Je mets là un texte que j'ai déposé ailleurs sur le forum mais comme tout le monde ne fréquente pas les mêmes topics ! A vos réactions !
Petit retour sur Dylan à Carhaix
Dimanche 22 juillet - direction Bretagne. Tôt sur la route, prise impatiemment pour surtout ne pas rater Dylan aux Vieilles Charrues - place offerte par mes enfants pour que leur daron puisse se régaler du passage d'une de ses vieilles "idoles" - même si j'ai passé l'âge et ce depuis longtemps d'idolâtrer qui que ce soit... Beau temps sur la Bretagne, kilomètres avalés en 5 heures depuis le Poitou. Installation et enfin débarquement en terrain sec et poussiéreux (chouette... pas de pluie) Parking C et promenade à pieds chez les indigènes, à errer parfois entres les grilles, les services de sécurité, là pour faire en sorte que la petite ville envahie ne soit pas brutalisée par les errances intempestives des festivaliers - jeteurs d'ordures et semeurs de canettes. Ok ! On comprend et tout ça semble plutôt bien organisé. Première fouille - merde des panneaux indiquent "pas d'appareils photo " - pas d'humeur à retourner à la bagnole - 2 bornes sous le soleil - c'est toujours long. Bon on passe malgré tout, ma compagne et moi. Plus loin - ticson et seconde fouille - putain y virent ma bouteille... d'eau. Pas compris pourquoi... À l'intérieur on peut choper des verres, des pichets et les remplir d'eau autant qu'on veut à des fontaines (enfin des robinets) aussi souvent qu'on veut en enjambant une petite mare de boue (pour Woodstock on repassera plus tard - l'année prochaine peut-être...). Pas trop de monde... et premier choc... d'horreur.
Sur la scène Glenmor, l'Ensemble Matheus. Le cauchemar complet - une musique (enfin - y'a des notes et des rythmes...) laide à pleurer, ce mélange de classique, d'opéra et d'électricité qui se voudrait rock nous fait fuir au bout de dix minutes, mais nous poursuivra au plus loin des lieux que nous explorons à la hâte, espérant un abri contre ce déluge de mauvais goût. On en profite pour manger vite fait et surtout boire ! Tiens boire, une activité que les festivaliers s'emploient à faire durer - beaucoup de bières, peut-être du cidre (Bretagne oblige) et certains ont de grands besoins - à les voir et les entendre.
L'après-midi se poursuit vaille que vaille et à partir de là le cauchemar se poursuit. Sur la scène Kerouac (ben merde alors sur la scène au nom tant aimé on ne va entendre que des choses consternantes, au mieux médiocres) Amadou & Mariam. Paraît que ces deux-là font un tabac partout où ils passent... Soyons charitables. On peut peut-être aimer cette musique, propice à remuer ses os et à tournicoter sur soi, mais au bout de 30 minutes, on se demande quand est-ce qu'ils jouent le second morceau parce que là on a toujours pas vu la différence avec le premier - et comme on ne comprend pas les textes chantés - l'ennui progresse vite. On se rabat sur la buvette, le pain et les frites... Petit passage sous le chapiteau Gwernig où on écoute un peu Ar Rannou, un groupe du coin qui a toute notre sympathie - si au moins le festival peut promouvoir des artistes du cru, tout ne sera pas vain.
Un peu plus loin Garbage ne va pas tarder à grimper sur scène - retour donc à Glenmor. Bon là devrais-je être charitable ? Le nom tient ses promesses... Du rock de stade qui va enthousiasmer la foule qui se presse. Et bing, ça déboule comme un coup de poing dans le bide - d'ailleurs, c'est au ventre que tout se joue - on joue bien fort, on mouline des accords barrés en pagaille et le bassiste qui a bien retenu ses leçons d'impétrant, se cale sur la grosse caisse du batteur qui est aussi subtil qu'une baleine dans un aquarium. Et que tous se démènent sur la scène pour faire le spectacle ! Bon et la musique ? Heu, pas grand chose à en dire - au bout de 5 titres, repli vers la buvette, fuite au loin - mais on pourra entendre encore la chanteuse dire tout le bien qu'elle pense du public français et patati et patata - et ce même public d'applaudir... Et tous s'aiment en s'agitant du croupion sous une musique indigeste, formatée et tellement peu généreuse.
L'ennui nous gagne. Mais le comble ne nous est pas encore envisageable et pourtant, si le fond n'est pas encore atteint, on l'entrevoit dès l'apparition de Santigold, sur la scène Kerouac (mais merde peuvent pas le laisser tranquille, lui qui aimait tellement la musique, le jazz, le bop). Parce que là j'en suis encore tout tourneboulé... Mais qu'est-ce que c'est que ça ! Les jeunes filles sur scène sont certes sympathiques et déploient des efforts physiques pour demeurer attractives... mais la musique vains dieux ! D'ailleurs où est-elle la musique dans ce fatras de sons indigestes et de rythmes à peine esquissés. Et s'il suffit de danses et déguisements pour s'attirer les faveurs de la foule alors Santigold frise le génie. Mais brisons là. Rien à dire sinon que les robinets d'eau vont encore nous consoler de la chaleur et nous faire tenir encore un peu jusqu'à Dylan, la raison de notre présence ici.
Dylan arrive sur scène - 10 minutes de retard et déjà certains du public s'impatientent - public gâté qui est habitué à jouir au chronomètre ? On sait que les écrans sur le côté ne vont offrir qu'une image fixe de la scène - image lointaine qui va contribuer à impatienter plus encore la foule. Celle-ci d'ailleurs est tellement habituée à ce subterfuge qu'elle est toujours prête à payer pour ne pas voir (ou très mal)...
Dès le début on sait aussi que Dylan, à son habitude, propose des versions de ses chansons souvent réarrangées, réorchestrées et donc déconcertantes. Mais là si on écoute on voit bien que le set ne propose que des titres archi-connus et pourtant à la fin du concert on entendra dire et on lira dans la presse du lendemain des jugements totalement infondés, qui frisent la désinformation. La palme se l'incompétence revenant au journaliste du Télégramme qui parle de "titres obscurs" alors que la setlist n'est composée que de classique parmi lesquels : Highway 61 revisited ; Tangled up in blue, Simple twist of fate, Hard rain's ; Ballad of a thin man (décidément quand quelque chose se passe sous les yeux d'un public ce dernier n'y comprend toujours rien) ; All along the watchtower, Like a rolling stone, Blowin' in the wind - et ce sans être exhaustif, je tiens la liste complète des titres à disposition de ceux qui le souhaitent - quant à ceux qui savent ils jugeront et apprécieront. Alors oui le concert donné ne fut pas un show formaté pour un festival. Dylan a joué moins fort que d'autres, ou bien sa musique respire un peu plus que la leur - y'a des silences éloquents et point n'est besoin de saturer de décibels ce qui n'aspire qu'à être écouté. D'ailleurs, on se demande parfois si le public vient écouter ou bien se noyer, s'immerger dans une espèce de joie obligatoire qui conduit à la surdité et au déploiement d'une jubilation bien ordonnée.
Et puis Dylan ne communique pas beaucoup - d'où le fait qu'on l'accuse de ne pas être généreux avec le public - mais quoi ! La générosité se mesure aux propos démagogiques attendus (espérés) - du type " vous êtes formidables ! je vous aime ! ah public français (breton ?) combien on est content d'être là" - toutes ces imbécilités convenues - un peu de sérieux...
Décidément Dylan sera et restera fâché avec les festivals, son époque et cette partie de la jeunesse (mais aussi de la vieillesse impatiente de ne surtout pas défaillir) qui préfèrera toujours s'étourdir aux sons de la médiocrité ambiante plutôt que d'élever un peu ses capacités d'écoute et d'éduquer sa patience. Dylan a joué, posé des mots sur des musiques qui n'entrent plus dans le cadre d'une industrie musicale qui ne vise que l'entertainment. Et si sa prestation n'est pas exempte de défauts - il est moins véloce au piano, son jeu d'harmonica se fait de plus en plus rude et périlleux, le batteur a parfois semblé déraper sur le final de certains titres, des crachotements dans la sono, reste néanmoins un chanteur qui a plus à dire dans une seule chanson que dans tout le set des Kasabian qui a suivi. Mais je resterais charitable avec ces derniers et n'en dirais pas plus. Nous sommes partis dans la nuit, confondus et stupéfaits des propos tenus à la fin du passage de Dylan - une jeune femme nous a même interpellés, nous voyant quitter le terrain ; " Vous n'avez quand même pas applaudi ça ?" - la trentaine jolie n'empêche pas l'idiotie - " Mais qu'aurions-nous pu applaudir d'autre cet après-midi ?" Et que dire de cette autre affirmant que ce n'était pas le vrai Dylan qu'on avait entendu ?
Un regret n'avoir pu écouter Portishead qui passait le jeudi ! Quant à Gossip ? Heu non !
_________________ "Il y a des années où l'on a envie de ne rien faire" P-Barouh
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