaite.
OH MAMA est une composition de Mike Bloomfield, chantée par lui ici. En dépit des nombreuses critiques auxquelles le guitariste a eu à faire face en tant que compositeur et en tant que chanteur, c'est un très bon titre, et avec ses moyens Mike Bloomfield est ici tout à fait dans le sujet. Les cuivres, qui pourtant étaient présents de manière très pertinente, sont clairement sous-mixés, le mixage constituant dans son ensemble, à mon sens, le point faible majeur de cet album. L'orgue est, une fois de plus, parfait, au même titre que l'interprétation du morceau dans son ensemble.
LOVE GOT ME est chantée par Bob Jones, le batteur, qui est également le compositeur du morceau. Un bon titre rythm'n'blues, l'orgue est très efficace. L'interprétation vocale de Bob Jones est efficace, bien dans la ligne rythm'n'blues mais pas tout à fait dans l'esprit donné par Nick Gravenites. L'ambiance est ici plus purement noire, ce qui aurait pu indiquer de mettre les cuivres plus en avant. Le mixage est malheureux, privilégiant un peu trop tout de même l'orgue précité et faisant totalement passer à la trappe la section de cuivre, pourtant très compétente et mieux mise en valeur sur l'album de Nick Gravenites.
BLUES ON A WESTSIDE, dans la lignée des blues les plus lents présents sur
MY LABORS, est à nouveau un titre absolument immense. Les trois minutes d'introduction de Mike Bloomfield sont exceptionnelles, avec l'orgue de Ira Kamin qui fait monter progressivement la tension, encore une fois l'apport des cuivres et leur utilisation mêlée à celle de l'orgue fonctionne à merveille. Nick Gravenites, qui chante ce titre qu'il a d'ailleurs écrit, crève le plafond une fois de plus... Toujours ces ambiances noires et blanches qui se superposent à merveille, les interventions de Gravenites, Bloomfield et Kamin s'entrecroisant à chaque fois pour le meilleur, les cuivres portant l'ensemble encore plus haut si c'est possible.
A 6:36, Bloomfield part en chorus, l'ensemble (cuivres + orgue) est présent, porte le tout crescendo, le son de Bloomfield est gigantesque, la tension est palpable, son phrasé au mordant inégalable permet de porter de blues à ses frontières ultimes jusqu'à un premier apaisement (8:43), où son discours se poursuit de manière plus feutrée, dialoguant avec l'orgue, prouvant qu'il pouvait excellent dans ces différents contextes, du plus intimiste au plus éventré. Aux alentours de 10:00, Mike Bloomfield s'aventure dans des recherches harmoniques plus complexes, mais c'est avec le discours bluesy le plus classique qu'il s'exprime paradoxalement de la manière la plus débridée...
A 10:50, le saxophone ténor de Noël Jewkins prend le relais... et là tombe de nouveau le sujet fâcheux de cet album, à savoir le mixage. Sur le mixage de
MY LABORS, qui encore une fois est celui à écouter en priorité, la prestation du sax est bien mise en valeur, et elle présentait de plus l'intérêt de faire une recherche sonore complémentaire dans des contrées plus "free". La version de
LIVE AT... montre un saxophone totalement sous-mixé de manière pour le moins étonnante, au point de créer sur cette version un "trou" où il finit par ne plus se passer grand-chose tellement Noël Jewkins semble lointain désormais. On peut imaginer que lors de la remastérisation qui a précédé la réédition CD de
MY LABORS, les techniciens ou les musiciens s'en sont rendu compte, et ont corrigé le tir. Pour ajouter à cela, le piano trouve sur cette version remixée sa vraie place.
A 13:05, Nick Gravenites reprend les choses en main pour un couplet final où son chant, à la fois puissant et tout en nuances, touche encore aux racines du blues dans ce qu'elles ont de plus profond. Pour conclure on peut dire que ce titre, du moins dans la version présentée sur MY LABORS, est un chef-d'œuvre absolu, peut-être le plus haut sommet de l'ensemble des deux albums.
Ce titre concluait la première face du
LIVE AT BILL GRAHAM'S FILLMORE WEST.
ONE MORE MILE TO GO entame donc la face suivante, c'est un titre de Muddy Waters chanté ici par Taj Mahal. Notons au passage la présence sur ce titre, à la guitare rythmique, de son guitariste Jesse Ed Davies, connu notamment pour avoir participé au
CONCERT FOR BANGLA DESH de George Harrison ainsi qu'à l'album
EXTRA TEXTURE de ce dernier, ou encore à
WALLS AND BRIDGES de John Lennon. Musicalement, le rythme de morceau permet de rester dans ce que les musiciens présents produisent de meilleur, à savoir des blues sur un rythme initial assez feutré. L'introduction de Mike Bloomfield, par-dessus l'orgue et le piano, est parfaite. L'harmonica de Taj Mahal donne une coloration supplémentaire qui donne sa pleine identité à ce titre. S'il n'a pas toujours l'ampleur vocale d'un Gravenite, Taj Mahal est, à son tour, bien dans le ton un peu plus roots de ce titre. Le chorus central d'harmonica, à l'image du reste du morceau, manque tout de même d'intensité, surtout en comparaison avec certains titres de l'album ; la partie de Mike Bloomfield qui vient après est nettement plus intéressante. Il est même impressionnant dans son choix d'enchaînements, et toujours dans la construction de ses improvisations. Maintenant, il est heureux que cette partie ait pu être développée sur deux minutes car la durée de onze minutes de ce titre, globalement plus faible, ne s'imposait vraiment pas.
IT'S ABOUT TIME, autre composition de Nick Gravenites et chantée par ce dernier, est un autre titre aux ambiances rythm'n'blues. Une rythmique, conduite par la batterie, qui s'avère très efficace. Encore une fois, la version à entendre est celle présente sur
MY LABORS plutôt que celle de la version de
LIVE AT BILL GRAHAM... car le mixage, encore, y est infiniment supérieur (saxophone totalement éradiqué sur le live de Bloomfield). Le solo central de Bloomfield est éblouissant. L'orgue et le cuivres se fondent encore pour soutenir le morceau, dont la dimension sonore est encore impressionnante. Superbe.
CARMELITA SKIFFLE qui clôt l'album est une jam instrumentale tout à fait dans la lignée de ce qu'on produire, à l'occasion, B.B. King, Albert King ou Freddie King. La rythmique de l'orgue est irrésistible. Mike Bloomfield n'a plus qu'à laisser aller sa guitare. A 2:05, le saxophone prend le relais... et là il y a encore un trou, car il est totalement sous-mixé, et il y a là une faute musicale indéniable. Et pour le coup, ce titre n'est pas présent sur l'album de Nick Gravenites qui en aurait donné une version supérieure. A 3:00, c'est au tour de l'orgue de Ira Kamin de prendre le chorus, et de quelle manière. Ce son de l'orgue Hammond est sans égal. Et à 4:19, Mike Bloomfield reprend la main avec la manière, à la King (celui qu'on veut...) et conclut impeccablement ce morceau redoutable d'efficacité.
Au final, un ensemble qui montre bien où en est Mike Bloomfield, ici à son sommet personnel. De superbes musiciens qui donnent toute la mesure de leur talent, en particulier en live.
LIVE AT BILL GRAHAM'S FILLMORE WEST est indisponible en CD, il faut par contre recommander absolument "MY LABORS" de Nick Gravenites, qui dans la version CD comprend ses trois titres de
LIVE AT..., et dans des versions supérieures. Un album tout à fait indispensable, un peu un classique oublié...
merci à Rising Sun