
Mats Gustafsson & Craig Taborn – Ljubljana (2017)
On reste un peu dans les mêmes standards pour cet autre vinyle du label « Clean Feed », encore une fois un titre par face pour un album issu d’un concert donné le deux juillet 2015 au « Jazz Festival de Ljubljana », ce lieu devenant le titre de l’album. Pourtant la pochette du vinyle est assez curieuse, dépassant en largeur et en hauteur la norme habituelle, elle est très rigide et contient, en plus du vinyle un bon de téléchargement. Le tirage est signalé « épuisé », mais il se trouve sans trop se donner de mal, cet enregistrement n’existe que dans ce format.
Deux grands musiciens sont à l’œuvre, Mats Gustafsson, très aimé sur ce fil, joue ici des saxophones, le baryton dont il est un grand spécialiste mais également du « slide saxophone », une sorte de croisement entre le trombone et le sax, inventé par Snub Mosley à la fin des années trente. Craig Taborn est un pianiste né en 1970, de très grande réputation, il a beaucoup enregistré, pour John Zorn et beaucoup d’autres, il n’y a rien de surprenant à le trouver aux côtés d’une sommité comme Mats, les talents souvent se cherchent et se reconnaissent.
Il s’agit ici de la première rencontre entre ces deux musiciens, elle donnera lieu à deux improvisations, chacune gravée sur une face de l’album. La première se nomme « The Eyes Mouving.Slowly. » C’est une pièce autour des dix-huit minutes, pendant laquelle Taborn joue une partie très étal, un peu à la Cecil Taylor, pianotant une sorte de tapis sonore où la multiplicité des notes semble tresser un paysage au-dessus duquel Mats évolue sans que les deux ne se rejoignent.
Puis nous bifurquons dans une seconde partie plus lente ou Gustafsson et Taborn semblent entrer dans une sorte de jeu, Mats émettant des sons brefs, comme des appels auxquels Craig répond par des jaillissements soudain.
La seconde face est encore meilleure, « The Ears Facing The Fantasies. Again. » débute par une complémentarité remarquable entre le jeu de piano très puissant et appuyé de Taborn qui crée une forte tension sur laquelle Mats prend appui dans un premier temps et la pousse plus loin encore. Après cette introduction un retour au calme s’opère pour un dialogue à faible bruit où chacun avance à petit pas. La conversation prend forme et devient féconde, l’occasion également de faire le beau en montrant toute sa technique, avec un Mats absolument ébouriffant et un Craig pas moins convaincant.
Ni essentiel, ni ennuyeux.
The Eyes Moving. Slowly.
The Ears Facing the Fantasies. Again.















