
L’histoire m’a toujours fait rêver, depuis que je suis gosse, et j’ai toujours vu dans la musique un merveilleux moyen de voyager dans le temps. C’est sans doute la raison pour laquelle je me suis très vite intéressé au blues et à ses mondes parallèles, comme le gospel par exemple.
Quand j’écoute cette musique, j’entends toute une histoire de l’Amérique : celle des prédicateurs qui, dès le XVIIIe siècle, sillonnent le pays pour annoncer le Great Awakening. Cette tradition n’a jamais disparu, aussi bien dans la communauté blanche que noire.
Et c’est cela qui est merveilleux dans les sermons : ils existaient déjà en Europe, mais de façon très formelle et écrite. Aux États-Unis, cette tradition va peu à peu se croiser avec la culture afro-américaine. Les Afro-Américains vont réinterpréter le christianisme européen en y injectant le rythme, le chant, le call and response. Le prédicateur devient presque un performeur, un artiste.
Le gospel est l’aboutissement de ce processus. Musicalement, il naît au début du XXe siècle sous l’influence, bien entendu, du negro spiritual, qui est son ancêtre, mais également du blues et du jazz. Pour ceux qui souhaitent se baigner à la source, je conseille Thomas A. Dorsey.
Mais aujourd’hui, j’écoute le premier et merveilleux album de T. L. Barrett, un prédicateur encore vivant, à la vie totalement romanesque puisqu’il débute sa carrière en travaillant avec les morts avant de décider de consacrer son existence à la résurrection de Dieu. Il fonde sa propre église et connaît un succès suffisant pour atteindre le sommet de la pyramide — cet endroit où l’on peut organiser des systèmes pyramidaux qui vident les poches des fidèles pour remplir, comme par miracle, les vôtres, tout en leur promettant que tout cela n’est qu’un prêt pour un rendu, bien entendu.
Au sommet de sa gloire, il enregistre quatre ou cinq albums merveilleux dans les années 1970, avec des musiciens absolument brillants qui n’ont, bien entendu, sans doute jamais eu besoin d’être payés… Malgré les qualités exceptionnelles de ces enregistrements, ses disques passent relativement inaperçus jusqu’à ce qu’un de ses morceaux soit samplé par Kanye West au début des années 2010.
Depuis, T. L. Barrett est devenu un Dieu vivant pour ses fidèles et nul doute que les affaires ont repris depuis ce petit coup de pouce du grand berger pour sa brebis !











