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Prendre illégalement quelque chose sans le payer et sans qu'on nous l'ait offert, il y a un terme, n'est-ce pas.
C'est vrai, JB. À la base, télécharger illégalement, c'est voler. Mais c'est surtout immensément plus que ça. Ce sont des vieux albums totalement oubliés qui circulent de nouveaux des décennies après parce qu'on peut se les procurer illégalement sur les blogspot. Parmi les millions d'internautes, s'il s'en trouve ne serait-ce que 10% qui passent à la caisse, n'est-ce pas immensément mieux que le silence d'avant Internet ?
C'est une question qui me tient très à coeur depuis longtemps, et crois-moi, il y a nombre de musiciens qui sont remontés contre l'industrie, et approuvent la libre circulation de leur musique. Je pose presque systématiquement la question quand je fais une entrevue. Quelques réponses :
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Fred Vidalenc (ex-Noir Désir)
Béatrice : J’ai moi-même découvert ta musique en solo parce qu’elle circulait illégalement sur Internet. J’ai tant aimé que j’ai fini par acheter tes deux albums. Que penses-tu du piratage ? Es-tu totalement contre ou es-tu plutôt heureux que le téléchargement illégal puisse te faire connaître plus largement ?
Je suis entièrement pour le téléchargement le plus débridé possible. Dans mon cas, c’est une formidable opportunité. En solo, je dois vendre peut-être 4000 albums. Donc l’ouverture qui se crée grâce à Internet est extraordinaire. Alors n’hésitez surtout pas !
Par contre, il y a un truc qui pourrait être rigolo. On se pose souvent la question : « Combien de fois on a été téléchargé ? Combien de gens nous ont écouté ainsi ? » Avant, quand ça ne circulait que par disques, on le savait, ça nous donnait un renseignement précieux pour notre propre satisfaction. Alors je ne sais pas, il y aurait peut-être un truc à faire de ce côté-là. Par exemple, quand un mec télécharge notre album, il pourrait nous envoyer un mot pour nous souhaiter notre anniversaire, nous dire « Tiens, je t’ai téléchargé. » Ça pourrait être une sorte de code. Comme ça on saurait qu’on a été téléchargé tant de fois, ça fait toujours plaisir…
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Alexandre Varlet :
Pour Alexandre Varlet, Internet est une discothèque infinie où chacun pioche de toutes les façons possibles et imaginables. « Avant d’être un gars qui chante et qui fait des disques, je suis un consommateur de musique, et ce depuis très jeune. La musique est vivante, et le but d’une chanson est de papillonner d’un monde à l’autre. En ça, le Net, c’est dément ! Le téléchargement illégal est un vrai vecteur de communication qui permet à mon nom et ma musique de circuler. Je ne pense donc pas que ça me nuise catégoriquement. Il y a des gens qui n’ont peut-être pas acheté mon disque, mais ils peuvent payer leur place pour l’un de mes concerts. Peut-être même finiront-ils par acheter le disque d’après, puis tous les autres quand ils le pourront. Une chanson téléchargée n’enlève pas de sa valeur intrinsèque. Un gamin peut l’adorer, et grâce à lui, elle va vivre, et le nom de l’artiste tailler sa route. »
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Savage Resurrection :
Béatrice : Savez-vous que votre album est devenu culte pour beaucoup de gamins, qui ont découvert votre musique à travers Internet ? Que pensez vous du téléchargement illégal ?
Randy : J’ai découvert ça il y a 8 ans, par accident, alors que je m’ennuyais au bureau. J’ai tapé mon nom, puis Savage Resurrection sur Google. Putain de merde ! Je pensais que notre musique était morte et enterrée sous trente ans de sable. Quel choc ça a été. J’ai immédiatement pris contact avec les potes du groupe, et j’ai découvert que tout le monde était dans le coin, en bon état.
J’aime ça ! C’est un bon antidote au poison de la cupidité de l’industrie musicale, qui vend et laisse la musique et l’art sans vie, encule les musiciens, sans les rémunérer correctement. Juste retour des choses. Et j’aime le fait qu’ils se focalisent sur la musique, et l’écoutent.
Par contre, j’ai un vrai problème avec les pirates, qui font de l’argent en volant la musique des autres pour la revendre. Pour moi c’est vraiment du vol, et je trouve ça encore plus cynique que l’industrie du disque, dans la mesure où ces gens sont conscients de ce qu’ils font, mais se foutent pas mal d’arnaquer les musiciens.
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