
Énormément de choses s’expliquent par le contexte historique et social, ce n’est pas moi qui vais contredire cela ! Mais cette fois-ci, j’ai décidé de faire parler mes tripes (pour pas changer) et de mettre de côté ces explications. Je romance, c’est clair et évident, mais j’adore ça, et tant que ça nous fait du bien, continuons sans modération...
Le disque s’ouvre sur
« Little thing called love » et à mon grand étonnement, il apparaît comme un titre country rock plus ou moins standard du Neil. Ce morceau est assez bon et comporte un refrain puis un solo de guitare donnant la pêche ! Le tam-tam apporte une petite touche d’exotisme (marrant, cet effet).
Puis là, on y arrive...
« Computer Age »...on progresse ou on régresse dans le monde de l’hypnotisme électronique de l’époque des années 80. La boîte à rythmes pointe plus que le bout de son nez et la voix de Young est trafiquée (et pas qu’un peu) par un vocodeur. Le synthétiseur fait quelque fois son apparition avec de la guitare et donnent ainsi plus de relief à cette chanson. J’aime ce mélange de guitare, synthé et boîte à rythmes qui lui donnent une certaine mélodie peu accessible mais envoûtante. Quand Neil commence le refrain avec « Precious metal lines », c’est plus fort que moi, le cœur lâche et fond...
On rentre dans les profondeurs de l’évolution technologique avec
« We R in control », spécial et déroutant, à l’image de son prédécesseur « Re-ac-tor ». La touche hypnotique saupoudrée d’électronique amène le morceau dans une autre dimension : la déshumanisation. L’âge de l’évolution fait peur, mais on y a tous droit, et surtout, on y est indirectement attiré...malheureusement.
Un peu de lumière vient éclaircir ce monde désenchanté où, transporté dans mon propre univers à l’écoute de « Transformer man », je ressens un sentiment d’apaisement qui me pousse à afficher un sourire à la fois niais et naïf (« putain, t’as vu la gueule de con que celui-là tire ?). L’homme transformé, nous le sommes...qu’on le veuille ou non, nous sommes le produit de ce qu’est (devenue) la société. Le rythme se veut ringard et ce refrain m’émeut profondément...
On replonge dans l’obscur avec
« Computer cowboy (Aka syscrusher) » dont le titre est paradoxalement intéressant. C’est cependant le titre qui me touche le moins mais qui représente bien l’album pour son côté hypnotique et électriquement « sale ».
On remonte de nouveau à la surface dès les premières notes de
« Hold on to your love ». La beauté et la délicatesse font tellement bon ménage...Mais où sont mes mouchoirs bon Dieu ???
« Sample and hold » est minimaliste à souhait mais qui nous a dit que c’était un défaut ? Le synthé est ici omniprésent et donne à la chanson une profonde tristesse qui, avec des frappes lourdingues, est accentuée.
« MR. Soul » où comment « blasphématiser » un morceau mythique ?! La nostalgie est présente de manière récurrente et Neil la contrôle à coup de vocodeur et de boîtes à rythmes pour ne pas déroger à la règle. Faut-il y prendre goût ? Bah tiens mon gars, et pas qu’un peu ! Cette gratte cradement sarcastique bouscule les lois de la pesanteur. Fini de se pencher sur le passé en le regrettant, on le fait surgir et on le transforme à la sauce d’aujourd’hui sans remord, parce qu’au fond, que restera-t-il de tout cela ?
« Like an inca » referme l’album comme avait commencer son compagnon « Little thing called love » avec un style country rock où le loner se lâche de façon plus naturelle et donc moins trafiquée. C’est frais et le refrain est transportant. Ce morceau est aussi déroutant que l’on se plait à s’y plonger.
Au final, que retenir de cette œuvre ? Tout ou rien ? Au fond, clairement ce qu’on a envie mais de manière stricte et complètement opposable. L’aimer à moitié me semble bizarre, voir surréaliste tant cette plaque est cohérente, que ce soit son contenu ou son contenant. La pochette est en effet révélatrice de l’album et en y allant plus loin dans le raisonnement, elle représente la société qui se transforme continuellement et à une (trop) grande vitesse. Une comparaison peut être faite avec la première et la dernière chanson qui illustrent le Neil de droite, celui qui tend vers le passé, vers un monde plus beau, franc, moins rapide, naturel et surtout humain, là où le soleil (la vie quoi) s’y trouve. Les autres morceaux se rapprochent du Neil de gauche, en 3D, celui qui n’exprime plus rien ou ne veut plus rien exprimer, le Neil désabusé d’un monde qui ne tourne pas toujours comme il le faudrait à ses yeux, un monde qui va beaucoup trop vite et sans prendre la peine de se poser, de contempler et de réfléchir sur soi-même, un monde qui se dirige vers le noir, le vide (la mort ?). Un contexte, une philosophie, une situation familiale, un désir, une envie, un dégoût, une volonté,...Voilà les excuses qu’on pourra toujours attribuer à cet album face aux fans non satisfaits (pour ne pas être dur). Mais au fond, pourquoi « excuses » ? Le Neil fait ce qu’il veut et si son désir sera toujours de communiquer à sa façon, c’est-à-dire avec sa musique personnelle du moment, qu’il le fasse, car il n’y a rien de plus beau que de rendre « hommage » à ceux que l’on aime. Si cela nous dérange, tanpis pour nous, on a rien à lui dire, ni encore moins à lui demander quoi que ce soit, car après tout, il nous a déjà bien assez donné.