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Message par alcat01 » sam. 22 avr. 2023 09:17

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1771
Toto (1978)
Le lycée Grant de Los Angeles aura vu émerger de fameux musiciens. La plupart des membres de TOTO sont passés par cet établissement, des aînés David Paich et Jeff Porcaro aux plus jeunes Steve Lukather et Steve Porcaro, auxquels on pourrait d’ailleurs également ajouter Mike Porcaro et Joseph Williams qui les rejoindront plus tard dans Toto. La plupart ont également beaucoup travaillé sur les enregistrements du chanteur à succès dans les années 70 BOZ SCAGGS, et c’est d’ailleurs au cours de différentes sessions que le quatuor se lia au bassiste David Hungate. Rejoints par le chanteur Bobby Kimball, le groupe était au complet et signait en 1977 chez CBS pour l’enregistrement de ce premier album.

A cette époque, David Paich était de loin l’élément le plus créatif du groupe, signant seul huit des dix titres dont l’énorme (et indémodable) hit « Hold The Line ». Le claviériste avait l’intelligence de ne pas privilégier son instrument dans les arrangements, et l’élégance de ne pas s’attribuer le chant sur toutes ses compositions comme c’est habituellement l’usage. Il en résulte un album riche de toutes les individualités du groupe, exploitant les qualités vocales de chacun au mieux, et proposant un style à cheval entre rock (les riffs de « Girl Goodbye », ou les remarquables et surprenants passages percutants de la ballade « Angela ») et westcoast (« Georgy Porgy », la jolie ballade « Takin’ In Back », seul titre chanté par le claviériste Steve Porcaro) ; un style et un son souvent assez en avance sur son temps, mais capable de tomber aussi, très rarement, dans une certaine facilité, comme on peut le constater dans les relents disco des couplets de « I’ll Supply The Love », sur lesquels Bobby Kimball semble frappé par la fièvre du samedi soir (gâchant un peu par la même occasion un refrain qui méritait mieux).

Reste cependant un album qui impressionne encore près de quarante ans après sa sortie, et qu’on rangera aisément parmi les incontournables de Toto.
Pichon

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Message par alcat01 » sam. 22 avr. 2023 10:17

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1772
Sam & Dave – The Best Of Sam & Dave
Au début des années 80, Atlantic a publié des compilations plus récentes de certains des artistes R&B les plus populaires des années 60, dont Aretha Franklin et Wilson Pickett. The Best of Sam & Dave est peut-être encore plus efficace. Bien que les plus grands succès de 1969 du duo restent définitifs du point de vue de la culture pop et du choix des chansons, cette compilation bénéficie d'un son de qualité supérieure et ne comporte aucun élément parasite.
Comme toutes leurs compilations de mérite, The Best of Sam & Dave prouve la précision du soutien de Booker T. and the MG's et de la plus illustre équipe d'auteurs-compositeurs du duo, Isaac Hayes et David Porter.
Le chef-d'œuvre de l'équipe, l'étonnant et cinétique "Soul Man", est en phase avec la fierté noire naissante de l'époque. Si d'autres titres bien connus comme "When Something Is Wrong With My Baby" et "Hold on, I'm Comin'" sont présents, The Best of Sam & Dave rassemble également d'autres chansons tout aussi puissantes. L'humoristique "Said I Wasn't Gonna Tell Nobody" et le très énergique mais excentrique "Wrap It Up" mettent tous en valeur la combinaison singulière du ton étroit et irascible de Moore et du baryton malheureux de Prater. Le phénoménal "I Thank You", sans doute le meilleur morceau, clôt la compilation sur une bonne note.

Bien que le duo soit passé officiellement à Atlantic au début des années 70, cette compilation s'arrête aux meilleurs morceaux de Stax. Le Best of Sam & Dave a eu une courte durée de vie et a été supplanté par des aperçus plus complets. En tant que compilation mettant l'accent sur les succès, celle-ci fait l'affaire.
Jason Elias

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Message par alcat01 » sam. 22 avr. 2023 12:48

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1773
Quadrophenia
1973, Pete Townshend se pose une question: « Comment faire du Rock quand on a 30 ans ? ». Une réponse se pointe à l’horizon: Quadrophenia. Concept album sur les désillusions d’un jeune Mod (Jimmy) face à la vie.
L’histoire serait trop longue à raconter. Le mieux que vous puissiez faire, c’est regarder le film du même nom (avec un certain Sting). Mieux encore, achetez l’album. Car non seulement l’histoire tient debout (parce que Tommy, hum hum !!), elle est crédible, mais la musique est grandiose.

Le Heavy rock des Who se voit agrémenté de claviers (encore plus présents que sur Who’s Next) et devient, en quelque sorte, solennel (le mot n’est surement pas le mieux approprié). La puissance de « The Real Me » (repris par Wasp en 89), « The Punk & The Godfather » (un brûlot), « 5.15 » (quelle pêche, mes aîeux !) cotoie la douceur et la fragilité de « I’m One » ou du magnifique « Love Reign O’Er Me ».

Double album indispensable s’il en est, Quadrophenia est également la psycho-thérapie de Townshend qui pètera les plombs plus qu’à son tour durant la genèse de ce disque sans faille. Le groupe fait preuve d’une maîtrise impressionnante, Daltrey en tête.

Le groupe jouera l’intégralité de Quadrophenia sur scène en 1996 pour une tournée triomphale (Paris a succombé aussi!!), avec, aux fûts, un illustre inconnu, un dénommé Zak Starkey. Son père, Richard Starkey, a, parait-il, joué dans un groupe appelé les Beatles, sous le doux sobriquet de Ringo Starr.
Bon, on arrete les conneries, Zak Starkey n’a pas vraiment la frappe de son padre, mais plutot celle de Keith Moon. Grand bien lui fasse, Dieu le bénisse !! Et encore un album qui tue, un !!
Phil Ouze

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Message par alcat01 » sam. 22 avr. 2023 14:44

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1774
Jackal - Awake 1973
Jackal est un groupe canadien très peu connu qui a commencé sa carrière à la fin des années 60 mais n'a pu enregistrer un album qu'en 1973.
Leur premier (et unique) effort intitulé "Awake" est un mélange de heavy psych, hard rock et early progressive rock typique de la fin des années 60 et du début des années 70. Je peux aussi entendre pas mal d'influences rock sudiste et légèrement pop-rock typiques de la musique américaine de cette époque. Quoi qu'il en soit, je pense que cet album semble un peu dépassé par rapport à 1973 (cependant, certaines sources indiquent qu'il a en fait été enregistré en 1971, et qu'il n'est sorti qu'en 1973), lorsque la plupart des groupes de prog préféraient les longues suites, l'approche classique et l'utilisation de nouveaux types de claviers (comme le Moog ou l'ARP). Mais pour être honnête, je m'en fiche complètement car je dois admettre que j'aime beaucoup ce style de "heavy prog". Et à chaque fois que je suis fatigué de mon prog symphonique habituel, hautement technique et complaisant, j'aime jouer de la musique plus simple, presque radiophonique, mais toujours assez heavy et (bien sûr !) avec des orgues comme celle présentée sur le premier album de Jackal.

Et maintenant, une revue des 8 chansons de "Awake" :
l'album commence avec l'un de mes morceaux préférés de l'album. "At The Station" est un morceau mémorable qui allie heavy psych et hard rock sudiste (à la Bloodrock) et qui définit plus ou moins l'atmosphère et le style de l'ensemble de l'album. J'adore la combinaison des nappes d'orgue Hammond et des mélodies de clavinet très accrocheuses. Quel dommage que ces deux instruments ne soient généralement pas mélangés dans la musique prog-rock, ils sont juste créés pour eux-mêmes ! Un autre point fort de la chanson est le chant de Charlie Shannon, qui est étonnamment passionné et correspond parfaitement à ce morceau. Et n'oublions pas la partie centrale de la composition où l'on peut écouter quelques brefs mais agréables interludes d'orgue/guitare.
"For You" est une sorte de fausse ballade avec un joli fond d'orgue, des lignes de guitare simples mais raisonnables et quelques touches de piano. Rien d'extraordinaire mais la voix de Shannon est comme d'habitude superbe, pleine d'émotions je dirais.
Tout comme la chanson précédente, "Sunny Side of The Day" s'adresse plutôt au grand public. Plus proche du rock adulte/pop que du heavy prog. Rien de spécial mais pas mal non plus. De toute façon, c'est une chanson courte (moins de 3 minutes), donc même si vous ne l'aimez pas, elle passera vite.
"New Day Has Arisen",le morceau le plus long de "Awake", revient au style heavy-prog de "At The Station". Il s'agit d'un morceau vraiment étonnant, avec une voix toujours parfaite et un jeu d'Hammond extrêmement actif et percutant. La guitare de Dave Bernard a également plus à faire ici, car en plus de sa fonction rythmique habituelle, elle joue également de superbes riffs à l'unisson avec l'orgue de Kellesis. Je dirais : à mi-chemin entre Bloodrock et Deep Purple/Uriah Heep mais avec leur propre saveur.
"How Time Has Flown" est une autre superbe performance où Chris revient à l'idée de l'orgue et du clavinet. Les deux premières minutes et demie de la chanson sont une intro sous haute tension, presque symphonique, pleine de riffs de guitare rugueux et de passages d'orgue rapides. Après cela, la section vocale démarre et... c'est toujours aussi beau bien sûr ! J'adore les interludes orgue/guitare qui me font penser au personnel de Beggar's Opera. En bref : un autre gagnant !
"Lost in The World", la chanson la plus courte du disque, est étonnamment directe et orientée vers le rock'n'roll à guitares (du côté du rock'n'roll le plus dur). Personnel moyen, rien d'offensant mais rien de génial non plus. Un solo de guitare relativement long et un solo d'orgue très court sont inclus.
"In The Heavens" est superbe morceau avec l'orgue tourbillonnant de Chris Kellesis et un chant très émouvant. J'adore son rythme régulier, lourd comme un char d'assaut et imparable. James Kellesis semble être un batteur très compétent.
"Awake" Oh ! Un autre gagnant ! Au début, je pensais qu'il s'agirait d'un instrumental à cause d'une très longue intro technique aux sonorités symphoniques et heavy-prog où l'on peut apprécier certains des meilleurs interludes d'orgue et de guitare de l'album. Cependant, vers la 3ème minute, Charlie revient avec des parties de chant décentes. Peut-être qu'après cela, "Awake" perd un peu de son élan, mais il reste un classique.

Conclusion : Le seul album de Jackal est un disque très divertissant rempli de musique proto-prog/hard rock/heavy psych influencée autant par la scène rock sudiste (Bloodrock) que par la scène heavy-prog britannique (Uriah Heep, Deep Purple). Outre les groupes que je viens de citer, je peux également comparer leur musique à des groupes allemands comme Birth Control, 2066 & Then ou Frumpy. Si vous aimez cet album, vous devriez aussi découvrir un autre groupe canadien appelé Amish, qui n'a lui aussi enregistré qu'un seul album. Ces albums sonnent comme des frères jumeaux, IMHO !
Quoi qu'il en soit, à la fin de cette chronique, j'aimerais poser une seule question : que s'est-il passé avec ces 4 musiciens de Jackal ? Ont-ils joué dans un autre groupe après la séparation de ce groupe ?

ozzy_tom

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Message par alcat01 » sam. 22 avr. 2023 16:54

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1775
1981 Breaking The Chains
DOKKEN, aujourd’hui un peu oublié lorsqu’il s’agit de citer les combos de Hard US influents des années 80, a fait partie des formations qui ont le plus contribué à donner ses lettres de noblesse au style. Pour faire un bon groupe de Hard US, il faut avant tout un bon chanteur. Don Dokken en est un ! Quand on pense que Monsieur a passé une partie de 1981 en studio en compagnie des membres de SCORPIONS, attendant de savoir si Klaus Meine se remettrait d’une opération des cordes vocales, on a une idée assez précise de la qualité du bonhomme qui dispose d’aigus étincelants et d’un grain de voix tout à fait particulier (si on tend l'oreille, on peut l'entendre dans les chœurs de "Dynamite"). Pour faire un bon combo de Hard US il nous faut un guitar-hero ! RATT avec Warren DeMartini (qui replacera d'ailleurs ponctuellement Lynch pendant son audition pour Ozzy en '79), WHITE LION avec Vitto Bratta : DOKKEN a l’un des plus talentueux avec lui en la personne de George Lynch.

C'est parce qu'il a été repéré par Dieter Dierks que Don Dokken réussit à chopper un deal sur la base de la démo de trois titres enregistrée avec George Lynch et Mick Brown, repartis de leur côté conduire des camions et jouer dans XCITER. Après une première démo aujourd’hui reniée par Don Dokken lui-même (mais pourtant honorable), DOKKEN débarque avec son premier opus en septembre 1983 sur le marché US, après une première édition chez Carrere (cocorico) qui abrite en son sein SAXON à l’époque (entre autres) courant 1981 (un split réunissant les deux groupes avec entre autres DEMON sortira en '83). D’ailleurs la première édition de l’album intitulée "Breakin’ The Chains" (*) comprendra la version studio du titre "Paris Is Burning" présent sur l’édition mondiale en version faux-live avec un solo bien démonstratif du virtuose George Lynch. La légende (confirmée depuis par le vocaliste) de la participation de Peter Baltes (ACCEPT) à l’enregistrement de "Breaking The Chains" et le boulot en Allemagne constituent une originalité pour la formation américaine qui hérite donc d’une production à l’européenne avec un son aujourd’hui vintage mais toujours naturel (je pense aux productions de Beau Hill de la même époque qui ont dramatiquement mal vieilli : réécoutez "Out In The Cellar" de RATT).

Il faut dire que Don, au moment de décrocher son deal avec Carrere se retrouve sans groupe... Le frère de son bassiste Juan Croucier a posé les rythmiques avec Bobby Blotzer pour dépanner car ils étaient par chance en Allemagne à cette période, mais il doit trouver de nouveaux musiciens et c'est comme ça qu'il débauche Mick Brown et George Lynch. Au terme d'un voyage épique dans des conditions spartiates pour rejoindre les studios de Dieter Dierks, les deux compères, qui ont toujours du mal à digérer le fait que Don les ai laissés se démerder purement et simplement et opportunément utilisé deux de leurs morceaux sans leur accord, hésitent à rester pour boucler l'album, et il faut des trésors de diplomatie à Dieter Dierks pour convaincre George Lynch, qui est suspicieux à l'extrême et craint même que Rory Gallagher ou Rudolf Schenker, qui enregistrent à l'étage, ne descendent au studio pour lui piquer ses idées. Quant à Juan Croucier, sa femme pète un câble et balance sa basse par la fenêtre quand le musicien lui apprend qu'il doit partir en Europe pour enregistrer... D'où la présence de Peter Baltes, que Don gardera en très haute estime au point de retravailler avec lui en '90.

Ainsi épaulés, nos poulains vont avoir dix titres pour nous montrer ce qu’ils ont dans le ventre. Pas si facile à catégoriser, la musique de DOKKEN, qui tire ses origines dans le Hard ricain (on peut percevoir des pointes de KISS ou d’AEROSMITH chez eux) sonne pourtant assez Heavy avec un sens mélodique particulièrement développé et mis en avant. La faute à qui ?
À un vocaliste à la voix claire qui ne force jamais son organe et qui préfère nous délivrer de belles lignes de chant ("Breaking The Chains", "In The Middle") plutôt que des vociférations énergiques à la Ian Gillan. La faute aussi à George Lynch, qui délivre des soli virtuoses soutenus par la guitare rythmique du chanteur et des riffs plutôt velus et à Mick Brown qui n’hésite pas à enclencher la double grosse caisse quand cela s’avère nécessaire ("Live To Rock (Rock To Live)" qui pour le coup n’est pas sans rappeler le SAXON le plus mélodique, "Nightrider" entre le IRON MAIDEN de Di’Anno et son contemporain RIOT).

Alors comme sur la plupart des premières livraisons, DOKKEN n’est pas irréprochable et l’on retiendra essentiellement le hit "Breaking The Chains" au refrain addictif (qui aura attiré l'attention de Cliff Burnstein, puis de Tom Zutaut, qui venait de signer MÖTLEY CRÜE), le festif et speed "Live To Rock (Rock To Live)" ainsi que le fédérateur "Paris Is Burning". Pas que le reste soit désagréable, bien au contraire, l’album se tenant même bien sur toute la longueur. Les maladresses de composition de "Nightrider" ou "Felony" sont toujours contrebalancées par un riff ou un solo endiablé de George Lynch ou par les démonstrations vocales de Don Dokken, parfois encore un peu timides (les aigus faciles et puissants de "Seven Thunders", titre pouvant rappeler EUROPE à la même époque avec cette base Heavy mais à l’approche très Pop). Et le groupe n’évite pas quelques facilités, le titre qui parle de cul par excellence, "Young Girls", est dans un esprit très AC/DC facile, mais parfaitement dans le ton de l’époque… Surtout que DOKKEN pond là un titre d’une redoutable efficacité. Tout le monde jouait à ce jeu-là, rappelant que malgré des albums parfois plus moyens, les Australiens furent de véritables dieux vivants lors de cette décennie (il faut dire que "Back In Black" est sorti l'année précédente…). Don Dokken parle d'ailleurs toujours de cet album comme celui d'un groupe qui essaie et échoue à écrire un hit.

Cet opus s’adresse aux fans de cette époque bénie que fut les eighties tant il est en parfaite adéquation avec son temps, là où le Heavy se maidenise, où le comble du Metal extrême est atteint par VENOM, une époque où le Glam, le Thrash et toutes les ramifications à venir n’existent pas encore, du moins médiatiquement. DOKKEN est novateur pour son époque car il dispose de cette formule à mi-chemin entre Hard US et Heavy Metal à l’européenne qui lui ouvrira grand les portes de la gloire avec "Under Lock And Key", quand il aura gommé les défauts de ce premier opus, plaisant mais pas exceptionnel.

(*) La version américaine, sortie en septembre 1983, remixée par Michael Wagener, bénéficiera de quelques paroles remaniées et de soli de guitare en partie rejoués, et le tracklisting corrigera les erreurs de Carrere (notamment Georges Lynch dans le line-up).
JEFF KANJI

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Message par alcat01 » sam. 22 avr. 2023 19:00

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1776
The 4 Levels of existence - 1976 Someday in Athens
Milieu des années 1970, Grèce. Après la chute de la junte militaire, dans un contexte difficile mais marqué par une grande créativité et une activité artistique jusqu'alors réprimée, un groupe de rock commence à prendre forme au fil de longues jams dans des studios de musique improvisée, quelque part dans la banlieue ouest d'Athènes. Son nom ? The 4 Levels of existence
La formation initiale du groupe était composée d'Athanasios Alatas (guitare rythmique) et de Christos Vlachakis (batterie), anciens membres de Frog's Eye, ainsi que de Marinos Yamalakis (basse - chant) et de Nikos Dounavis (guitare solo). Le groupe commence à répéter et à se produire sur scène (principalement dans des cinémas locaux, comme c'était la coutume pour les groupes grecs à l'époque), et parvient finalement à remporter la troisième place lors d'un concours musical organisé par la Fondation nationale de la radio et de la télévision (EIRT) en 1975.
Après avoir remplacé Dounavis par Nikos Grapsas (guitare solo - chant), le groupe a été invité à enregistrer un album pour Venus Records, un petit label spécialisé - curieusement - dans la musique folklorique et populaire grecque. Il s'agissait néanmoins d'une opportunité unique que le groupe n'a pas manqué : Les 5 et 6 janvier 1976, leur premier - et unique - album est enregistré dans les légendaires studios Columbia d'Athènes. En seulement 10 ( !) heures au total, l'enregistrement est prêt après deux courtes sessions : toutes les pistes instrumentales sont d'abord posées, puis les voix sont ajoutées.

Bien qu'il ait vu le jour dans des délais très courts et dans des circonstances défavorables (il n'y avait ni producteur ni ingénieur du son), le premier album du groupe, enregistré par ses soins, est néanmoins une réussite extraordinaire : Un mélange de psychédélisme, de folk et de hard rock à base de guitares, avec des paroles en grec, ce qui était inhabituel pour un groupe de rock à l'époque.
Mélange très original d'éléments divers, l'album parvient à véhiculer un spectre très large, tant sur le plan musical qu'émotionnel - de l'agressivité adolescente et des riffs de guitare lourds ("Metamorphic") aux explosions émotionnelles contrôlées ("The Fool's Trumpet") en passant par des passages mélodiques qui exsudent un sentiment nostalgique de mélancolie juvénile et de lyrisme ("Untitled", "Disappointment").
Peu après la sortie de l'album, le groupe a été dissous. Cependant, leur unique enregistrement suivra son propre cours, devenant un objet très recherché par les collectionneurs de disques et considéré comme l'un des disques de rock grec les plus rares qui soient.
Après des sorties ultérieures en vinyle et en CD, l'album 4 Levels of Existence a récemment été réédité en magnifique vinyle 180gr par Anazitisi Records, un petit label indépendant spécialisé dans les disques psychédéliques/progressifs/blues/jazz/rock des années 1960 et 1970.
Selon les mots du guitariste du groupe, Athanasios Alatas, "notre disque est dédié à tous les groupes qui jouaient dans l'Attique de l'Ouest à l'époque : "[Notre] disque est dédié à tous les groupes qui jouaient à l'époque dans l'ouest de l'Attique. Tous ceux qui n'ont pas eu la chance d'enregistrer, qui se sont séparés, etc. Tous ceux qui ont fait de leur mieux à l'époque pour réaliser leur vie et leurs rêves à travers la musique."
The Muser

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Message par Cooltrane » dim. 23 avr. 2023 08:42

Pour The Who, effectivement Who's Next et Quadrophenia sont le sommet du groupe, qui va décliner après Quadro. Seul qqes morceaux de Who Are You parviendront à rallumer ma flamme (leur dernier en date étant correct).

C'est "dingue" comme ce premier Toto me fait penser à du Steely Dan de 2è catégorie ou du Doobies 2è époque (2è cat aussi), sauf pour les hits. J'ai tjs détesté ce qui viendra après ce premier album.

alcat01 a écrit :
sam. 22 avr. 2023 14:44
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Jackal - Awake 1973
Jackal est un groupe canadien très peu connu qui a commencé sa carrière à la fin des années 60 mais n'a pu enregistrer un album qu'en 1973.

Tellement peu connu qu'il est passé à travers des mailles de mon filet. :gratzzz: Merci pour la découverte :super: :chapozzz:

EDIT: ceci dit, je nom me dit vaguement qqe chose... j'ai forcément dû voir le nom dans la presse rock locale.

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Message par alcat01 » dim. 23 avr. 2023 09:18

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1777
Manifesto (1979)
Pendant deux-trois ans ans, Roxy Music a été mis en veille. Le temps pour ses membres de vaquer à d’autres projets (sa carrière solo pour Ferry, le super groupe prog 801 pour Manzanera, la télévision pour Mackay) et surtout d’éviter la déferlante Punk. Celle-ci étant passée, il est temps pour Ferry de battre le rappel des troupes. À une seule exception, Eddie Jobson. Le dernier arrivé se concentre en effet pleinement à son propre groupe, U.K., et il semble évident à ses anciens partenaires que Roxy Music est à présent pour lui de l’histoire ancienne. Ce sont donc des musiciens studios qui se chargeront des parties claviers (le futur Mike + The Mechanics Paul Carrack tout de même), comme cela était déjà le cas pour la basse. Manifesto offre une transition plus que brutal pour ceux qui se rappellent du Art Rock tinté de Glam (à moins que ce ne soit l’inverse) qui avait fait le succès du groupe dans la première moitié des années 70. C’est une musique sensiblement plus léchée que Roxy Music effectue à présent, faisant d’eux les véritables parrains de la New Wave et du courant New Romantics. Cela dit, les tubes Disco Rock de Siren (« Love Is The Drug » et « Both Ends Burning ») laissaient déjà présager ce virage. Une écoute des disques solos réalisés entre temps par Bryan Ferry (principal compositeur du groupe) permet de faire le lien de l’évolution entre le son de Siren et celui de Manifesto.

La frappe désinvolte et solide de Paul Thompson nous accompagne pour la longue montée en puissance de « Manifesto ». Difficile de ne pas taper du pied alors que les différents instruments se mettent en place. On perçoit encore de légers relents Art Rock dans le jeu de guitare de Manzanera et les petites dissonances une fois que Ferry commence à chanter. De fait, « Manifesto » semble rassurer les vieux fans tout en faisant un clin d’oeil aux nouveaux par cette section rythmique accrocheuse. En effet, dès « Trash » on est pile dans la New Wave post-Punk de l’époque. Un titre accrocheur, un brin rétro (normal), parfois un peu déjanté (mais loin de l’ère Eno), entre mordant Rock et sensibilité Pop. Encore plus accrocheur est ce « Angel Eyes » où Mackay se permet tout de même de légers glissements de côté vers des effets plus aventureux. Ferry nous refait le coup du crooner un brin chevrotant avec « Still Falls The Rain » où il semble susurrer ses couplets à l’oreille d’une demoiselle très chic au bar de l’hôtel. Cela dit, le titre prend des airs de samba sur le refrain sans que la transition semble pour le moins inappropriée. On a la classe ou on ne l’a pas. « Stronger Through The Years » permet de trouver des ambiances plus atmosphériques et moelleuses même si la section rythmique apportant son piquant funky (cette basse !) et que la guitare de Manzarena vient ponctuellement trancher l’affaire.

Difficile de résister au sensuel « Ain’t That So » qui préfigure le son léché et sexy qui caractérisera les deux derniers albums de Roxy et la suite de la carrière de Ferry. Le saxophone moelleux en contre-point d’une rythmique dynamique, un chant presque murmuré et soutenu par des choeurs féminins sur le refrain. Tous les ingrédients sont en place. On retiendra de « My Little Girl » sa force rythmique dans les breaks instrumentaux, les parties chantées se faisant plus cajoleuses. Le grand succès de « Dance Away » n’est sans doute pas pour rien dans l’évolution toujours plus léchée qu’effectuera le groupe par la suite. On est dans la rondeur chaloupée et désinvolte. Un travail de production hyper pro aussi qui évite à la mélodie très sucrée de nous saisir à la gorge pour à la place proposer un rendu charme et chic. Avec sa rythmique Disco et son rendu Soul Pop, « Cry, Cry, Cry » remet un peu de mordant, même si – bien entendu – on est loin des abrasifs « Virginia Plain » et « Do The Strand ». Tout cela reste à présent très bourgeois. C’est par « Spin Me Round », ballade Pop en mode sourdine mais non dépourvue de richesse sonore que Roxy Music s’enfuit sur la pointe des pieds.

Manifesto, comme l’indique sa pochette, présente un Roxy Music qui assume d’être devenu un groupe de discothèques. Les avant-gardistes bariolés des années 70 commencent à laisser leur place aux yuppies BCBG des années 80. Quoiqu’on puisse penser de cette évolution, il faut reconnaître que le groupe est tout aussi convaincant dans ces nouveaux habits que dans les anciens. Et finalement, en amorçant ce qui allait être le son d’une bonne partie des années 80, Roxy Music ne se révélaient-ils pas une fois de plus novateurs ? L’album remettra aussitôt le groupe sur le devant de la scène en devenant un nouveau succès en Grande-Bretagne, classant en plus deux singles dans le top 5 (« Dance Away » et « Angel Eyes »). Il montrait aussi un net progrès aux Etats-Unis où il sera le meilleur classement du groupe (n°23). Bref, pour Bryan Ferry et ses complices, tout souriait à nouveau.
The Wicker Man

dJzVI
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Message par alcat01 » dim. 23 avr. 2023 09:20

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1778
Hydra (1979)
Fort du grand succès rencontré par le premier album (écoulé à plus de deux millions d’exemplaires pour le seul marché nord-américain), TOTO entrait en studio au début de l’année 1979 avec des ambitions semble-t-il revues à la hausse. D’un point de vue de musicien, du moins, car le public, lui, avait été pleinement comblé par le précédent disque et son nombre conséquent de singles à l’efficacité mélodique éprouvée, à commencer par l’indémodable « Hold The Line » qui garde les faveurs d’un public multigénérationnel, près de quarante ans après sa sortie.

Ce succès commercial, Toto prenait le risque de l’hypothéquer en proposant un disque un peu plus complexe et d’accès moins immédiat comme l’atteste le premier titre, « Hydra », d’inspiration westcoast et marqué du sceau du groupe, mais développée sur une structure progressive en plus de sept minutes. Ouvrir un disque de cette manière comportait quelques risques, d’autant que « St. George And The Dragon » confirmait un peu cette orientation avec ses changements permanents de ligne mélodique.

Plus conventionnelle, la ballade westcoast « 99 » (aux paroles inspirées par le film de George Lucas THX 1138) et la plupart des titres suivants remettent un peu le groupe en ordre de marche pour la conquête d’un plus large public, avec une mention toute spéciale aux titres les plus rock de l’album, qui sont à mon sens les plus réussis de ce disque : « All Us Boys » (dont les couplets paraissent, a posteriori, assez visionnaires de ce qu’allait devenir le rock quelques années plus tard) et le superbe « White Sister », sur lequel Steve Lukather faisait étalage de sa dextérité de guitariste dans un final assez furieux.

Comme on pouvait s’y attendre, « Hydra » ne rééditera pas le succès du précédent album, mais il ne fait guère de doute qu’il s’agit d’un album de premier ordre dans la vaste discographie de Toto.
Pichon

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Message par alcat01 » dim. 23 avr. 2023 09:24

Cooltrane a écrit :
dim. 23 avr. 2023 08:42
Pour The Who, effectivement Who's Next et Quadrophenia sont le sommet du groupe, qui va décliner après Quadro. Seul qqes morceaux de Who Are You parviendront à rallumer ma flamme (leur dernier en date étant correct).

C'est "dingue" comme ce premier Toto me fait penser à du Steely Dan de 2è catégorie ou du Doobies 2è époque (2è cat aussi), sauf pour les hits. J'ai tjs détesté ce qui viendra après ce premier album.

alcat01 a écrit :
sam. 22 avr. 2023 14:44
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Jackal - Awake 1973
Jackal est un groupe canadien très peu connu qui a commencé sa carrière à la fin des années 60 mais n'a pu enregistrer un album qu'en 1973.

Tellement peu connu qu'il est passé à travers des mailles de mon filet. :gratzzz: Merci pour la découverte :super: :chapozzz:

EDIT: ceci dit, je nom me dit vaguement qqe chose... j'ai forcément dû voir le nom dans la presse rock locale.
Pour moi, les Who s'arrêtent à "By Numbers"!
Toto, c'est plus quelque chose de sentimental pour moi, mais je n'accroche pas à certains disques...
Enfin, j'ai connu Jackal par hasard dans les années 2000 et j'ai bien aimé!

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Message par alcat01 » dim. 23 avr. 2023 10:20

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1779

Sweathog 1971
Sweathog est un fantastique groupe de beaucoup trop courte durée et ces musiciens auraient pu être des superstars avec un peu plus de chances.
Le bassiste chanteur Dave Johnson avait joué avec Dr John et The Beach Boys, et le batteur chanteur Bartholomew Eugene Smith-Frost, connu sous le nom de "Frosty", avait, quant à lui, joué avec Lee Michaels.
Les musiciens étaient principalement originaires de No. Calif dans la baie de San Francisco, et, de ce fait, ils ont joué dans toutes les salles possibles et imaginables de la Bay Area.
La musique de l'album "Sweathog" n'est rien d'autre que du bon vieux Rock Américain; une sorte de mélange de Soul de style sudiste, de Funk du début des années 70 et de Blues, le tout enveloppé dans un son Rock virtuose.
Ce premier album éponyme du groupe est passé principalement sans laisser de trace musicale, et sans passer à la radio pour stimuler les ventes, bien que son image de couverture de fesses nues ait été censurée dans divers pays.

Le groupe devint un groupe d'ouverture pour Black Sabbath, Emerson, Lake & Palmer, The J. Geils Band, Edgar Winter's White Trash, Grand Funk Railroad et bien d'autres.

C'est un bon disque malheureusement trop peu connu!

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Message par alcat01 » dim. 23 avr. 2023 13:36

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1780
By Numbers (1975)
Depuis la sortie de Tommy, Pete Townshend vit dans la hantise de pouvoir faire aussi bien que leur mythique Opera Rock. Jusqu’ici, pourtant, il faut bien admettre que le guitariste s’en était plutôt bien sorti. L’échec du projet Lifehouse fut habilement transformé en chef d’oeuvre Rock à tendance Hard (Who’s Next) et si Quadrophenia n’atteignit pas la réputation de Tommy, il faut reconnaître que ce second Opera Rock des Who comportait certainement autant de classiques. Mais cette fois, il semble bien être arrivé au bout du rouleau et peine à écrire de nouvelles chansons.
De ce fait, le groupe se retrouve obligé d’enregistrer tout ce qu’il est arrivé à composer, une première. De même, les sujets seront souvent sombres et introspectifs, même si ce n’est pas l’atmosphère, plutôt entrainante, qui se dégagera des morceaux. Peut-on dire pour autant de By Numbers qu’il s’agit d’un mauvais album ? Au contraire. Car s’il est clair qu’il marque une petite baisse de qualité après trois chefs d’oeuvre, il cache en son sein des trésors. Bref, By Numbers, c’est un peu comme Goats Head Soup pour les Stones, un très bon album mais souvent mésestimé pour avoir suivi les sommets du groupes.

On ne peut pas dénier à « Slip Kid » un vrai capital sympathie, même s’il manque un petit quelque chose pour pouvoir vraiment en faire un incontournable des Who. Mais on ne manquera pas d’apprécier le travail de Nicky Hopkins au piano, les parties de guitare de Townshend (son solo est particulièrement accrocheur) où encore les percussions qui donnent à l’ensemble un petit côté latino. Chanson traitant de l’alcoolisme du guitariste, « However Much I Booze » est tout naturellement interprétée par lui. Sa voix mélodieuse, identifiable entre mille, fait toujours merveille, tout comme l’énergie incomparable de Keith Moon derrière les tambours. « Squeeze Box » a des airs de Country, mais quand les Who s’attaquent au style c’est pour monter vers des sommets musicaux et non pas pour donner l’impression qu’on est coincé dans un bled au fin fond des Etats-Unis. Quant au très mélodique « Dreaming From The Waist », il s’agit d’un petit bijou qui aurait mérité de devenir un classique du groupe. Le chant viril de Daltrey est contrebalancé par les choeurs mélancoliques de Townshend et Entwistle, les musiciens oscillant entre rage et douceur. Le titre montre un groupe désormais au sommet de son art. Sous un jour plus calme, on ne peut que tomber sous le charme de l’acoustique « Imagine A Man » où Daltrey montre que son chant peut se faire aussi subtile que les parties de guitare de Townshend.
« Success Story » est la participation de John Entwistle à l’écriture du disque et se trouve dans la bonne moyenne de ce qu’il a l’habitude de fournir. Moins incontournable que « My Wife » ou « Trick Of The Light », mais parfaitement satisfaisant. Les paroles qui traitent de la vie d’une Rock Star sont cinglantes (« 6 for the taxman, 1 for the band ») et donnent un bon aperçu des coulisses des Who (« I need a drink and my clothes are wet »). Dominé par le piano d’Hopkins, « They Are All In Love » montre la face la plus mélancolique des Who tandis que « Blue, Red And Grey », petite curiosité où Townshend s’accompagne au ukulélé avec les discrets cuivres d’Entwistle, fut mis sur l’album malgré la forte opposition de son auteur. Remercions donc Glyn Johns de nous avoir permis de découvrir cette petite pièce touchante. L’album finit sur deux Rock calmes, mélodiques et désabusés « How Many Friends », avec de jolies interventions de la guitare, et « In A Hand Or A Face ».

Moins terne que la couleur de la pochette (malgré un très chouette dessin d’Entwistle) aurait pu laisser supposer, By Numbers n’est donc pas l’album ventre mou des Who, loin de là. Si Townshend fut rarement tendre à son égard, tant Daltrey qu’Entwistle le considérèrent comme un de leurs préférés. Et incontestablement il mérite d’être redécouvert, histoire de se rappeler que les Who en panne d’inspiration, c’est toujours mieux que 75% de ce que les autres groupes produisent.
The Wicker Man

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Message par alcat01 » dim. 23 avr. 2023 14:43

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1781
The London Howlin’ Wolf Sessions (1971)
En cette seconde moitié des années 60, les groupes de Rock – anglais principalement – se mettent à reprendre des morceaux des vieux bluesmen américains en les adaptant aux goûts du jour. « Vous prendrez bien quelques morceaux de Rock dans votre Blues ? » « Oh, oui ! Volontiers ! » Parmi ceux-ci on pense à « Spoonful », repris par Cream qui, surtout dans sa version live sur le deuxième disque de Wheels Of Fire fit sensation et permit à une nouvelle génération de découvrir Howlin’ Wolf.
Qui dit Cream, dit Eric Clapton, et justement le producteur Norman Dayron lui propose d’enregistrer avec la légende du Blues. Trop heureux, le guitariste accepte et se charge de trouver une section rythmique digne de ce nom, celle des Rolling Stones, Bill Wyman et Charlie Watts, accompagnés sur certains titres du fidèle Ian Stewart. Clapton, en revanche insiste pour que soit également de la partie Hubert Sumlin, guitariste historique de Wolf, à la seconde guitare. Le premier jour des sessions, cependant, les Stones ne sont pas libres. Pas de problème, l’équipe de rechange s’appelle Klaus Voorman et Richie (alias Ringo Starr). Les Beatles – ou presque – à la place des Stones ? Qui dit mieux ! Si seul un titre de cette journée sera inclus à l’album initiale, les bonus en ajouterons deux autres. Enfin, Steve Winwood sera appelé pour faire quelques overdubs de claviers par ci par là. Bref, The London Howlin’ Wolf Sessions est l’album par excellente pour faire le lien entre le Blues à l’ancienne et le British Blues Boom.

Au menu, le géant noir va reprendre l’essentiel de ses classiques (mais pas « Spoonful », tiens, tiens) composés par lui-même, le génial Willie Dixon (le compositeur le plus repris du Blues ?) ou James Oden. Et ça commence fort avec une version décapante et joyeuse du désinvolte « Rockin’ Daddy ». Les guitare de Clapton et Sumblin dialoguent avec classe tandis que le maître éructe de sa voix cassée si particulière. Plus connu est ce « I Ain’t Superstitious » qu’avait magnifiquement repris le Jeff Beck Group de l’ère Rod Stewart. C’est sur ce titre que l’on retrouve Ringo et Voorman, et on appréciera cette version cool et funky qui bénéficie en plus d’une section cuivres sensuels et d’une cowbell jouée en overdubs par Bill Wyman. « Sittin’ On Top Of The World » offre des ambiances plus mélancoliques en nous transportant dans les champs de coton, aidé en cela par l’harmonica du jeune Jeffrey Carp qui allait décéder tragiquement moins de deux ans après. Le maître s’occupe lui-même de l’instrument sur le Boogie dynamique et entrainant de « Worried About My Baby » où le pianiste Lafayette Leake se lâche. On appréciera tout autant les rugueux « What A Woman! » ou « Poor Boy », ce dernier étant l’archétype du titre de Blues à l’ancienne.
Les cuivres reviennent pour un enjoué sur « Built For Comfort » où le piano Boogie de Ian Stewart soutient efficacement les solos de Clapton. « Who’s Been Talking? » a des airs de cha-cha qui curieusement vont à merveille au timbre de Wolf. Si le dialogue entre Wolf et Clapton en répétition de « Little Red Rooster » n’a pas beaucoup d’autre intérêt que celui de donner des effets d’ambiance ou faire plaisir aux historiens du Rock, la version définitive de ce titre que popularisèrent les Rolling Stones est poisseuse à souhait. L’un des temps forts de l’album à ne pas en douter. « Do The Do » nous envoie nous promener sur un vieille machine à vapeur tandis qu’on ne peut éviter de remuer le derrière sur le Boogie « Highway 49 » où Clapton se fait plaisir à la slide. Dernier titre de l’album original, « Wang-Dang-Doodle » se fait plus sombre, plus sale et rugueux à souhait. De quoi terminer en beauté. Enfin, pas tout à fait puisque nous pouvons à présent écouter également un « Goin’ Down Slow » bien poisseux (avec le retour de Klaus et Ringo), le mythique « Killing Floor » où Wolf partage la guitare avec Clapton, et le tranquille « I Want To Have A Word With You ».

Respectueux du répertoire de Howlin’ Wolf tout en lui donnant un petit coup de jeune, ce The London Howlin’ Wolf Sessions permet de faire le lien entre les vieux maîtres du Blues et la génération des musiciens anglais qui les ont adulés (et parfois pillés). Une bonne manière aussi pour les fans de Blues Rock des 60 et 70’s de trouver une porte d’entré vers cet ancien Blues d’aspect plus austère mais dont l’importance dans l’Histoire de la musique demeure indiscutable.
The Wicker Man

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Message par alcat01 » dim. 23 avr. 2023 16:51

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1782
1984 Tooth And Nail
DOKKEN c'est tout de même l'histoire d'un groupe qui galère comme beaucoup d'autres, et qui trouve sa force dans un antagonisme entre son fondateur Don Dokken, et son génie de guitariste George Lynch. Largement relayée et amplifiée par la presse Hard à l'époque, la relation de travail entre les deux sera toujours un peu chaotique, malgré les efforts relatifs des deux bougres. Et sa carrière est d'ailleurs à cette image, Don ne semblant quasi jamais tirer le meilleur parti de son art sans George Lynch. La genèse de "Breaking The Chains" a été des plus compliquées pour les jeunes loups de L.A. dont l'Allemagne est devenue la deuxième maison. Les studios de Dieter Dierks notamment. C'est là-bas que Don aura fait la connaissance de Michael Wagener, encore seulement ingé-son... Et créé le premier casus belli ; Don s'arrogeant les droits sur deux compositions d'XCITER de Mick Brown et George Lynch ("Paris Is Burning" et "In The Middle"), qui lui permettront de décrocher le fameux contrat discographique avec Carrere.

C'est à Michael Wagener que l'on doit le son de "Breaking The Chains" qui a plutôt bien traversé les années. Et c'est dans les bagages de Don qu'il débarque à L.A.. Alors que son album sort enfin sur le marché américain (en 1983), et qu'il est alors pressenti pour produire le prochain album de DOKKEN. Seulement voilà, quand on signe chez un mastodonte comme Elektra, qui tient à conserver ses intérêts, on gère au mieux les états d'âme de son poulain. Les trois autres membres du groupe craignent que l'implication du pote à Don ne leur porte préjudice, c'est en particulier le cas de George Lynch qui s'attend à entendre le chant plus fort que le reste et sa guitare enterrée dans le mix (NDLR : propos de Don Dokken, mais compréhensibles quand on compare le mix de "Breakin' The Chains" sorti en 1981 et celui de la version américaine de 1983), ce qui nous amène à Tom Werman, qui très vite ne peut travailler dans une atmosphère aussi tendue, son ingé-son est défoncé en permanence et se retrouve en guerre ouverte avec George Lynch. C'est alors le grand Roy Thomas Baker, qui a l'avantage d'être tout aussi extravagant que sa renommée, qui va être appelé à la rescousse et il va trouver la solution : il produira la musique le jour et partira boire des coups et faire la fête avec eux, et Don, d'un naturel plus calme, enregistrera son chant la nuit avec Michael Wagener (qui entre temps s'est taillé un petit CV, en produisant ACCEPT entre autres). Ainsi l'un fait le baby-sitter et le tri, le second termine le boulot de Tom Werman déjà bien avancé. Cette constante demeurera pendant toute cette ère jusqu'au split de 1988, Don Dokken et George Lynch enregistreront toujours séparément.

Même si les relations de travail étaient plutôt bonnes pour l'écriture de "Breaking The Chains", il faut bien comprendre que DOKKEN est d'abord le projet de son fondateur et frontman d'origine norvégienne, qui apprend alors à lâcher un peu la guitare pour mieux assumer son rôle de frontman. Mick Brown et George Lynch ne rappliquent que parce qu'un deal pour l'album a été signé, ou quand la tournée est programmée. Et d'ailleurs Jeff Pilson est appelé en renfort pour compléter l'effectif (sur les conseils avisés de Mike Varney), Juan Croucier venant de casser la baraque avec ses nouveaux amis de RATT avec "Round And Round", il n'est pas forcément chaud pour rejoindre Don et ses sbires dont le succès paraît incertain.

Et effectivement, avec cent mille exemplaires écoulés de "Breaking The Chains", Don Dokken doit faire le mécano pour joindre les deux bouts, et George Lynch et Mick Brown reprennent leur boulot de chauffeur routier. Heureusement que le label croit en eux et veut tout mettre en œuvre pour qu'il cartonne... Mais pas autant que Don qui fera des pieds et des mains pour obtenir une dernière chance de la part d'Elektra. Les choix de producteur n'étaient d'ailleurs pas anodins, avec Roy Baker qui venait de remixer "Too Fast For Love", et Tom Werman qui s'occupait de CHEAP TRICK ou encore Ted NUGENT, l'idée de trouver une approche plus commerciale était bien là. Et cette concrétisation va intervenir à travers "Alone Again", un titre écrit par Don près de dix ans plus tôt, et qui dépouillé de ses chœurs originels et passé à la moulinette Pilson, va permettre d'obtenir LA power-ballade qui peut faire la différence.

Mais si c'était le seul bon titre de "Tooth And Nail", ça n'aurait pas suffi à atteindre le Top 50 US. Il y a cette pièce-titre, un brûlot speedé encore très marqué la NWOBHM, le Heavy "When Heaven Comes Down" ou encore le très efficace "Into The Fire" (que George Lynch a pompé sur le "Some Heads Are Gonna Roll" du PRIEST) qui refera un petit coucou sur la B.O. de Freddy 3 en 1987 en compagnie du neuf "Dream Warriors". La limite Hard/Heavy n'est toujours pas si claire avec les formations de l'époque, et DOKKEN se démène avec réussite sur le Hard sautillant de "Just Got Lucky" et le Boogie endiablé de "Turn On The Action" qui après "Alone Again" vient terminer l'album en trombe ! Alors certes (et Michael Wagener comme le groupe l'assument aujourd'hui) le son a un peu vieilli (l'abus de réverb notamment, tant sur les guitares que la batterie), mais derrière cette poussière, "Tooth And Nail" reste un album éminemment pertinent, qui ouvrait alors la voie à une trilogie et un Live qui forgeront la légende de DOKKEN.
JEFF KANJI

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Message par alcat01 » dim. 23 avr. 2023 18:50

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1783
Gov't Mule
Warren Haynes (guitare,chant) et Allen Woody (basses) membres de l’ALLMAN BROTHER BAND décident en 1994 de profiter de leur temps libre (le groupe n’enregistre quasiment pas et donne un nombre limité de concerts chaque année) pour former un power-trio inspiré de CREAM et du JIMI HENDRIX EXPERIENCE. Le batteur Matt Abts les rejoint pour former GOV’T MULE, abréviation de Government Mule. Le nom du groupe provient d’une loi adoptée en janvier 1865 sous la présidence de Lincoln, promettant aux esclaves affranchis d’obtenir quarante acres de terre et une mule pour labourer. Mais suite à l’assassinat de Lincoln, Andrew Johnson, le nouveau président refusera en avril 1865 d’appliquer cette loi. Déjà une promesse non tenue !

Le premier album, enregistré en studio, contient toutes les caractéristiques du son du groupe. Warren Haynes joue superbement de la guitare dans un registre plus heavy que chez l’ALLMAN BROTHER, sa voix sonne parfaitement, la basse d’Allen Woody est puissante et donne une charpente à la musique, et la batterie de Matt Abts allie puissance du rock et subtilités du jazz. La comparaison avec Mitch Mitchell le batteur d’Hendrix est évidente, tant le jeu du drummer épouse toutes les arabesques de la voix et de la guitare.

Le CD démarre par une reprise de Son House, "Grinnin' In Your Face" histoire de marquer les influences musicales. Le morceau est complètement réarrangé mais la version très réussie. Une autre reprise, "Mother Earth" de MEMPHIS SLIM est interprétée avec un tempo lent mais bien lourd. "Rocking Horse" figurera sur l’album Hittin’ the Note de l’ABB, mais la version originale ici est plus rentre-dedans, D’une manière générale, on remarquera que le son de Warren Haynes est moins "rond" chez la MULE qu’avec les ALLMAN.
"Monkey Hill" ensuite permet au batteur de montrer qu’une de ses influences est John Bonham de LED ZEPPELIN et nous arrivons au plat de résistance, aux morceaux qui forgent l’identité musicale du groupe. “Temporary Saint” sonne la naissance du style et des arrangements de Warren Haynes. "Trane" comme son nom l’indique fait référence à COLTRANE, non pas pour la musicalité, mais plutôt pour l’improvisation, Warren semble s’inspirer de Jeff BECK dans sa période jazz-rock en trio. "Mule" est et reste un titre phare du groupe. Le boulot d’ Allen Woody à la basse est phénoménal et la slide de Warren fait inévitablement penser à Duane Allman. "Dolphineus" est une superbe introduction acoustique à un autre grand titre "Painted Silver Light heavy". Comme sur "Mule", c’est le son du groupe qui prend vie dans ce morceau, ce son inimitable de Warren Haynes, cette façon de chanter avec des licks de guitare qui soulignent les mots et le jeu subtil sur les toms et les cymbales de Matt, énorme batteur.
Après ce feu d’artifice, les trois derniers morceaux semblent d’un niveau inférieur. "Mr. Big" (cover de FREE) n’est pourtant pas mauvaise, avec toujours le groove d’Allen, "Left Coast Groovies" est dédié à Frank ZAPPA (on s’aperçoit déjà que le groupe se revendique de multiples influences et de nombreux styles de musique) et "World Of Difference" clôt le CD en maintenant l’esprit des deux morceaux précédents.

Ce premier album a fait souffler un immense vent d’espoir pour tous les amoureux de southern-rock, de blues-rock, de power-trio. Enfin, un groupe relevait le défi, reprenait le flambeau pour porter le feu de cette musique au plus haut.
BAYOU

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Message par alcat01 » lun. 24 avr. 2023 05:47

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1784
Flesh and Blood (1980)
Roxy Music a fait un retour remarqué en cette fin des années 70, retrouvant le succès qui avait été le leur avant leur séparation. En contrepartie, le groupe a encore augmenté le curseur Pop, déjà amorcé sur Siren. Mais si Ferry, Mackay et Manzanera sont partant pour aller encore plus loin dans cette direction, ce n’est pas du goût de Paul Thompson. Le batteur décide de ne pas poursuivre l’aventure (il ira rejoindre brièvement Gary Moore puis Concrete Blonde) et sera remplacé par des musiciens de studio. Flesh + Blood va donc présenter un groupe de plus en plus léché et de plus en plus dansant. Première pour le groupe, l’album présente deux reprises adaptées à la sauce Roxy.

C’est justement l’une d’entre elles qui ouvre le bal. Pas spécialement évident de reconnaître « In The Midnight Hour », le mythique tube Soul de Wilson Pickett. Ferry transforme cette petite furie en agréable mid-tempo de cocktail. Si quelques arrangements ‘arty’ demeurent (les guitare principalement), l’essentiel se fait hyper léché (la section rythmique, le saxophone) pour offrir un écrin parfait à la voix de crooner du chanteur. Un peu sage diront certains, très agréables rétorqueront d’autres. La ballade « Oh Yeah » nous ramène à l’hyper léché « Dance Away » de l’album précédent sans pour autant faire office de copié-collé. Oui, il est clair que l’aspect avant-gardiste et extravagant des débuts est derrière et que maintenant il s’agit de la musique pour soirée chic. D’ailleurs, en parlant de chic, il est indéniable que le groupe éponyme de Nile Rodgers a influencé Ferry dans ses arrangements rythmiques au rasoir et dansant pour le magnifique « Same Old Scene ». Un titre qui a inspiré nombre de groupes de New Wave qui ont suivi (Duran Duran, Talk Talk, Frankie Goes To Hollywood…) et qui fait partie de ce que les années 80 ont produit de mieux en terme de titres Pop de discothèque. L’atmosphérique « Flesh And Blood » va encore plus loin dans le côté New Wave, allant même voir ouvertement du côté de la Synth Pop. On pense à Gary Newman mais avec une voix de velours.
Le racé « My Only Love » est un autre temps fort de l’album avec cette ligne de basse aussi accrocheuse que simple, ses arrangements très travaillés, sa ligne mélodique des plus soignées, le tout montant en intensité jusqu’au solo de Phil Manzanera puis à celui d’Andy Mackay. L’un des titres essentiels du Roxy Music période Pop, si pas leur sommet du style. Après cela « Over You » et son côté rétro sixties avec des sonorités eighties semble plus anecdotique alors qu’il n’est pourtant pas désagréable. Si l’on avait eu du mal à reconnaître « In The Midnight Hour », « Eight Miles High » des Byrds est ici tout bonnement méconnaissable. Un rythme et des arrangements disco à la Chic remplacent les sonorités psyché et indiennes de l’originale. Certains crieront au crime de lèse-majesté, mais il faut reconnaître à Roxy Music de non seulement ne pas reproduire ce qui existait déjà, mais surtout de s’approprier le morceau en en faisant une version tout aussi digne d’intérêt. On appréciera tout autant l’envoutant « Rain, Rain, Rain » aux arrangements aussi riches que soignés et hypnotiques. Malgré une ligne de basse séduisante et le retour du hautbois de Mackay, « No Strange Delight » se révèle moins marquant même si toujours extrêmement bien produit et un peu plus aventureux. Au contraire, le final plus Pop que New Wave sur la ballade « Running Wild » s’avère assez classique. On sera tout de même gâté par le solo de Manzanera.

Gros succès qui ouvrait le chemin à Duran Duran (qui ne se priveront jamais de reconnaître leur influence), Flesh + Blood est probablement le meilleur album de Roxy Music période 80’s. Un sens minutieux des arrangements léchés et subtils, une production au son énorme, des compositions commerciales tout en étant originales, et un niveau finalement assez constant d’un bout à l’autre. La suite allait s’avérer un peu plus doucereuse, malgré sa qualité, pour des ventes encore plus importantes. Mais ça, c’est une autre histoire…
The Wicker Man

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Message par alcat01 » lun. 24 avr. 2023 05:58

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1785
Turn Back (1981)
TOTO abordait l’enregistrement de « Turn Back » avec un état d’esprit particulier. Lassés d’être considérés comme un groupe à ballades — la faute principalement à leur maison de disques qui mettait rarement les titres les plus rock en avant —, revanchards vis à vis de la critique qui les démolissait à chaque occasion, les Californiens souhaitaient enregistrer un disque capable de leur apporter la renommée d’un véritable groupe de rock. « Turn Back » a par conséquent la réputation d’être le plus rock de la discographie de Toto, mais relativisons : ce disque — qui traîne par ailleurs la réputation d’être mal produit, mais là encore, nuançons, car si le rendu de la production de Geoff Workman peut parfois sembler curieux, cet album reste tout à fait plaisant à écouter —, ce disque, donc, reste globalement proche des précédents, qui ont toujours été composés d’un mélange équilibré de différentes influences, dont le rock fait partie. Mauvais procès que considérer Toto comme un groupe mollasson, donc, et réaction du groupe finalement moins spectaculaire qu’on ne pourrait imaginer, ce « Turn Back » étant plutôt un recentrage qu’un durcissement.

D’abord, les ballades sont toujours présentes, toujours de belle tenue d’ailleurs (« A Million Miles Away », « If It’s The Last Night »), et comme c’était déjà le cas trois ans auparavant sur « Angela », l’habileté de Toto à insérer des ruptures dans la structure de ses chansons les poussait parfois à réveiller leurs mélodies douces par des riffs inattendus mais bien sentis (« I Think I Could Stand You Forever »). Ces ruptures, et la relative complexité d’un certain nombre de compositions restent d’ailleurs un élément de l’identité de Toto, comme sur le superbe « English Eyes », morceau typique du groupe, rythmé et doté d’un refrain, comme souvent, efficace. Probablement le titre le plus accrocheur de l’album (avec « Turn Back »), mais que le label ne jugea pas bon de mettre en avant, tout comme le fameux « White Sister » deux ans auparavant.

De ces bourdes stratégiques de la maison de disques — ajouté au fait que la sortie de cet album ne fut pas suivie d’une tournée — venait sans doute une bonne part de la relative tiédeur reçue par « Hydra » et « Turn Back » auprès du public, ce qui n’empêcha pas les pontes de CBS d’envisager de se débarrasser de Toto sans états d’âme après ce disque. Mais ceci était avant le succès planétaire de « Toto IV » l’année suivante…
Pichon

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Message par alcat01 » lun. 24 avr. 2023 10:23

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Alléluia 1972
Enfin, en 1972, Sweathog semblait enfin tenir son Hit single avec "Hallelujah", écrit par Gary Zekley, Mitch Bottler et Roberta Twain, un morceau de Southern Rock & Roll explosif avec un côté Soul qui était une véritable référence pour les quatre musiciens (en particulier Frosty), qui avait atteint le numéro 33 dans le Billboard Hot 100 en 1971.
Mais cette performance relativement modeste n'indique pas à quel point il était populaire à la radio, où il s'est rapproché de celui d'un hit du Top 20.
Cette chanson a propulsé l'album, également intitulé "Hallelujah", dans les magasins, au moins, mais il n'a pourtant jamais été vendu en grand nombre, malgré un effort de promotion respectable et beaucoup d'exposition pour le groupe, en tournée derrière Black Sabbath, entre autres grands groupes de la période.
On y trouve aussi une version plutôt intéressante de "Rock & Roll Hoochie Koo", une chanson de Rick Derringer. Pour l'époque, cependant, des chansons sincères comme "In the Wee Hours of the Night" avaient besoin d'une personnalité forte à la tête du groupe. L. Goldsmith interprétant "Ride Louise Ride" de Joe Cocker ou des morceaux du Sanford Townsend Band constitue une sortie solide, mais pas les tubes supplémentaires dont ce groupe avait besoin pour se faire réellement des adeptes.
De la bonne musique, des performances émouvantes, c'est juste que le monde n'était pas tout à fait prêt pour ça. La chanson titre reste un classique oublié que les stations oldies seraient bien inspirées d'ajouter à leurs listes de lecture.

Sweathog s'est finalement séparé définitivement en 1973...











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Message par alcat01 » lun. 24 avr. 2023 12:42

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M144 - 1969
M144 est le premier album du groupe danois expérimental de jazz rock Burnin Red Ivanhoe. Fortement ancré dans la scène jazz danoise des années soixante, Burnin Red Ivanhoe a commencé à incorporer des influences plus rock dans sa musique et a rapidement eu un bon public dans son pays natal, le Danemark.
M144, sorti en 1969, est l'un des rares albums de rock danois de l'époque à avoir une sonorité internationale. Le groupe a connu un certain succès international, notamment au Royaume-Uni où l'album s'est classé parmi les premiers albums étrangers de l'histoire. L'Allemagne et le reste de la Scandinavie ont également été des marchés pour Burnin' Red Ivanhoe.

M144 est un double album, ce qui était également très inhabituel pour les artistes danois en 1969. Le premier LP a des paroles chantées en danois tandis que le second a des paroles chantées en anglais. Environ la moitié des chansons sont instrumentales. Les paroles sont généralement assez fragmentées et bizarres. Je ne suis pas sûr, mais Ridder Rød (Red Knight) semble contenir des pensées socialistes (ce qui était très courant dans les paroles danoises de cette époque). Kaj est une chanson assez hilarante sur un gars solitaire nommé Kaj qui ne s'intéresse qu'aux filles sur les photos. Il vit avec sa tante qui s'intéresse beaucoup à lui (censure bip bip).
L'album est rempli de superbes morceaux de jazz/rock bluesy, dans la veine de groupes comme Colosseum et Audience. Beaucoup de cuivres et d'accroches. Des chansons comme Antique Peppermint, Medardus (avec des voix qui me rappellent Magma) et Saxophonepiece 1 et 2 sont toutes d'excellentes chansons jazz/rock essentiellement instrumentales. Des chansons comme Ivanhoe i Brøndbyerne, Ridder Rød, Marsfesten, Kaj et Purple Hearts mettent également en évidence le haut niveau de composition et de compétence technique de Burnin' Red Ivanhoe. Ksilioy termine l'album et je dois admettre que c'est un peu trop pour moi avec la partie centrale répétitive, même si la musicalité est remarquable dans cette chanson.

La version CD est un double CD avec six chansons supplémentaires, dont Why Don't You Trust est la plus excitante. Kaj est à nouveau présent dans une version enregistrée en 1997.
La musicalité est excellente et tous les participants sont des musiciens hautement qualifiés. Les cuivres, en particulier, sont d'un niveau extrêmement élevé.
La production est excellente. Le mixage est très organique.

Ce que j'apprécie le plus dans cet album, c'est qu'il n'est jamais trop jazzy. C'est toujours plus de la musique rock que du jazz, et c'est comme ça que je l'aime. M144 est sans aucun doute l'un des albums les plus révolutionnaires de l'histoire de la musique danoise et c'est aussi un excellent album de rock progressif. Il est proche d'être un chef-d'œuvre mais pas tout à fait.
C'est un album de jazz/rock bluesy hautement recommandable. Peut-être l'un des meilleurs.
UMUR

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Message par alcat01 » lun. 24 avr. 2023 14:48

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Mickey Hart - 1991 Planet Drum
En 1990, Mickey Hart a réuni des musiciens du monde entier pour réaliser un album de percussions unique en son genre. Zakir Hussain et T.H. "Vikku" Vinayakram d'Inde, Babatunde Olatunji et Sikiru Adepoju du Nigeria, Airto Moreira et Flora Purim du Brésil, et Giovanni Hidalgo de Porto Rico se sont joints à Hart.
Planet Drum est sorti en 1991 et a passé vingt-six semaines en tête du Billboard, remportant au passage le premier Grammy de la musique mondiale.

Au lieu d'écrire des compositions dans un style particulier, Hart voulait que les musiciens apportent leurs traditions au studio dans le but de créer de nouveaux rythmes et de nouvelles idées dans un environnement ouvert d'esprit. Les résultats parlent d'eux-mêmes. Cet enregistrement présente un éventail impressionnant d'instruments qui ajoutent une multitude de couches et d'harmonies sympathiques à un ensemble musical entièrement original. La production de l'album permet d'entendre et de ressentir toutes ces textures et nuances. L'expérience d'écoute concentrée offre un niveau de profondeur que l'on ne trouve pas sur beaucoup d'enregistrements.
Le morceau d'ouverture, "Udu Chant", révèle une jungle sonore. L'atmosphère résonne de vie, ajoutant de l'intensité et de l'ampleur aux instruments percussifs, dont la "poutre" de Hart, une longue poutre métallique en I reliée à de multiples cordes de piano et à un capteur magnétique spécial. "Island Groove" est une samba à 4/4 qui s'inspire des consonnes yorubaines : go, pa, gun. Chaque musicien apporte sa touche, ajoutant au son collectif au lieu de prendre des solos.
"Light Over Shadow" est un groove lent et contemplatif où Purim et Moreira harmonisent leurs voix sur un ensemble de percussions comprenant une cuíca qui se fait désirer. "Dance of the Hunter's Fire" est une rencontre séduisante entre les traditions africaines et sud-indiennes. La polyrythmie africaine de quatre temps contre six temps est rythmée par le djembé d'Olatunji tandis que Vinayakram improvise sur le ghatam.
Les percussions corporelles et le chant sont les seuls instruments présents sur "Jewe 'You Are the One'". La harpe de Jew et le tambour parlant dundun dominent la composition céleste "The Hunt", avec de forts accents de la batterie. "Temple Caves" sonne comme son titre l'indique : une transe percussive remplie d'un sentiment d'urgence et de célébration qui résonne comme si elle avait été enregistrée dans une grotte.
"The Dancing Sorcerer" met en scène Moreira au berimbau, l'un des plus anciens instruments connus de l'homme, et Hussain au madal et au tabla, dans une rencontre entre les percussions brésiliennes et indiennes. Hart utilise des os humains pour jouer du balafon sur le rituel "Bones". La voix et les percussions se balancent ensemble sur "Lost River". Olatunji ajoute une boucle vocale de soutien sous la mélodie vocale enjouée de Purim, tandis que l'ensemble pose un rythme fort.
"Evening Samba" est un groove soyeux qui mélange les rythmes brésiliens et angolais, et qui sert d'exutoire à de longues improvisations sur les cloches. "Iyanu 'Surprises'" est une composition d'Olatunji qui met en œuvre des courges cultivées dans le jardin de Hart, lesquelles sont ensuite arrangées pour former un nouvel instrument de gourdophonie. Le son des vagues qui déferlent sur l'île mystérieuse s'ensuit. L'eau, la pluie, le vent et les oiseaux rappellent l'atmosphère de Kona, à Hawaï, où les vagues ont été enregistrées tard dans la nuit.

Ce que Mickey Hart et son ensemble ont accompli ici est tout à fait unique. En écrivant une nouvelle musique inspirée par les traditions de ces maîtres musiciens, ils ont créé quelque chose de tout à fait authentique qui sonne encore frais aujourd'hui. Les fans de cet album devraient également consulter le livre de Mickey Hart, "Planet Drum : A Celebration of Percussion and Rhythm".
Alex Brown

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