
Lucien Johnson, Alan Silva, Makoto Sato – Stinging Nettles – (2014)
Voici un album paru sur le label de Julien Palomo, « Improvising Beings », qui recèle quelques trésors, celui-ci en fait partie, avec les albums de Sonny Simmons. Deux générations sont ici rassemblées, Lucien Johnson à lui seul symbolise la plus jeune. C’est un néozélandais né à Wellington, qui passa pas mal de temps à Paris, période pendant laquelle il laissa une trace phonographique avec cet album. Il joue du saxophone ténor et se montre tout à fait à l’aise avec les deux anciens.
Le contrebassiste Alan Silva est sans doute le plus capé, on peut même le ranger parmi les contrebassistes les plus vivaces de sa génération. Plus jeune, il faisait partie de l’avant-garde du free jazz et son nom est resté dans l’histoire, comme l’un des plus audacieux d’alors. Il a également enregistré plus tard avec Julien Palomo quelques albums sur le label de ce dernier, dont celui-ci, très réussi.
Makoto Sato lui aussi est un ancien, peut-être n’a-t-il pas l’aura du contrebassiste, mais son nom reste fameux, et ce n’est pas un hasard s’il se retrouve ici, batteur de cette illustre compagnie. Pour faire le lien avec un album plus haut qui nous a occupé, il faut signaler la présence de Jean-Marc Foussat à la prise de son et au mixage, mais attention, en deux mille six !
L’album dépasse les cinquante et une minute, ce qui laisse à chacun largement le temps de s’exprimer, d’autant que l’album est très aéré, il respire l’espace et le grand air. Chaque instrument est enregistré à la perfection et tout s’entend. Le saxophone, bien sûr, au ton chaud et souvent volubile, ne refuse aucune audace et se cale synchro avec ses deux comparses, autant qu’il est possible.
Il est bien sûr des pièces qui sont axés sur les timbres, comme « Ice Shelf », ou qui avancent en trio comme « Burnt Fingers », où Lucien Johnson se rappelle Ayler l’ancien, mais ces exercices n’attisent aujourd’hui plus que de l’admiration. Les deux rythmiciens au jeu très ouvert sont absolument phénoménaux et se trouvent très vite, habité par le même esprit et la même veine inspiratrice.
Huit pièces se succèdent avec un bel « allant », chacune succédant à l’autre et dessinant encore d’autres voies à suivre, d’autres destinations cousines, tout en suivant une ligne logique et pertinente. La dernière pièce où s’entend la voix de Makoto Sato pourrait signifier un point d’arrivée très paisible, plein de lyrisme et de joie de vivre, comme la fin d’un long voyage…
Stinging Nettles
Pieces Of Eight

















