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j'avoue etre meme assez pessimiste pour le futur
Je le suis aussi. Ce matin, j'ai écrit pour un autre endroit qu'ici un message dans lequel je parle de la réunification telle qu'on pouvait la ressentir de l'intérieur, en Allemagne, lors de la chute du mur. Plutôt que de reformuler en d'autres mots la même chose, je me permets de recopier mon texte ici.
Le regard que porte le monde sur l’Allemagne réunifiée est forcement très différent de celui que portent les Allemands eux-mêmes sur cette réunification que la plupart ne souhaitaient pas. Vu de l’extérieur, c’était un grand moment historique, symbole de paix. Vu de l’intérieur, c’était l’annonce d’une cohabitation forcée entre deux peuples qui ne se connaissaient pas, n’avaient pas d’estime l’un pour l’autre.
Avant la chute, pour les habitants de l’Allemagne de l’Ouest que nous étions, ceux de l’Est étaient de parfaits étrangers. Rivaux pendant les compétitions sportives, un peuple dont on ne savait pas grand-chose puisque rien ne filtrait à travers le mur. On les surnommait péjorativement les Ossis. C’était nos Belges, ceux dont on se moquait. Prenez les blagues sur les Belges qui circulent dans les autres pays francophones, traduisez-les en allemand, remplacez les Belges par les Allemands de l’Est, vous aurez une image des relations peu cordiales entre ces deux peuples. Les seuls moments où nous éprouvions de la compassion pour ceux de l’Est, c’est lorsqu’à la fin du bulletin d’information à la radio, on nous apprenait qu’une personne avait été fusillée de l’autre côté du mur en tentant de passer à l’Ouest. Et ça arrivait si souvent que ça finissait pas devenir une triste banalité avec laquelle nous nous accommodions.
Lors de la chute du mur, les sentiments étaient partagés en Allemagne de l’Ouest. Il y a d’abord eu l’euphorie, de courte durée. La radio et la télé nous parlaient d’Allemands de l’Est tellement émerveillés de voir des oranges en grande quantité dans les supermarchés qu’ils en piquaient, sous le regard compatissant des marchands. Mais la crainte a vite succédé à cet état flottant dans cette Allemagne qui n’était déjà pas bien forte sur le plan économique, où le taux de chômage était élevé. Alors, rapidement, on entendait ici et là des commentaires méprisants sur les Ossis qui allaient nous piquer nos emplois, qui allaient se répandre à l’Ouest et nous y prendre ce qu’il y avait de mieux. L’une de mes amies se cherchait une voiture d’occasion à cette époque. D’ordinaire très ouverte, très peace and love, elle n’a pas pu s’empêcher de me tenir un discours sur les Ossis qui allaient sûrement se précipiter sur les petites annonces les plus intéressantes et ne rien lui laisser.
C’était ça, la réunification. C’est aussi un changement total dans le paysage démographique qui ouvre la porte aux partis d’extrême-droite et aux mouvements néonazis. La chute du mur a ouvert les frontières, les Turcs forment la plus importante communauté étrangère en Allemagne. Ils se chiffrent à plus de 3 millions il me semble, et la cohabitation est difficile. En 1993, trois jeunes néonazis ont incendié une maison où habitait une famille turque. 5 personnes en sont mortes. Ces crimes se répètent ailleurs. Aussi, depuis la chute, l’Allemagne a modifié ses règles concernant la naturalisation. Auparavant, il fallait être d’origine allemande par ses parents pour obtenir la nationalité allemande. Aujourd’hui, sous certaines conditions, c’est le droit du sol qui prime, non plus le droit du sang. Ainsi, l’Allemagne est en pleine mutation depuis la chute du mur.
Ce que j’en retiens avant tout, c’est que cette réunification s’est faite trop vite. Le peuple allemand n’y était pas préparé, le gouvernement non plus d’ailleurs. Mais la chute du mur a au moins permis le libre accès aux archives de la Stasi, ce qui nous permet enfin de savoir et comprendre ce qui se passait réellement de l’autre côté.
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