J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Douglas
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 17 nov. 2024 05:11

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Arthur Doyle Plus 4 – Alabama Feeling – (1978)

Arthur Doyle fait partie des musiciens free les plus authentiques et extraordinaires, cet enregistrement de soixante-dix-huit fait partie des plus représentatifs concernant ce saxophoniste, souvent écorché vif et sans compromission.

L’album original est un vinyle tiré à seulement mille exemplaires, dont deux copies sont en vente actuellement sur Discogs, à mille euros, mais s’il me le fallait, je préférerais l’exemplaire allemand au français. Fort heureusement, je possède le Cd, il y en a quatre à partir de soixante euros… La solution youtube est gratuite, par bonheur… Précisons qu’il existe une réédition vinyle effectuée en deux mille neuf.

C’est qu’il faut savoir que les japonais sont très amateurs de ce musicien, ils adorent ses excès, voire ses outrances stylistiques, et le considèrent comme une légende, ce qui ne participe pas à faire baisser sa cote, d’autant que, concernant cet album précis, c’est le premier qu’il enregistre en tant que leader.

J’ai évoqué ici les deux albums auxquels il a participé en tant que sideman, « The Black Ark » de Noah Howard, et « Bäbi » de Milford Graves, avant d’enregistrer celui-ci. Il est accompagné par Richard Williams à la Fender Bass, Rashied Shinan et Bruce Moore aux deux batteries et Charles Stephen au trombone, lui-même, outre du sax ténor, joue de la flûte ainsi que de sa voix si étrange parfois…

Le choix des deux batteurs est justifié, « to give more rythmic feeling… » dit-il. Il explique le choix de la basse électrique pour gagner en profondeur de son et porter de nouvelles « couleurs ». L’album tourne autour des trente-sept minutes, l’exemplaire en Cd que je possède est masterisé, semble-t-il à partir d’un vinyle…

Pour être complet il faut préciser que l’enregistrement est capté live « at the Brook », le onze novembre soixante-dix-sept, et qu’Arthur signe toutes les compos. C’est évidemment très free et très improvisé, mais peut-être ne conviendra qu’aux plus hardis parmi vous…

Arthur Doyle Plus 4-Alabama Feeling (Full Album)
Modifié en dernier par Douglas le lun. 18 nov. 2024 09:33, modifié 3 fois.
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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 17 nov. 2024 05:14

Douglas a écrit :
lun. 24 mai 2021 15:36
Une 'tite remontée pour ce merveilleux album,

"... un tapis volant..." nous confie Philippe Robert
Douglas a écrit :
sam. 22 août 2020 05:02
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Pour rester dans le free, voici un des tout meilleurs albums dans ce style, certifié pépite du genre cuvée 1969, enregistré aux Studios « Bell Sound » de New York. Pourtant l’album ne paraîtra qu’en 1972, mais c’est de peu d’importance, cette musique, pourtant si ancrée dans son temps, est de toute évidence intemporelle. Pour tout dire elle me parle directement, comme si elle ne s’adressait qu’à moi, comme à un élément singulier d’un grand « tout » universel. Pas de mégalo, étant entendu qu’elle s’adresse à tout ceux qui font la démarche, le premier pas…

Un album essentiellement post-coltranien, avec une riche identité et des musiciens exceptionnels. Je vous ai déjà parlé de Noah Howard lors du magnifique album « Live In Europe - Vol. 1 » qui mérite beaucoup plus qu’une simple écoute de « Olé ». Il compose les quatre titres ici et joue de son alto magique. L’autre phénomène ici, c’est l’incroyable Arthur Doyle et son ténor dont il réinvente le son, en lui faisant décliner toutes les variations du cri, l’expérience est unique, à vivre ici.

Earl Cross à la trompette, en telle compagnie, ne peut que se dépasser en offrant le meilleur de lui-même, il se hisse, géant ! Leslie Waldron est incroyable au piano, l’impeccable Norris Jones à la basse, le frère de Rashied, Mohammed Ali à la batterie et Juma Sultan aux percussions, c’est bien celui qui joua aux côtés de Jimi Hendrix.

Perso j’aurais tendance à qualifier un tel album de chef d’œuvre, et d’y entendre plus de « spiritual music » et de sincérité qu’ailleurs.

"The Black Ark" - Noah Howard (Full Album)
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Re: J A Z Z - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 17 nov. 2024 05:19

Une tit' remontée également...
Douglas a écrit :
jeu. 15 juil. 2021 12:04
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Milford Graves ‎– Bäbi

Continuons avec FJMt° et sa sélection sans compromis, voici venir un des albums les plus free du free, un des sommets du genre, « Bäbi » de Milford Graves. Pour l’original en vinyle il me faudra repasser, j’ai bien le premier chez ESP, mais celui-ci est d’une autre trempe, le Cd fera bien l’affaire, l’original tient en un peu plus d’une trentaine de minutes, mais le Cd a été augmenté de près d’une heure d’enregistrements antérieures. Pour autant ici je me bornerai au Bäbi original, c’est-à-dire trois titres: « BÄ », puis « BI » et enfin « BÄBI ».

Pour ce qui est du Cd le point de départ de la fabrication ne démarre pas des matrices originelles, mais de vinyles neufs jamais écoutés, mais la restitution sonore reste très correcte, très préférable même au second Cd dont la qualité pêche un peu, bien qu’à l’écoute, cette impression s'oublie et s'efface sous l'énergie de l'ouragan restitué par la fougue et l’engagement des musiciens.

Ça s’est donc déroulé en mars 1976 en live, au WBAI-FM/Free Music Store de New York, ce qui ne m’éclaire pas complètement. Pour tout dire, c’est un torrent, une énergie folle qui déferle sur le monde, un cri doué d’une puissance dévastatrice si vaste, si énorme qu’il n’y a qu’à l’écoute de quelques Peter Brötzmann que l’on puisse trouver un équivalent.

Il y a Milford Graves à la batterie et aux percussions bien sûr, il tape juste, fort et lourd, tout le corps participe, et l’esprit aussi, concentré, c’est l’heure des tambours. Il y a Arthur Doyle aussi, au saxophone ténor, lui aussi ose le cri, le cri, et encore le cri, pour déboucher vos oreilles, se vider de son trop plein d’énergie, de sa force, de son flux, jusqu’à la limite du possible, et qu’il ne reste plus que le vide. Il y a encore Hugh Glover, à l’alto semble-t-il, mais ce n’est pas précisé, ce dernier existe peu dans les bases de données, comme un fantôme, et justement il ne manque pas d’esprits dans cette musique, il semble même que les esprits d’Albert Ayler aient été réveillés et conviés ici. Comme s’il fallait sauver le monde par le « cri », prélude au « dire » puis au « faire ».

A écouter d'une traite, la dernière pièce « BÄBI » possède quelque chose de magique... (hélasl y a un peu de frite sur cette version youtube), du coup je vous mets "BI" pour une meilleure écoute.

Milford Graves ‎- Bäbi (1977) FULL ALBUM


MILFORD GRAVES BI from BABI (qualité meilleure)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 18 nov. 2024 02:50

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John Zorn – Ipsissimus – (2010)

Voici le cinquième volume de la série « Moonchild », il emboîte le pas à « The Crucible », après deux années d’attente. On retrouve les mêmes participants, Zorn au sax alto, Patton à la voix, Dunn à la basse et Baron à la batterie, mais un nouvel élément s’ajoute, l’immense Marc Ribot qui apporte une sensibilité un peu plus rock, et tout aussi démoniaque que celle de ses coreligionnaires.

Neuf pièces s’alignent, interprétées en duo, trio ou quartet, bien dans la lignée des prédécesseurs. « Seven Sigils » ouvre l’album avec les anciens qui inscrivent la pièce dans la lignée historique, tressant un climat propice aux exagérations que l’on pourrait qualifier de coutumières, après avoir fréquenté les essais plus anciens, il y a cependant ici une montée en température du plus bel effet qui explose de façon torride à la fin de la pièce…

Puis arrive « The Book of Los » avec le génial Ribot qui imprime sévère, laissant Zorn au vestiaire. Départ calme plein de sérénité, de charme, déroulant une ouverture qui vire doucement vers quelque chose de sentencieux, mais, vers le milieu de la pièce tout s’accélère et dérive, déjante et glisse, Patton entre dans la danse en même temps que le démon, l’électricité sort des prises en semant une déflagration !

Puis voici « Apparitions I », première parmi les trois qui s’intercalent dans l’album, Baron, Dunn et Ribot mettent en scène cette arrivée, venue d’outre-tombe, du pays de la désolation et des morts… « Supplicant » est chargé avec un Patton hurlant vers les étoiles et un Ribot particulièrement torride balançant boules de feu et autres sortilèges maléfiques venus du Doom hardcore, tandis que baron frappe les tambours jusqu’à l’explosion …

« Tabula Smaragdina » ne lâche pas l’os et continue à le ronger méchamment, avec un côté sardonique qui ajoute encore, car ces voies-là sont inextinguibles, jusqu’aux nouvelles « apparitions », les deuxièmes du nom, toujours en trio gratte, basse, batterie.

« The changeling » hisse haut le destin de cet album en le propulsant encore vers un au-delà du genre, le duo basse/batterie mené par Dune et Baron est assez magnifique, grave et puissant, entêté et martelant, « bourre et bourre encore » semble signifier le pilon-marteau de cette avancée tête en avant…

« Warlock » est la dernière station avant les dernières apparitions, il marque une forme de décalage, introduisant un peu de douceur au milieu du chaos, comme un contraste, une opposition de genres collés, mais ce sont les ténèbres qui triompheront avec un Patton ressuscité et jouissif…

Avec un Ribot qui s’installe en prenant la place de Zorn le soliste, on ne perd ni dans la démesure, ni dans la puissance, cet album est très à sa place dans la suite et aura pas mal de défenseurs du côté du rock, une étape particulièrement intéressante de la série des « Moonchild » !

Seven Sigils


John Zorn "Moonchild"- The Book of Los [Ipsissimus 2010]


Tabula Smaragdina


John Zorn Ipsissimus Track 8 Warlock
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 19 nov. 2024 03:39

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Peter Brötzmann & Paal Nilssen-Love – Chicken Shit Bingo – (2024)

Brötzmann encore, mais une sortie récente, millésimée deux mille vingt-quatre, pourtant les enregistrements sont plus anciens, mais vous le saviez déjà, sauf à croire à la réincarnation. Ce sont des duos entre le souffleur et le batteur Paal Nilssen-Love, enregistrés au Zuiderpershuis d’Anvers, un centre culturel, plutôt lors d’un concert donc, mais rien n’est sûr, sauf les dates : les vingt-cinq et vingt-six août deux mille quinze.

Le « Chicken Shit Bingo » qui donne le titre à l’album fait partie des jeux de hasard, parmi les plus glorieux, semble-t-il, puisqu’il consiste à miser sur une case, parmi d’autres dessinées sous forme de quadrillage, à l’intérieur d’une cage. On introduit un poulet à l’intérieur et on guette l’endroit où il va déposer sa merde, et « $Bingo$ » si vous avez anticipé la bonne trajectoire vous faites partie des gagnants ! Ce qui prouve de façon définitive que les jeux de hasard c’est vraiment de la merde, juste un impôt payé à l'espoir !

Mais arrêtons-là la séquence culturelle, et intéressons-nous au loisir et à la détente… La pochette est un « bois » sculpté par Brötz où l’on voit deux combattants sur un ring, séparés par un arbitre, alors que l’un d’entre eux tombe au sol, peut-être battu, K.O.… Un artiste à part entière.

Fort heureusement la joute entre nos deux compères est moins définitive et surtout d’un tout autre ordre, Brötz a fourbi ses armes, saxophone basse, Clarinette basse, clarinette contre-alto, clarinette et Tárogató, un instrument à vent d’origine hongroise dont il joue abondamment. Pour Nilssen-Love, batterie, gong coréens et percussions, le match peut commencer !

La première pièce se nomme « Butterfly Mashroom » où le Tárogató est de sortie, ainsi que les percus, claves et autres. C’est un peu la clef ici, Nilssen Love aux percus, les gongs aussi l’intéressent, on ne s’énerve pas, ni ne crie, on se croirait parfois même à l’intérieur d’un temple bouddhiste, loin en Orient, pourtant ils nous l’ont fait à l’Anvers !

« Smuddy Water » résume bien tout ça, clarinette basse sentencieuse et batterie retrouvée, qui tout à coup s'ébaudit et course, avant de se recroqueviller. « South of No Return » s’inscrit également dans ce grand calme serein, se recueillir encore un peu et s’asseoir, Zen.

« Dancing Octopus » marque le retour de notre Brötz hurleur, enfin un peu, car il n’effraiera que les enfants, quand la peau des joues rougeoie à force d’être distendue, Nilssen secoue lui aussi et agite en tapant. « Move on Over » est un jet précoce d’une minute dix-neuf, juste le temps qu’il faut pour l’écrire.

« Five of them Survived The Dream » se déchire un peu, comme une fêlure, une brisure, un verre fendu, choqué, avant que Paal ne secoue le cocotier et entraîne espoir et renouveau. La dernière pièce « Found The Cabin but not People » est de cette même veine, triste à mourir, comme si Brötz avait rangé la mitraillette pour émouvoir…

Un album atypique mi-figue, mi-raisin, dévoilant l’autre face fu duo, mais musique sensible et contemplative, magnifique dans ce registre inattendu !

Butterfly Mushroom


Smuddy Water


Ant Eater Hornback Lizard


Dancing Octopus
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 20 nov. 2024 03:07

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Tony Malaby's Sabino – The Cave Of Winds – (2022)

Tony Malaby est né en soixante-quatre, donc pas vraiment tout jeune, malgré qu’il ne soit pas très connu il a cependant une vie de musicien plutôt riche, il vient de l’Arizona puis s’est installé à New-York. Il a joué notamment avec le « Liberation Orchestra » de Charlie Haden, « l'Electric Bebop Band » de Paul Motian, ou encore aux côtés de Fred Hersch, William Parker ou Tim Berne entre autres. Par ailleurs sa discographie en tant que leader est loin d’être anecdotique.

Précisément, son premier album en tant que leader unique se nommait « Sabino », du nom du quartet de cet album où se retrouvent l’ensemble des musiciens d’alors, à l’exception du guitariste Marc Ducret remplacé par Ben Monder. Michael Formanek est donc à la contrebasse et Tom Rainey à la batterie, des noms que l’on rencontre assez souvent lors des écoutes d’albums. Malaby joue, lui, des saxophones ténor et alto.

Cet album a été enregistré au « Samurai Hotel Studios » en deux mille vingt et un, oui, la pandémie… C’est un peu l’originalité de cet album qui s’est confronté à cet événement. Le titre « The Cave Of Winds », la grotte des vents, évoque la crainte d’alors, la difficulté de se rencontrer, de se côtoyer, de vivre en un espace réduit et confiné… Juste sortir et respirer !

C’est pourquoi Tony Malaby a organisé des rencontres musicales avec quelques musiciens, sous un viaduc, situé près de l’entrée d’un pont à péage de New-York. Il s’y est installé pendant plus d’un an, jouant de la musique buissonnière, c’est ce qui a présidé à la naissance de cet album qui est né de ces échanges et de ces rencontres. Tony a écrit et pensé son album à cet endroit, seul le titre « Recrudescence » est signé par les quatre musiciens, fruit d’un mouvement improvisé.

« Scratch The Horse » est le troisième dans l’ordre, il possède quelque chose de rebelle, de rock, la guitare au loin galope et le saxo gronde et s’ébroue, est-ce le cheval fou de Neil Young que l’on entrevoie dans cette fuite vers l’avant ? Course effrénée, il se campe sur ses sabots arrière et toise, c’est un mustang ivre de liberté, pièce magnifique hommage au Loner…

Toutes les pièces n’ont pas cette même facilité à se présenter, pourtant elles sont toutes accessibles et chacune possède un secret, une ouverture par laquelle vous pouvez entrer et participer à la passion qui habite cet enregistrement, « Corinthian Leather » au secret be et bop, voyage free et libéré, avec à nouveau un extraordinaire Ben Molder qui gratte fantastiquement, poursuivant Malaby le magnifique, la pièce ouvre l’album et déjà promet grand.

« The Cave of Winds » est la pièce la plus longue, dix-huit minutes et vingt-six secondes, qui évoquent cette caverne à courants d’air où bravait la liberté, et plus, la soif de se retrouver, de créer, de communiquer et déconner sans doute aussi, la pièce est encore belle avec les tricoteurs qui échangent, saxo doux, guitare vagabonde, batterie au son métallique et feutré et la basse qui gronde dans le fond…

Bref, un album particulier, pas comme les autres, qui, un beau matin arrivera peut-être à vos oreilles… Se trouve dans la rubrique « Free at Last » du spécial free de Jazzmag du mois de septembre.

Scratch The Horse


Corinthian Leather


Insect Ward


The Cave of Winds
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 21 nov. 2024 03:15

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Assif Tsahar Trio – Ein Sof – (1997)

Retour vers une époque pas si lointaine où le free trouvait un nouveau souffle avec des personnalités telles que David S.Ware, Franck Lowe, Noah Howard ou, bien sûr, Charles Gayle. Le saxophoniste ténor Assif Tsahar a trouvé son chemin au milieu de ces géants, il combine des éléments venus du passé, tout comme les autres, voguant entre Coltrane et Ayler, pour simplifier, et ajoute sa touche propre faite d’influences intériorisées et assimilées.

Ainsi, « Ephemeral Symbiosis, Part 3 » renvoie à Ayler, Assif se fait l’écho du souffle Aylerien, brûlant et plaintif, en y puisant un lyrisme exacerbé qu’il aime afficher, comme sur cette pièce, l’une des six « symbioses éphémères » dispersées, dans le désordre, sur cet album. Elles s’insinuent comme des pauses, des respirations, extrêmement courtes, entre une minute trente-trois secondes et deux minutes quarante. Peut-être une façon d’aborder « l’infini », traduction de l’hébreu de « Ein Sof », titre de l’album.

Nous sommes à New-York, cette année -là, et Assif Tsahar est admirablement entouré par l’inévitable William Parker à la contrebasse que tout le monde s’arrache, et la délicieuse Susie Ibarra, à la batterie et aux percussions. L’enregistrement est paru sur le magnifique label Silkheart, pour une course de fond, longue et libre, qui est la marque du remarquable label suédois, qui ne gaspille jamais la place dispo sur le support.

Après « Is Here Tomorrow Will » qui démarre l’effort sur une structure bop dynamique et éclatée, avec quelques incursions vers d’honorables territoires, nous voici au cœur d’une tempête, la batterie de Susie occupe tout le spectre sonore, avec une prédominance pour les deux extrêmes, alors que William Parker joue centre droit et Assaf centre gauche. Ainsi Susie semble être le creuset contenant l’énergie, poussant les deux flamboyants vers les sommets incandescents.

Susie à nouveau centrale sur « Through Forgotton Ancestors » qu’elle introduit avec des cliquetis et des tambours frappés doux, alors que Parker improvise à l’envie. Une belle pièce où les rythmes de l’Afrique bruissent et cheminent. Assif Tsahar balance ensuite le thème, avant de suivre le chemin, au gré de son imagination, développant ses idées par phases courtes et construites, imbriquées les unes dans les autres et dévoilant une trame splendide et viscérale. C’est la pièce la plus longue de l’album, tout simplement magnifique.

« Sun Drops » est affaire de timbres, de secousses, de murmures et de chuchotements, l’archet glisse sur les cordes en pleurant, cloches, cymbales et cliquetis encore, avant que n’arrive Tsahar et son flux, lent et gémissant… « Ein Sof » s’appuie sur le titre précédent pour aborder cette notion de l’infini, avec une force revenue et entêtée. « Shadow Puppets » est plutôt introspectif et « Internal Dialogue » assez épique, bien réussi.

Après avoir déjà évoqué sur ce fil « Open Systems » de deux mille un, avec Tsahar en compagnie d’Hamid Drake, Hugh Ragin et Peter Kowald, ainsi que « Soul Bodies – Vol. 2 », sur Ayler Records, en duo avec le même Hamid Drake, voici un complément intéressant avec cet album antérieur aux deux précédents, en trio, qui prend le risque de la longueur.

Is Here Tomorrow Will


Through Forgotten Ancestors


Ein Sof


Internal Dialogue
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 22 nov. 2024 02:49

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Weather Report – Tale Spinnin' – (1975)

La valse des batteurs continue, une impressionnante galerie de phénomènes s’affiche en effet depuis la création du groupe, tous bons et même plus, et celui-ci s’inscrit dans la lignée, c’est Leon Ndugu Chancler qui régale ici. Un nouveau percussionniste, Alyrio Lima s’installe également à la rythmique.

Zawinul compose quatre des six pièces et Shorter les deux autres. Quand on regarde dans le rétro on peut mesurer la force de l’évolution de cette musique, mais on reste malgré tout encore du bon côté, avec cet album qui semble pourtant se configurer dans le son de l’époque, et s’inscrire dans un formatage relativement consensuel.

L’originalité réside dans cette absence de guitare et la mise en avant de Wayne Shorter qui apporte à lui seul beaucoup d’originalité. Il faut également le souligner, Weather Report a pas mal apporté au son d’alors, écouté par les fans et les autres musiciens à l’affût. Ce que l’on peut affirmer c’est que ça tient toujours la route, encore aujourd’hui…

S’il fallait décrire ce que l’on entend ici, il faudrait déjà signaler une certaine continuité avec le précédent « Mysterious Traveller », en accentuant encore le trait côté « funk ». Il faudrait également ajouter une influence latine qui se perçoit dans la plupart des pièces, mais pas toutes. Cette évolution tient pour beaucoup dans le changement de rythmique, mais on reste encore bien loin de Santana. On pourrait également souligner un renforcement des synthés qui se mettent encore plus à l’avant, bien que leur présence s’impose depuis le tout début.

C’est peut-être le titre « Badia », signé par l’incontournable Zawinul, en début de face deux, qui pourrait à lui seul résumer tout ça, avec sa beauté simple et son groove imperturbable. « The Old Man in Green's » est également pas mal, en ouverture de cet album, définitivement léger et consensuel, mais pas trop racoleur, Wayne Shorter est l’arme secrète qui veille, quoi qu’il en soit…

Man In The Green Shirt


Badia


Freezing Fire


Weather Report - 02.- Lusitanos (Tale Spinnin')
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par vox populi » sam. 23 nov. 2024 00:21

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J'avais écouté ce disque avant de voir le musicien en concert et je n'y avais absolument rien compris. Depuis que je suis sortie de la salle je le trouve magnifique..Comme Quoi...

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 23 nov. 2024 02:33

vox populi a écrit :
sam. 23 nov. 2024 00:21
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J'avais écouté ce disque avant de voir le musicien en concert et je n'y avais absolument rien compris. Depuis que je suis sortie de la salle je le trouve magnifique..Comme Quoi...
Veinard... j'aurais aimé y être!

Une belle expérience pour toi, la vérité révélée par le live...
:super:
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 23 nov. 2024 02:50

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Jason Stein Quartet – The Story This Time – (2011)

Un album de jazz Delmark, le label de Chicago qui contient également un réservoir impressionnant d’albums de blues. Pour ce qui est du jazz, quand je tombe sur un exemplaire du label et qu’il s’offre à moi, je prends sans hésiter, jamais déçu, d’ailleurs je vous en fait partager pas mal par ici…

Celui-ci date de deux mille onze et ne fait pas partie des « historiques », il présente le quartet de Jason Stein, c’est un joueur de clarinette basse, exclusivement. Si comme moi vous êtes tombés sous le charme de cet instrument en écoutant Eric Dolphy, alors vous ne résisterez pas, et c’est bien normal…

Il est accompagné par Keefe Jackson qui joue du saxophone ténor et… de la clarinette contrebasse, comme sur l’étonnant « Work » ! Joshua Abrams joue de la… contrebasse et Franck Rosaly de la batterie. Peut-être vous attendez-vous à un album free à cause du label, mais ce serait une erreur, il n’y a pas ce genre de critère sur Delmark, le seul qui vaille est la qualité de la musique.

S’il est exact qu’il y a une majorité d’album à sensibilité plutôt free, un album comme celui-ci a certainement sa place, l’originalité de ce dernier est d’offrir une sorte de cheminement vers le « free », après un départ post bop qui se module au fur et à mesure des pièces qui défilent.

Aussi nous voilà pas si loin des années soixante, avec l’honorable Dolphy qui rôde dans les parages. Le répertoire est très révélateur des préoccupations de Jason Stein, même s’il offre une lecture actuelle des standards qu’il réinterprète. Il met par ailleurs un point d’honneur à ne pas faire la mille et unième version d’un succès que tout le monde connaît, il préfère creuser un peu et exploiter des titres moins connus d’auteurs fabuleux.

L’ouverture de l’album est un titre composé par Warne Marsh, dont je vous ai parlé il y a peu, c’est le bref et très « rentre dedans », « Background Music » qui frappe d’entrée, absolument génial avec le duo des deux souffleurs. Mais on retrouve également trois compos de Thélonious Monk plutôt obscures, si on excepte « Skippy ». Il y a aussi une compo de Lee Konitz et une autre de Lennie Tristano, des membres de l’école « cool », si on excepte Monk, hors catégorie.

Les autres compos sont de Stein lui-même, elles sont au total de cinq et s’avèrent excellentes. Ce qui fait la magie de cet album outre l’originalité des clarinettes, c’est la complicité des deux souffleurs qui sont prodigieux, des « tops musicos » de grande envergure, quant à la rythmique, il suffit de lire les noms pour être convaincu du haut niveau auquel nous allons être confrontés !

Il serait pourtant vain de penser que cette musique est essentiellement tournée vers le passé, elle plonge dans les racines du free et son traitement est vraiment très actuel au regard du jazz souvent entendu aujourd’hui. Il y a beaucoup de modernité dans le traitement des sonorités et des pièces, il suffit d’écouter la reprise de Konitz, « Palo Alto », pour s’en convaincre, ou « Hatoolie », la compo de Stein. On découvre une évolution des pièces dans l’écoute de l’album, vers toujours plus de liberté…

Vraiment un excellent album qui pourrait plaire à beaucoup !

Background Music


Little Big House


Palo Alto


Work
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 24 nov. 2024 03:04

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Fire! Orchestra – Exit! – (2013)

Avec le Fire ! Orchestra, je remonte lentement la piste. Après le merveilleux « Echo » de deux mille vingt-trois, puis « Arrival » de deux mille dix-neuf, me voici arrivé au tout premier album de la formation, avec cet « Exit ! » millésimé deux mille treize ! Quatre autres albums se glissent dans les interstices de cet espace temporel, autant de nouvelles étapes à écouter, mais déjà ici le saut est grand, avec cette plongée vers le premier né, le déclencheur initial…

« Exit ! » se présente sous la forme de deux compositions, la « part one » et la « part two », pas besoin de se casser le crâne à tenter mieux côté titre, les photos sur la pochette trois volets suggèrent avec plus d’efficacité. Mais déjà quelques fondamentaux, Mats Gustafson au sax ténor et à l’électro, avec une section de anches à six membres. Mariam Wallentin et Sofia Jenberg au chant, avec Emil Svanängen également, qui joue aussi de la guitare, ainsi que trois autres membres.

Une section de cuivres à cinq également, trois trompettistes, un tromboniste et un tubiste. Il y a également Sten Sandell au piano et à l’électro, Nordwall à l’électro également, et un organiste. Il faut encore ajouter quatre bassistes, dont un à la basse électrique, ainsi que quatre batteurs, ici on n’économise pas sur le personnel, tout est grand, vingt-huit musiciens au total !

Par contre ça file vite, les dix-neuf minutes et trente secondes de la part one passent à la vitesse de la lumière, c’est basique, essentiel, souterrain, complexe mais massif, avec une structure lourde, qui avance sans cesse, défrichant tout sur son passage, invincible et sans fioriture, ça avance, la machine est puissante et s’impose avec une force incroyable, des feux jaillissent sans cesse se succédant dans l’espace, les solistes jouent de toutes leurs flammes et le chants sont tribaux, minimaux, presque déclamatoires, ça fuse de partout… Juste une expérience à s’offrir !

La partie deux est un plus longue, vingt-cinq minutes qui prennent le temps de la mise en place, avec une courte intro, un chant qui intrigue, avant que les batteurs ne martèlent l’espace et ne lancent la furie. Point de répit, tout repart en trombe, la machine implacable redémarre et avance, et avance, encore et encore…

C’est Arnold de Boer, le gars de la formation néerlandaise de « The Ex » qui a écrit le grimoire avec les écritures rituelles, le texte maudit et sacré, qui plonge dans la nuit des temps pour y chercher les runes qui portent les savoirs secrets.

Mais la machine s’arrête et fait la pause pour installer un peu d’incertitude et laisser la part aux individualités, le free s’invite, la voix déclame et s’agite, inquiétante, comme s’il fallait introduire une bonne dose d’impro, histoire de gripper un moment la belle mécanique de la machine, introduire de l’incertain, du spontané, déconstruire, faire « Tabula rasa » avant de poser une nouvelle pierre…

Ça y est la folie collective s’est emparée des pouvoirs et le vacarme viscéral impose sa vérité, la fin de cette seconde partie est tout simplement grandiose et magique, juste une intense explosion rarement enregistrée, avec une densité qui défie le bon goût et impose la vérité de sa force, tout simplement !

Génial !

Fire! Orchestra - Exit! Part One


Fire! Orchestra - Exit! Part Two
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 25 nov. 2024 02:07

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The Peter Brötzmann Trio – For Adolphe Sax – (1967)

« For Adolphe Sax » est le premier album officiel de Peter Brötzmann, c’est le premier d’une très longue lignée, il avait alors vingt-six ans et son free jazz libertaire allait faire école en Europe. Ce premier cri est très intense et porte déjà toute l’énergie qui détonnera avec le mythique « Machine Gun », en octet, l’année suivante.

Pour ainsi dire presque tout est déjà là, Brötz aux saxs ténor et baryton, accompagné par Peter Kowald à la basse et Sven-Åke Johansson à la batterie nous offrent le « cri », avec l’énergie brute et vitale, quasi primordiale, qui éclate au monde, nue et sans fard, du brut, du direct, pan dans les dents !

Pour ceux en recherche d’émotions c’est une bonne adresse, particulièrement le morceau titre « For Adolphe Sax », du nom de l’inventeur du saxophone, qui se déploie sur plus de dix-neuf minutes et fait le tour de la question. « Sanity » qui suit est un peu plus calme, presque « posé », bon, je rigole, bien qu’un silence s’y fait entendre…

La troisième pièce, « Morning Glory », est à nouveau très pétaradante et s’étale sur plus de seize minutes avec toute l’énergie de Brötz, mais aussi un intéressant solo de basse de Peter Kowald, suivi d’un autre par le batteur Sven-Åke Johansson, très bref, mais qui donne de l’air et ne systématise pas la brutale attitude des trois énergumènes.

C’est de toute évidence un classique du free, dont on recherchera comme une sorte de parenté avec le cri Aylerien, sans doute celui de « Spiritual Unity » sur ESP, proche parent de cet Ovni. L’enregistrement original est paru sur « BRÖ records » et a été enregistré en juin soixante-sept.

Sur quelques rééditions d’après deux mille deux, comme sur la mienne, figure une quatrième pièce, « Everything », avec Fred Van Hove qui s’ajoute au piano, en provenance d’un live à « Radio Bremen », le quinze septembre soixante-sept. Ce titre était alors inédit, bien que l’on entende une différence côté prise de son, sa place est très justifiée sur cet album, ne serait-ce que par la datation. Le titre approche des dix minutes et fait entendre un Van Hove très à sa place au milieu de cette compagnie !

Les amateurs aimeront, forcément.
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 26 nov. 2024 05:28

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Steve Lacy Quintet – Esteem, 1975 – (2006)

Quand Steve Lacy est disparu, début juin deux mille quatre, il laissa derrière lui de nombreuses cassettes privées, autour de trois cents, qui proviennent majoritairement de concerts. Cet album est le premier volet de ces publications regroupées sous le titre « The Leap : Steve Lacy Cassette Archives ». C’est Irene Aebi la dépositaire des droits.

Ce concert a été enregistré le vingt-six février soixante-quinze à « La Cour Des Miracles », Paris. Il y a forcément un regret concernant la qualité sonore, très moyenne, avec un son éloigné, mais qui laisse tout de même percer la ferveur d’un concert qui devait être exceptionnel. Il s’étale sur plus de quatre-vingt minutes et regroupe une des formations « phare » de Steve Lacy. Mais à ce stade il faudra se poser cette question, est-il pertinent de s’offrir un tel album alors que la discographie officielle de Steve est pléthorique, et qu’il n’est déjà pas facile d’en faire le tour ?

La réponse n’est tout de même pas si évidente car l’album est torride… Steve est au saxophone soprano, comme à l’habitude, il joue en compagnie du fidèle Steve Potts, à l’alto et au soprano également, la compagne de Steve, Irene Aebi au violoncelle et au violon sur « Flakes », le grand Kent Carter à la contrebasse et Kenneth Tyler, celui que l’on entend le mieux, à la batterie.

Le répertoire est assez connu pour ceux qui suivent de près l’artiste, « The Crust » ouvre la danse, suivi par « The Uh Uh Uh », « The Rush », « Esteem », « Flakes » et « The Duck ». Toutes les versions gravées ici sont exceptionnelles si on fait fi de la qualité sonore, l’atmosphère est très chaude et ça bouillonne de toute part. On sent la ferveur et l’engouement du public, il faut dire que Steve jouait dans ce club au long cours, presque tous les soirs et plusieurs fois dans l’année, parfois jusqu’à une période longue d’un mois…

C’est extrêmement rassurant pour un musicien de pouvoir ainsi se poser, prendre le temps, fidéliser les amateurs et se fixer, développant une sorte d’habitude et redémarrant là où le vaisseau s’était posé. C’est là que se justifie « oh combien » la mise à disposition de cet enregistrement, des moments tout simplement exceptionnels, « The Rush » par exemple, bref et d’une intensité rare.

On prend la mesure de Lacy, mais également du bouillonnant Steve Potts, très à l’aise, quasi en ébullition, ne reculant devant aucun défi. Irene Aebi ne chante pas, on le sait, sa voix était parfois controversée, bien que toujours juste. Kent Carter est, comme toujours, immense, les bassistes, chez Lacy sont tous de considérables musiciens, et Tyler, peut-être le moins connu, continuera sa route aux côtés de Cecil Taylor…

Esteem (Live)


The Uh Uh Uh (Live)


The Rush (Live)


The Duck (Live)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 27 nov. 2024 01:48

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The Vandermark 5 – Acoustic Machine – (2001)

En ces temps-là, la musique proposée par « Vandermark 5 » est une sorte d’aboutissement, un truc considérable qui tient de ce qui pourrait être un modèle de perfection, comme si une limite avait été atteinte. Ken Vandermark a composé en fonction de chacun, connaissant sur le bout des doigts chacun des musiciens, le fruit d’une fréquentation longue et fructueuse, alors chacun est mis à l’aise, dans son confort, afin que les solos qui jaillissent comme autant de fontaines trouvent le chemin le meilleur, le plus sûr et le mieux dessiné…

Ils sont cinq, tous considérables, et ils vous offrent une leçon de jazz. Jeb Bishop est le tromboniste, sa teneur cuivrée est délicieuse, il y a Dave Rempis aux saxs ténor et alto, souvent droit et direct, souvenez-vous, un peu plus haut a été évoqué son album « Aphelion » de deux mille quatorze, si beau encore…

Ken est le troisième souffleur au sax ténor mais également à la clarinette ainsi qu’à la clarinette basse, c’est aussi le compositeur, celui qui a pris soin de positionner chacun dans une sphère cosy. Côté rythmique Kent Kessler tient la contrebasse et Tim Mulvenna la batterie, tout cela est extrêmement solide et l’album qui est issu de ces sessions est juste formidable.

Il y a douze compos parmi lesquelles cinq respirations qui parsèment l’album, très courtes, leurs noms commencent par « Hbf » suivi d’un chiffre, le dernier étant cinq, mais elles arrivent dans le désordre sur le Cd. Il faut croire qu’alors c’était une mode à Chicago, car on retrouve ce même principe sur d’autres albums de l’époque.

L’autre caractéristique importante concernant les compos, tient dans la dédicace et l’hommage qui est rendu à de grands artistes de l’époque, ainsi sont cités Archie Shepp, Elvin Jones, Julius Hemphill, Stan Getz, Robert Capal, William Klein et Lester Young. Quant à la série des « Hbf » elle est dédiée à Morton Feldman. Ces évocations impliquent également une intention stylistique émanant du « modèle » choisi, ainsi il n’y a pas de hasard et toutes choses possèdent un sens profond.

Cependant il n’y a pas de véritable limite et il n’est pas question d’imitation, chaque pièce possède son esthétique et sa liberté qui est poussée loin, vers un jazz libre et ouvert, moderne et inspiré par le modèle, comme une liberté retrouvée, l’exemple parfait serait « Stranger Blues » dédicacé à Lester Young où la musique inspirée de « Prez » est actualisée avec une belle justesse.

Ce jeu autour des « hommages » connaît d’autre issues avec les extraordinaires « Free Jazz Classics Vols. 1 & 2 » paru cette même année, et le « Free Jazz Classics Vols. 3 & 4 » de deux mille six, tous les deux déjà présentés sur ce fil, des incontournables pour qui s’intéresse à Ken Vandermark.

De la bonne musique par ici…

Auto Topography (For Archie Shepp)


Close Enough (For Robert Capa)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 28 nov. 2024 04:54

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Catalogue – Assassins – (2024)

Catalogue, bien sûr et d’évidence. Il me semble avoir l’intégrale si ce n’est un quarante-cinq tours qui m’échappe. Il faut dire que ces gars c’est quelque chose, à la fois underground, impertinents, nécessairement géniaux et quasi ignorés des médias, inconnus des masses, encore moins célèbres que les identités qui composent la formation, car, un par un, ils ont tous un nom qui parle, qui dit et qui raconte, mais assemblés les voilà presque ignorés, y’a d’l’abus Ubu…

Alors qui sont-ce, ces gars-là ? Le premier parmi eux, mais il pourrait être tout autant le troisième, c’est l’ami Berrocal, le fêlé du bocal, insoumis total, sauf que lui c’est un vrai, en costard au beau milieu de la vague hippie, décalé volontaire et artiste visionnaire et majuscule, un gars fou et un fou-gars, c’est Jac ou Jacques comme on veut !

Le second c’est Jean François, on dit aussi Jean-Françouéééé dans la chanson, donnez-lui un os à ronger, un gros os ou un "pauvre-os", mais c’est ce dernier qui lui conviendra le mieux… Un autre génie de l’underground, mais ça, c’est à force de gratter le sol. C’est un fameux, un gars pas ordinaire, c’est pourquoi certains le trouvent extra, il le mérite bien, c’est un pote à Berroc et ces deux-là s’entendent comme des sales gosses.

Le troisième mal famé c’est Gilbert Artman, le fou surgit d’Urban Sax qui se trouve ici une petite famille à trois, pour jouer de la musique punk-rock-déjanté-free, trois pièces pour vingt-trois minutes hors normes que l’on réécoute de suite, ce qui fait quarante-six minutes et si vous en remettez une couche vous arrivez à soixante-neuf, le nombre du bonheur, alors vous voyez bien qu’ici on ne vole personne !

Peut-être ça vous donnera l’envie d’aller visiter « Pénétration » dans un autre style déjanté, un album har Art de quatre-vingt-deux. Autrement on est en plein mystère concernant ces bandes, aucune indication, nada. C’est Jean-Marc Foussat qui publie, peut-être des bandes mises de côté quelque part, alors c’est sur « Fou Records », le label qui a perdu la tête et qui ose tout !

Des extraits ici où l'on apprend la chose suivante "CD enregistré et produit par Jean-Marc Foussat en 2024":

https://www.fourecords.com/FR-CD64.htm
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 29 nov. 2024 05:10

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Weather Report – Black Market – (1976)

Probablement l’un des plus populaires albums de Weather Report. Il y a encore du changement dans les troupes avec le départ du pourtant excellent bassiste Alphonso Johnson, qui joue cependant sur quatre titres, et l’arrivée d’un remplaçant de renom, Jaco Pastorius lui-même.

On note également le départ du batteur Ndugu Chancler, une malédiction qui continue, remplacé par Chester Thompson en provenance de chez Frank Zappa, joue également Michael Walden sur les deux premiers titres, qui arrive du Mahavishnu Orchestra.

On navigue entre un jazz rock racé, mais avec un son déjà formaté d’époque, ce qu’attend le public qui ovationne le groupe, en même temps que la presse qui applaudit, l’accueil est donc tout simplement formidable, même si, sont ici semées les graines qui seront à l’origine de « Mr. Gone », le naufrage. Toutefois « Black Market » penche du bon côté et reste encore très recommandable.

Maître Zawinul a sorti sa plus belle plume et signe les trois titres de la face A qui sont plutôt convaincants dans un registre déjà conventionnel, mais très abouti. La seconde pièce, « Cannon Ball », est un hommage à feu Cannonball Adderley, le géant du be-bop avec lequel il a travaillé. « Gibraltar » qui clôt la face est particulièrement réussi, avec des couleurs qui illustrent parfaitement la magnifique pochette.

Côté face B, Shorter rempli son quota avec deux titres pas très formidables, mais honnêtes, et ça passe. Pastorius emmène « Barbary Coast » dans sa valise, du funky à souhait. Quant à la dernière pièce « Herandnu » elle est signée Alphonso Johnson qui est parti en laissant derrière lui ce beau cadeau.

Côtés solos, ces musiciens sont tous des cadors, alors ils font le job, là se cache probablement la beauté de l’album qui se nourrit ainsi tout du long, sans laisser l’ennui s’insinuer très longtemps, ce qui va bien.

Black Market


Gibraltar


Barbary Coast


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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par whereisbrian » ven. 29 nov. 2024 09:06

Douglas a écrit :
ven. 29 nov. 2024 05:10
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Weather Report – Black Market – (1976)

Probablement l’un des plus populaires albums de Weather Report. Il y a encore du changement dans les troupes avec le départ du pourtant excellent bassiste Alphonso Johnson, qui joue cependant sur quatre titres, et l’arrivée d’un remplaçant de renom, Jaco Pastorius lui-même.

On note également le départ du batteur Ndugu Chancler, une malédiction qui continue, remplacé par Chester Thompson en provenance de chez Frank Zappa, joue également Michael Walden sur les deux premiers titres, qui arrive du Mahavishnu Orchestra.

On navigue entre un jazz rock racé, mais avec un son déjà formaté d’époque, ce qu’attend le public qui ovationne le groupe, en même temps que la presse qui applaudit, l’accueil est donc tout simplement formidable, même si, sont ici semées les graines qui seront à l’origine de « Mr. Gone », le naufrage. Toutefois « Black Market » penche du bon côté et reste encore très recommandable.

Maître Zawinul a sorti sa plus belle plume et signe les trois titres de la face A qui sont plutôt convaincants dans un registre déjà conventionnel, mais très abouti. La seconde pièce, « Cannon Ball », est un hommage à feu Cannonball Adderley, le géant du be-bop avec lequel il a travaillé. « Gibraltar » qui clôt la face est particulièrement réussi, avec des couleurs qui illustrent parfaitement la magnifique pochette.

Côté face B, Shorter rempli son quota avec deux titres pas très formidables, mais honnêtes, et ça passe. Pastorius emmène « Barbary Coast » dans sa valise, du funky à souhait. Quant à la dernière pièce « Herandnu » elle est signée Alphonso Johnson qui est parti en laissant derrière lui ce beau cadeau.

Côtés solos, ces musiciens sont tous des cadors, alors ils font le job, là se cache probablement la beauté de l’album qui se nourrit ainsi tout du long, sans laisser l’ennui s’insinuer très longtemps, ce qui va bien.

Black Market


Gibraltar


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L'enchantement de l'intro de l'album, qui donne le ton pour la suite.

:chapozzz:

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 29 nov. 2024 17:58

whereisbrian a écrit :
ven. 29 nov. 2024 09:06

L'enchantement de l'intro de l'album, qui donne le ton pour la suite.

:chapozzz:
Tu mets le doigt sur ce qui fait le génie du "truc".

Le tout c'est de maintenir le cap, et ici ça roule...
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 30 nov. 2024 07:11

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Tim Berne – Diminutive Mysteries (Mostly Hemphill) – (1993)

Tim Berne est né en cinquante-quatre, à Syracuse… dans l’état de New-York ! A l’âge de vingt ans il s’installe dans la grosse pomme, c’est là qu’il se prend une grosse claque en écoutant l’album « Dogon A.D. » du saxophoniste Julius Hemphill, paru en soixante-douze, une œuvre incontournable qui le précipita dans le monde du jazz, c’est dit, il rencontrera Julius et prendra des cours de saxo avec le maître.

Julius Hemphill était également fondateur du World Saxophone Quartet, ainsi qu’une figure majeure de la scène des lofts new-yorkaise, il décéda en quatre-vingt-quinze et l’œuvre de Tim Berne est, sinon la continuation, du moins sous l’influence du grand homme. « Diminutive Mysteries (Mostly Hemphill) » est une de ses œuvres phares, elle mérite une écoute attentive, car elle secrète des moments véritablement grandioses.

Tout d’abord les musiciens, ils sont certainement une très grande partie de cette réussite. Tim joue des saxs alto et baryton, David Sandborn des saxs sopranino et altos, Marc Ducret de la guitare électrique, Hank Roberts du violoncelle et Joey Baron de la batterie. Il y a également deux invités sur « The Maze », mais je passe.

Cette pièce décisive sur l’album est d’ailleurs la seule signée par Tim Berne, mais c’est le point culminant de l’album, les autres compositions sont toutes des reprises de titres de Julius Hemphill. L’album est assez massif, soixante-six minutes et onze secondes, on n’est pas volé.

S’il fallait désigner un « intrus » sur cet album ce serait sans doute le bancable David Sandborn qui serait choisi, star d’un style plutôt « soul jazz », il n’est pas vraiment attendu sur un tel album, où il se consacre davantage au sopranino qu’à l’alto, toutefois sa participation ne tient pas du hasard car c’était un grand admirateur, lui aussi, de Julius Hemphill !

Les solos de Marc Ducret que l’on entend sont également des moments forts, il joue avec force et conviction avec beaucoup d’à-propos, et envoie la sauce comme un brave, si on le lui demande. Il y a également le riche batteur Joey Baron dont on a beaucoup parlé sur ce fil pour son immense travail aux côtés de Zorn.

L’album est souvent jazz, mais aussi avec quelques flashs rythm’n blues et d’autres moments, comme sur « Writhing Loves Line », que l’on pourrait trouver apparentés à la musique contemporaine, mais l’éventail ici est très large.

Le fameux « The Maze (for Julius) » dure plus de vingt et une minutes, avec une montée du genre que l’on aime, et l’inévitable explosion qui se fait attendre, avant d’enfin jaillir ! Un scénario que l’on connaît par cœur mais qui fonctionne toujours, un peu comme ces films que l’on visionne pour la trentième fois, mais que l’on chérit, bien que l’on en connaisse les moindres répliques par cœur…

Sounds In The Fog
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