J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Piranha » dim. 6 oct. 2024 08:03

A propos de William Parker en 2024, je te conseille l'album fait en collaboration avec Ellen Christi, sorti sur Aum Fidelity.
C'est moins la basse qui est mise en avant que sa voix, avec un album de spoken word.

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Piranha » dim. 6 oct. 2024 10:52

Sinon, là c'est le dernier album de Paul Jarret, le guitariste parisien qui signe avec "Acoustic Large Ensemble" un opus aux frontières multiples mais souvent intimistes, planantes voire d'avant-garde sur un titre ou deux.


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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 7 oct. 2024 01:59

Piranha a écrit :
dim. 6 oct. 2024 08:03
A propos de William Parker en 2024, je te conseille l'album fait en collaboration avec Ellen Christi, sorti sur Aum Fidelity.
C'est moins la basse qui est mise en avant que sa voix, avec un album de spoken word.

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La discographie du gars devient énorme et c'est très difficile de tout suivre, sauf à posséder une grosse bourse, voire une très grosse!
::d
Et le spoken word,
vu que je passe à côté,
me laisse à penser,
que la bourse serait mal utilisée...
Piranha a écrit :
dim. 6 oct. 2024 10:52
Sinon, là c'est le dernier album de Paul Jarret, le guitariste parisien qui signe avec "Acoustic Large Ensemble" un opus aux frontières multiples mais souvent intimistes, planantes voire d'avant-garde sur un titre ou deux.

C'est très bien, ça,
au petit matin ça convient
Même si, en matière de Jarrett
je connais mieux Keith...
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 7 oct. 2024 02:14

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Keith Jarrett - Bordeaux Concert – (2022)

Voici un nouvel enregistrement de Keith Jarrett extrait de sa grande et dernière tournée européenne, c’est celui de la date du six juillet deux mille seize, à l’auditorium de l’Opéra National de Bordeaux. C’est le troisième album qui est issu de cette tournée continentale, après ceux de Munich et de Budapest. Il est indiqué sur la pochette que ce concert est organisé dans le cadre du « Jazz and Wine Bordeaux Festival », un mariage entre vin et jazz de plus en plus fréquent, aujourd’hui sur notre territoire, à croire que la culture gagne à se confronter au terroir.

Il est urgent de publier, alors le syndrome de fatigue chronique dont Keith est victime ne l’empêche pas encore tout à fait de jouer, mais seulement de jouer longtemps, c’est pourquoi la plus longue pièce est la première, presque treize minutes, les autres sont bien plus courtes mais toujours nombreuses, treize au total, pour un concert tout de même plutôt très long. Bientôt, en deux mille dix-huit, il sera victime de deux AVC et son bras gauche sera partiellement paralysé, l’empêchant définitivement de jouer.

La question qui se pose reste celle-ci, cet album sera-t-il meilleur que « Facing You », le chef d’œuvre de soixante-douze, premier enregistrement en solo et premier album ECM ? Plus que celui de Cologne c’est celui qui reste gravé en ma mémoire, comme une référence quasi parfaite. Mais je connais déjà la réponse avant même que d’écouter l’enregistrement de ce concert, il faudrait sans doute ajouter qu’écouter un album dans les années soixante-dix n’avait rien à voir avec le même exercice aujourd’hui…

Il ne faudrait pas penser qu’il faut conclure de ce qui précède que l’ennui a remplacé la ferveur, ce serait une grave erreur car l’album est vraiment beau, ce qui justifie amplement la publication, mais peut-être est-il grave parfois, et même possiblement un peu austère. S’entend, à certains moments, la voix de Keith qui s’accroche aux notes, à la mélodie, comme s’il fallait donner du « corps » à la musique, avant qu’elle ne s’échappe tout à fait, l’enraciner comme le font les vignes…

Il émeut et touche, avec une grâce certaine, il ne semble pas diminué, capable encore d’envolées virtuoses, et d’acrobaties improbables, Keith ne se limite pas plus qu’il ne faut, et sert à ravir les thèmes et les compositions qu’il interprète. Les applaudissements qui s’entendent à la fin des morceaux sont véritablement fervents et le public qui s’est déplacé est en osmose avec chaque note qui est jouée.

On a pu parfois parler de musique mainstream à propos de Keith, ce qui est aussi une forme d’hommage, car il n’est pas toujours aisé de conquérir le cœur populaire, mais ici, même si parfois la musique semble légère, il y a comme une « tenue » qui s’impose, ceux qui sont là connaissent l’artiste et son œuvre, son drame personnel et le courage dont il fait preuve.

Alors sans doute ressent-on envers le musicien, comme un respect pour ce qu’il est et a été, l’artiste donne et le public reçoit, et la qualité de son écoute est le juste remerciement. Alors Keith y va de ses petites pièces, chacune est sublime, alors les titres s’empilent et le Cd déborde de musique, atteignant les limites du support.

Oui, un bel album, pour les amateurs de piano solo.

Part I (Live)


Part II (Live)


Keith Jarrett - Bordeaux Concert Part III


Part XI (Live)
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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 8 oct. 2024 03:26

Un retour vers "Moonchild", premier album d'une petite et intense série...
Douglas a écrit :
dim. 19 juil. 2020 15:51
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Un album de John Zorn sorti sur Tzadik ‎ dans les « Archival Series ». Comme le nom l’indique ces archives sonores regroupent en premier lieu les rééditions du travail de John Zorn avant l’arrivée de Tzadik, en 1995. Elles concernent également des chapitres imposants comme les « Filmworks » ou les « Book of Angels » et nombre d’albums du maître. Ici notre album est le premier de la série des « Moonchild » qui contient sept volumes. Il est sorti en mai 2006 et la série s’achèvera en 2014 avec « The Last Judgment ».

Concernant le titre « Moonchild (Songs Without Words) » les mots dans la parenthèse ont leur importance et décrivent pour une part ce qui nous attend, compte-tenu que Mike Patton a pour instrument « la voix » que l’on entend. Des onomatopées donc, cris, murmures, râles, hurlements, gémissements, plaintes, il éructe, vocifère ou psalmodie. Nous voilà plongés dans un univers qui parfois peut sembler dément, copulant avec l’âme noire du métal le plus noir, repoussant les limites les plus extrêmes. Nous voilà plongés dans l’univers d’Antonin Artaud, d’Edgar Varèse ou d’Aleister Crowley auxquels l’album est dédicacé.

Les autres compagnons d’aventure de Mike Patton sont Trevor Dunn à la basse, il est énorme, les deux musiciens se connaissent parfaitement bien et le formidable Joey Baron tient les baguettes à la batterie. John Zorn écrit, compose et dirige. En fait pas de jazz ici plutôt du métal, de la noise et de l’expérimental. Une énergie, surgit des abîmes, qui se déploie avec force, habilement menée et dirigée par le sorcier, on baigne dans le lugubre et le lancinant, le maudit et le malsain, le démoniaque et le diabolique.

John Zorn est souvent là où on ne l’attend pas, ça fait partie de son charme…

John Zorn - Hellfire


John Zorn - Possession


Moonchild - Moonchild


John Zorn - Equinox
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 8 oct. 2024 03:33

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John Zorn – Astronome – (2006)

Cet album s’inscrit dans la série « Moonchild », dont je vous avais présenté le premier volume éponyme en deux mille vingt. « Astronome » est assez chic, voire cossu, car il a pour écrin un coffret et deux livrets richement illustrés. Il faut dire que l’opus est présenté comme un opéra en trois actes, l’acte un, d’environ un quart d’heure, contient trois scènes, le deuxième acte en contient deux pour une durée plus longue de deux minutes, et le troisième acte à nouveau deux scènes qui approchent les treize minutes.

Ce second volume est paru à la suite de Moonchild, juste quelques mois plus tard, il est formé des mêmes trois musiciens, Mike Patton à la voix, Trévor Dunn à la basse électrique et Joey baron à la batterie. C’est carrément du rock tendance métal, dans une déclinaison plutôt extrême que les spécialistes rangeraient peut-être côté hardcore… Le jazz est décidément bien loin !

C’est d’ailleurs ce qui fait le charme de John Zorn, rester essentiellement insaisissable et capable de tout, être imprévisible et risquer le pire, il le sait, le mauvais goût ne se cache bien souvent pas où on le croit, les apparences ne sont que tromperies, et la beauté se situe un peu partout dans ce monde, il suffit de la trouver, de la reconnaître, la regarder et y goûter…

Car je raffole de ce trio, Trévor Dunn joue comme un sourd et fait vrombir sa basse comme un moteur de camion, dégageant une énergie surmultipliée, mais il peut aussi jouer aux réacteurs d’avions, au démarrage, c’est mieux, et comme le gars est plutôt du genre véloce et surdoué, ça tremble dans le voisinage…

Joey Baron que l’on a connu si raffiné, l’est toujours autant, mais avec un côté foufou qu’on ne lui connaissait pas, insane et légèrement diabolique, tapant comme un forcené sur les cymbales, mais il y a également des moments calmes, je vous rassure assez peu, c’est juste pour vous permettre de récupérer, histoire de réinjecter une mixture violente quelques moments après.

Le plus malade c’est certainement Patton, il ne s’interdit rien, et c’est ça que l’on aime, lui aussi excelle dans les moments calmes, sa voix ne chante pas vraiment, ni même exprime quelque chose de cohérent, ou alors par inadvertance, il chuchote, vous respire dans le creux de l’oreille, jappe et gémit, lape aussi, il y a de l’animalité ici, quelque chose qui tient de la bête, du nécessaire organique, de cette satisfaction que l’on procure à se vider…

Mais surtout ce qui est prodigieux, et même génial, voire unique, c’est cet équilibre qui tient sur un fil, vous plonger toujours tendu, puis relâcher juste ce qu’il faut pour vous maintenir hors du jus, puis vous replonger aussitôt, avec malice…

C’est ça, « Astronome » !

Act One


Act Two


Act Three
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 9 oct. 2024 02:10

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Evan Parker & Sten Sandell – Psalms – (2010)

nulle part ailleurs…Vous n’entendrez … part ailleurs…Vous n’entendrez ce … de musique nu… ce genre part ailleurs… ce genre de … musique nulle …Vous ailleurs… n’entendrez nulle part ailleurs… ailleurs… Bzzz…

Non, vous n’entendrez ce genre de musique nulle part ailleurs… Alors passe. bien de cette occasion. profitez bien qui passe. bien de cette qui passe. Alors qui passe. Alors profitez bien de. Alors bien de qui. Alors cette occasion passe… Bzzz…

Alors profitez bien de cette occasion qui passe… fait larron… L’ le larron… L’occasion fait… L’occasion qui passe.. Profitez du larron… Le larron passe… Nulle part ailleurs l’occasion passe…profitez bien…fait le… L’occasion qui passe… Bzzz…

L’occasion fait le larron. deux- là foire. Alors profitez de foire. là s’entendent larrons … Ces deux s’entendent … comme en foire… Ces en foire… deux s’entendent en foire… Ces deux- là s’entendent genre … Alors profitez en foire… Bzzz…

Ces deux- là s’entendent comme larrons en foire… Evan joue et Sten … Evan s’entendent de l’orgue… Sten de l’orgue… ténor et Sten … Evan en foire… Evan et Sten s’entendent… saxo ténor et orgue… larrons Evan et Sten de l’orgue… Bzzz…

Evan joue du saxo ténor et Sten de l’orgue… Ils sont Whitstable… l'Eglise St Peter's … enregistrés en foire … Ils sont à Whitstable… l'Eglise St Peter's… Evan à l'Eglise St s’entendent… comme larrons Ils sont enregistrés… enregistrés à l'Eglise à Whitstable… Bzzz…

Ils sont enregistrés à l'Eglise St Peter's à Whitstable. duos improvisés neuf… Six deux neuf… duos en église neuf… Six larrons en deux … improvisés en foire… Six deux occasion neuf… improvisés en deux neuf… Six larrons improvisés en deux …Bzzz …

Six duos improvisés en deux mille neuf…larron unique… L’acoustique est neuf… L’acoustique est en foire… L’acoustique est l’occasion… L’occasion est en foire… l’église est unique… Evan est unique… Six larrons unique… Bzzz…

L’acoustique est unique… Bienvenue en ces lieux saints Bzz où l’acoustique est à l’orgue… Sandell joue en foire… Bienvenue… à St peters les larrons en foire joue … le sax ténor acoustique en foire formidable mille neuf …Bzzz… incandescents… duos … enregistrés brillamment… bougies – tabernacle – ciboire - psaumes- Bzzz…

Les larrons à la foire jouent six psaumes improvisés Bzzz… Profitez c’est unique … Ils sont deux à l’église… Ils jouent… C’est l’acoustique extraordinaire l’orgue et sax ténor en foire… St Peter’s et les larrons enfoirés jouent des psaumes profitez bien… Profit... Prof… Prrrrrrrrrrr

Ce ne sont pas des extraits de l'album, mais ça y ressemble et ça s'est déroulé dans cette même période:

Dala Floda EVAN PARKER STEN SANDELL


Sten Sandell & Evan Parker
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 10 oct. 2024 02:34

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Sol6 – Sol6 – (2010)

Un album un peu curieux avec des passages free ou expérimentaux et d’autres très carrés ancrés dans un format quasi pop-rock-folk comme « And The World Might Bb After All » ou « Chanson hollandaise ». Alors oui, ça dérape un peu de temps, ça balance entre musique improvisée ou bastringue, de quoi réunir les contraires, passer du coq à l’âne et au hollandais de passage…

Car la troupe est hollandaise, d’ailleurs la captation se fait au « Bimhuis » en avril deux mille neuf. Il y a deux « fondateurs » à ce groupe éphémère, Luc Ex à la basse acoustique et Veryan Weston au piano et au chant, il y a également Hannah Marshall au violoncelle et au chant, Mandy Drummond à l'alto et au chant, Ingrid Laubrock au saxophone, excellente sur « Nood », et Tony Buck à la batterie.

Ce parti-pris artistique oblige à l’écriture ou à la réinterprétation, ainsi Luc Ex est-il l’auteur de quatre titres dont deux signés en collaboration avec Veryan Weston, il y a également une reprise de « Close To You » de Burt Bacharach, mais aussi « The cage » de Charles Ives et cette « Chanson hollandaise », parrainée par Eric Satie, George Russel et Veryan Weston.

On le comprend l’album est vraiment très disparate, il obéit à une sorte de clin d’œil et s’oriente délicieusement vers « la musique pour se faire plaisir », alors on aime ou on déteste, ou bien encore on entre dans le jeu et on participe à la folie décadente ambiante, car il y a certainement un public qui ne prend pas tout au sérieux et se montre prêt aux escapades aventureuses…

Il y a également l’« Autistic African Samba » qui mérite un petit détour, ou le tripant « Insecurity » et l’improvisé « Brain Boilingly Obvious » qui se partage en trois moments improvisés, de quoi plaire à beaucoup et, probablement, déplaire à certains, bien qu’une fois dans le truc, il suffise de se laisser flotter…

And The World Might Bb After All


Nood


Autistic African Samba


Insecurity


SOL6 - live at Vortex / London - 'Hurtles' (Steve Lacy)
Modifié en dernier par Douglas le jeu. 10 oct. 2024 08:40, modifié 1 fois.
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 10 oct. 2024 02:51

Comme j'ai bouletté, je remonte cet album avec The Ex
Douglas a écrit :
lun. 15 juil. 2024 05:11
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The Ex & Guests – Instant – (1995)

L’album se présente sous la forme d’un double Cd, la pochette est en carton assez épais et la couverture est du genre magnifique. La formation « The Ex » est plutôt bien connue aux oreilles des amateurs un peu « cherchants », il s’agit d’un groupe Néerlandais formé par Terrie, Luc, Andy, Katrin et Han Buhrs, tels qu’ils se présentent sur le Cd. Terrie Hessels joue de la guitare, Andy Moor également, Luc Klaasen est plutôt le bassiste, Han Buhrs qui chante et joue d’un peu tout, Katrin Ex de la batterie et du chant.

Il faut tempérer tout ça, car tout le monde joue un peu de tout, particulièrement des percussions, et, au fil des compos, les formations évoluent considérablement, des duos, trios ou autres configurations se forment, jusqu’au quintet, d’autant qu’il y a quelques invités de renom.

Ab Bars au saxo, Han Bennink à la batterie et aux percus, Tristan Honsinger au violoncelle, Michael Vatcher batteur percussionniste également et Dolf à la guitare acoustique. On le voit ce projet n’est vraiment pas comme les autres, il est voué au partage et aux échanges à partir de bases essentiellement improvisées, au total trente-deux pièces se suivent et sont présentées, seize pour chaque Cd.

On ne peut pas vraiment parler d’unité de style, car chaque pièce possède sa personnalité, selon la qualité, au sens noble, des participants. Ainsi on franchit des caps et des zones, mais toujours au sein des musiques libres. Ainsi certains titres seront plutôt folks, mais pas trop, ou tribaux, voire même essentiellement percussifs, ou encore très free ou même noisy, on décèle également de l’overdubbing ici ou là…

Mais ce qui surnage c’est une variété de couleurs, de timbres, de rythmes, dans une succession essentiellement instrumentale, tout au long des soixante -dix minutes que dure la musique enregistrée, nous sommes en quatre-vingt-quinze et il fallait bien deux Cds pour tout contenir.

Chaque vignette possède sa singularité, et nous voyageons un peu comme dans un rêve, de surprise en surprise, au milieu des éléments, d’un espace à l’autre, la richesse des percussions autorise des sauts de puce à travers le monde, l’impression de découvrir sans cesse de nouveaux univers, de nouvelles cultures.

L’histoire veut que The Ex ait connu une vie « Punk » avant de se confronter aux musiques autres, pourtant cet esprit originel est toujours là, on le retrouve dans les démarches libertaires, cette révolte qui est toujours présente, anticonformiste et résolument différente. Les pièces ici vont de quarante secondes à quatre minutes, des durées courtes, typiques du genre d’origine.

Un superbe album pour ce groupe dont la devise est « Tout est permis ! »

Je poste les deux extraits que j'ai trouvés...

Knit Knack & Zoom


Duo Tonebone & Hitgit
je rajoute des extraits supplémentaires arrivés récemment sur le tube!

Expoobident (feat. Han Bennink & Tristan Honsiger)


Danse Maudit


Kloptimog Twist (feat. Han Bennink)


If The Hat Fits The Suit (feat. Ab Baars & Michael Vatcher)
Modifié en dernier par Douglas le jeu. 10 oct. 2024 09:11, modifié 3 fois.
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par whereisbrian » jeu. 10 oct. 2024 07:10

Douglas a écrit :
jeu. 10 oct. 2024 02:51
Douglas a écrit :
jeu. 10 oct. 2024 02:34
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Sol6 – Sol6 – (2010)

Un album un peu curieux avec des passages free ou expérimentaux et d’autres très carrés ancrés dans un format quasi pop-rock-folk comme « And The World Might Bb After All » ou « Chanson hollandaise ». Alors oui, ça dérape un peu de temps, ça balance entre musique improvisée ou bastringue, de quoi réunir les contraires, passer du coq à l’âne et au hollandais de passage…

Car la troupe est hollandaise, d’ailleurs la captation se fait au « Bimhuis » en avril deux mille neuf. Il y a deux « fondateurs » à ce groupe éphémère, Luc Ex à la basse acoustique et Veryan Weston au piano et au chant, il y a également Hannah Marshall au violoncelle et au chant, Mandy Drummond à l'alto et au chant, Ingrid Laubrock au saxophone, excellente sur « Nood », et Tony Buck à la batterie.

Ce parti-pris artistique oblige à l’écriture ou à la réinterprétation, ainsi Luc Ex est-il l’auteur de quatre titres dont deux signés en collaboration avec Veryan Weston, il y a également une reprise de « Close To You » de Burt Bacharach, mais aussi « The cage » de Charles Ives et cette « Chanson hollandaise », parrainée par Eric Satie, George Russel et Veryan Weston.

On le comprend l’album est vraiment très disparate, il obéit à une sorte de clin d’œil et s’oriente délicieusement vers « la musique pour se faire plaisir », alors on aime ou on déteste, ou bien encore on entre dans le jeu et on participe à la folie décadente ambiante, car il y a certainement un public qui ne prend pas tout au sérieux et se montre prêt aux escapades aventureuses…

Il y a également l’« Autistic African Samba » qui mérite un petit détour, ou le tripant « Insecurity » et l’improvisé « Brain Boilingly Obvious » qui se partage en trois moments improvisés, de quoi plaire à beaucoup et, probablement, déplaire à certains, bien qu’une fois dans le truc, il suffise de se laisser flotter…

And The World Might Bb After All


Nood


Autistic African Samba


Insecurity


SOL6 - live at Vortex / London - 'Hurtles' (Steve Lacy)
Vraiment très sympa, merci pour la découverte.

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 10 oct. 2024 08:48

whereisbrian a écrit :
jeu. 10 oct. 2024 07:10
Douglas a écrit :
jeu. 10 oct. 2024 02:51

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Vraiment très sympa, merci pour la découverte.
Merci également pour l'intérêt que tu portes à mes lubies...
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 11 oct. 2024 03:01

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The Electrics – Chain Of Accidents – (2002)

A nouveau un album « Ayler Records » période Jan Ström, enregistré comme à l’habitude, live à la « Copenhagen JazzHouse », le vingt-sept avril de l’an deux mille. Alors, qui sont ces « Electrics » ? Et bien, vous ne vous en douteriez pas, mais ce sont en fait, curieusement, des « acoustiques »…

Il y a le suédois Sture Ericson aux saxs ténor et baryton, ainsi qu’à la basse clarinette, l’allemand Axel Dörner à la trompette ainsi qu’à la trompette à coulisse, la norvégienne Ingerbrigt Häker Flaten à la basse et le suédois Raymond Strid à la batterie. Ils sont ici à leur début, après une courte tournée inaugurale.

Le parti-pris de la formation est de ne rien répéter, car il faut conserver la spontanéité, mère de la créativité, telle que l’expose Sture Erickson dans les notes de pochette, avec le mot d’ordre « « Frappe et joue » formule qui résume leur crédo.

Les soixante-cinq minutes de musique contenues sur ce Cd sont donc essentiellement improvisées et, par automaticité signées par les quatre belligérants. La première pièce, « Chain Of Accidents » de vingt et une minutes, est déjà très révélatrice de la nature de la formation, où l’on découvre quatre magnifiques musiciens, Sture Ericson est habile et véloce, mais celui qui perce par la stridence de son instrument, c’est le trompettiste Axel Dörner, et la combinaison des deux à l’avant donne à nourrir…

Ericson en soliste vise à l’originalité, tendant son jeu au fur et à mesure de son avancée, jusqu’à un crescendo où il passe la main au saillant Axel Dörner qui, également, prend le temps. On entend également Ingerbrigt Häker Flaten à l’arrière, sa voix même s’entend en fond, qui accompagne la contrebasse, bientôt son jeu se poste à l’avant, et tout se calme et feule… Le sax n’est plus qu’un souffle, la basse crisse, la batterie batifole jusqu’à la dix-huitième où tout repart…

La seconde pièce « Change of Accidents » frôle les vingt-six minutes, ce travail sur les timbres et les intensités se poursuit, les quatre sont synchros et dessinent des volutes, des arborescences, prenant le temps de la profondeur, en combinant les formules et penchant de façon décisive vers l’étrange et une certaine rareté du rythme, ignorant jusqu’à la notion de swing, se cantonnant sur des voies tracées per les musiciens de l’AACM de Chicago…

Très vite la notion de temps s’évapore et l’oreille s’accroche au ténu, au grelot, à la vibration qui dure, la batterie n’émet plus que des chants, des caresses, des frôlements… Ces chemins clairsemés, expérimentaux, sont plus ou moins abandonnés quand Raymond Strid et sa batterie prennent la main vers la quinzième, et que tout relance vers du plein et du solide, même si le chemin reste free et circonstancié vers l’intensité et le rythmé…

Ce travail vers le minimalisme, est parfois, aujourd’hui, nommé « musique moléculaire » ce qui va bien et renvoie à tout un pan du jazz qui est resté longtemps assez obscur et confidentiel. Par bonheur, ici, il est réalisé merveilleusement et n’autorise jamais l’ennui pourvu que l’on s’y plonge. C’est confirmé par l’excellent « Exchange of Accidents » qui suit, plus court et plus serré, mais également prenant. On y retrouve encore cette recherche de sons nouveaux provenant des instruments, au-delà des notes habituelles…

Chain Of Accidents


Accidents By Chance
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 12 oct. 2024 04:24

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John Zorn – Six Litanies For Heliogabalus – (2007)

« Six Litanies for Heliogabalus » est le troisième volume de la série des Moonchild, il succède à « Astronome » et grimpe encore une marche, il faut dire qu’il y a un peu de chamboulement. Les trois historiques sont là, Mike Patton au chant, Trevor Dunn à la basse et Joey Baron à la batterie. Hardcore garanti, folie également, ainsi que dépassement des conventions et des limites, mais voilà…

Zorn ne se contente plus de composer, arranger et diriger, il récupère son sax alto et entre dans l’arène, il fait appel également à Jaimie Saft à l’orgue, Ikue Mori à l’électro, et surtout à un chœur composé de Martha Cluver, Abby Fischer et Kirsten Sollek. Alors forcément, la soupe s’épaissit !

Six pièces se succèdent en trois quarts d’heure, et, d’évidence, l’apport nouveau modifie la mixture, ainsi l’orgue de Jaimie Saft se fait-il une place aisément dans les pièces, en ajoutant une masse sonore qui comble les espaces, Ikue Mori est moins décisive, mais les chœurs sont fondamentaux et ajoutent une nouvelle couleur qui pourra plaire, ainsi que John Zorn qui flamboie sur « Litany V ».

Mais le plus étrange c’est « Litany IV », un solo de Mike Patton très cru du cru, c’est un peut spèce, dans le genre qu’on connaît, c’est-à-dire sans limite aucune, comme on le connaît, comme on l’aime… Vas-y mon gars, alors il y va, à fond, hors contrôle et sans retenue.

Mais il y a également des passages calmes, doux, qui plairont certainement, d’autant que le plus souvent ils seront hachés menus par une arrivée stridente qui vous fera sursauter, Zorn aime bien ça, vous foutre les chocottes, c’est un grand gosse ! Il y a même des accents « pompiers » ou même liturgiques, comme sur la dernière pièce où l’on se croirait à la messe…

Il y a également ce côté lugubre qui va et vient dans l’album, se révélant en même temps que les chœurs susurrent, avec des accents à la Cradle of Filth et les facilités qui vont avec… Mais la patte Zorn c’est avant tout la science unique de la rupture, du demi-tour et du changement brutal en trois millisecondes, là il est imbattable !

Pour la petite histoire, Heliogabalus est un jeune empereur romain qui régna entre trente-sept et quarante et un, à l’âge de quatorze ans, il laissa une longue trace sanguinaire qui rappelle les controversés Néron ou Caligula.

Les Moonchild sont dédicacés à Antonin Artaud, Edgar Varèse et Aleister Crowley. Figure à l’intérieur du volet du Cd, cette phrase d’Antonin Artaud : « Je vois Héliogabale non pas comme un fou mais comme un rebelle. » Brrr…

Litany I


John Zorn's Six Litanies For Heliogabalus Litany III


Litany IV


Litany V



John Zorn's Six Litanies For Heliogabalus Litany VI
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Message par gabuzomeuzomeu » sam. 12 oct. 2024 06:40

Douglas a écrit :
sam. 12 oct. 2024 04:24
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John Zorn – Six Litanies For Heliogabalus – (2007)

« Six Litanies for Heliogabalus » est le troisième volume de la série des Moonchild, il succède à « Astronome » et grimpe encore une marche, il faut dire qu’il y a un peu de chamboulement. Les trois historiques sont là, Mike Patton au chant, Trevor Dunn à la basse et Joey Baron à la batterie. Hardcore garanti, folie également, ainsi que dépassement des conventions et des limites, mais voilà…

Zorn ne se contente plus de composer, arranger et diriger, il récupère son sax alto et entre dans l’arène, il fait appel également à Jaimie Saft à l’orgue, Ikue Mori à l’électro, et surtout à un chœur composé de Martha Cluver, Abby Fischer et Kirsten Sollek. Alors forcément, la soupe s’épaissit !

Six pièces se succèdent en trois quarts d’heure, et, d’évidence, l’apport nouveau modifie la mixture, ainsi l’orgue de Jaimie Saft se fait-il une place aisément dans les pièces, en ajoutant une masse sonore qui comble les espaces, Ikue Mori est moins décisive, mais les chœurs sont fondamentaux et ajoutent une nouvelle couleur qui pourra plaire, ainsi que John Zorn qui flamboie sur « Litany V ».

Mais le plus étrange c’est « Litany IV », un solo de Mike Patton très cru du cru, c’est un peut spèce, dans le genre qu’on connaît, c’est-à-dire sans limite aucune, comme on le connaît, comme on l’aime… Vas-y mon gars, alors il y va, à fond, hors contrôle et sans retenue.

Mais il y a également des passages calmes, doux, qui plairont certainement, d’autant que le plus souvent ils seront hachés menus par une arrivée stridente qui vous fera sursauter, Zorn aime bien ça, vous foutre les chocottes, c’est un grand gosse ! Il y a même des accents « pompiers » ou même liturgiques, comme sur la dernière pièce où l’on se croirait à la messe…

Il y a également ce côté lugubre qui va et vient dans l’album, se révélant en même temps que les chœurs susurrent, avec des accents à la Cradle of Filth et les facilités qui vont avec… Mais la patte Zorn c’est avant tout la science unique de la rupture, du demi-tour et du changement brutal en trois millisecondes, là il est imbattable !

Pour la petite histoire, Heliogabalus est un jeune empereur romain qui régna entre trente-sept et quarante et un, à l’âge de quatorze ans, il laissa une longue trace sanguinaire qui rappelle les controversés Néron ou Caligula.

Les Moonchild sont dédicacés à Antonin Artaud, Edgar Varèse et Aleister Crowley. Figure à l’intérieur du volet du Cd, cette phrase d’Antonin Artaud : « Je vois Héliogabale non pas comme un fou mais comme un rebelle. » Brrr…
Litany I


John Zorn's Six Litanies For Heliogabalus Litany III


Litany IV


Litany V



John Zorn's Six Litanies For Heliogabalus Litany VI
Dément, le lead vocal et la basse !
Bel et rebelle :]
:chapozzz:
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 12 oct. 2024 15:15

gabuzomeuzomeu a écrit :
sam. 12 oct. 2024 06:40

Dément, le lead vocal et la basse !
Bel et rebelle :]
:chapozzz:
Mike Patton est probablement davantage connu comme chanteur de Faith No more, Fantômas et surtout Mr Bungle, qu'en tant que partenaire de Zorn, pourtant il n'y a rien à jeter de ce côté !

Quant à Trevor Dunn, c'est un bassiste majuscule !
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 13 oct. 2024 03:27

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Herbie Hancock – Secrets – (1976)

Cet album est le symbole d’une époque pas très glorieuse où quelques grands noms du jazz, emportés dans un mouvement appelé « jazz rock », se commirent à une certaine facilité, en se laissant glisser vers une musique commerciale, qui se terminera avec l’ascension du « disco », un genre qui pourrait prendre une partie de son identité dans ce jazz-funk dévoyé…

Bon ce n’est pas toujours si mauvais, car Herbie est un grand musicien, il y a, par exemple « Swamp Rat », où la patte d’Herbie ne se révèle pas si loin du correcte, avec un très bon Bennie Maupin au sax qui sauve le truc, bien soutenu par la rythmique, James Levi à la batterie et l’énorme Paul Jackson à la grosse basse électrique à l’avant.

On pourrait citer aussi le titre suivant, « Sansho Shima », le dernier de l’album, où le talent d’instrumentiste personnel du claviériste sauve un peu la pièce, mais ce n’est pas non plus si grandiose, on sent une certaine facilité et le sentiment d’écouter la musique au kilomètre…

Comme souvent sur ce style d’album, il faut bien écouter le premier titre qui est mis en avant, ici « Doin’It » qui commence comme un titre de Stevie Wonder, se poursuit à la mode « canard » et glisse vers la soupe et l’ennui jusqu’à ce qu’interviennent les chœurs, qui relancent de façon un peu trop répétitive et signent comme une sorte de naufrage, dans ma mémoire les radios en raffolèrent et en firent un « hit » à l’époque.

Là où c’est un peu triste c’est sur la reprise de « Cantaloupe Island » de l’album « Empyrean Isles », devenu « Cantelope Island » et servi à une sauce de mauvais goût, comme si l’époque voulait broyer et digérer le passé glorieux, et le transformer en pompe à fric. Bon je sais bien que la méchanceté ici ne sert pas à grand-chose, d’autant que ce n’est pas complètement nul en fait, juste pas si loin, il est cruel d’écouter les deux versions à la suite, je m’y suis essayé…

Il faudrait que je vous parle des extraordinaires albums d’Hancock gravés peu avant cette période à oublier, et qui méritent une écoute attentive, j’ai déjà abordé par ici les superbes « Blue Note » mais sa discographie est riche d’autres trésors…

Swamp Rat


Sansho Shima


Doin' It


People Music
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 14 oct. 2024 02:27

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Hugh Hopper, Yumi Hara Cawkwell, Humi – Dune – (2008)

Nul besoin de vous présenter Hugh Hopper, disons simplement qu’il joue de la basse, mais également de l’électro et des boucles, sa partenaire du moment est Yumi Hara Cawkwell qui joue des claviers, des percussions et chante également. L’album est long, plus de soixante-six minutes et surtout peut surprendre par son parti-pris.

On pourrait le classer côté « ambient », planant, bande-son d’un film en devenir, avec des climats variés, qui vont de l’effrayant au béat baba cool et sa pétarade attitude. On pourrait le raccrocher au kraut, mais presque par habitude et en forçant un peu, le jazz ici se barre et n’est guère convoqué, si ce n’est par le biais unique de l’impro qui a sa place sur cet enregistrement, le Canterbury aussi s’est fait la malle...

Alors où est-on ? Certainement pas dans un long fil qui se déroule lentement en prenant le temps, les pièces ne sont pas si longues et un renouvellement se produit de ce fait. Par contre il y a bien une unité de temps et une certaine uniformisation qui naît des textures qui se ressemblent et se déclinent, dans une unité de ton.

Les pièces et leur personnalité participent à créer la différence, car les climats qui se succèdent obéissent à des lois qui forcent l’identité, comme « Scattered Forest » et sa densité, « Awayuki I » proéminent, que Hugh Hopper travaille de l’intérieur. Alors oui, il y a des dissonances, parfois des bruits, et un orgue omniprésent qui tapisse les pièces, avec parfois une certaine monotonie, on se rattrapera avec les développements de la basse…

« Distant Dune » est assez forcément déconstruit, avec ses bandes à l’envers et sa marche arrière, il prépare la dernière pièce « Futa » qui conclut aimablement. Je n’ai pas évoqué les deux premières pièces « Long Dune » et « Shiranui » qui sont les plus étendues et introduisent l’album avec une certaine grâce, la voix de Yumi complète assez bien son jeu d’orgue, en créant des climats mystérieux ou inquiétants, avec des soli de piano plutôt intéressants.

Long Dune


Scattered Forest


Shiranui (Sea Fire)


Awayuki (Light Snow)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 15 oct. 2024 02:41

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Sylvain Rifflet – We Want Stars – (2024)

Je vous parle assez souvent de Sylvain Rifflet, un musicien un peu particulier, mais toujours intéressant, et souvent passionnant, qui fait paraître des albums assez différents, souvent thématiques, mais touchés par la grâce.

Ici il est à la tête d’un trio pas trop conventionnel, mais c’est ce qu’on aime par ici. Lui-même joue du sax ténor, de la clarinette, de la « shruti-box » et des « effets ». Il est accompagné par Bettina Kee aux claviers ainsi qu’aux « effets » également, et de Vincent Taeger à la batterie et au Tama talking drums, un tambour d’aisselle originaire d’Afrique de l’ouest qui possède beaucoup d’autres noms encore.

Sylvain signe les dix compos de l’album qui fonctionnent comme autant de petites vignettes, chacune dure entre deux minutes trente pour le titre « Monolodic » jusqu’à sept minutes pour « We want stars… Not Satellites ». Par ce format ce disque est un peu à l’ancienne dans sa conception générale, chaque titre étant une petite pépite bien soignée et dorlotée, comme « Mǎmǎhūhū » qui signifie « comme-ci-comme-ça » en chinois, « Riffology » où s’entend le tambour parlant, ou encore l’époustouflant « We Want Stars… Not Satellites » et « For John Surman ».

Nous voici donc baladés entre un univers électro-jazz et jazz-pop où se succèdent, souvent de façon trop brève, des titres superbes, bourrés d’idées et d’agencements géniaux, dont l’exploitation aurait pu donner lieu à plusieurs albums tellement il y en a. L’originalité principale se situe au niveau du son et de l’interprétation délicieuse de chaque pièce, à l’intérieur d’arrangements bien pensés.

Les couleurs aussi sont malines, elles nous font voyager de par le monde, par les mélodies mais aussi par les rythmes, et l’électro est ici mise au service de cette étrangeté exotique, ce qui n’est qu’un piment parmi d’autres sur cet enregistrement. Pour ne rien vous cacher chaque pièce recèle un charme particulier et il est vraiment difficile d’en sélectionner, ne serait-ce que quatre, car il est cruel de devoir éliminer…

« We Want Stars…Not Satellites » se veut une « pique » à Elon Musk qui balance des satellites à foison autour de la Terre, sans rien demander à personne, bientôt, c’est sûr, il sera difficile de pouvoir distinguer les étoiles ! La pièce qui termine l’album, « For John Surman » est un bel hommage au musicien saxophoniste anglais qui a souvent été une sorte de précurseur dans cette cool-attitude, et visionnaire d’une musique planante et mélodique, qui prend le temps et fait rêver…

Un superbe album, en fait, juste un de plus !

Mǎmǎhūhū


We Want Stars... Not Satellites


First Dance


For John Surman
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 16 oct. 2024 01:34

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Wadada Leo Smith's Organic – Heart's Reflections – (2011)

Le trompettiste Wadada Leo Smith se place très haut dans mes préférences, et ce double album se démarque à sa façon, notamment pour son long titre d’ouverture si fascinant, « Don Cherry's Electric Sonic Garden (For Don Cherry) ». Ne vous leurrez pas, ce n’est pas Don Cherry qui remonte à vos oreilles ici, mais le grand Miles Davis et sa fabuleuse période électrique !

C’est un album « Cuneiform » animé par un paquet de monde, particulièrement les guitaristes électriques qui sont quatre, Brandon Ross, Josh Gerowitz, Lamar Smith et Michael Gregory (j’ajoute Jackson), qui colorient la musique de manière décisive, puisant sa matière dans le rock-jazz sauce Miles… Quarante minutes sur le premier et quarante-neuf sur le second, de quoi explorer de nouveaux territoires avant que de semer quelques graines…

La rythmique est bétonnée par Pheeroan AkLaff à la batterie et Skúli Sverrisson à la basse électrique. Ce dernier sera suppléé par le grand John Lindberg à la contrebasse, mais je ne cite pas tout le monde car ils sont une quatorzaine, ici réunis.

Mais ce qui fait le cœur de l’album c’est la suite « Heart's Reflections: Splendors Of Light And Purification (For Shaykh Abu Al-hasan Al-shadhili) » qui occupe ce qui reste des deux Cds, « Shaykh Abu Al-hasan Al-shadhili » est un saint Soufi, cette branche de l’Islam est souvent citée en référence, pour qui recherche un islam, réputé souvent plus tolérant.

Huit parties se découpent sur le Cd un, rompant avec l’énergie lourde du titre précédent pour arpenter le côté le côté riche et mélodieux, avec un John Lindberg soliste sur le très beau « The Dhikr Of Radiant Hearts, Pt. II ». « The Majestic Way » qui suit est la plus longue pièce de cette partie, l’énergie un peu nerveuse abandonnée jusqu’alors refait surface, et les rythmes syncopent, annonçant une avancée entêtée, la pièce suivante « The Shaykh, As Far As Humaythira » conserve cette même énergie, mais se liquéfie en route s’ouvrant au free et à l’impro collective, esquissant une impression de fin du monde…

Arrive ensuite « Spiritual Wayfarers » où Wadada Leo Smith distribue un long solo à partir d’une plateforme fragile et fêlée, « Certainty » baigne toujours dans cette mixture Davisienne si réussie, qui fait renaître les bonnes ondes. « Ritual Purity And Love » en deux parties clôt le premier Cd sur des notes suspendues et improvisées.

Le second Cd ne lâche rien et poursuit l’œuvre entamée sur le premier, avec toujours cet engagement puissamment électrique, connecté à l’imagination du leader compositeur, qui, en outre, régale avec sa trompette, acoustique ou électrique, cette dernière avec effets qui vont bien ! Les deux premières pièces s’avèrent intrépides et la suite plus délicate, aérienne et fragile, comme « The Well : From Bitter To Fresh Sweet Water, Part II » et « Toni Morrison : The Black Hole (Sagittarius A), Conscience And Epic Memory (For Toni Morrison) ».

La dernière pièce, la plus longue de l’album, dépassant les vingt-deux minutes, est dédiée à Leroy Jenkins, le violoniste râpeux virtuose, elle est très intense et plutôt mémorable, avec des passages improvisés magnifiques. Le départ est très tendu et chacun ajoute sa pièce à la machine, magnifiques guitares et impros collectives, avec brisure vers les neuf minutes, et un solo de Wadada, puis redémarrage de la machine quelques secondes plus tard…

Album copieux et passionnant de A à Z !

Don Cherr'y Electic Sonic Garden


Certainty


The Majestic Way


Leroy Jenkin's Air Steps (for Leroy Jenkins)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 17 oct. 2024 01:54

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Vandeweyer, Van Hove, Lovens, Blume - Quat – Live At Hasselt

Les quatre regroupés forment le Quad Quartet, l’album est paru grâce à « NoBusiness Records » le label qui survit, et vient de faire paraître quatre nouveaux Cds, ce qui est bon signe, après avoir liquidé les acétates et autres trophées pour collectionneurs. Moi, je me contente des nouvelles sorties, ça soutient le label et me procure un grand plaisir, ceci étant dit, cet album est beaucoup plus ancien, car il est paru en deux mille treize, il est le cinquante-quatrième des versions Cds du label, il faudrait ajouter quelques sorties vinyles pour se rendre compte à quel point il était fertile à l’époque…

Ici se trouvent deux anciens accompagnés par deux musiciens moins connus. On reconnaît Fred Van Hove au piano ainsi qu’à l’accordéon et Paul Lovens aux percussions, deux légendes du jazz européen. Els Vandeweyer est une jeune vibraphoniste belge qui vit à Berlin, et Martin Blume un batteur dont le nom parlera à quelques-uns, car il possède une certaine notoriété tout de même, il est allemand et a participé à pas mal d’événements free, par ailleurs c’est vraiment un grand batteur, très complice de Paul Lovens sur ce concert.

Ce dernier s’est déroulé en deux mille onze au mois de juin au Centre des Arts à Hasselt. L’album dure environ une heure et se partage en quatre pièces improvisées. « H1 », la première est aussi la plus longue, à l’écoute on pourrait affirmer qu’ici tout le monde frappe, rien d’étonnant pour le batteur ou le percussionniste, ni même pour la vibraphoniste, mais un peu plus pour Van Hove au piano qui se prend parfois pour Cecil Taylor.

Pourtant derrière cette apparence, il se passe plein de choses, et tout s’entremêle et se complexifie bien vite, car tout va vite ici et rien n’est stable. Sur « H2 » par exemple, le gong joue avec le vibraphone et ce dernier se met en vibration avec les cordes du piano, le tout soutenu par le jeu de batterie dense et vrombissant.

Il y a un fort équilibre chez « Quat », une complémentarité étudiée dans le couple Els Vandeweyer/Van Hove qui est le plus mélodique, et une autre pour les deux rythmiciens Lovens/Blume extrêmement complices. L’échafaudage ainsi se tient, solide et créatif, laissant chacun s’échapper vers plus de liberté, probablement de façon un peu inégale, mais cela ne gêne pas.

Si on se plonge dans l’historique jazzeux, on peut trouver une intéressante continuité avec le Modern Jazz Quartet, puis le duo Jarrett/Burton ou encore Burton / Corea resté fameux. Cet album est certainement le plus moderne et le plus aventureux, il gagne d’ailleurs à être écouté plusieurs fois. On remarquera cependant le piège quasi folkeux dans lequel ils tombent délicieusement vers la fin de « H3 » quand l’accordéon arrive…

« H4 » est le plus bref, sept minutes avant de quitter l’album, pour des échanges pointillistes et nerveux, où s’entend Els Vandeweyer de très belle façon, avec Van Hove qui stimule. Un très bel enregistrement qui plaira à ceux qui adhère au hors-piste !

H1


H2


H3


H4
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