J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Douglas
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 23 juil. 2026 03:09

Steve Lacy – Avignon And After Volume 2.jpg
Steve Lacy – Avignon And After Volume 2.jpg (24.57 Kio) Vu 102 fois
Steve Lacy – Avignon And After Volume 2 – (2014)

Il y avait bien un « Avignon And After » paru en soixante-quatorze, des enregistrements « Emanem » effectués en solo, sur support vinyle. Ils regroupaient des titres joués au « Chêne Noir », lors de deux soirées, un album fameux où Steve jouait seul face à son public, armé du seul soprano.

On retrouve d’ailleurs d’autres prises issues de ces mêmes concerts, sur cet album qui regroupe, dans ce même esprit, des efforts comparables en d’autres lieux, le Musée d’Art Moderne à Paris, une performance à Edmonton de soixante-seize et une autre en provenance de Cologne, en studio, en soixante-dix-sept.

L’intérêt est grand pour les admirateurs du maître. Il n’y a là que des sélections et non pas une intégrale, qui paraîtra probablement un jour, lorsque la véritable dimension de Steve Lacy éclatera à la face du monde…

C’est précisément en se confrontant à ce type d’album que l’on mesure à quel point Steve Lacy est perfectionniste. Il interprète des pièces qu’il joue et rejoue, jusqu’à ce qu’elles lui conviennent dans l’exécution et la ligne, avec la pureté du trait que pourrait rechercher le calligraphiste chinois, dans l’accomplissement de son art, qui lie geste et poésie, par le biais du pinceau…

« L’art du trait » c’est bien le même que travaille Steve Lacy, lorsqu’il reprend des pièces qu’il a créées, et rejouées, répétées, dans diverses dimensions comme sur l’album « Shot » de soixante-dix-sept, où s’entendent « Moms » et « Pops », interprétées avec l’aide du percussionniste nippon Masa Kwate.

Mais sans doute faudrait-il parler avant des trois reprises de Billy Strayhorn qu’il effectue, avec une bouleversante version de « Lush Life », dès la performance à Avignon de soixante-douze. Des sentiments identiques pourraient également se faire jour lors de l’exécution de « Torments » à Paris, trois années plus tard…

Mais les pièces les plus ambitieuses se retrouvent en fin d’album, le très beau « Coastline » suivi de « Hooky », à Edmonton, ainsi que « Snips » à Köln qui dépasse les onze minutes d’un traitement sans pitié, répétitif et buté. Dans son intégralité l’album pèse soixante-quinze minutes et nous propose, semble-t-il, la seule version connue de « Slabs ».

De quoi plaire aux amateurs de Lacy les plus fervents…

Téléchargement en flac limité à 3 jours par We Transfer:

https://we.tl/t-CifauPYyXhF6hH7j
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Message par Douglas » ven. 24 juil. 2026 03:00

Leïla Martial Jubilä 432.png
Leïla Martial Jubilä 432.png (556.62 Kio) Vu 58 fois
Leïla Martial – Jubilä 432 – (2026)

Compliqué l’itinéraire musical de Leïla Martial, très vite tout a bien marché pour elle, il faut dire qu’elle est douée, elle chante vraiment bien et sait s’entourer. « Dance Floor » et surtout « Baabel » vont bien. Le titre « Smile », qu’elle interprète avec Emile Parisien, est tout simplement exceptionnel.

Ensuite vient « Warm Canto », l’album référence, en trio, quasi parfait, il semble que Leïla ait trouvé la formule gagnante, le filon à suivre et à exploiter tranquillement, en continuant à s’insérer en profondeur dans la petite scène active du jazz français, comme elle s’y entend, avec Anne Pacéo…

Mais non, Leïla n’est pas faite de ce bois-là, elle remet en cause les certitudes et penche encore côté risques et sincérité, elle ose relancer les dés avec « Oliphantre » moins policé, elle s’efface devant Francesco Diodati, l’italien, qui compose l’ensemble.

Elle joue encore son sort avec l’expérimental « Le Jardin Des Délices », qu’elle sort avec le violoncelliste Valentin Ceccaldi, incorporant des auteurs classiques, l’horizon s’épaissit, devant tant d’audaces…

Cette dernière parution, « Jubilä 432 », saluée par la critique et honorée d’une distinction, celle de « lauréate des Victoires du jazz », en tant que chanteuse, pourrait bien la remettre en selle ! Pourtant elle ne transige pas et persévère sur cette route qu’elle veut avant tout sincère et sans facilité.

Elle joue en patronne, seule maîtresse à bord, avec son histoire, ses failles et ses faiblesses. Ses forces aussi, cette façon unique de chanter, balbutier parfois, se déguisant en vieille femme ou en simple femme plus simplement, qui se dévoile sur l’intime « A l’Enfant Que Je N’Aurai Pas ».

Et puis des chansons qui ressemblent à des chansons, et d’autres moins. Elle explique avec ses mots : « « Ce disque est une odyssée hétéroclite, élaborée à partir d’anciennes maquettes, d’extraits d’improvisations sur mes machines ou a capella, de collectages de voyages, de sons de bouche samplés, d’accessoires divers type bouteilles et boîtes à musique ainsi que d’instruments de synthèse, tout cela sur fond de Jean-Sébastien Bach et de vocalises fantasmagoriques. »

Les amis sont là, nombreux qui passent, comme Eric Pérez, Maritsa Ney avec le Listening Orchestra sur « Might be », ainsi qu’Elie Dufour sur « Sisters ». Jubilä est « une créature fantaisiste et clownesque » dit-elle, quant au nombre « 432 » il représente la fréquence d’accordage la plus pure. Tout un ensemblier fantasque s’organise ainsi sur cet album plein de surprises et d’ouvertures au monde, avec des éclats de folie qui surgissent sans prévenir, comme au pays des fées…

Et, petit à petit, nous voici face à une œuvre majuscule, tout à fait extraordinaire, unique, n’appartenant qu’au monde intérieur de Leïla, de celles qui bousculent et interpellent, douées d’une grande force !

Leïla Martial - MALIA (Official Video)
Leïla Martial - La Bergère (Official Video)
Leïla Martial - La Rencontre (Official Video)
Praeludium
A l'enfant que je n'aurai pas
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Message par Douglas » sam. 25 juil. 2026 01:20

Kaoru Abe (Abe Kaol) - Partitas.jpg
Kaoru Abe (Abe Kaol) - Partitas.jpg (38.08 Kio) Vu 25 fois
Kaoru Abe (Abe Kaol) – Partitas – (1981)

Un enregistrement effectué au mois de mars mille neuf cent soixante-treize à l’« act's 105 » de Tokyo. Sur la version de cet album le nom de Kaoru a été modifié et se présente ainsi : « Kaol », ce qui ne change pas grand-chose à l’affaire.

Il joue du saxophone alto tout au long du double Cd qui contient quatre pièces au total, deux par Cd. L’ensemble frôle les quatre-vingt-huit minutes de musique, ce qui est fort conséquent. Le son est tout à fait bon et bien restitué, mon exemplaire est une réédition de mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, chez Art Union Records.

A l’intérieur de petits textes sont écrits en anglais et traduits en japonais, ils sont signés par Milford Graves, Frank Lowe, Arthur Blythe, Sirone, Billy Bang, Lee Konitz, Takehisa Kosugi, Ryuichi Sakamoto, Toshinori Kondo et d’autres qui témoignent de leur peine lors de la mort de Kaoru, disparu à vingt-neuf ans, le neuf septembre soixante-dix-huit.

Ils sont écrits après la disparition du saxophoniste suite à une overdose. On connaît le culte qui règne autour de ce saxophoniste maudit, qui fit émerger une passion dans cet underground nippon, et même bien au-delà, car on l’écoute désormais un peu partout sur la planète, fort heureusement, quelques allumés dispersés seulement…

Sur cet album le jeu de Kaoru est riche et volubile, il joue free mais récuse presque le cri ou l’emphase, préférant le lyrisme toujours présent et une sorte de blues qui suinte, avec des feulements douloureux. La peine est là, à la fois hautaine et larmoyante, Kaoru ne se présente pas comme une victime, mais davantage comme un guerrier.

Il n’avait d’ailleurs pas très bonne réputation, prétentieux et querelleur, centré sur lui-même, et assez peu tourné vers les autres. Il n’était pas pingre dans ses détestations ou ses gestes de mauvaise humeur, qui pouvaient être dirigés tant vers un musicien qui l’accompagnait, que vers le public qu’il agressait…

Quand on l’écoute sur cet album c’est difficile d’imaginer telle chose, car on le sent parfois presque écorché, à vif, les pièces filent vite et semblent vouloir hurler dans la partie trois (Well Tempered Alto Saxophone Suite γ), qui se tord en geignant…

« Mon père, c'est Eric Dolphy, ma mère, c'est Billie Holiday » aimait dire Kaoru, alors faute de ne pas les rencontrer, il snobait son entourage et ses musiciens, en les ignorant avec hauteur… Il aurait été doux qu’il joue du Dolphy, mais il manquait à ce devoir et n’en gardait qu’un lyrisme lointain, il se heurtait également aux blessures qui sortaient de la bouche de Billie, entre douleur et souffrance acceptée.

Y’a un peu de tout ça qui perle dans le son de ce saxophone encore rebelle, qui lutte encore, et voit le jour au loin qui scintille sous un luminaire, laissant briller les gouttes de pluie qui s’éclatent au sol, telle de vaines bombes explosives qui finissent étalées, s’échappant dans le flot qui se forme, vers la grille qui aspire goulûment les déchets qu’elle ingurgite…

C’est le chant de Kaoru qui pleure ici, avec une peine infinie qui s’exprime, encore et encore, un peu, encore…

Kaoru Abe - Partitas 1973 (Full Album)
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