Mon cher JB, c’est justement vers l’avenir que je me tourne. L’importance de le construire maintenant en regardant non pas vers les prochains mois, mais vers les prochaines années. Nous n’en sommes qu’aux débuts d’une ère virtuelle qui s’est construite trop vite et ne donne qu’une impression de chaos. Mais ce n’est pas en tentant désespérément de revenir en arrière qu’on progressera.
Il y a des musiciens qui se battent depuis longtemps pour sensibiliser non pas les internautes, mais leurs confrères sur l’importance de prendre enfin leur destin en main. David Byrne est de ceux-là, lui qui donne des conférences sur le sujet, écrit de longs articles dans Wired dans lesquels il se montre d’une extrême clairvoyance, invitant les artistes non pas à brader leur travail, mais à continuer à enregistrer de la musique de qualité en se passant de l’industrie, machine trop lourde qui fait preuve d’une incapacité totale à évoluer.
Oui, tu as raison, produire un album de qualité coûte cher. Mais l’argent coule à flots sur Internet. Les publicitaires n’investissent plus dans les publications imprimées, mais dans le Net. Leur investissement sur la toile se chiffre en milliards de dollars annuellement. Que se partagent encore et toujours les majors, les intermédiaires voraces, quand les artistes ne voient rien passer. C’est encore le bordel, les initiatives de quelques musiciens pour financer l’enregistrement de leurs disques sont parfois timides et maladroites. Mais les artistes n’ont jamais eu autant l’occasion de s’associer pour bâtir à neuf un système qui leur permettrait de s’affranchir de l’industrie sous sa forme actuelle. Et c’est, je crois, ce qui permettrait une réelle sensibilisation des internautes. Car, aussi naïf qu’il puisse être, leur discours est commun : ce ne sont pas les musiciens qu’ils ont le sentiment de voler, mais l’industrie du disque. Je suis persuadée que s’il y avait un changement majeur dans le mode de distribution de la musique, si acheter un album rétribuait le musicien plus honnêtement, nombreux seraient les internautes qui achèteraient la musique qu’ils aiment au lieu de se contenter des MP3 acquis illégalement. Radiohead a démontré que c’est possible, que les internautes sont prêts à passer à la caisse quand les musiciens font preuve d’initiatives qui forcent leur respect.
Tiens, lis ça :
http://www.wired.com/entertainment/musi ... ntPage=all
Et aussi ceci :
http://www.wired.com/entertainment/musi ... 1/ff_byrne
"What is called the music business today, however, is not the business of producing music. At some point it became the business of selling CDs in plastic cases, and that business will soon be over. But that's not bad news for music, and it's certainly not bad news for musicians. Indeed, with all the ways to reach an audience, there have never been more opportunities for artists."
David Byrne