J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Douglas
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 18 oct. 2024 03:30

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Herbie Hancock – Mwandishi – (1971)

Après le plutôt décevant « Secrets », je décide de me rattraper avec « Mwandishi », hautement millésimé et premier d’une trilogie fameuse. Peu avant est paru le funky « Fat Albert Rotunda » de soixante-dix, pas si mal, il sera pour moi la première expérience avec Herbie Hancock en tant que leader, ce n’est qu’après que j’écouterai les extraordinaires Blue Note, mais revenons à notre maître du « Fender Rhodes » et à son expérience « Jazz Rock ».

A l’époque c’est ainsi que l’on qualifiait ce genre, dont Miles Davis a gravé les plus belles pièces. Sur les pochettes se trouvait le plus souvent le sticker « Jazz Rock » qui permettait de flécher l’acheteur vers ces articles, alors à la mode. Il y eut pas mal de loupés, il faut reconnaître, mais aussi quelques flamboyances, Herbie, à lui seul, est entré dans les deux catégories, mais ici se trouve parmi ce qu’il fit de mieux, « Mwandishi » est, à tout le moins, un premier pas vers le meilleur…

Quand on détaille les musiciens présents sur cet album, il faut également décrypter la pochette, car à chaque nom correspond un mot en « swahili », ainsi Hancock est le « Mwandishi » qui signifie compositeur, il joue tout du long du célèbre Fender Rhodes, dont il est une des voix les plus éminentes.

Mchezaji qui signifie « joueur » est attribué au bassiste Buster Williams, Jabali « fort comme un roc » correspond au batteur Billy Hart, Mganga le « médecin » un peu sorcier, pour le trompettiste et bugliste Eddie Henderson. Mwile qui signifie « corps sain » pour l’excellent joueur de flûte et de clarinette basse, Bennie Maupin, Pepo Mtoto correspond au « bébé démon », enfant des esprits, pour le tromboniste Julian Priester et enfin Ndugu est le « frère » pour le batteur percussionniste invité, Leon Chancler.

Alors prenez la route de ces trois titres, dont le mérite est de s’étirer et de faire la place, de prendre le temps pour que se prolonge la musique Davisienne, dans la continuité de cet incroyable « In a Silent Way », chef d’œuvre incontournable et référent obligé. Les trois pièces sont très réussies, en commençant par l’hommage à Angela Davis : « Ostinato (Suite For Angela) ».

La seconde pièce tient également sur la première face, « You’ll Know When You Get There », dans le même esprit, et enfin, sur la seconde face, la pièce maîtresse de l’album « Wandering Spirit Song » qui s’étale sur vingt et une minute trente et se nourrit tout du long de magnifiques solos, notamment de la part d’Eddie Henderson qui crève le plafond !

Dans ce genre, l’album est bien évidemment recommandé, il n’a pas pris une ride, et pourtant le meilleur est encore à venir, une trilogie, en effet, s'annonce…

Herbie Hancock – Mwandishi [Full Album]
00:00 Ostinato (Suite For Angela)
13:10 You'll Know When You Get There
23:32 Wandering Spirit Song



Herbie Hancock and Mwandishi in Molde -1971
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 19 oct. 2024 09:09

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Herbie Hancock – Crossings – (1972)

On connaît l’influence majeure de Miles Davis sur le jeune Herbie, qui le rejoint dès mille neuf cent soixante-trois, incorporant de fait l’un des meilleurs quintets de tous les temps. En parallèle il se construit une discographie majuscule sur Blue Note. Vers la fin des années soixante, c’est sur l’insistance de Miles Davis qu’il se met au Fender Rhodes, pour entrer, lui aussi, dans cette nouvelle musique qui pointe. Bien que viré officiellement de l’orchestre de Miles, il participe aux fondateurs « In a Silent Way », « A Tribute to Jack Johnson » et « On the corner ». Merci Miles.

Après « Mwandishi » voici donc le second volet de cette trilogie. A dire vrai, sa beauté essentielle n’apparaîtra curieusement que plus tard, à l’heure des bilans, on consacrera plutôt « Headhunters », facile d’accès et funky qui plaira davantage aux marchands. Ainsi ce second épisode, « Crossings », se verra qualifié d’expérimental et connaîtra une carrière commerciale assez terne, pour un Hancock qui en veut davantage.

Le temps fera son travail et remettra de l’ordre car, on le sait, il y a des ingrédients qui se vendent et se digèrent mieux, la beauté cachée met parfois du temps à se révéler et à se diffuser. « Crossing » par exemple brille de nouvelles couleurs par rapport au précédent, le sextet est bien là au complet, mais Herbie ajoute une nouvelle corde à son arc, le melotron que l’on entend lors de l’introduction de « Water Torture », dernière pièce de l’album et merveille inoubliable.

Il faut compter également avec un invité au rôle considérable, Patrick Gleason qui joue du Moog Synthétiseur et participe grandement au renouvellement sonore, en apportant une nouvelle dimension, que l’on pourrait qualifier de « spatiale ». Cette fois-ci c’est le premier titre « Sleeping Giant » qui est considérable, près de vingt-cinq minutes qui dépassent en dimension la musique gravée sur l’estimable « Mwandishi ».

L’album est en effet plus exploratoire et va encore plus loin que son prédécesseur, et pas seulement pour sa première face gargantuesque, mais davantage encore pour sa seconde assez fabuleuse, avec le mystérieux « Quasar » et le génial « Water Torture » de quatorze minutes, qui donne encore à entendre, il suffit d’y diriger l’oreille pour en être convaincu.

Mais le pire, c’est qu’il s’agit d’une trilogie, il reste donc un dernier élément à insérer, pour que tout fonctionne…

Sleeping Giant


Quasar


Herbie Hancock ► Water Torture [HQ Audio] Crossings 1972
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 20 oct. 2024 03:10

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Herbie Hancock – Sextant – (1973)

Et voici « Sextant », dernier volet de la trilogie, avant la plongée vers « Head Hunters » qui présente l’autre face de Herbie Hancock. Pourtant cet album est déjà une sorte de tournant, non pas véritablement artistique, puisqu’il prolonge d’une certaine façon « Crossings », mais parce qu’Herbie est contraint de changer de maison de disques, passant de « Warner Bros. Records » à « Columbia », c’est que les ventes n’épousent pas la courbe convoitée.

« Sextant » conserve le côté plus ou moins expérimental qui est le fil de son avancée artistique, ainsi les synthés gagnent encore, et se marient avec les cuivres, le bon groove et l’électricité. La basse de Buster Williams et la batterie de Billy Hart constituent toujours le socle imperturbable et indéfectible, « Rain Dance » fait la part belle aux synthés et quelques habiletés dues au bon Dr. Patrick Gleeson épicent cette danse de la pluie, ce dernier introduit également un poil de facilité lors de l’évolution de sa contribution, mais la suite donne encore davantage de consistance à l’album, grimpant les échelons un à un.

Avec l’arrivée de la seconde pièce « Hidden Shadows » Herbie prend les choses en main lors d’un fabuleux solo, la tension monte encore, mais il faut retourner la face pour atteindre à ce qui ressemble au Nirvana des amateurs du genre, avec l’extraordinaire « Hornets », qui probablement peut prétendre au titre de sommet de la trilogie. C’est long mais pas trop, un peu moins de vingt minutes, on aurait aimé que ça dure encore et encore, mais il faut bien se satisfaire de ce met de choix…

On retrouve sur cette pièce la mixture type qui nous est offerte dans ces trois albums, avec l’influence pleine et entière de Miles Davis en matière électrique, offrant même quelques brisures rythmiques typiques de Miles. Il faut souligner également le trompettiste Eddie Henderson, à son sommet, qui balancent des riffs qui zèbrent l’espace, Julian Priester et Bennie Maupin sont également au top, seule petite ombre peut-être, des synthés sans doute un peu vieillis, mais chacun se fera son idée…

Trois classiques du jazz-rock dus au magicien des claviers qui ne s’arrêtera pas là, même si ce n’est pas toujours pour le meilleur…

Rain Dance


Hidden Shadows


Herbie Hancock ► Hornets [HQ Audio] Sextant, 1973
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 21 oct. 2024 03:06

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Bugge Wesseltoft – New Conception Of Jazz – (1997)

Il y a quelques temps Piranha avait évoqué ce musicien et je savais posséder un album du gars, mais impossible de mettre la main dessus, vivant ces temps-ci un peu à la façon d’un migrateur. Après quelques recherches paresseuses je l’ai choppé, bien qu’il soit mal classé, pourtant dans un endroit où le classement rigoureux devrait être la règle… Et ça, c’est un problème !

Il faut dire que ça fait belle lurette que je n’y avais jeté une oreille, bien que je mesure le risque considérable qui consiste à balancer au loin ainsi, un pavillon aussi indispensable, du coup je fais gaffe où je pose les pieds… Par ailleurs je ne connais aucun autre album de la discographie de ce sympathique musicien, pianiste et compositeur norvégien, souvent classé dans le « Nu Jazz », qui fréquente pas mal de ses comparses compatriotes, comme ici Nils Petter Molvær, sur « Poem » la septième pièce.

Ici il y a dix pièces, dont la toute première a une tête de Hit, ce « Somewhere in Between » est très bien foutu et reflète bien le son de l’époque, il faut ajouter que cet album est encore plus ancien qu’il n’y paraît, puisqu’il a été conçu en quatre-vingt-quatorze. On pourrait songer à Portishead, à ce balancement bien négocié avec la voix de Bugge qui se pose, et l’électro qu’il ajoute, dans l’air du temps…

Mais bien vite on se retourne et « New Conception of Jazz » bien balancé, s’étale, développant une atmosphère très différente. Une impro à la plage cinq du même nom, ajoutera un petit « 2 » pour se différencier, qui fait place à l’improvisation, du jazz donc, du vrai.

Ainsi, c’est parfois pop, parfois jazz, parfois un peu free, et même parfois, bigbandesque, c’est dire où nous sommes. Justement, pièce huit, il nous transporte vers l’orient avec « My Street », un autre artefact « pop » délicieux…

Pour les collectionneurs j’ai vu en passant sur discogs, qu’il existe une version deux fois « quarante-cinq tours » parue à l’occasion du vingtième anniversaire. Perso j’ai la version « Jazzland » le label créé par Bugge, d’origine avec un boitier jaunâtre…

Somewhere in Between


My Street


New Conception of Jazz


Trouble


Poem
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par whereisbrian » lun. 21 oct. 2024 13:16

Ses albums avec Sidsel Andresen sont bien aussi.
Album Moving également.

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 21 oct. 2024 19:11

whereisbrian a écrit :
lun. 21 oct. 2024 13:16
Ses albums avec Sidsel Andresen sont bien aussi.
Album Moving également.
Je m'en vais creuser davantage... Il y a matière !
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 22 oct. 2024 05:04

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Spontaneous Music Ensemble – A New Distance - (2005)

Je suis déjà passé plusieurs fois par l’étape « Spontaneous Music Ensemble » sur ce fil, groupe d’improvisation anglais, assez incroyable, avec plusieurs facettes et une facilité presque vitale à se renouveler, particulièrement par le départ et l’arrivée continuelle de musiciens nouveaux, qui apportent du sang neuf et de nouvelles idées, mais qui profitent surtout de l’incroyable machine à improviser qu’est devenu le groupe, une véritable école à la musique libre, une fenêtre grande ouverte sur la liberté musicale…

Ainsi chacun doit pouvoir entendre et écouter les autres, rien ne sert de galoper seul dans le cri où l’embardée solitaire, il faut avant tout être à l’écoute, et se mettre au service de l’aventure collective, dans le partage et la construction commune. Avec cet album nous sommes vers la fin du parcours, depuis l’origine John Stevens, batteur et percussionniste, mais aussi joueur de trompette de poche, est l’âme de la formation, celui qui mieux que tout autre l’incarne.

Est présent sur cet album la toute dernière mouture de la formation, avec l’extraordinaire John Butcher qui joue des saxophones soprano et ténor, il est magnifique, rappelant le grand Evan Parker. Il y a également Roger Smith à la guitare « espagnole » qui apporte une couleur discrète, celle des cordes qui, petit à petit ont fait leur nid dans les diverses formations du groupe.

L’album restitue plusieurs apparitions en live, souvent introduites par des propos de John Stevens, la première pièce « Stig » est formidablement enregistrée au troisième festival LMC, au Conway Hall, à Londres, le vingt-huit mai quatre-vingt-quatorze, c’est-à-dire quatre mois avant la disparition de John Stevens.

La pièce est vraiment remarquable, vingt-cinq minutes et trente-quatre secondes d’un voyage intérieur dans les tambours de John, qui savait mieux que n’importe qui, créer un espace tel, qu’il était aisé d’y entrer et d’y faire son nid, de modifier de l’intérieur la musique pour mieux la faire évoluer.

En même temps qu’il soulevait la musique, il permettait ainsi aux autres d’y entrer afin d’y apporter un changement ou une nouvelle direction. « Stig » restera sans doute une des plus belles pièces du Spontaneous, comme le témoin d’un art free abouti, un cheminement particulier et unique.

La deuxième captation live est antérieure, datant de janvier quatre-vingt-quatorze, elle est constituée de quatre pièces qui, cumulées, correspondent en gros à la durée de « Stig ». Ça s’est déroulé au « Red Rose » dans une ambiance plus intime. A nouveau la concentration, la plongée lente en partant du silence, puis entrer dans le monde des bruits et de la musique, chaque intervention demande une évolution, une réponse, un questionnement, s’étoffe lentement les échanges vers plus d’intensité, chacun stimulant l’autre jusqu’à la forme nouvelle et l’imposition d’un nouveau silence…

L'album se termine par deux enregistrements studio inédits qui ajoutent la flûte de Neil Metcalfe au trio. De nouvelles introductions orales de Stevens sont incluses, trois extraits d’une interview, offrant un aperçu des méthodes de travail du Spontaneous Music Ensemble, et de son apport au monde de l’impro au travers d’une méthode qui s’est élaborée au fil du temps.

Un album qui ravira les amateurs d’impros.

Stig


Tape Delight


With Hindsight
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 23 oct. 2024 03:27

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Mikko Innanen, William Parker, Andrew Cyrille – Song For A New Decade – (2015)

C’est bien le finlandais Mikko Innanen qui est à l’origine de ce double Cd bien rempli, presque deux heures de musique à sept minutes près ! Heureusement, vu le nom des accompagnateurs, ça ira vite, ils comprennent tout avant qu’on ne leur explique, c’est l’avantage de fréquenter des caïds, ils connaissent la musique : les dièses et les bémols ça les fait marrer ! L’enregistrement s’est déroulé à Brooklyn, New York.

L’Innanen il a quasi tout composé, sauf « Look For The Red Door » signé par les trois, car ils sont en trio sur le Cd1, il y a également le titre d’ouverture, qui est aussi le nom de l’album, « Song For A New Decade » qu’il a écrit avec Andrew Cyrille, le batteur de ces sessions.

Le second Cd est en duo, sans William Parker, donc avec les deux restants, on imagine sans savoir, que Cyrille a dû avoir vent que William Parker était dans le coin, un p’tit coup d’fil et le voilà qui rapplique avec sa sulfateuse, le temps d’une session bien menée…

Il est évidemment normalement impossible au presque inconnu Mikko Innanen de jouer en compagnie de tels musiciens, pas une chance sur cent, pourtant c’est arrivé, voilà ce qu’il déclare dans les notes de pochette : « … mais très vite, j'ai réalisé qu'avec ces hommes gentils et solidaires, tout ce dont j'avais besoin était de me détendre, seul, et de profiter de la balade… »

L’Innanen, il a du matos, et il le sort, sax alto et baryton, clarinette indienne sur « Look for the Red Door », flûte nasale, embout de cornemuse, sifflets et percussions, de quoi apporter de la couleur et de la variété… C’est évidemment un excellent soliste, plutôt dans la lignée d’Ornette Coleman, avec cependant une tendresse pour le bop qu’il rehausse en une sorte de « free-bop » tout à fait exaltant, comme sur « See You at 103 », un rendez-vous dans un bar à vin de Copenhague…

Sur le premier Cd le rôle de William Parker à la basse est évidemment très stabilisant, il assure avec grande classe, on note qu’il utilise l’archet sur « Small and Big Steps », le dernier titre où il participe, envoyant du coup un signal fort vers la prise de risque et un lyrisme exacerbé.

Le second Cd est entièrement improvisé, au Ibeam Music Studio, toujours la grosse pomme, aussi il n’y a pas vraiment de titre, les pièces sont notées de la façon suivante « Song » + un numéro d’ordre allant de « un » à « six ». Par exemple, sur l’excellent et inattendu « Song 5 » Innanen joue de la flûte nasale et imite les oiseaux…

Après un premier titre bien énervé, le duo sur « Song 2 » fait bien plaisir également, où Andrew Cyrille groove méchamment en frappant les cercles des toms, le dialogue à deux est fécond et fusionnel, très sur la retenue sur « Song 3 » un peu dilettante. Les amateurs de batterie goûteront le jeu de Cyrille extrêmement fin, plein de délicatesse et de subtilités, à fleur de peau même tant il est juste et naturellement efficace, sans jamais en faire trop, la marque des grands !

Un bel album qui permet à Innanen de graver une belle pièce qui restera fondatrice, et sur laquelle il pourra poser d’autres belles pierres !

Mikko Innanen & Andrew Cyrille Duo, Part 1


Je suis tombé la-dessus en mettant sous presse, ce n'est pas sur l'album, mais à la même période, Cyrille en solo:
Andrew Cyrille - solo drumset -- Under_line Salon / Arts for Art -- May 28 2015
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 24 oct. 2024 03:05

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Sixun - Best of Sixun – (2024)

Voici un « Best Of », le genre de truc dont je ne raffole pas, et même que j’abhorre pour dire vrai et me montrer sincère, je dois bien en posséder quelques-uns, mais souvent c’est pour choper quelques inédits, versions live ou titres rares ajoutés en bonus, donc plutôt pour ce qui ne touche pas à la sauce « best of », mais arrive en ajout. Alors la question se pose, pourquoi est-il arrivé là, au milieu de mes Cds ?

C’est que j’habite dans une sorte de désert culturel pour ce que j’aime en musique, mais est apparue une petite lumière il y a un an ou deux, avec une Nfac ouverte pas très loin, alors j’y vais de temps en temps, et là ça faisait trois mois que je n’y avais pas mis les pieds, alors, je ne suis pas trop regardant car ça me fait plaisir de repartir avec un truc ou deux à écouter, j’ai donc pris l’excellent « Rifflet » et ce « Sixun », vite fait, récent d’évidence, sans trop me rendre compte qu’il y avait écrit « Best Of », par réflexe, car le renouvellement des skuds est extrêmement lent dans cette boutique, et, n’apparaissaient qu’en Cds, deux nouveautés susceptibles de m’intéresser…

Sixun je ne suis pas non plus un très grand fan, mais la formation est ancienne et je dois avoir un album quelque part, acheté il y a belle lurette. Il y a aussi Jean-Pierre Como que j’aime bien en tant que musicien et dont je suis assez bien les nouvelles sorties, d’ailleurs il y en a un qui ne devrait plus tarder, au rayon des nouveautés.

Déjà un truc me dérange un peu dans ce « best of » c’est le désordre chronologique, j’aurais aimé sentir au moins l’évolution, pour peu qu’il y en ait une. Il y a également des prestations en public, mais elles ne sont pas regroupées, bien qu’issues du même album, le parti-pris est de les dispatcher.

Alors que dire de ce double Cd ? Il y a un point fort, c’est la couleur générale, branchée à l’exotisme, au charme des îles et des rythmes balancés, de ce côté-ci c’est plutôt réussi. Le point faible c’est le côté un peu sousoupe, tout semble léché et bien propret, par bonheur les musiciens sont doués et il n’y a rien d’indigne, mais on ne saute pas au plafond non plus.

Dans ma tête j’attendais de la fusion et du jazz-rock, comme sur « La nouvelle façon de chiner » de quatre-vingt-cinq, le premier album de la formation. Du coup c’est un peu raté, mais l’exotisme compense la sauce électrique souvent un peu trop conventionnelle, avec certains passages qui régalent malgré tout, « Cantabile » ou « Tooklao » par exemple.

Car il y a de bons titres, « Santorin » par exemple, ou l’attendu « Pauline » ou encore « Miss Reggae » qui, tous les deux, yeutent vers les ventes. « Malagasy » va bien aussi. J’ai eu la surprise de constater en ouvrant « Jazzmag », reçu sur le tard, que cet album était chroniqué par Fred Goaty, et rangé dans les « chocs » du mois, mieux que le dernier Dave Douglas, ou encore le Nubya Garcia qui paye pourtant une pub sur le journal, alors peut-être copinage, mais je suis sans doute mauvaise langue, ou encore ce best of est-il finalement remarquable avec ce « tout meilleur » de Sixun et je suis passé à côté, Goaty commence sa chro en comparant le groupe à Weather Report alors…

Tiens faudrait que j’y retourne un peu, vers Weather Report…

Santorin


Cantabile


La nouvelle façon de chiner


Malagasy (Live)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 25 oct. 2024 02:10

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Weather Report – Weather Report – (1971)

Comme souvent, pour ce que l’on a appelé le « Jazz Rock », les meilleures choses commencèrent chez Miles, avec « In a Silent Way » et « Bitche’s Brew », en effet sur ces deux albums figuraient le saxophoniste Wayne Shorter et le claviériste Joe Zawinul. Les deux n’ont pas perdu leur temps et se sont retrouvés bien vite autour de cet album « Weather Report », pour un bulletin météo qui deviendra régulier, mais sera sujet à pas mal de perturbations.

Ce premier album est assez aérien et volatile, il se caractérise ainsi, un point de départ qui connaîtra toutes sortes d’évolutions, on peut donc en déduire qu’il demeure un peu singulier dans la discographie de la formation, ce qui recouvre assez largement la réalité de ce premier essai, qui mérite cependant un petit détour.

Le bref « Milky Way » qui l’introduit annonce la couleur, plutôt planant que groovy, il est vrai qu’il n’y a pas ici de guitare électrique, ce qui donne une couleur plutôt jazzy au groupe, identité qui perdurera au fil des albums, mais ne l’abritera pas des bas, qui sont une marque hélas de nombreux groupes « jazz rock » de l’époque.

La formation première du groupe est complétée par Airto Moreira aux percussions, qui jouait aux côtés de Miles sur « At Fillmore », l’excellent Miroslav Vitous à la basse électrique et Alphonse Mouzon à la batterie. Inutile de préciser que ça vole haut et qu’il y a pas mal de sommets ici, comme « Orange Lady » composé par Zawinul, qui symbolise bien l’album, et le superbe « Tears » de Wayne Shorter qui n’hésite pas à incorporer des voix du plus bel effet.

La dernière pièce, « Eurydice », un peu nerveuse, signée Wayne également, préfigure un peu la suite. Zawinul signe ou cosigne pas mal de pièces, Vitous également, quant à Alphonse Mouzon, pourtant très bon tout du long, il quittera la formation après ce premier enregistrement.

Déjà un bel album, un peu marginal, qui donne envie d’approfondir et de scruter la suite…

Umbrellas


Orange Lady


Tears


Eurydice
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 26 oct. 2024 03:16

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Lakecia Benjamin – Phoenix Reimagined (Live) – (2024)

On se souvient probablement de l’album précédent de Lakecia Benjamin, « Phoenix », qui était sorti avec un certain fracas, celui qu’apporte le succès, très certainement. Alors que signifie ce « Phoenix Reimagined »? Un auto-plagiat, ou encore des versions « live », comme c’est indiqué entre parenthèses, ou bien une redite, pour masquer un certain affaissement dans l’inspiration, histoire de rentabiliser le passé, toutefois pas si lointain, en se mettant un peu rapidement dans les pas de ce vieux grigou de Neil Young…

Avant même de connaître la réponse, je me suis procuré ce Cd, malgré que, pour l’instant, il soit assez difficile de le trouver, car il ne bénéficie que d’un pressage US. Et je tiens désormais les réponses à toutes ces questions, et, pour les résumer toutes, je ne regrette pas mon achat !

Comme on le suppose avec logique, il y a bien des interprétations de titres issus de « Phoenix », au moins six, mais certains ont été légèrement modifiés. D’une certaine façon ces pièces sont bien réinterprétées en live, c’est-à-dire en direct, mais, malgré tout, en studio, avec public, ce qui donne une nouvelle dimension aux compos.

Les titres incorporent également le plus souvent la voix de Lakecia qui rappe et balance le flow, ce qui semble transformer les compos originales en leur donnant une nouvelle chair, et pour tout dire c’est plutôt très réussi. On trouve également des inédits, « Let Go » et « Spirit », il y a également une version dantesque de « My Favorite Things », qu’aimait tant interpréter Coltrane.

D’ailleurs ce-dernier semble bien présent, dans un coin d’ombre du studio, au détour des solos, ou bien dans le jeu de piano très à la « McCoy » de Ray Angry, et puis également dans l’esprit des compos et la façon de jouer, bien que Lakecia joue du saxophone alto, fort bien d’ailleurs, avec un allant considérable, et puisqu’il faut ici ré-imaginer, on ne s’en prive pas, en fantasmant sur cette séance d’enregistrement pas comme les autres !

Il faut également citer les deux invités présents sur la version de « Phoenix Reimagined », à savoir John Scofield à la guitare et Randy Brecker à la trompette, de quoi accorder un petit parfum de légende à ce bel album !

Amerikkan Skin Intro (Live)


My Favorite Things (Live)


New Mornings (Live)


Lakecia Benjamin Phoenix Reimagined (Live ) FT John Scofield, Randy Brecker , Jeff Tain Watts


Trane (Live)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 28 oct. 2024 03:12

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Jean-Pierre Como – Infinite II – (2024)

Cet « Infinite » est le second volet d’une réunion déjà opérée en deux mille dix-huit, par ce quartet réuni autour de Jean-Pierre Como, pianiste, ici dans un univers plus jazz qu’au sein de la Formation Sixun où il se dilue davantage dans un collectif.

Ce quartet est formé également par l’excellent saxophoniste ténor, Christophe Panzani que l’on trouve dans plusieurs formations où il excelle, il y a également le contrebassiste Bruno Schorp et le batteur Rémi Vignolo. Sont jouées des compositions souvent issues de la créativité de Jean-Pierre pour cinq titres, mais deux titres sont signés Christophe Panzani, un autre de Bruno Schorp et encore un autre de Rémi Vignolo, ainsi chacun participe au feu d’artifice.

Ce répertoire est souvent composé par des ballades, des airs rêveurs, ou autour de thèmes qu’on aurait pu croire à destination de chansons, les mélodies sont souvent importantes, et pas des prétextes comme on trouve souvent dans le jazz plus traditionnel, où quelques notes bien choisies sont préludes à de longs développements brillants et techniques, propres à émerveiller l’auditeur.

Ces quatre-là évoluent donc autour de structures relativement traditionnelles, l’enjeu n’est pas de révolutionner le jazz, mais de construire des petites vignettes, neuf au total, plutôt charmantes et faciles à saisir, qui s’imprègnent assez vite dans votre cerveau pour y rester le plus longtemps possible, comme ce « Quite Knight » issu de l’imagination du batteur, qui fut également contrebassiste, autrefois, avant que de tomber dans l’amour des futs et des baguettes…

On connaît la légèreté, voire l’élégance de Jean- Pierre Como, dont je vous avais présenté le très réussi « My Little Italy » en deux mille vingt, mais il faut compter également avec la très grande sensibilité du saxophoniste à la sonorité à la fois juste et fragile, d’une grande richesse mélodique qui fait merveille au milieu de ce quartet.

« Dans Mon Cœur » fait partie des belles réussites, ainsi que le titre d’ouverture, « Ivresse », on pourrait également citer le nostalgique « Paris Lauzanne » écrit par le contrebassiste, autant de beaux thèmes qui signent un très bel album qui se joue en quarante-six minutes, juste ce qu’il faut pour tomber en pâmoison, sous un soleil chaud, ou en regardant la pluie battante caresser les vitres d’une fenêtre, ou simplement jouir du temps qui passe, en se mettant en harmonie avec ce grand récital, qui n'a pas son pareil pour ressusciter le passé et ses doux moments…

Jean-Pierre Como - Dans mon cœur (feat. Christophe Panzani, Bruno Schorp, Rémi Vignolo)


Jean-Pierre Como - Quite Knight (feat. Christophe Panzani, Bruno Schorp, Rémi Vignolo)


Jean-Pierre Como - Ivresse (feat. Christophe Panzani, Bruno Schorp, Rémi Vignolo)


Jean-Pierre Como - Paris Lausanne (feat. Christophe Panzani, Bruno Schorp, Rémi Vignolo)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Piranha » lun. 28 oct. 2024 20:47

Ah tiens, celui-ci je l'ai écouté. Album fort sympa et une découverte de l'artiste pour ma part

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 29 oct. 2024 03:49

Piranha a écrit :
lun. 28 oct. 2024 20:47
Ah tiens, celui-ci je l'ai écouté. Album fort sympa et une découverte de l'artiste pour ma part
Il a même signé un album en quatre-vingt-dix-neuf sur le mythique label "Blue Note", ce qui est une sorte de consécration...

"Empreinte" est pas mal, on y sent sur certains titres la patte Sixun.
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 29 oct. 2024 04:05

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John Zorn – The Crucible – (2008)

Et voici le quatrième volume de la série des « Moonchild », avec ce même quartet d’enfer qui fit résonner haut la musique extrême, on retrouve John Zorn qui déborde du cadre de compositeur pour jouer du sax alto dont il est un grand spécialiste, le « chanteur » Mike Patton, le bassiste Trevor Dunn et le batteur Joey Baron, ils sont tous majuscules ici, jusque dans la démesure…

Accrochez-vous bien dès la première seconde, vous en aurez besoin si vous avez laissé le son de l’ampli un peu haut, « The Crucible » basée sur les mythes de l'alchimie et de la sorcellerie est également dédicacé au trio maléfique, Antonin Artaud, Edgar Varèse et Aleister Crowley, quelque part entre la raison et la folie, avec un fort penchant vers la seconde proposition…

« Almadel » ne vous laisse de toute façon aucun choix, il va falloir payer le tribut. Peut-être, après ce choc électrique hardcore, souhaiteriez-vous un peu de calme, c’est naturel, et vous connaissez Zorn, il aime ça, le naturel, et nous aussi. Bon faudra repasser, voici une deuxième dose, plein les zoreilles vous prenez, ça ressort même par le nez, il va falloir cautériser le flux sanguin…

Bon, Zorn a bien entendu, il vous offre une petite pause, l’est gentil le gars de la downtown, voici « Maleficia », c’est sûr on n’est pas au pays des douces colombes, mais enfin les maléfices ne sont pas si terribles, même s’ils sont effrayants et virent côté films d’horreur, mais nous sommes déjà blasés et rien ne nous atteint de toute façon, ni le boucher des Burnes, ni même l’abominable Professeur Choron, dans une version « Le retour de… » !

Arrive « 9X9 » avec un invité de bas-étage, le facétieux Edgar Morin, ah ! non, c’est Marc Ribot et sa gratte, ça s’emballe encore un peu et Marc régale avec le vice qu’on lui connaît, toujours prêt à envoyer un p’tit coup d’larsen dans l’entrejambe, le genre de truc qui le fait marrer, faut bien rigoler un peu, histoire d’évacuer la tension, d’ailleurs l’opération est réussie, pourquoi s’embarrasser de deux, quand une seule suffit ?

Après ce sommet sympathique voici « Hobgoblin », on aurait aimé enfin une petite pause pour de vrai, mais non, sont du genre bouledogue, quand ils mordent ils ne lâchent jamais la proie, zont pas trop envie de rigoler, les molosses aux babines pendantes ! Un peu d’espoir naît avec « Incubi », démarrage calme, sinistre voire macabre, mais lent, c’est presque joli quand Zorn s’époumone dans le biniou, enfin une lumière, un espoir, un répit, qu’il soit éternel ! Un sommet !

Surgit « Witchfinder » presque mignon après ce qu’on vient de vivre, y’a bien Patton qui envoie ses sorts, mais la dernière burne, bien accrochée, tiendra le coup, du genre qu’on ne nous le fait pas deux fois, il y a une limite à l’inélégance, tout de même. La dernière pièce, « The Initiate », se tient bien dans la lignée, même si elle ne rachète rien.

Un épisode bien sympa dans cette cuvée toxique, encore !

Almadel


John Zorn - 9x9 [The Crucible]


Incubi


Witchfinder
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 30 oct. 2024 03:07

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Sparkling Sessions – Copenhagen – (2024)

On nous promet des séances pétillantes, alors fonçons ! Direction Copenhague, en haut, à droite, Toute !

Bon, ne cherchons pas à tout comprendre, il y a des énigmes partout, renseignements épars ou partiels, mais aussi quelques éléments fiables faciles à énumérer…

Date de sortie, 2024, c’est donc tout récent. Date d’enregistrement, le huit octobre au Studio H 15, à Copenhague, redonc. Enfin, cette date concerne la partie en quartet. Pour le « Sparkling Sextet », qui est en réalité un septet, c’est le lendemain, le neuf, en live au « 5 E », toujours dans la même ville, en haut, à droite.

On avance. L’album est paru chez « Fou Records », le label, fou-fou donc, de Jean-Marc Foussat, le gars qui a des oreilles partout, même dans le passé, et une mémoire magnétique, mais ça, c’est pour notre bien !

Les musiciens, c’est tout de même le plus important, car c’est eux qui cuisinent le sanglier. Jac Berrocal, le maudit dandy du jazz est là, voix et trompette, y’a du génie dans l’air, on respire. Y’a aussi l’ami, Vincent Epplay, aux synthés, aux samples et aux effets divers, et des temps chauds également, nous dit-on dans l’oreillette. Jakob Draminsky Højmark joue des claviers en quartet et de la caisse claire sonique avec le sextet. Jørgen Teller donne de la voix, on l’appelle également « Le Bastard », c’est écrit.

On signale également « Tzarina re-Tuned », mais je penche pour le nom d’une formation, jusqu’à plus informé, peut-être avec les musiciens qui arrivent, mais rien n’est sûr. Car il y a également Tanja Schlander au chant, Randi Pontoppidan, voix et effets variés et à varier, et Per Buhl Ács joue des synthés, voilà pour le septet.

On est sur la planète Berrocal, alors forcément c’est souvent court, mais il y a dix idées à la minute, ce qui compense largement. Mais à ce train, il laisse du monde sur la route, car ici rien ne ressemble à rien, ou tout ne ressemble à rien, ou des p’its riens font le tout, c’est comme vous voulez !

Pour ma part je me régale, et je suis bien content de participer, même de loin, à ce p’tit voyage dans cet univers-là, en haut, à droite !

Pour les extraits, direction "Fou Records", le label pas comme les autres:
https://www.fourecords.com/FR-CD60.htm
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 31 oct. 2024 03:01

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Cecil Taylor – Freebody Park, Newport 1965 – (2024)

Je me suis procuré cet album, malgré qu’il ne soit pas officiel, mais le menu est alléchant, Cecil Taylor, période soixante-cinq, avant « Unit Structures » qui paraîtra sur Blue Note en soixante-six, et surtout après une longue période de silence qui a suivi le « Live At The Cafe Montmartre » de mille neuf cent soixante-trois.

Je ne sais si c’est cette plongée dans l’obscurité qui est la cause d’un grand trouble ici, mais voici ce qui est noté sur le Cd, Denis Charles batterie, Steve Lacy sax soprano, Donald Byrd trompette et Wendell Marshall contrebasse. En fait rien n’est bon car, il faut bien le dire, tout est faux et j’ajouterai même (car je suis payé au mot) qu’il y a plein d’erreurs.

Déjà pas de trompette, mais un saxo ténor que l’on entend très rapidement, dès l’ouverture de l’album, Bill Barron est à son poste. Il n’y a pas non plus de saxophoniste soprano, mais un saxophoniste alto, Jimmy Lyons, que l’on retrouvera sur « Unit Structures », tout comme le contrebassiste Henry Grimes, qui est également présent ici. Enfin c’est le fameux batteur Andrew Cyrille et non pas Denis Charles qui siège derrière ses futs.

Le son est bon, et c’est une bonne surprise, d’autant que les amateurs de Cecil Taylor seront à la fête ici, le concert est royal. D’ailleurs le festival dans son ensemble est une fête, un plateau de rêve, imaginez donc : le Miles Davis Quintet, le John Coltrane Quartet, Duke Ellington et Thelonious Monk ! Pour faire mieux il faudrait ressusciter les morts ! Cecil Taylor est certainement celui qui est le plus d’avant-garde, Coltrane n’a pas encore planté ses plus irréductibles banderilles !

Trois titres seulement, mais c’est suffisant, un peu plus de cinquante minutes se répartissent à peu près équitablement, entre « Steps », « Unit Structures » et « Tales ». Cecil est arrivé à pleine maturité, c’est puissant et éblouissant, entre tempête de mauvais temps et ouragan impétueux, tenez votre casquette de peur qu’elle ne s’envole, ça va tanguer !

Il faut bien le reconnaître, il y a comme une jouissance particulière à écouter un tel album, radical et profondément révolutionnaire, porteur d’un incroyable énergie qui va dynamiter pour encore longtemps la planète jazz, la remodeler avant qu’elle n’incorpore et digère toutes ces audaces !

Steps (Live)


Unit Structures (Live)


Tales (8 Whisps) (Live)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 1 nov. 2024 01:26

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Weather Report – I Sing The Body Electric – (1972)

C’est le second album de la formation, il voit arriver le remplaçant d’Alphonse Mouzon, c’est Eric Gravátt qui s’installe à la batterie, pour le reste on retrouve Josef Zawinul, Wayne Shorter et Miroslav Vitous, il faut également saluer l’arrivée du percussionniste Dom Um Romano qui remplace Airto Moreira.

Il y a aussi quelques invités, Hubert Laws à la flûte, Ralph Towner à la guitare, Andrew White au cor anglais et Wilmer Wise à la trompette, il faut compter également avec des chœurs. On le constate, on fait tout en grand, sans hésiter sur les moyens, et les résultats sont bien là !

Pourtant l’album ne représente pas un « tout » uni, la première face est assez atmosphérique, elle propose quatre titres plutôt réussis, avec « Crystal» qui se dégage probablement, mais les autres ne sont pas loin derrière. Pourtant, malgré la réussite de ce travail très léché en studio, c’est en retournant le vinyle qu’arrive le gros choc, avec un enregistrement « Live » au Shibuya Kokaido Hall de Tokyo le treize janvier mille neuf cent soixante-douze.

Il faut croire que le contact avec le public réussit bien à la formation, comme si une sorte d’ivresse s’emparait des musiciens et les poussait vers le meilleur. La face s’ouvre sur un medley constitué par « Vertical Invader », « T.H. » et « Dr. Honoris Causa » pour dix minutes quarante-cinq de bonnes ondes, avec des échanges fructueux entre Zawinul et Shorter portés par une rythmique de folie, du grand art.

La pièce suivante, « Surucucú », prolonge encore cette impression et incite à l’immersion, ici on comprend la dimension véritable de Wayne Shorter, quand il est au meilleur, et que Zawinul se hisse à sa hauteur.

La dernière compo, « Directions » signée par le claviériste, a déjà pris son envol aux côtés de Miles Davis et sera même le titre d’une compilation de quatre-vingt-un « Directions », qui faisait suite à « Water Babies » et « Circle In The Round », et honorait le compositeur Zawinul. Deux versions de ce titre étaient alors proposées, en cette année soixante-huit.

Cette excellence donnera naissance au double Cd de Weather Report, « Live in Tokyo », que j’évoquerai prochainement sur ce fil.

Unknown Soldiers


Crystal


Vertical Invader/ T. H./ Dr. Honoris Causa (Live)


Surucucu (Live)


Weather Report ► Directions [HQ Audio] I Sing the Body Electric 1972
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 2 nov. 2024 03:19

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Immanuel Wilkins – Blues Blood – (2024)

Le nouvel album d’Immanuel Wilkins est le résultat ou la conséquence d’une sorte de « commande » où sont fléchés les musiciens les plus aventureux, c’est tombé sur lui et il a été en « Résidence » à Roulette à Brooklyn, embarqué dans cette affaire avec cette tâche au-dessus de sa tête. C’est là que l’on apprend qu’il est très croyant et la foi peut aider dans tout ça.

« Matte Glaze », qui ouvre l’album, introduit le pensum avec beaucoup de délicatesse, on entend Immanuel nous jouer un assez long solo qui, du point de vue du jazz, est très intéressant, le son du saxophone alto dont il joue démarre dans une certaine tradition, puis le flux s’accélère jusqu’à ce que les notes se chevauchent et se confondent, à ce moment on pourrait sembler entendre Evan Parker, dont il a sûrement fait le tour, avec ses vingt-sept ans et son esprit forcément curieux, puisque c’est lui, l’élu.

Il en a même fait un style, et chacune de ses interventions est un régal et une joie. Mais l’essentiel n’est pas là, mais plutôt dans l’immensité de ce projet, à forte teneur intellectuelle, mais là, forcément, je cale, la langue et probablement l’incapacité à saisir tous les enjeux, mais rien de grave, j’ai foi, moi, dans la musique, et elle est belle…

Immanuel a fait un gros boulot de compositions, avec chants souvent, June McDoom sur « Motion » par exemple, ou l’arrivée du chanteur tamoul Ganavya sur « Everything ». Nous sommes bien loin d’un simple album de jazz car le projet est ambitieux, on ressent la sérénité, voire la gravité qui s’impose à nous, petit à petit, reste à suivre le flot et à se laisser embarquer dans cette aventure…

Nouvelle étape avec Cecile McLorin Salvant qui intervient au chant sur « Dark Eyes Smile », la rencontre est assez magique entre les deux et la pièce est un des sommets de l’albums. Encore des chants sur « Apparition », Cecile, June McDoom et Ganavya sur un tapis de guitare, piano, alto, basse et batterie et chants d’oiseaux, dans une atmosphère luxuriante pleine de chaleur et d’humidité tropicale, comme une sensation à fleur de peau…

L’aventure vocale se prolonge encore jusqu’à « Afterlife Residence Time », un partage entre voix et accélérations instrumentales qui se chevauchent, encore un bel arrangement très réussi, avec une belle séquence avec Ganavya qui ouvre une exploration coltranienne, qui permet à Immanuel d’enlever la manche, somptueux, d’autant que « Moshpit » qui enchaîne, continue jusqu’à la dérive…

A noter la présence de quatre « Interludes » d’une durée brève, qui servent à mettre de l’huile entre les pièces et concourent au sentiment de foison luxuriante et de brousse un peu sauvage, ce qui donne parfois l’impression de se perdre dans un grouillement complexe et submersif.

La dernière pièce « Blues Blood », est une sorte de post bop conclusif qui se chapitre avec des notes plutôt futuristes, des retours à la tradition, et des chants venus d’orient qui s’envolent vers les cieux, ainsi qu’avec une partie finale bien sentie.

Un fort bel album, plutôt ambitieux, qui ne livre pas ses secrets à la première écoute.

Immanuel Wilkins - MATTE GLAZE (Official Video)


MOTION


EVERYTHING


AFTERLIFE RESIDENCE TIME


MOSHPIT
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 3 nov. 2024 01:44

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James White – James White's Flaming Demonics – (1983)

J’ai déjà évoqué le zig, mais sous son autre nom, « James Chance » alors avec « The Contortions », sur l’album « Molotov Cocktail Lounge » de quatre-vingt-seize, bien après ce quatrième sous son nom, ou sous l’autre…

Son style est aisément reconnaissable car la signature est forte, du funk, très, très basiquement funky, incisif et essentiel, jusqu’à la garde ! Comme sur le redoutable premier jet, « The Devil Made Me Do It ». Il y a également ce côté minimaliste, comme dans les années cinquante, direct et punchy, une sorte d’uppercut sonore qui fait couler l’hémoglobine !

Format chanson des fois, et même souvent, des vraies, avec des paroles, James White-Chance chante ! Mais ce n’est pas tout, car il souffle aussi, souvent, dans son saxophone alto, et là, ça régale ! Il a écouté Ornette c’est sûr, de temps en temps il vire free, bien tapé et déjanté, ça dégage et ça envoie sévère, et il joue également de l’orgue Farfisa ou du piano, multi-tout, il sait aussi s’entourer.

Un autre foufou se nomme Jerry Agony, il va rester longtemps à ses côtés et jouer comme un damné de la guitare, l’écouter est une activité en soi, un plaisir à s’offrir, quand il s’ouvre au solo et à l’impro, il y a également Chris Cunningham à l’autre guitare, et Robert Aaron au sax ténor, Luther Thomas au baryton ainsi que Bruce Purse à la trompette, c’est un sacré barnum !

Côté assise, c’est Ralph Rolle à la batterie et Rodney Forstall à la basse, très en avant, un parti-pris déterminant, ça envoie la sauce, et il y a des chanteurs et des chœurs, comme sur l’excellent « The Natives are Restless », mais ici tout est bon pour peu que vous adhériez à l’alléchant créneau !

N’empêche que notre James baigne bien dans la culture jazz comme l’indique la reprise allumée de « Caravan », mixée avec « It don’t Mean A Thing » de Duke Ellington, histoire de rallumer les vieilles passions et de les passer à la moulinette du renouveau. L’album se termine par le définitif « I Danced with A Zombie » de près de dix minutes, efficace avec ses distorsions et ses chœurs répétitifs, son essentialité funky, tandis que cuivres et anches couinent avant de se réunir pour énergiser le potage, de bonnes parties de piano à signaler également.

Normalement l’album devrait se terminer à ce stade, mais la version Cd de deux mille quatre que je possède, contient trois titres bonus en provenance des « Judy Taylor Sessions », le personnel est un peu modifié et le son est plus « propre », je n’ai pas trouvé les dates d’enregistrement pour ces ajouts plutôt sympathiques.

On ne peut évidemment pas classer l’album dans le free jazz malgré l'évidente proximité, alors que le punk n’est pas si loin…

The Devil Made Me Do It


The Natives Are Restless


Caravan / It Don't Mean a Thing / Melt Yourself Down


I Danced with a Zombie
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