
* novembre 1967
Il y a quelque chose d’aérien — de tranquillement aérien — et de... vert dans cet album: le vert d’une prairie, d’une grande prairie reflétant la course des nuages, se couvrant d’ombres et s’éclaircissant soudainement, dans une alternance enjouée. Hormis “I-feel-like-I’m-fixin’-to-die-rag”, caustique et saisissant, hardi et désopilant, l’anti-war song absolu, placé en ouverture, les titres se combinent dans une suite, colorée, étrange, claire et paisible, où se coudoient une guitare acide, un orgue velouté, un orgue acide, une guitare veloutée, ciselant, lustrant les mélodies, les effritant, les corrodant...
WHO AM I ? où la batterie musarde, marquète le tempo, le dore de l’or lent et froissé des cymbales, marquant ses escales...
PAT SONG où s’ajoute une batterie martiale, un froufrou de clochettes, où la guitare fuzze, et tous se coalisent pour un vif et bondissant petit sirtaki....
RADIO COAST BLUES qui s’échappe du blues, file comme la vague sur le sable, y dépose le sable d’autres rivages; et la voix de Joe s’étire, s’effile et vagabonde, rappelant celle de Neil Young...
MAGOO qui est d’abord comme un long ressac où grondent des bruits d’orages, puis un remuement plus psychédélique: un ciel de Van Gogh dont les étoiles gigantesques seraient de lancinants échos — des voix-miroirs, ombilicales et perplexes...
JANIS, valse coquette et opaline dédiée à Janis Joplin, où fleurent le parfum d’un clavecin, le moka d’un harmonica...
THOUGHT DREAM, une lente glissade dominée par un orgue ensommeillé, vélaminaire, une guitare égrenant des notes aciculaires...
THURSDAY qui a la douceur d’un soir au couchant, où les cymbales cascabellent, et deux guitares libellent de petits accords touchants...
EASTERN JAM, ô combien psychédélique! anagogique! Du même acabit qu’“East-West”*: aussi splendide, aussi manifeste; moins pléthorique! Grand jeu des guitares — bien sûr ! —, gloutonnes: celles de David Cohen et de Barry Melton — la première patiente et sage, la seconde plus acide, plus sauvage...
COLORS FOR SUSAN où tombe une pluie d’accords de guitare, ouverts, espacés, rêveurs, d’épisodiques déferlements de cymbales, tintements de triangle, palpitements d’une basse pleine d’ardeur.
* du Paul Butterfield Blues Band: l’année d’avant sur l’album du même nom.
Grande image de la pochette:
http://www.vinylhaven.com/images/Countr ... nToDie.JPG
De gauche à droite: Chicken Hirsh (drums), David Cohen (guitars, keyboards), Barry Melton (guitars), Joe McDonald (vocals, guitars, organ), Bruce Barthol (bass, harmonica)