
Et voici le genre d’album fait pour me plaire, en premier lieu parce qu’il est issu de la découverte de bandes magnétiques enfouies dans le passé, oubliées et sauvées on ne sait pas trop comment, souvent par des passionnés qui cherchent et creusent comme de fins limiers, et lorsqu’ils trouvent, ressuscitent et redonnent vie à la musique des temps anciens, c’est un peu plus qu’ils réaniment, les souvenirs et la fraîcheur d’une époque, sa candeur et ses espoirs aussi.
Les bandes datent de 1973 et l’édition vinyle de 2019, sur « Dogtown Records », est limitée à cinq cents mais ça reste très accessible encore. Le seul défaut que l’on soulignera c’est la durée de l’album, trente et une minutes ça fait short aujourd’hui, mais comme tout ça n’est que du bonus il faudrait être ingrat ou cuistre pour se plaindre, dégustons plutôt chaque seconde qui passe, comme si elle avait été volée au temps qui fuit…
On se souvient peut-être du « Khan Jamal Creative Arts Ensemble » et de son unique album « Drum Dance To The Motherland » dont il a été question en page quatre-vingt-neuf, et bien Khan Jamal, le vibraphoniste qui dirigeait la formation joue ici également, en compagnie de la magnifique Monette Sudler à la guitare électrique. Il faut ajouter l’excellent Byard Lancaster au saxophone alto et nous obtenons les trois compositeurs de cet album.
Ils sont accompagnés par Billy Mills à la basse, Omar Hill aux percussions, Rashid Salim aux congas et Dwight James à la batterie. Ils forment ensemble « Sounds of Liberation » qui sortit un autre album en 1972, « New Horizons », unique enregistrement connu de la formation avant que celui-ci ne soit déterré, ce premier effort est célébré par la sélection FJMt°, il est assez emblématique de la scène de Philadelphie.
Cette session live a été enregistrée à l'Université de Columbia, on y entend un mélange spiritual -funk qui peut évoquer la musique de Pharoah Sanders, particulièrement dans le jeu et l’écriture de Byard Lancaster notamment sur « Keno » ou sur « Sweet Evil Mist » particulièrement excellent. Le jeu de Monette Sudler est également remarquable à la guitare, se conjuguant au son du vibraphone de Khan Jamal, comme sur « Thoughts » qui ouvre l’album. A noter que Byard Lancaster est également connu comme étant flûtiste, bien qu’il ne soit pas crédité ici.
L’unique pièce de la face B « New Horizon (Back Streets Of Heaven) » approche les onze minutes et s’inscrit davantage dans un style funky, avec ses chants et sa chaleur communicative. Notons que la pochette de ce bel album est signée par Leroy Butler qui œuvra également pour des couvrantes de Sun Ra.
Thoughts
Sweet Evil Mist (Rib Crib)
Badi
New Horizons (Back Streets of Heaven)