J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 21 mars 2025 04:01

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John Coltrane - The Believer – (janv. Déc. 58)

Cet album est issu de deux sessions différentes, la première date du dix janvier cinquante-huit, et contient deux pièces, « The Believer » qui constitue la face A, et « Nakatini Serenade » qui ouvre la face B. John Coltrane y joue évidemment du saxophone ténor et le fidèle Red Garland est au piano, Donald Byrd joue de la trompette, Paul Chambers tient la contrebasse et Louis Hayes joue de la batterie.

La seconde session, dont est issue la troisième pièce, « Do I Love You Because You're Beautiful » s’est déroulée au mois de décembre de cette même année cinquante-huit. Lors de cette session c’est Freddie Hubbard qui joue de la trompette, en compagnie d’Art Taylor assis à la batterie.

« The Believer » occupe l’intégralité de la face A, pourtant il n’est pas si long, treize minutes quarante-six à mon compteur. C’est une pièce mid-tempo, bien enlevée par la basse de Paul Chambers très dynamique et chantante, elle soutient le titre d’un bout à l’autre, l’accompagnement à la batterie consistant en un battement marquant strictement le tempo, avec une régularité métronomique.

La pièce est signée par un pianiste de Philadelphie, du nom de McCoy Tyner, entre valse et blues déterminé, Coltrane y déploie un solo extrêmement varié, un poil entêtant, bien pulsé par cette rythmique quasi robotique, il s’y appuie pour dérouler un discours presque hypnotique. Mais il n’est que le second dans l’ordre des solistes, après que Donald Byrd ait déroulé le fil, avec sa maestria habituelle, dans un cadre hard-bop.

« Nakatini Serenade » est basé sur un rythme Afro-latin qui balance bien lors de l’exposé de son thème, la pièce pèse ses onze minutes de bon groove et de bon swing. « Do I love You Because You're Beautiful » est la ballade de l’album, d’une durée d’environ cinq minute, jouée par la seconde formation de cet album.

C’est aussi, sauf erreur de ma part, la dernière pour le label Prestige, on y entend un bon Freddie Hubbard, c’est ainsi que se termine cet album assez court, présenté pour la première fois en mille neuf cent soixante-quatre, ce qui lui donne un côté « fond de tiroir » ou daté, alors que la musique qu’il contient est tout de même de qualité, mais pré-modal.

The Believer (1964) - John Coltrane
John Coltrane Quintet - Nakatini Serenade
Do I Love You Because You're Beautiful? by John Coltrane from 'The Believer'
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Message par Douglas » sam. 22 mars 2025 04:37

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John Zorn – The Ninth Circle (Orpheus In The Underworld) – (2021)

En écho à l’album « 444 » qui était le quatrième de la formation Chaos Magick, voici « The Ninth Circle (Orpheus In The Underworld) », le second de la série, je ne vais pas dans l’ordre car c’est un peu le fouillis dans mes classements. On se souvient que « Chaos Magick » est une sorte de continuation de Simulacrum, aujourd’hui défunt, qui ajoutait l’arrivée de Brian Marsella au trio d’origine, il joue non seulement du piano électrique, mais aussi du Fender Rhodes et du Mellotron.

Ce qui suffit néanmoins à créer une sorte de mutation, assez lente, car, si elle semblait achevée avec « 444 », elle n’était qu’en état de latence avec les deux premiers albums, particulièrement avec celui-ci, encore voué aux démons métalleux par-ci, par-là… pas encore somnolents, ni léthargiques.

Car ici tout se mélange, et parfois à l’intérieur du même titre, période calme ou très calme, avec une accélération soudaine et sans raison apparente, un claquement de doigt du maître et tout vrombit, s’accélère, devient enflure, vacarme et revient, on ne sait trop pourquoi au calme soudain et enchanteur.

C’est pourtant dans une veine « jazz rock » que tout se déroule, avec la précision coutumière et chirurgicale de John Zorn. Le sentiment de perfection qui habite sa musique n’est pas démenti, ni dans les parties écrites, ni dans les solos. Les musiciens sont fantastiques, Matt Hollenberg devient un Dieu de la guitare, Brian Marsella le surdoué des claviers, d’une précision inouïe qui vise en plein cœur, et joue avec le grand John Medeski à l’orgue, l’homme des fresques et des frissons, le tout impulsé par Kenny Grohowski qui pousse et pulse avec la batterie…

Mais ce qui surprend encore, ce sont les virages angulaires, les dérapages contrôlés, les coups de freins inopinés et les têtes à queues organisés. Tout est sciemment et finement prévu et organisé par le démiurge qui agite les bras, s’assoit et se lève, se repose avant de se déplier à nouveau…
Les neuf chapitres ici enregistrés, sous une forme allant de « Canto I » à « Canto IX », sont censés former une suite inspirée de l'ancienne légende grecque d'Orphée et Eurydice, comme l’indique le Obi indispensable.

Rien de vraiment neuf pour l’habitué des saillies Zorniennes, ce mélange des genres est parfaitement fécond et pourvoyeur de bonnes ondes, et l’énergie se déverse avec bonheur dans nos oreilles qui réclament encore davantage, toujours plus, et encore…

Canto I
Canto II
Canto III
Canto V
Canto VIII
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Message par Douglas » dim. 23 mars 2025 02:46

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Charles Gayle 3 – Berlin Movement From Future Years – (1997)

Le premier truc qui frappe quand on se penche sur cet enregistrement, c’est la date, le vingt août quatre-vingt-treize, et on repense quasi automatiquement à l’autre enregistrement live de cette période, le fameux « Repent » de quatre-vingt-douze, complètement illuminé et sauvage, hors limite et incendiaire, un brûlot free d’anthologie.

Et, croyez-moi, celui-ci s’en rapproche grandement, enregistré à Berlin au « Townhall Charlottenburg », en trio, la formule préférée de Charles, en cette période. Il est entouré par Vattel Cherry à la contrebasse et Michael Wimberly à la batterie, juste le trépied essentiel, ce qu’il faut pour siéger droit, sans se casser la gueule.

Une seule pièce, près de quatre-vingts minutes, partagées en trois mouvements. Lors du premier Vattel Cherry prend un assez long solo de contrebasse où il nous montre pourquoi il est là, ce qu’il sait faire préférentiellement avec son archet-tison, et puis on redémarre à trois avec le sax de Gayle éraillé, toujours à la limite, et sans économie, il n’est d’ailleurs pas là pour en faire, son « truc spécial », ce pourquoi les gens sont là, c’est pour le voir donner, tout donner, son souffle, sa sueur, ses tripes, et encore un peu, encore et encore, pendant les quatre-vingts minutes, jusqu’à l’épuisement, mais il tiendra bon, debout…

D’ailleurs on applaudit après chaque mouvement, ça entretient la combustion, et on repart avec les grincements, les souvenirs d’Ayler qui remontent, comme des fantômes, des esprits, des ectoplasmes blafards, les revenants c’est un peu la spécificité de l’ancêtre, Albert, qui les fréquentait, les jouait et les encensait, même !

Alors Charles n’est pas regardant, il lui fait une visite ou deux, histoire de se frotter au spectre, amicalement… Il ne joue pas que du ténor d’ailleurs, au début du second mouvement il sort la basse clarinette et dialogue gravement, avec sa grosse voix. Et puit ça repart pour une longue bordée, histoire d’aller frotter les aigus, avec le ténor, de chatouiller la colonne, de bas en haut, puis de haut en bas, et sortir de l’intérieur, le cri, le chuintement, la fêlure, et encore, encore tenir !

Il lui faut également aller chercher, tout là-haut, quelques esprits de passage, ceux qui siègent dans l’au-delà et qui lui traversent la tête, suffit de héler et d’attendre qu’ils vous regardent, et de leur parler, leur accorder encore un souffle de vie par l’attention qu’on leur porte encore, d’accord, c’est un peu glauque, mais ça ressuscite les souvenirs, et même quelques souffrances anciennes qui surgissent du passé, suintent, et remontent avec des boules dans la gorge, et puis souffler et souffler encore…

Pas de pause entre le second et le troisième mouvement, le plus long, le plus tortueux, le plus intense, c’est parti pour trente-cinq minutes non-stop, toujours à trois, avec Mickaël Wimberly qui tape comme un damné, fait de continuels roulements de tambours, frappe et frappe les cymbales, quitte à déglinguer la machine, l’état d’urgence est déclaré, tout s’allume et tout flamboie, Charles à la proue souffle et souffle toujours, les esprits pleins la tête, il envoie, encore et encore, c’est ce qu’il sait faire cracher dans le bec qui lui sert d’exutoire.

Puis Wimberly prend son solo, c’est son tour, il est déjà bien chaud, les deux autres l’écoutent puis le soutiennent, mais le laissent encore à l’avant, un peu, pour diriger le flux, une sorte de calme arrive, sans doute prélude à quelques débordements sacrificiels, du genre malaisants et sanguinaires, comme il arrive quand monte trop haut la tension, et que les battements s’accélèrent exagérément.

Charles maintient le cap, plutôt dans le segment médium de son ténor, mais toujours des saillies aigues, et des coups de trompes dans les graves, puis ça repart, le cri revient et la thérapie holistique continue. C’est que chacun se nourrit de l’autre, et donne également. Les instruments sont également disséqués, scrutés avec minutie, et passés au crible, ils doivent tout donner et tout offrir, comme une extension naturelle de ceux qui les manipule et les joue…

Second Movement
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 24 mars 2025 04:59

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The Miles Davis Quintet – Steamin' With The Miles Davis Quintet – (1961)

Voici l’ultime album de cette quadrilogie extraordinaire, issue des fameuses sessions de cinquante-six, avec un quintet tout à fait exceptionnel, Miles Davis à la trompette, Red Garland au piano, John Coltrane au sax ténor et Philly Joe Jones à la batterie. Ici on aligne ce qui reste, et c’est toujours aussi bon !

Ce qu’il faut souligner et que n’ai fait qu’évoquer jusqu’alors, c’est le délabrement causé par les drogues, ou même l’alcool, sur quatre des cinq musiciens, le seul qui reste clean c’est Miles, qui s’est débarrassé de ce fardeau dès cinquante-quatre. Il est important d’en parler, car c’est là que se trouve les causes de la séparation de ce fabuleux quintet qui aurait pu faire encore rêver s’il n’y avait eu ces addictions.

Les pires sont Philly Joe Jones et Coltrane, qui avaient parfois du mal à se bouger, complètement « stone » et souvent endormis, en retard, ce qui avait le don d’énerver Miles qui ne ménageait pas les susceptibilités. Miles se plaindra du manque d’hygiène de ses collaborateurs et de la propension qu’ils avaient à « piquer du nez », toujours à réclamer une rallonge financière et parfois même absents, alors qu’ils auraient dû jouer…

Maintenant que l’on a compris pourquoi l’affaire ne dura pas, il faut examiner « Steamin’ », qui ne manque pas de qualités. Paru avec le décalage habituel, il ne sortira qu’en soixante et un, ce qui ne l’avantage pas forcément, concurrencé par « Olé » ou « Africa/Brass » déjà passés à la musique modale.

Le répertoire est entièrement constitué de reprises, mais elles sont toutes brillamment réussies. Ces titres sont des fondamentaux propices à éveiller les échanges entre les musiciens et particulièrement efficaces pour faire briller les meilleurs, car ces pièces archiconnues sont souvent jouées en live et autorisent chacun des musiciens à montrer ses qualités, comme le fait Philly Joe Jones sur le fameux « Salt Peanuts » de Dizzy Gillespie.

Il faut remarquer l’absence de Coltrane sur deux pièces, à nouveau des ballades, où Miles Performe, il s’agit de « Something I Dreamed Last Night » et la dernière pièce de l’album, « When I Fall In Love », toutes les deux sont brillantes et propices à magnifier le jeu de Miles, si plein d’éclats et de pureté.

« Diane » joué mid tempo est à nouveau cannibalisé par Miles qui transcende le titre, pas de doute, ce gars n’est pas banal, et il y en a peu, des comme lui, ce qui n’empêche pas Coltrane de jouer sa partie avec personnalité et cœur, apportant sa « patte » et son savoir-faire, avant le solo de piano.

La cinquième pièce est de Monk, le facétieux « Well, You Needn't » qui est interprété magnifiquement, n’hésitant pas à mêler la voix de Miles avec celle de Trane, lors de l’exposition du thème, c’est brillant et inattendu et ressemble à une performance, après l’explosif « Salt Peanuts » les deux pièces up tempo éblouissent !

Quatre pièces majeures de l’histoire du jazz qui s’ajoutent aux nombreuses albums « Prestige » qui pourraient rivaliser avec les plus beaux « Blue Note » de la fin des années cinquante.

1 Surrey With The Fringe On Top by Miles Davis from 'Steamin' With The Miles Davis Quintet'
2 Salt Peanuts by Miles Davis from 'Steamin' With The Miles Davis Quintet'
3 Something I Dreamed Last Night by Miles Davis from 'Steamin' With The Miles Davis Quintet'
4 Diane by Miles Davis from 'Steamin' With The Miles Davis Quintet'
5 - Well You Needn't by Miles Davis from 'Steamin' With The Miles Davis Quintet'
6 When I Fall In Love by Miles Davis from 'Steamin' With The Miles Davis Quintet'
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 25 mars 2025 04:43

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Santacruz, Lowe, Charles – After The Demon's Leaving – (1997)

A mon sens, ces enregistrements sont tout à fait exceptionnels, si on les remet à leur place dans le parcours de l’un des saxophonistes les plus importants de sa génération, l’extraordinaire Frank Lowe. Ce dernier est disparu en deux mille trois, laissant derrière lui une discographie qui n’est pas pléthorique, mais de très grande qualité, chacun pourra y gambader pour y faire de multiples découvertes.

Cet album est l’un des trois qui marque la rencontre riche et féconde entre le contrebassiste, obsur mais génial, Bernard Santacruz, avec notre saxophoniste. Je vous ai déjà fait part, d’ailleurs, des deux autres rencontres, celle de quatre-vingt-quinze autour de « Latitude 44 », et celle de deux mille, avec « Short Tales », manquait celle-ci, la voici donc.

Elle se déroule en trio avec Denis Charles à la batterie, ainsi se perpétue la rencontre de deux américains avec un français. Bernard est un contrebassiste chaud, rond et latin qui semble avoir bénéficié de l’influence de Jimmy Garrisson et de Charlie Haden, difficile de ne pas les associer tous trois, à l’écoute de cette musique, riche d’un lyrisme fou, parfois poignant et viscéral, comme sur « Nadia » par exemple.

Bernard est suffisamment connu pour être en pointe dans la recherche des talents, mais aussi pour dénicher ce qui se fait de mieux, c’est ainsi qu’il enregistre cet album dans les Studios La Buissonne, à Pernes-Les-Fontaines, qui se verra adoubé, plus tard, pour enregistrer sous la licence ECM. Le son que vous entendez ici est exceptionnel.

Le titre de l’album « After The Demon's Leaving » correspond à une suite en trois parties, d’environ un petit quart d’heure, qui se trouve vers la fin de l’album, placée juste avant la dernière pièce, « Fight Song No. 1 ». Chacun apporte ses compos, Santacruz est le plus prolifique avec quatre pièces, Lowe et Charles en apportent chacun deux au pot commun, pour un total de huit pièces et environ quarante-huit minutes de musique.

Il y en a quelque- unes qui sont assez courtes et d’autres qui tournent autour des huit minutes, les pièces se ferment lorsqu’il semble que tout ait été dit. Bien que l’album dépasse les genres, chacune possède une personnalité et semble raconter une histoire, souvent elles s’articulent autour du gros son de la basse qui marque l’axe autour duquel tout se bâtit.

L’album s’enrichit de façon extraordinaire de la personnalité de Franck Lowe, ouvert aux audaces et aux innovations, tout en conservant ce lyrisme si particulier qui lui donne une personnalité si forte, qu’elle s’imprime facilement dans la mémoire des auditeurs. La musique ici est belle et très accessible, comme on peut l’entendre sur le surprenant « After the Demon's Leaving Part III ».

Un album vraiment hors du temps, entre tendresse poétique et musique expressive.

Bernard Santacruz - Frank Lowe - Denis Charles "After The Demon's Leaving" 01/29/1996
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 26 mars 2025 04:09

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Tim Berne's Bloodcount – Poisoned Minds: The Paris Concert 2 – (1995)

Je vous ai déjà parlé de Tim Berne avec l’album « Diminutive Mysteries (Mostly Hemphill) ». Celui-ci appartient au sous-ensemble « Tim Berne's Bloodcount », une formation qu’il anime de temps à autres. Voici la première apparition de « Bloodcount » avec la série « Poisoned Minds – The Paris Concert » qui contient trois volumes, parus sur le label JMT, celui-ci est le second, je ne connais pas les deux autres.

Voici les musiciens, Tim Berne joue des saxs alto et baryton, Chris Speed du sax ténor et de la clarinette, Marc Ducret de la guitare, Michael Formanek de la contrebasse, et Jim Black de la batterie. Il n’y a que deux compos sur le Cd, « The Other » de vingt-sept minutes trente et « What Are The Odds? Speed · J.B.'s Stove · A Slight Discrepancy In The Figures » de quarante et une minute trente. Soit environ soixante-neuf minutes au total.

Tim Berne sera habituellement classé sous l’étiquette « post free », s’il fallait en trouver une, Ce n’est pas une musique habituellement agressive ou criarde, avec des excès sonores ou autres, qui firent les belles heures du free.

Non, elle se situe davantage dans une musique contemporaine, mais sans l’ennui que celle-ci engendre parfois. D’ailleurs elle n’est pas exempte de tensions, elle les génère même, se présentant à l’auditeur comme un long filet complexe et enchevêtré qui se déroule lentement, comme un long ruban.

Il peut être agréable de l’absorber en un bloc homogène, sans trop chercher à analyser, bien que ça ne nuise pas, il n’est même pas nécessaire de s’y concentrer avec intensité, comme le demande souvent les musiques complexes, mais ici pas de risque d’indigestion, la mixture est aisément assimilable si on ménage les efforts, elle ne se digère que mieux.

Ainsi passe le merveilleux « The Other » qui semble décidément trop court, propice à envoyer l’auditeur dans un épais nuage cotonneux et plein de coolitude, confortable, destiné aux adeptes du cocooning. La seconde pièce est un poil plus déménageuse, sans excès toutefois, sa durée en elle-même est déjà un exploit, mais il n’y a pas à avoir peur, rien de désagréable n’est prévu au menu. Le final est somptueux.

Pas de radicalisme ici, le seul qui soit concédé est au niveau de la durée. Pour le reste comme sur la piste un, beaucoup d’improvisations, de lyrisme au niveau des anches qui se complètent en parfaite harmonie, des thèmes sont prévus et envoyés avec beaucoup de maestria, la guitare de Marc Ducret est évidemment innovante et également surprenante, c’est le lot de ce phénomène, qui jamais ne tombe dans la facilité, ne jouant quasiment pas la note attendue ou espérée et vous déjouant sans cesse.

Les moments calmes, ou s’exprime un musicien en solitaire, ou un duo, sont organisés, ce qui ne prête pas la pièce au même sort que la première, il faut davantage s’accrocher et se concentrer, lors de quelques moments plus exigeants. Il y a même un solo de basse de l’excellent Formanek. Mais cette phase n’est que transitoire et bientôt tout s’accélère.

Il y a même, peu après, un exposé assez explosif du thème, comme une cacophonie qui s’organise, ou se désorganise, comme on veut. La montée en puissance et en volume, qui suit, est tout à fait exceptionnelle, réjouissante et même jouissive, n’excluons rien…

Poisioned Minds - The Paris Concert II - The other
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Message par Douglas » jeu. 27 mars 2025 04:14

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Ted Curson – Plenty Of Horn – (1961)

Ted Curson est un trompettiste bourré de talent, dont la notoriété s’est effectuée chez les autres, particulièrement lorsqu’il fit partie du combo de Charles Mingus, enregistrant sur « Mingus At Antibes », « Mingus », « Presents Charles Mingus » ou « Mysterious Blues », il joua également sur « Fire Music » de Shepp. C’était un éclectique, capable de passer du blues du terroir à la musique de Cecil Taylor, sans sourciller.

Il semble bien que cet album de soixante et un, « Plenty Of Horn » soit son premier en tant que leader. Il est accompagné par le saxophoniste Bill baron, le frère du pianiste Kenny Baron, avec lequel il enregistra pas mal, Kenny Drew est au piano et le grand Jimmy Garrisson à la contrebasse.

Il y a un invité spécial, Eric Dolphy qui vient jouer par deux fois de la flûte sur cet album, sur « The Things We Did Last Summer » et sur « Dem’s Blues », il faut dire que Ted Curson côtoyait Eric Dolphy lorsqu’il jouait aux côtés de Mingus, en mille neuf cent soixante. Pour les batteurs sur cet enregistrement, c’est plus compliqué, car il y en a trois qui se succèdent, tous des pointures, Roy Haynes, Danny Richmond venu de chez Mingus et Pete LaRoca.

On sait que le basculement entre les années cinquante et soixante a connu de fabuleux trompettistes, dont le fameux Clifford Brown et le magnifique Booker Little, qui fit paraître « Out Front » » cette même année, tous les deux décédés prématurément.

Ted Curson est lui très adaptable, avec une vaste palette qui lui permet d’embrasser de nombreux styles, sa sonorité est claire et saillante, à l’aise autant dans les titres lents que dans les plus rapides, sa technique sans faille lui permet d’aborder les pires difficultés sans risque.

Cet album a été enregistré à New-York en avril soixante et un, il contient six titres signés par le trompettiste, essentiellement dans un style hard bop, mais avec des couleurs venus de loin, comme la reprise de Duke Ellington, « Caravan », ici très tournée vers l’Orient et ses mystères, on pourrait également citer « Antibes », qu’il a composé, en lui donnant des couleurs hispanisantes et méditerranéenne.

On le voit, il est capable de nuances dans ses compos, comme « Mr.Teddy » qui balance entre deux genres, avec citations. On remarque également l’excellent « Flatted Fifth » qui résume bien son talent de compositeur, et d’interprète par la même occasion, car son solo est éblouissant, celui de Barron également, le titre évoque par ailleurs un dessin animé célèbre dont l’auteur de la bande son a dû écouter notre ami Ted.

La « Nosruc Waltz » mérite également le détour avec ses tourbillons qui donnent le tournis, la pièce la plus longue ici, qui permet à Ted de s’exprimer assez longuement, avec ce son épais et cuivré, ce qui lui donne une couleur à la fois généreuse et gourmande, comme disent certains chefs en cuisine.

Il y a également la ballade incontournable « « The Things We Did Last Summer », un standard, qui offre une place à Dolphy, ainsi que « Bali-H’ai », encore une reprise, celle-ci signée Hammerstein-Rodgers, que l’on croirait issue de la BO d’un film romantique…

Un bel album d’un trompettiste qu’il ne faut pas négliger.

Caravan
Dem's Blues
Flatted Fifth
Antibes
The Things We Did Last Summer
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 28 mars 2025 03:17

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Joe McPhee, Daunik Lazro, Joshua Abrams, Guillaume Séguron, Chad Taylor – A Pride Of Lions – (2018)

Un album que j’avais placé dans ma liste d’attente sur un site de vente, pour ne pas le rater s’il se montrait, car il est devenu compliqué de le dénicher. Il fait partie des « Bridge Sessions », ce regroupement de musiciens venus d’Europe et d’Amérique, qui se rencontrent autour d’un enregistrement. Celui-ci est devenu rare car les noms qui y figurent sont des têtes d’affiche, surtout côté Etatsunien.

Joe McPhee au sax ténor et à la trompette de poche, Joshua Abrams à la contrebasse et au guembri et Chad Taylor à la batterie et au mbira. Côté France il y a Daunik Lazro aux saxs baryton et ténor et Guillaume Séguron à la contrebasse. Bien qu’ils ne soient que cinq, ils semblent sonner comme s’ils étaient dix !

La musique jouée sur cet album est essentiellement improvisée, elle a été recueillie lors de concerts entre le vingt-sept janvier et le cinq février deux mille seize, à la fin d’une tournée de dix dates. Elle se présente sous la forme de cinq pièces, pour une durée totale d’environ cinquante minutes. Il n’y a aucun nom pour les pièces qui se présentent sous la forme track 1, 2 etc… Les morceaux s’enquillent gentiment les uns dans les autres. C’est joué live au « Petit Faucheux », dans la bonne ville de Tours.

Mis à part les nationalités, on pourrait trouver un autre axe pour présenter cet album sous deux formes différentes. La barrière de l’âge pourrait convenir, car, lors de cet enregistrement, Joe McPhee avait quatre-vingt-trois ans et Daunik Lazro soixante-dix-sept ans, tous les autres appartiennent à des générations beaucoup plus jeunes et leur rendent quelques décennies.

Je vous rassure sur l’enregistrement tout le monde est très vaillant et les vieux sont d’éternels enfants, il suffit d’entendre Daunik souffler dans son baryton pour s’en convaincre, il est tout simplement fabuleux ! Pareil pour McPhee, épatant tant à la trompette de poche qu’au ténor. Mais c’est sans surprise, ces deux-là se connaissent depuis à peu près vingt ans, et ils ont déjà beaucoup partagé.

Mais tous, sous leur crinière, ont mis en bannière la fierté des lions, dont ils font preuve avec bravoure. La musique se tient droite et libre, avec une beauté irréductible qui fait de cet album un extraordinaire enregistrement, quelle que soit la direction où penche l’oreille, tout est magnifique et rien ne faillit. Voilà un grand disque free.

01 - Track 1
02 - Track 2
03 - Track 3
04 - Track 4
05 - Track 5
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 29 mars 2025 03:55

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Golden Retrieval - Gilles Coronado, Fred Poulet – D 985 – (2021)

Pas vraiment jazz cet album, pourtant il en a les caractéristiques extérieures, le label déjà, Ayler Records, les musiciens ensuite, Gilles Coronado avec sa guitare et les effets qui vont avec, Sarah Murcia sur deux titres, elle passe avec son Roland SH-1O1, le troisième larron, le plus imprévisible mais pas le moins talentueux est Fred Poulet qui écrit, chante, dit, murmure, conte…

Cet album ressuscité, conçu dans le passé, après un autre, « Golden Retrieval », en deux mille-cinq, dont il faudrait que je vous parle également. Celui-ci a été enregistré en cinq jours en avril deux mille six, à Dennecy, près de la départementale neuf cent quatre-vingt-cinq, d’où, bien sûr, ce titre.

C’est une histoire qui nous est racontée, au fil de ces onze titres, une demi-heure en gros, le temps de plier ce « road movie » assez illuminé, mais pourtant ordinaire dans son scénario, ce qui compte ce sont les atmosphères qui sont créées, les climats qui s’enchaînent, le déroulement de cette soirée dont on redoute la chute, trop simple, trop quotidien, trop évident, le tout sans mettre la ceinture…

Une rencontre, une voiture, un karaoké, une panne, quoi de plus banal ?

Le garage, le casino, l’alcool, et puis, peut-être rien de bon, qu’en disent les nouvelles ?

Fred Poulet et Gilles Coronado forment un duo assez redoutable, l’un narre et l’autre s’insinue dans les textes et leur offre un décor, des impressions, des sensations, il parle directe à notre imagination qui fera ce qu’il faut, pourvu qu’elle soit vive et en branle.

C’est certain, ils sont deux à la quête d’une histoire tendre, Poulet sait planter les décors, il maîtrise les techniques de la diction, et d’autres voix arrivent dans l’imagination, en même temps que la sienne se promène. Textes poétiques et précis, mais suggérant plus qu’ils ne disent, rythment l’action, mais aussi la chante, la croque en quatre mots avec une efficacité mordante.

Un bel album limité à cinq cents, forcément je n’ai pas attendu…

Promenade nocturne
Le karaoké La panne
Le garage
Le casino Vénilia
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 30 mars 2025 04:26

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John Coltrane – Black Pearls – (1958)

« Black Pearls » a été enregistré sur « Prestige » le vingt-trois mai mille neuf cent cinquante-huit, les trois titres ont été captés en une seule session. On retrouve les habitués, John Coltrane, Donald Byrd, Red Garland, Paul Chambers et Art Taylor.

Après sa participation à « Milestones », on note que Red Garland vient d’être remplacé dans le groupe de Miles Davis, par le pianiste Bill Evans, à qui on accorde la paternité de l’introduction de la musique modale dans le jazz, ce qui permettra à bien des portes de s’ouvrir…

Justement, Coltrane est arrivé à un stade critique de son évolution musicale, certainement le meilleur au monde sur son instrument, il délivre sur le morceau titre qui ouvre l’album, un solo plein de virtuosité, avec des enfilades sans fin de doubles-croches, qui éblouissent en même temps qu’elles semblent frapper contre un mur. Peut-être Coltrane ressent-il le sentiment d’être dans une impasse ?

Lui qui a toujours cherché, creusé, s’est sans cesse remis en cause, butte aux limites de la technique, dans cette voie verticale qu’il a habitée mieux que personne, dans ses recherches autour de l’harmonie. Certes, il impressionne, mais il n’aspire pas à devenir une bête de scène, la musique qu’il désire est encore à naître, et il sait qu’il lui faut travailler encore, toujours chercher et persévérer.

La seconde pièce est un standard « Lover Come Back To Me » interprété up tempo, avec un Donald Byrd dans les pas de Trane. La pièce tourne rond et on retrouve notre saxophoniste à la fois exaltant et presque frénétique, la pièce est majuscule dans son interprétation et devient même ébouriffante à plus d’un moment avec un solo d’Art Taylor vraiment remarquable à la batterie, court mais mémorable.

La troisième pièce, « Sweet Sapphire Blues » loge sur la face B, elle dure un peu plus de dix-huit minutes et comme l’indique le titre, c’est un blues joué mid-tempo. Il y a une petite anecdote qui la concerne, elle est en effet créditée à Robert Weinstock, le propriétaire de Prestige Records, alors que ce dernier n’a jamais composé quoi que ce soit de sa vie, c’est donc « par défaut » que son nom apparaît ici.

La pièce est bien chouette et bien agréable, avec un Trane qui poursuit sa route, un Red Garland très brillant, Donald est dans ses standards et la rythmique assure à la perfection. On ne s’y ennuie pas, même si rien de surprenant ou de transcendant n’est perceptible, si ce n’est à nouveau Art Taylor qui déploie son talent de soliste et nous épate bien.

Sans surprise cet album ne sortira que sur le tard, en soixante-quatre, presque dans un autre temps.

Black Pearls
Lover Come Back To Me by John Coltrane from 'Black Pearls'
3 Sweet Sapphire Blues by John Coltrane from 'Black Pearls'
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 31 mars 2025 02:12

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Illinois Jacquet – Swing's The Thing – (1957)

Lorsque j’étais jeune, pauvre, arrogant et mal barré, il m’arrivait de descendre dans le sud, l’été, pour faire la tournée des festivals. C’est en cette période que je vis Illinois Jacquet sur scène, aux Arènes de Cimiez, à Nice, alors ma destination préférée. Il y avait des vieux jazzmen, dont le nom était très connu, comme Illinois, qui montaient dès l’après-midi, sur une des trois scènes, la plus à l’ombre possible, et jouaient des standards, à la mode d’autrefois.

Il faut bien le dire il y avait là un côté ringard, ils jouaient le jazz d’avant, en retard d’une ou deux guerres, comme sur le titre de cet album, on parlait de « swing », c’est dire. Pour ma part je m’étais enquis de l’histoire de ces gars, avant de partir, j’avais lu un peu, et j’aimais les écouter, ces vieilles branches, je savais qu’ils portaient l’histoire d’avant, et je les aimais, debout dans leurs costumes mal ajustés, et je les applaudissais après chaque solo, avec les vieux qui étaient là, épars, formant un public « old school ».

Il faut dire que King Jacquet ne portait pas seulement le même chapeau que Lester Young, mais il s’inspirait de la légende en tant que joueur de sax, tout comme il louait Coleman Hawkins dont il avait subi l’influence. Après être passé chez Cab Calloway, il atterrit chez Count Basie, puis chez Lionel Hampton où il brilla sur le fameux « Flying Home » qui passa à la postérité, avant de créer « The Illinois Jacquet Big Band ».

Illinois Jacquet "Flying Home" on The Ed Sullivan Show en 1949.

Cet album d’Illinois est pas mal et même plutôt bien réussi, il représente bien cette musique un peu ancienne, Illinois est un fameux saxophoniste ténor qui a bien bourlingué, il y a également le trompettiste Roy Elridge, d’une renommée comparable à celle du saxophoniste. Mais aussi le guitariste Herb Ellis, le pianiste Jimmy Jones, Ray Brown à la contrebasse et Jo Jones à la batterie.

De fameux musiciens, vraiment. Écoutez « Harlem Nocturne », vous êtes capable d’aimer ce truc chaleureux et envoûtant, ou encore « Can’t We Be Friends » avec un joli solo de piano de Jimmy Jones, et un autre de Herb Ellis resplendissant, « Have You Met Miss Jones » où Jacquet se montre sensuel, « Lullaby of the Leaves » avec un Roy Eldridge épatant et Jacquet qui brille un peu partout avec son sax sensuel sur les ballades et efficace sur les titres rapides.

Alors, oui, ici il y a du bon Swing !

Illinois Jacquet - Swing's the Thing - 02 - Harlem Nocturne
Illinois Jacquet - Swing's the Thing - 05 - Have You Met Miss Jones
Lullaby Of The Leaves
Can't We Be Friends?
Illinois Jacquet - Swing's the Thing - 01 - Las Vegas Blues
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 2 avr. 2025 03:51

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Andrew Lamb Trio – Honeymoon On Saturn – (2012)

Andrew Lamb est un saxophoniste passionnant, malgré qu’il ne draine pas des tonnes de fans derrière lui. Je vous en ai parlé en diverses occasions, pour mémoire, je vous ai déjà présenté « Portrait In The Mist » de quatre-vingt-quinze, « Rhapsody In Black » de deux mille douze, « The Sea Of Modicum » de deux mille dix-sept et « The Night Of The 13th Moon » de deux mille dix-neuf ».

Voici donc aujourd’hui, « Honeymoon On Saturn », enregistré au « Spirit Room » à New York, les dix et onze avril deux mille huit, l’album contient sept pièces composées par Andrew Lamb, il joue du sax ténor, Tom Abbs de la contrebasse et du tuba et le fidèle Warren Smith de la batterie ainsi que du vibraphone, sur la quatrième pièce, « The Call Of Love’s True Name ».

La pièce d’ouverture, « Land Of The Pure At Heart », est une formidable piste qui fait remonter l’esprit coltranien, par sa faculté à dessiner un espace de bien être, dessiné par le jeu du tubiste et du saxophoniste qui jouent en miroir, l’un regardant l’autre… Le Coltrane dont je parle est celui plutôt de la fin, sans doute le moins entendu, avec des éclats d’espoir, le regard dirigé vers la lumière…

La pièce est longue, plus de dix-sept minutes et contient, en son sein, un solo de batterie, on comprend alors les liens qui unissent ces trois-là, chacun jouant en adéquation avec les deux autres, ainsi les impros naissent et se forment au fur et à mesure, jaillissent et se répondent en écho, elles sont la trame ici, et donnent vie au triangle.

« Honeymoon on Saturn » évoque à nouveau le maître, là-haut, sans doute le duo avec Rashied Ali, c’est que Warren Smith est grandiose, le vieux compagnon, dont le jeu ressemble à celui de Max Roach, lui qui joua également aux côtés d’Anthony Braxton. Tom Abbs se fait un peu plus discret, soufflant par-ci par-là, une note dans le tuba tout en continuant à jouer de la contrebasse…

Puis arrive « Year Of The 13th Moon » avec l’influence de qui vous savez toujours pérenne, dans un petit coin, ou cachée derrière un rideau, impossible d’échapper à cette bouffée de souvenirs qui remontent dans le secret des notes, car, d’évidence, il n’y en a point. Treize minutes quarante pour cette pièce, magnifique, mais il faut dire que l’album est bien plein et n’est pas loin de septante minutes ! Cette fois-ci c’est Tom Abbs qui nous gratifie d’un solo de contrebasse, vers la fin du parcours…

Ainsi file l’album, avec le doux « The Call Of Love's True Name » introduit au son du vibraphone, et le motivant « A Alegria E O Prazer De Uma Boa Tarte », très dynamisant et dépaysant. « The Dance Of The prophet » s’ouvre sous les auspices du tuba, instrument parfois injustement déprécié, bien que ce cuivre soit parfois abrupte, il fait souvent merveille et sonne bien, mais ici Abbs le rudoie un peu, ce qui épice la pièce.

Un bel album d’Andrew Lamb et de ses compères, mais qui ne semble pas avoir fait florès…

(Pas d'extrait trouvé, celui-ci est postérieur avec deux percussionnistes, Andrew Lamb arrive autour de la dixième minute, juste pour se faire une idée...)

Andrew Lamb / Warren Smith / Arkadijus Gotesmanas -- Live at Vilnius Jazz Festival, 2016
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 3 avr. 2025 01:31

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Renaud Garcia-Fons – Blue Maqam – (2024)

Renaud Garcia Fons est un contrebassiste que j’ai évoqué une fois ici, sur un album de Kip Hanrahan, « All Roads Are Made Of The Flesh », de quatre-vingt-quinze, depuis de l’eau a coulé sous les ponts, et sa fille, Solea Garcia-Fons, qui avait alors deux ans, est devenue, danseuse, comédienne, mais surtout chanteuse, c’est à ce titre qu’elle éclate ici, sa voix, très travaillée, participe à la magie de cet album.

Mais ce qui caractérise également cet album c’est son appartenance, non seulement au jazz, mais aux musiques du monde, pour se faire Solea chante dans de multiples langues, le français, l’espagnol et l’anglais, mais également l’italien, le grec, l’arabe, l’hébreu et le persan, de quoi déjà parcourir un joli périple autour des cultures de la planète.

Pour ce faire il y a ici également Stéphan Caracci au vibraphone et au marimba, Jean-Luc Di Fraya aux percussions et à la batterie et bien sûr Renaud à la contrebasse, ainsi qu’aux compos, les textes se partagent entre le père et sa fille, mais aussi Rümi, et Fatras.

Ainsi l’album est œcuménique, les titres en sont le meilleur témoignage, écrits dans plusieurs langues, ils sont également traduits en français, on obtient donc « Un Moment de Paix », « Vers Un Monde Nouveau », « Paix Sur Le Monde », bref, beaucoup de bons sentiments et de générosité, celle de la musique et des mots.

C’est également un album de la tempérance, « Prends le temps », et des voyages et de l’espoir, « Ma bonne Etoile », « Lointain Rivage », « Ville Eternelle ». Parmi les chansons il y en a de superbes, aussitôt accrocheuses, comme « Makrini Akti », « Nóiméad Síochána » ou « Alicante » qui ouvre l’album ou encore « Najmati », sans oublier le poème de Rümi « Hame Chab » qui signifie « Toute la nuit ».

Il y a également le très beau « Salam Al Haolam », l’avant-dernière pièce, qui met en valeur la voix pure et écarlate de Solea, mais elle possède également une vaste amplitude, ce qui n’est pas une qualité forcément toujours recherchée dans la musique dite de « jazz ». Ce qui pourrait éventuellement gêner quelques auditeurs, bien que personnellement ça me ravisse….

Cet album est issu d’un concert au « Théâtre du Vésinet », enregistré en avril deux mille vingt-quatre, avec des procédés très au fait, car le son est vraiment excellent. A noter que le titre « maqam » renvoie à la musique arabe et au « système de gammes et de motifs mélodiques » qui forment une certaine tradition artistique.

Nóiméad Síochána by Renaud & Solea Garcia Fons - Extrait de l'album Blue Maqam
Alicante (feat. Solea García-Fons)
Najmati (feat. Solea García-Fons)
Salam al Haolam (feat. Solea García-Fons)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 4 avr. 2025 01:01

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Art Taylor – A.T.'s Delight – (1960)

Art Taylor est l’un des plus précoces à se lancer dans le « hard bop », à la suite d’Art Blakey, c’est l’un des meilleurs de l’écurie « Prestige » sur l’instrument et il enchaîne les sessions de studios, principalement dans les groupes des autres. Son nom figure dans nombre d’enregistrements de l’époque, avec Coltrane, Mal Waldron, Jackie McLean, Paul Chambers, et joue aux côtés des plus grands, comme Miles Davis, Thelonious Monk ou Sonny Rollins.

Il fonde son propre groupe en cinquante-sept, lors de son premier album en solo, « Taylor's Wailers » puis un second toujours en leader « Taylor's Tenors » en cinquante-neuf, et enfin « A.T.'s Delight » en mille neuf cent soixante, que voici.

Il s’entoure de Stanley Turrentine au saxophone ténor, Dave Burns à la trompette, Wynton Kelly au piano, Paul Chambers à la contrebasse, 'Potato' Valdez à la conga et bien sûr, Art Taylor lui-même à la batterie. Pour cet enregistrement il enregistre exceptionnellement pour « Blue Note » et tourne le dos à « Prestige ». L’album sort sans faire trop de bruit, il faut dire qu’à cette époque Blue Note est en plein « boom » et de plus gros noms sont à l’affiche.

C’est avec le temps que cet album se fera une bonne place, pour Stanley Turrentine qui avait alors le vent en poupe, pour 'Potato' Valdez qui mettait le feu avec sa conga et enflammait les foules lors des concerts, comme sur « Move » et « Cookoo and Fungi » que l’on entend ici, ce dernier titre étant signé par le leader de la formation.

Les autres sont des reprises, comme la pièce d’ouverture « Syeeda's Song Flute » de Coltrane, « Epistrophy » de Monk et deux titres de Kenny Dorham, « High Seas » et « Blue Interlude ». Un petit mot pour le trompettiste de cette session, Dave Burns, qui passa vite dans le ciel des révélations de l’époque, on le voit ici éblouissant, mais son nom sera vite oublié, sans laisser trop de traces, sinon deux albums qui font les trésors de quelques-uns, particulièrement l’enregistrement de soixante-deux.

Au fil des pistes Taylor fait montre des qualités que tout le monde lui reconnait déjà, virtuosité, attaque puissante et jeu varié, capable de souplesse quand c’est nécessaire et de rupture quand il le faut, un batteur hard-bop né, à l’efficacité redoutable.

Cet album mérite bien un petit détour car il brille vivement, Art passera une partie de sa vie à Paris, où il jouera souvent avec les américains de passage qui se filent le tuyau, il stationnera également en Belgique et restera une bonne vingtaine d’années au total en Europe, alors le paradis espéré des musiciens de jazz.

Art Taylor - Syeeda's Song Flute
Move (Remastered 2006 / Rudy Van Gelder Edition)
Cookoo & Fungi (Remastered 2006 / Rudy Van Gelder Edition)
Blue Interlude (Remastered 2006 / Rudy Van Gelder Edition)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 5 avr. 2025 03:05

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The New Miles Davis Quintet – Miles (1956)

Après avoir exploré la quadrilogie issue des deux sessions de cinquante-six et réunissant deux géants du jazz, Miles Davis et John Coltrane, il faut encore remonter le temps jusqu’à une session de novembre cinquante-cinq, qui marqua la première rencontre discographique entre les deux figures de proue du jazz moderne.

L’album qui résultat de cette rencontre s’appela tout simplement « Miles » et la formation réunie autour du leader, « The New Miles Davis Quintet ». Il y avait là Davis et Coltrane ainsi que Red Garland au piano, Paul Chambers à la contrebasse et Philly Joe Jones à la batterie, du bon, du gros et du consensuel. On peut déjà affirmer que l’album est magnifique.

Les sessions seront d’évidence publiées par le catalogue « Prestige », mais l’enregistrement se déroule dans les studios de Rudy Van Gelder, à Hackensack, sous la supervision du maître des lieux. La première pièce est une ballade bien cool, « Just Squeeze Me », titre signé Ellington, magnifique et envoûtant, avec la trompette magique de Miles qui transpire de toute sa classe, on y entend également un solo de Coltrane, très chaleureux et lyrique qui semble être capté dans le lointain.

La seconde pièce est du même acabit, ballade plus reprise, mais cette fois-ci d’Isham Jones, « There Is No Greater Love », un standard, gros succès alors, qui permet à Miles de performer tout du long, en soliste principal, avec Garland qui intervient pendant quelques mesures au milieu de la pièce. On se dit alors que l’album va tourner principalement autour des ballades…

Mais le titre suivant « How Am I To Know » nous contredit de suite, et tout s’emballe avec Miles encore en pointe, suivi par Coltrane qui enchaîne avec efficacité, mais sans longueur, ce qui ne l’avantage pas, quand on sait combien le saxophoniste a besoin de temps et d’espace pour déployer sa fougue et son talent.

La face B s’ouvre avec « S'Posin », encore un standard, celui-ci signé Paul Denniker, titre mid-tempo qui s’ouvre avec un solo de Miles puis un autre de Trane, dans un style conventionnel, c’est la loi de l’époque, mais bien enlevé, la ronde des solos continue avec Red Garland au piano, puis Miles revient finir le travail, en bon leader.

Le titre suivant est le seul signé Miles, il s’agit de « The Theme », qui est son « My Favourite Things » à lui, celui qu’il interprète presqu’à tous ses concerts et qu’il fait évoluer dans le temps long. Après un thème court et minimal, la basse de Paul Chambers s’envole, accompagnée par la seule batterie, puis, quelques petites touches lointaines du piano annoncent l’entrée de Miles en soliste soutenu par les trois de la rythmique, avant que n’arrive Trane, échangeant trois notes avec Miles puis inscrivant son solo…

« Stablemates » est la dernière pièce de l’album, encore un titre à tempo moyen qui conclue un bel album de Miles, Coltrane n’est ici qu’un artisan parmi d’autres, mais il a gagné la confiance de Davis que le gardera assez longtemps à ses côtés, mais, dans l’intermédiaire, le virera également plusieurs fois.

La séparation s’est effectuée après que Miles ait dérouillé Coltrane dans les loges, en lui assenant des coups. Monk, qui était présent dit à Coltrane : « Tu ne vas pas accepter de te faire maltraiter de la sorte, quitte ce mec et viens jouer avec moi », ce qu’il fit après s’être désintoxiqué en restant une semaine dans un chambre sans sortir, c’est ce que signifie l’expression « cold turkey ».

Mais l’histoire ne finit pas là, car Coltrane rejoindra Miles au printemps cinquante-neuf, pour enregistrer le chef d’œuvre « Kind Of Blue » !

Just Squeeze Me
There Is No Greater Love
The Theme
Stablemates
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Monsieur-Hulot » sam. 5 avr. 2025 04:42

Douglas a écrit :
ven. 4 avr. 2025 01:01
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Art Taylor – A.T.'s Delight – (1960)

Art Taylor est l’un des plus précoces à se lancer dans le « hard bop », à la suite d’Art Blakey, c’est l’un des meilleurs de l’écurie « Prestige » sur l’instrument et il enchaîne les sessions de studios, principalement dans les groupes des autres. Son nom figure dans nombre d’enregistrements de l’époque, avec Coltrane, Mal Waldron, Jackie McLean, Paul Chambers, et joue aux côtés des plus grands, comme Miles Davis, Thelonious Monk ou Sonny Rollins.

Il fonde son propre groupe en cinquante-sept, lors de son premier album en solo, « Taylor's Wailers » puis un second toujours en leader « Taylor's Tenors » en cinquante-neuf, et enfin « A.T.'s Delight » en mille neuf cent soixante, que voici.

Il s’entoure de Stanley Turrentine au saxophone ténor, Dave Burns à la trompette, Wynton Kelly au piano, Paul Chambers à la contrebasse, 'Potato' Valdez à la conga et bien sûr, Art Taylor lui-même à la batterie. Pour cet enregistrement il enregistre exceptionnellement pour « Blue Note » et tourne le dos à « Prestige ». L’album sort sans faire trop de bruit, il faut dire qu’à cette époque Blue Note est en plein « boom » et de plus gros noms sont à l’affiche.

C’est avec le temps que cet album se fera une bonne place, pour Stanley Turrentine qui avait alors le vent en poupe, pour 'Potato' Valdez qui mettait le feu avec sa conga et enflammait les foules lors des concerts, comme sur « Move » et « Cookoo and Fungi » que l’on entend ici, ce dernier titre étant signé par le leader de la formation.

Les autres sont des reprises, comme la pièce d’ouverture « Syeeda's Song Flute » de Coltrane, « Epistrophy » de Monk et deux titres de Kenny Dorham, « High Seas » et « Blue Interlude ». Un petit mot pour le trompettiste de cette session, Dave Burns, qui passa vite dans le ciel des révélations de l’époque, on le voit ici éblouissant, mais son nom sera vite oublié, sans laisser trop de traces, sinon deux albums qui font les trésors de quelques-uns, particulièrement l’enregistrement de soixante-deux.

Au fil des pistes Taylor fait montre des qualités que tout le monde lui reconnait déjà, virtuosité, attaque puissante et jeu varié, capable de souplesse quand c’est nécessaire et de rupture quand il le faut, un batteur hard-bop né, à l’efficacité redoutable.

Cet album mérite bien un petit détour car il brille vivement, Art passera une partie de sa vie à Paris, où il jouera souvent avec les américains de passage qui se filent le tuyau, il stationnera également en Belgique et restera une bonne vingtaine d’années au total en Europe, alors le paradis espéré des musiciens de jazz.

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Cookoo & Fungi (Remastered 2006 / Rudy Van Gelder Edition)
Blue Interlude (Remastered 2006 / Rudy Van Gelder Edition)
C'est curieux ces groupes fondés par un batteur, ce n'est pas eux qui écrivaient la musique mais les cuivres et/ou les claviers j'imagine :gratzzz: Merci pour ce disque que je ne connaissais pas Douglas ! Je suis Hard Bop !
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 5 avr. 2025 18:21

Monsieur-Hulot a écrit :
sam. 5 avr. 2025 04:42

C'est curieux ces groupes fondés par un batteur, ce n'est pas eux qui écrivaient la musique mais les cuivres et/ou les claviers j'imagine :gratzzz: Merci pour ce disque que je ne connaissais pas Douglas ! Je suis Hard Bop !
Il est difficile de faire des généralités en ce domaine, en effet, pour ce qui concerne le jazz, les musiciens, qu'ils jouent de la batterie ou autres, ont généralement une culture musicale assez vaste, souvent apprises aux côtés des autres membres de la famille, et beaucoup parmi eux jouent de plusieurs instruments, avant de se concentrer plus professionnellement vers l'un d'entre eux. C'est ce que renseignent beaucoup de bios.

Alors les batteurs ne sont pas automatiquement moins capables de composer qu'un autre. Ici c'est un album de standards où il signe le titre « Cookoo and Fungi », l'un des meilleurs. Mais il n'est cependant pas un compositeur prolixe, seulement quelques-uns dans toute sa carrière.

On a parlé il n'y a pas longtemps de Billy Cobahm ou de Max Roach qui composaient énormément, on ne peut pas vraiment parler de règle, comme dans le monde du rock où ce phénomène est souvent plus courant. L'autre très grand batteur du bop également, Kenny Clarke composait lui aussi ainsi qu'Art Blakey pour le hard bop.

Les albums autour des standards correspondent à une véritable culture "jazz" qui voulaient que l'on puisse jouer avec n'importe qui, autour d'un répertoire universel, à l'époque du be-bop on parle de sanglants concerts où chacun pouvait tenter sa chance, s'il possédait une bonne réputation. Charlie Parker à ce jeu là fut le meilleur, être capable de suivre à ses côtés vous sacrait d'une aura importante. D'autant que parfois des pièges étaient tendus. Chet Baker en bénéficia alors qu'il n'était pas encore connu. Miles Davis connut également un sacre de ce genre.

Souvent les jazzmen composaient rapidement autour d'un thème inventé en quelques secondes, joué par un des musiciens présents, pour compléter un album lors d'une session de studio. Ensuite les impros étaient le "sel" des morceaux, elles obéissaient à certaines règles obéissant aux grilles d'harmonie et de mesures, il arrivait également certains musiciens autodidactes étaient fameux et composaient à l'oreille, avec une sûreté exceptionnelle...
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Monsieur-Hulot » sam. 5 avr. 2025 18:31

On ne m'avait pas assez vanté tes mérites, tu es une perle de savoir livresque, M*E*R*C*I !!!!!!!!!!
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 6 avr. 2025 01:53

Non, je te rassure, il n'y a pas là grand savoir, juste des bribes qui me restent et qui remontent de temps en temps...

J'essaie juste de vérifier de temps en temps pour ne pas écrire trop de conneries^^
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 6 avr. 2025 02:11

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Henry Threadgill & Make A Move - Everybodys Mouth's a Book – (2001)

Cet album fut enregistré seulement deux mois avant « Up Popped The Two Lips » que je vous ai présenté il y a peu, avec la formation « Henry Threadgill's Zooid », pourtant les albums sont assez dissemblables par leur sonorité globale, l’électrique « Everybodys Mouth's a Book » précédant l’effort acoustique.

Threadgill est toujours aux compos et aux arrangements, ainsi qu’à la flûte at au sax alto, Bryan Carrott est au vibraphone et au marimba, Brandon Ross aux guitares électriques et acoustiques, Stomu Takeishi à la basse électrique ou acoustique et enfin Dafnis Prieto est à la batterie, c’est un album de studio enregistré entre les vingt-cinq et vingt-sept février deux mille un.

L’arrivée du vibraphone en lieu et place de l’accordéon qui trônait sur « Where's Your Cup ? » est pleine de promesse et Bryan Carrott est essentiel dans cette polyphonie, la guitare électrique de Brandon Ross qui titille à gauche est également extraordinaire et participe grandement au son global de cet ensemble, à la fois tendu vers le même but, tout en l’atteignant par des voies différentes, empruntées individuellement par chaque musicien, comme sur le fantastique « Where Coconuts Fall » qui régale.

« Shake It Off » est également turbulent avec une sorte de funk déjanté et apparemment indiscipliné, bien que tout colle et s’assemble, sans qu’il n’y paraisse, l’anarchie n’est que de surface, elle cristallise l’énergie et la libère avec habileté. La seconde pièce, l’excellent « Don't Turn Around », tient de ce même processus funky bien emmené par la section rythmique.

D’autres pièces sont plus posées, planantes et contemplatives, avec un Threadgill à l’avant qui développe de magnifiques solos flûtés ou modulés à l’aide de l’alto, créant une tension propre au morceau, qui s’en va et qui renaît, comme sur « What to Do, What to Do » qui ferme l’album, ou bien sur « Platinum Inside » qui l’ouvre.

A nouveau un album avec une forte personnalité, et une musique rare et très expressive, par le génial Henry Threadgill, dont je découvre chaque album avec étonnement, principalement pour sa constance musicale, rien n’est jamais vraiment un cran au-dessous, il tient dans sa main une musique unique et belle, qui ne fait que s’épanouir, mais jamais ne faillit.

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Where Coconuts Fall
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