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Tom, tes mots sont touchants.
Ben, ce que tu écris, comme Greg, sur la peur de laisser les autres face à leur douleur me semble être partagé par la plupart d’entre nous. Comme si nous souhaitions vouloir leur épargner la souffrance. Pourtant, les épreuves qu’on traverse inévitablement lors d’un deuil sont aussi source d’enrichissement. Elles nous grandissent et elles nous appartiennent.
C’est cette crainte de laisser l’autre qui m’avait inspiré un texte que je devais écrire dans le même cadre professionnel que le premier. Ce n’est pas forcément facile d’écrire sur commande, pour le lecteur inconnu, mais c’est un défi fort intéressant. J’avais écrit une lettre qu’un mort adressait à ceux qui restaient du côté de la vie.
Quelques mots de moi
Voilà déjà quelques temps que je m'en suis allé, et que, léger comme l'air, transparent comme le vent, je vous regarde parfois marcher sur le chemin de la vie. Et je suis fier de vous.
Ô, combien éprouvants furent les premiers mois qui succédèrent à mon départ, combien fort vous ont-ils fait douter de vous, vous ont-ils fait douter de tout ! Lorsque j'étais encore là, assis à vos côtés, ma présence vous plongeait dans la douce insouciance d'un jour comme tant d'autres, où, de pensées futiles en discours anodins, on rit à la même table sans penser à demain.
Et puis je suis parti... S'installa subitement le silence, sournois, insoutenable. Vous aviez encore tant de choses à me dire ! Tous ces mots perdus, vous les avez pleurés, vous les avez hurlés, et puis ils se sont tus. Et vous vous êtes demandé pourquoi... Pourquoi vous ? Pourquoi moi ? Vous avez pesté contre ce dieu que vous aduliez tant, ou en lequel vous disiez pourtant n'avoir jamais cru. Et puis, finalement, vous vous êtes résignés... Vous avez compris qu'il ne sert à rien de se battre contre le destin, que les cris et les larmes jamais ne ressuscitent, qu'ainsi va la mort, qu'ainsi va la vie...
Je vous ai fait traverser de bien cruelles épreuves, mais elles vous ont grandis. Et je vous vois aujourd'hui, plus sereins, poursuivre le cours de vos vies. Il subsiste de moi en vous nos plus beaux souvenirs, qui rejoindront ceux que vous vous ferez encore tout au long du chemin qu’il vous reste à parcourir. Que vos jours vous soient doux ! Que vos nuits vous soient tendres ! Vous voir revivre me rassure, et m'invite à renaître, plus fort moi aussi, dans cet ailleurs d'où je veille sur vous.
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