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Re: à l'écoute chez Alcat01 en ce moment

Message par alcat01 » mar. 11 avr. 2023 16:56

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1700
We Keep On 1973
Après avoir sorti deux albums bourrés de jams sur Brain records, Embryo est passé à la major BASF et a produit son chef-d'œuvre. Avec l'aide de la production la plus professionnelle qu'il ait obtenue jusqu'à présent, le groupe brille dans tous les aspects de son son, offrant des chansons vocales courtes et krauty ainsi que de longues improvisations de jazz instrumental. Les influences ethniques n'ont jamais été intégrées aussi efficacement.
Le groupe est réduit à son noyau de Burchard (batterie) et Bunka (guitares), l'absence notable étant celle de Hofmann (saxophone), remplacé par Charlie Mariano. Dieter Miekautsch assure le piano électrique. L'édition CD est celle qu'il faut se procurer car elle a été respectueusement masterisée et offre deux titres bonus supplémentaires d'une durée de près de 25 minutes. C'est assez rare maintenant...

Le premier morceau du CD est "Abdul Malek", un morceau d'inspiration africaine avec des voix remarquablement émotionnelles, ou devrais-je dire des gémissements aléatoires. C'est assez unique et bizarre, plein d'influences ethniques mais toujours reconnaissable à la musique kraut. "Don't Come Tomorrow" est une chanson de jazz lounge plus décontractée avec des parties instrumentales attrayantes menées par des flûtes mélodiques, un piano et des vibes. L'influence africaine revient dans "Ethna", avant d'exploser dans une improvisation psych-jazz grésillante menée par des solos de saxophone et de guitares.
Un court instrumental aux accents orientaux suit, avant que le groupe ne fasse feu de tout bois sur l'étourdissant "No Place To Go". Avec ses guitares lourdes et ses rythmes complexes, il rappelle presque le kraut lourd des débuts du groupe. Plus de musique du monde sur "Flute and Saz" et sur le morceau bonus "Flute, Saz and Marimba", les deux titres décrivant en quelque sorte ce à quoi on peut s'attendre. Pour les fans de psych-jazz rock, le CD contient également le merveilleux bonus de 16 minutes "Ticket to India".

Avec "We Keep On", Embryo est au sommet de sa créativité et crée un mélange parfait entre les aspects kraut, jazz-rock et world music du groupe. En raison de sa nature éclectique et de son atmosphère mystique, ce titre pourrait être assez étrange et exigeant, mais je le trouve absolument stupéfiant. L'un de mes meilleurs albums dans le domaine du jazz.
Bonnek

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Message par alcat01 » mar. 11 avr. 2023 18:47

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1701
Now (2008)
Jade Warrior fait partie de ces énigmes musicales qu'il est impossible de classer. Les membres fondateurs Jon Field et le chanteur Glyn Havard ont ressuscité le groupe en 2007, se retrouvant après une longue période de sécheresse musicale.
Ce disque de dix titres, qui compte de nombreux invités, réunit de manière experte les meilleurs éléments de presque tous les travaux antérieurs du groupe, des thèmes sereins pastel au hard rock des années 70, en passant par les toiles de fond New Age. L'élément le plus remarquable est sans doute l'enregistrement et le mixage impressionnants réalisés par le bassiste Dave Sturt et Noel Watson.
La dynamique extrême du groupe, des passages énigmatiques calmes (représentés par le morceau d'ouverture, "Fool and the Bride"), passe facilement à des interludes fragiles, à des lavis de synthé étouffants et à des échantillons de chœurs japonais effrontés. La forte concentration de Field sur la composition rend l'effort cohérent, comme l'indiquent le développement et la transition des thèmes. L'approche cinématographique du groupe peut être facilement comparée à l'épée d'un samouraï s'abattant sur l'auditeur hésitant, coupant à travers le beurre. Le guitariste Tim Stone ne remplit pas tant la place laissée vacante par le regretté Tony Duhig, mais fournit plutôt un travail de frettes approprié et des riffs brûlants lorsqu'on le lui demande. Les morceaux à grand spectacle tels que " Jam Meltdown " et " Screaming Dream " mettent en valeur le chant distinctif de Havard, qui est un lien direct avec les premières racines présentes dans les albums plus psychédéliques et lourds que sont Released et Last Autumn's Dream.

Dans l'ensemble, l'enregistrement présente la gamme des meilleurs attributs du groupe et confirme que les vétérans chevronnés ont encore beaucoup de vin dans la bouteille.
Jeff Melton

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Message par alcat01 » mer. 12 avr. 2023 09:18

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1702
Rock & Roll Music To The World 1972
Après l'excellent "Space in Time", des dissensions mûrissaient au sein de la troupe. La sur-exposition d'Alvin Lee était parfois mal vécue. Toutefois, comme d'habitude, ce serait plutôt du côté des tournées incessantes qu'il faudrait se tourner pour chercher la cause réelle d'un horizon qui s'obscurcit. On considère alors Ten Years After usé, à bout de souffle, en manque d'inspiration. En même temps, depuis "Ssssh" en 1969 (premier album à rencontrer le succès) c'est Alvin qui se tape tout le boulot de composition. On aurait pu l'aider, ou était-ce un problème d’hégémonie.

Bref, quoi qu'il en soit, si ce "Rock'n'Roll Music to the World" a à l'époque longtemps bercé mes week-end matinaux - de toutes façons, on ne me demandait pas mon avis -, il me semble encore aujourd'hui plein de fraîcheur. Du moins pour une bonne partie.
Pour commencer, la qualité d'enregistrement et de production, réalisés par le groupe lui-même est irréprochable et d'un bon équilibre. "Bon" plutôt que "juste" car on peut leur reprocher de ne pas assez donner à entendre un peu plus Chuck Churchill. Cependant, au contraire d'un Jon Lord et d'un Ken Hensley très présents, ce dernier fusionne parfois avec la guitare et même le chant, même s'il faut parfois tendre l'oreille pour apprécier son jeu classieux et sans emphase. A titre d'exemple, sur "You Give Me Loving", il termine la dernière note du riff pour prolonger le sustain. Par contre, la basse élastique et alerte de Lyons et la batterie de Lee transpercent le mix sans écraser les collègues. Et, bien sûr, il y a la Gibson ES-335 d'Alvin. La fameuse ES-335 customisée, la "Big Red", avec trois micros, au son velouté et flûté. Une guitare personnalisée parmi les plus célèbres de cette décennie, et injustement oubliée dans des livres dédiés au héros de la guitare électrique et à leur instrument, au profit de quelques bruitistes des décennies suivantes.
Bien que ce disque ne soit pas parfait, qu'il finisse effectivement par s’essouffler sur la seconde face, il témoigne encore du désir d'Alvin Lee de s'affranchir - en partie - d'un passé. C'est encore bien timide, paradoxalement peut-être plus que sur "A Space in Time", mais il y une recherche de nouveauté sonore dans la guitare, et même parfois les claviers, qui a fait parfois défaut à bien des groupes du British-blues. Une tentative de moderniser les tonalités de son Rock'n'Roll bluesy. L'âpreté et l'ébouriffement de "Sssh" est du passé. Tout comme les longs et systématiques S.G.V.
"You Give Me Loving" - bien meilleur sur la version live - flirte dangereusement avec le poncif, mais le break psychédélique à la Syd Barrett et l'orgue sauve le titre de la lassitude. Par contre le frais et sautillant, "Convention Prevention", marque une évolution. Alvin double sa guitare électrique par une folk et Chuck y va de quelques lignes de synthés préfigurant le Jon Lord du Mark III.
"Standing At the Station" offre - enfin -une large place à Churchill, qui varie les plaisirs en passant de l'orgue au piano pour cette longue pièce épique qui commence comme un British-Blues solennel pour progressivement prendre de la vitesse. Telle une lourde locomotive à vapeur ... qui finit par se manifester en traversant les enceintes sur le coda. La batterie est le moteur qui s'emballe par à coup dans un trébuchement de toms, et la basse la chaudière. Le break tape dans le progressif avec un solo de Churchill quasi ecclésiastique. Tandis que le grain du son du riff de "You Can't Win That All" est aussi granuleux que ceux qu'un certain Billy Gibbons s'emploie à extirper de sa Pearly Gates.
Sur "Religion", entre un clavier fantomatique et des chorus qui résonnent comme si la guitare était dans une abside de cathédrale, s'installe une ambiance presque hiératique. Presque comme si c'était l'écho d'une dimension parallèle. Seule la section rythmique tente de ramener son petit monde au Rock'n'Roll. Sans vraiment y parvenir.
Le sujet de cette chanson est, hélas, toujours d'actualité. Au contraire.
"Je n'ai vraiment rien compris à la religion ! Sauf que cela semble être une bonne excuse pour tuer ! ... Je ne peux m'accorder à une structure de pouvoir où l'Ego est l'énergie motrice. J'ai laissé le mien partir il y a longtemps. Lorsque j'ai décidé d'être libre"
Enfin, quand l'Alvin Lee du début des années soixante-dix chante qu'il a laissé son ego de côté, on a envie de rire. Même si le sien était peut-être moins fort qu'une large majorité des gens du spectacle.
Il aurait probablement été préférable d'arrêter après le classique "Choo Choo Mama", qui aurait déjà pu n'être qu'un simple Rock'n'Roll sans l'énergie déployée, voire de raccourcir de moitié le solo du Blues "Turned Off T.V. Blues", pour permettre à cet album d'accéder à un statut plus élevé, plus unanimement respecté. Mais c'est ainsi. Et le reste est suffisamment bon pour le réhabiliter.
A mon sens, ce "Rock'n'Roll Music to the World" que l'on a parfois tant critiqué, me paraît supérieur à "Watt". Ce dernier d'ailleurs, malgré ses nombreux admirateurs, me semble surestimé.
Bruno

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Message par alcat01 » mer. 12 avr. 2023 09:20

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1703
1977 News Of The World
Il fallait bien que ça arrive un jour… Après un début de carrière tonitruant et une série de cinq albums plus remarquables les uns que les autres et dominés par deux géants ("Queen II" et "A Night At The Opera"), QUEEN tourne comme jamais et s’est taillé une réputation scénique solide. Le concert de Hyde Park est un sommet, celui de l’Earls Court en cette année 1977 est une autre démonstration de force. Sauf que tenir ce rythme effréné a un prix.
Et "News Of The World" en est la démonstration flagrante. En effet, on sent que nos quatre fantastiques ont cette fois-ci clairement trouvé réponse à leur questionnement quant à la direction artistique à adopter, confirmant l’impression de transition observée sur "A Day At The Races". On est en pleine explosion du mouvement Punk en cette année 1977 et QUEEN va comme le Punk mettre l’accent sur l’efficacité, plus proche du live en somme.

La production est plus rêche qu’auparavant pour un rendu plus cru, plus Rock. On s’éloigne un peu plus du Hard ampoulé et grandiloquent des débuts pour taper là où ça fait mal le plus rapidement possible. "We Will Rock You" ne fait pas de détail. Son martèlement de pieds et de mains devenu célèbre est à la fois massif et raw. Freddie Mercury vient y dérouler un flow vindicatif et simple qui sera repris par les stades du monde entier. On scande le titre du morceau en guise de refrain et c’est marre ! Voilà qui est surprenant de la part de nos Anglais qui nous ont habitués à des arrangements complexes et des chœurs amples. On est clairement pas dans "Bohemian Rhapsody" là, mais le groupe s’en tire bien avec un premier hymne qui le fera connaître en France. La face B de ce premier single, c’est la réponse de l’hymne de Brian May par celui de Freddie Mercury ; "We Are The Champions" nous rassure quant à la dynamique du groupe, qui bien que porté sur l’évolution, ne renie jamais une seule de ses facettes. Inutile de développer ce titre lui aussi passé à la postérité. On y retrouve les ingrédients qui nous assis par terre sur les deux précédents opus de QUEEN. Un piano romantique accompagne une mélodie évidente et exécutée avec toute la sensibilité de Freddie Mercury. Le tout est rejoint par la guitare de Brian May qui soutient de sa majesté les chœurs puissants que l’on aime tant chez nos Anglais. Donc deux tubes d’entrée, mais pas forcément sur le terrain où l’on attend le groupe.
Malicieux, ils font la nique au mouvement Punk avec "Sheer Heart Attack" ! Roger Taylor, qui prend en charge la guitare et la basse, se montre agressif et particulièrement efficace. La tonalité étrange de la voix est due au doublage de Freddie Mercury sur Roger Taylor ; on a un nouvel aspect de la musique du groupe, faisant en quelque sorte écho à "Stone Cold Crazy" mais d’une manière plus radicale. Pour l’anecdote, ce morceau avait été composé pour l’album "Sheer Heart Attack" mais ne trouvera sa forme définitive que sur "News Of The World". En un mot comme en cent, QUEEN réussit sa mue. Ainsi, face aux critiques clamant un « Rock is dead » fort à la mode, QUEEN s’en tire non sans une pointe d’ironie tout comme cet épisode resté célèbre où Sid Vicious, (QUEEN et les SEX PISTOLS partageaient le Wessex Studio et y enregistraient simultanément), interpellant Freddie Mercury sur l’une de ses déclarations dans la presse où il disait vouloir apporter le ballet aux masses. Ce à quoi Freddie lui répondit avec un humour très Anglais : « Nous faisons de notre mieux Mr. Ferocious chéri » avant de le chopper par le col et le foutre dehors. Ce qui n’aura, vous vous doutez, pas tellement plu au sale gosse.
Et l’extravagance, qu’on pourrait penser envolée, s’exprime ici différemment. Si "All Dead, All Dead" paraît inoffensive et sans réel poids, ses chœurs sont construits à la façon classique et le rendu est à la fois sobre et magistral et Brian May y développe l’une de ses plus belles orchestrations de guitare en son milieu, donnant une nouvelle fois l’illusion d’avoir un orchestre et des synthétiseurs à proximité à l'heure où le groupe continue de fièrement mentionner "No Synthetizers" sur ses disques. "Get Down, Make Love" est elle aussi expérimentale avec ce motif répété qui alterne avec la voix de Freddie, d’une rare intensité, avec des intonations vicieuses qu’on avait que très peu entendu de sa part jusqu’alors. Brian May en profite pour sortir de sa guitare des sons venus de l’espace ajoutant à la saveur psychédélique de ce morceau. Il y a aussi "Fight From The Inside", qui met l’accent sur la basse-batterie, fait assez nouveau dans la discographie de QUEEN. Fait quasi-unique également, Roger Taylor y joue de tous les instruments, à l’exception de quelques petits licks de Brian May. La sauce ne prend pas vraiment ici et dans le genre, on préfèrera nettement "More Of That Jazz" présente sur l’album suivant. "Sleeping In The Sidewalk" et "Who Needs You" sont elles aussi un peu en-dessous. Leur principale qualité et de varier les styles sur un album assez bigarré au final. "My Melancholy Blues" témoigne d’une certaine attirance pour le Jazz et Freddie Mercury s’y meut avec aisance. C’est sans grande surprise que l’opus suivant s’intitulera "Jazz".
Outre ces faiblesses et les hymnes déjà cités, il y a deux trésors cachés, un sur chaque face dont je dois à tout prix vous vanter les qualités. La première pépite c’est "Spread Your Wings". John Deacon s’affirme de plus en plus et la qualité de ses compos va crescendo. On tient avec celle-ci l’un des mid-tempi les plus réussis de toute la carrière du groupe. Mélodie addictive, dénuée de tout chœur (suffisamment rare pour être signalé), soli anthologiques, à la fois concis et emplis de lyrisme. Freddie Mercury y effectue une nouvelle démonstration vocale. La classe. Ce titre sera plus tard repris par BLIND GUARDIAN qui ne s’y sera pas trompé et en aura décelé le potentiel inouï. La face B renferme quant à elle le puissant "It’s Late" qui renoue avec la grandiloquence des premiers opus. Cette pièce de théâtre en trois actes écrite sur un thème assez simple (la sincérité en amour) met en scène Freddie avec sa belle, guidée dans cette épopée par la guitare franchement Hard de Brian May qui fait étalage de ses talents, se permettant même des sonorités assez étranges pour l’époque puisqu’il y utilise la technique du tapping, qu’il a apprise de Billy Gibbons, et dont il a une utilisation toute particulière, cela un an avant qu’Eddie Van Halen ne la développe à l’extrême, révolutionnant l’utilisation de la guitare électrique. Roger Taylor est épatant également, martyrisant ses fûts (le final en particulier). Sa batterie aura rarement aussi bien sonné sur album que sur ce "News Of The World".

La cuvée 1977 alterne donc le très bon et l’excellent, ce à quoi QUEEN nous a habitué, mais aussi le moins bon. Des morceaux passables et pas transcendants (bien que pas foncièrement mauvais) viennent écorner le prestige de la Reine qui s’ouvre néanmoins à un succès mondial grâce à "We Will Rock You" et "We Are The Champions" qui ne quitteront plus les setlists du groupe. On notera aussi un équilibrage des personnalités sur cet album, Roger Taylor et John Deacon présentant pour la première fois deux compos chacun malgré des fortunes diverses.
JEFF KANJI

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Message par alcat01 » mer. 12 avr. 2023 10:05

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1704
Pat Benatar In The Heat Of The Night (1979)
PAT BENATAR se produisait dans des clubs depuis quelques années, à New-York mais aussi à Richmond en Virginie — où elle vécut quelques années avec son premier mari, dont elle conservera le patronyme après son divorce — lorsqu’elle fut repérée par le co-fondateur du label Chrysalis, Terry Ellis.

A tout juste vingt-cinq ans, sa carrière faisait alors un bond considérable : le renommé Mike Chapman (Sweet, Suzie Quatro) et son ancien ingénieur du son Pete Coleman prenaient en charge la production de l’album, apportant avec eux quelques titres, écrits pour d’autres artistes, que Pat Benatar allait vite s’approprier. Car rares sont ceux qui se souviennent encore des versions originales de « In The Heat Of The Night » et « If You Think You Know How To Love Me », écrits par Chapman et son partenaire Nicky Chin pour le groupe anglais SMOKIE, ici remarquablement dépoussiérés et transcendés par la sensualité et l’ardeur de la chanteuse. De la même manière, Pat Benatar faisait siennes les cinq autres reprises qui composent ce premier album, effaçant des noms aussi prestigieux que SWEET (No You Don’t), ALAN PARSONS PROJECT (Don’t Let It Show) ou JOHN MELLENCAMP (I Need A Lover).

Avec le très rock « Heartbreaker » — second single qui succédait à « If You Think… » — Pat Benatar goûtait son premier gros succès, confirmé quelques semaines plus tard par le superbe « We Live For Love », composition originale cette fois, signée par son futur mari et architecte de son immense carrière à venir : Neil Giraldo. Usant avec bonheur d’une voix singulière domptée par une technique parfaitement maîtrisée, tantôt rockeuse guidée par son instinct, tantôt retrouvant ses origines de chanteuse classique en allant chercher des notes haut-perchées, Pat Benatar imposait sa patte, pour longtemps.
Pichon

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Message par alcat01 » mer. 12 avr. 2023 12:58

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1705
Umbilicus - 2022 Path of 1000 Suns
Dès l'annonce de son arrivée en début d'année, le quatuor de heavy blues/psych rock vintage Umbilicus a suscité beaucoup d'intérêt. Après tout, ce supergroupe est composé de Vernon Blake (Anarchus), Paul Mazurkiewicz (Cannibal Corpse), Brian Stephenson (FORE) et Taylor Nordberg (Deicide), ce qui signifie qu'ils savent certainement comment créer des morceaux intenses et captivants. Heureusement, leur premier album, Path of 1000 Suns, est à la hauteur de l'attente. Évoquant délibérément les piliers des années 1970 tels que Bad Company, Lucifer's Friend, Steppenwolf, Black Sabbath et Scorpions, il s'agit d'un retour en arrière élégant et amusant que tous les fans de rock classique et de heavy metal de la première heure devraient adorer.
Bien qu'Umbilicus ne sorte son premier album que maintenant, le projet a débuté il y a environ 20 ans. Comme Mazurkiewicz l'a expliqué à Extreminal en 2021, lui et l'ancien guitariste rythmique de Cannibal Corpse, Jack Owen, "ont lancé un projet parallèle [appelé Path of Men] et... ont écrit quelques chansons originales". Malheureusement, a-t-il précisé, après avoir créé "quelques démos" et joué "deux concerts... le groupe s'est effondré".

Fait fascinant, le groupe Path of Men comprenait également Vernon Blake, si bien que lorsque Mazurkiewicz a décidé de relancer le projet aux alentours de 2020, il était évident que Blake serait invité à revenir. (Si Owen n'a pas été impliqué, c'est parce qu'il ne vivait pas assez près de Mazurkiewicz). Peu après, ils ont recruté Nordberg et créé une douzaine de chansons "très cool", et peu de temps après, la dernière pièce du puzzle - le chanteur Stephenson - a été ajouté.
Selon le groupe, les thèmes de Path of 1000 Suns "vont de récits purement fictifs à des sujets qui explorent toutes les facettes de la condition humaine et plongent dans les injustices que nous nous infligeons à nous-mêmes et aux autres". Même sans aller plus loin, l'accroche perpétuelle et la crudité des morceaux suffisent à les rendre instantanément agréables et réussis.
Par exemple, le morceau d'ouverture "Hello Future", une tranche déchaînée de défi légèrement trippant dont les harmonies serrées, les riffs de guitare cosmiques et les rythmes rebelles évoquent Baroness, The Allman Brothers Band et Stone Temple Pilots. C'est une explosion de fougue robuste, mais mélodique et accueillante, qui illustre bien le genre de métal sudiste à l'ancienne qu'Umbilicus recherche.
Plus tard, le plus gothique et dansant "I, Human" incarne un ethos comparable, tout comme la joie de chanter et la théâtralité des six cordes de "Life on the Sun". En revanche, "The Call" est sombre et épique - avec des montées en puissance arena rock laissant place à des catharses hypnotiques - tandis que "Gathering at the Kuiper Belt" enchaîne plusieurs mouvements courts mais doux avec les éclats de voix opératiques aigus de Queen, The Darkness et Muse, par exemple. Ainsi, les morceaux les plus lourds se distinguent suffisamment les uns des autres.
Cela dit, il y a aussi quelques utilisations ingénieuses de guitares acoustiques. Par exemple, "Gates of Neptune" est une ballade aride et sincère, avec des cordes dorées et un chant doux. (Curieusement, elle évoque les morceaux plus légers de Spock's Beard de l'époque de Ted Leonard). Il y a un peu de punch, mais la plupart du temps, c'est délicat et apaisant. "My Own Tide " présente un équilibre similaire, mais avec des couplets plus déprimants ; ainsi, il ressemble à l'hybride surprise entre Alice in Chains et Pantera dont nous ne savions pas que nous avions besoin (mais bon, c'est le cas).

Path of 1000 Suns est loin d'être révolutionnaire, mais il parvient à mélanger plusieurs styles de manière très efficace et parfois surprenante. Cet accomplissement, en plus du fait que le projet était en gestation depuis des décennies, signifie qu'Umbilicus a réalisé quelque chose de très gratifiant à la fois sur le plan artistique et professionnel. Ce n'est certainement pas la chose la plus féroce que ces gars aient faite (alors venez avec des attentes appropriées), mais il réussit complètement ce qu'il cherche à faire. Rien que pour cela, il mérite qu'on s'y attarde.
Jordan Blum

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Message par alcat01 » mer. 12 avr. 2023 14:45

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1706
1991 Lost In The Blues
C'est l'un des meilleurs albums d'Otis Rush. D'habitude, le problème est qu'il se réfère trop directement aux émotions en chantant et en jouant des phrases dont l'analogie est trop proche de véritables cris de douleur ou de désespoir. Ici, il reconnaît le support de la musique et crée une grande ouverture dans sa musique en chantant d'une manière plus abstraite et plus détendue, laissant le timing et le solide schéma du blues faire le travail.
Les morceaux de Jimmy Reed sont plus qu'un simple divertissement. Ces chansons de blues plus directes, qui dans leur forme abstraite ne laissent pas de place aux émotions directes, lui conviennent très bien.
L'orchestre est très bon car il n'insiste pas trop sur le backbeat, ce qui permet aux solos et au chant de décoller et de rester en l'air sans les ramener au sol à chaque battement.
bela teeken
un son un tantinet aigrelet,façon fin des années 70 quand le blues survivait grace à quelques passionnés en Europe.
Des standards, sans cuivre, trop cher !, mais avec Lucky peterson aux claviers et cette ligne claire de la guitare de Otis ,idéal le soir à la veillée ..
indémodable !
laurent des landes

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Message par alcat01 » mer. 12 avr. 2023 17:43

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1707
Surfin' 1975
Deux ans après leur chef-d'œuvre "We Keep On", "Surfin" est le deuxième album d'Embryo pour BASF. C'est un album beaucoup plus accessible, qui se concentre sur le songwriting et les grooves funky plutôt que sur les jams expérimentales d'antan. Pourtant, on peut difficilement le qualifier de commercial, et en raison du manque de succès, BASF les laissera tomber après cette sortie.

L'album n'est pas aussi remarquable que les précédents, mais il mérite tout de même plus d'amour que ce qu'il a récolté jusqu'à présent. En fait, je ne vois qu'un seul point négatif à cet album, Embryo a sauté assez tard dans le train de la funk-fusion et, ce faisant, le groupe a abandonné une partie de son originalité et de son caractère unique. Mais l'élément world fusion est toujours fortement intégré dans le son et ils sont restés reconnaissables en tant qu'Allemands. Par-dessus tout, il s'agit d'un très bon album, qui n'est pas différent des albums concurrents de Can, Passport et Kraan. L'album "Let It Out" de Kraan, sorti la même année, me vient particulièrement à l'esprit, car il sonne aussi légèrement proto-new wave par endroits, ce qui peut expliquer une partie de l'aversion que les fans de Prog peuvent ressentir à son égard.

Avec des morceaux plus courts et une utilisation plus fréquente du chant, "Surfin" renoue avec le songwriting rock et amusant des débuts et de "Father Son and Holy Ghosts", mais dans un format plus funky et plus grand public.
Il s'agit d'un Embryo différent, mais qui reste très bon.
Bonnek

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Message par alcat01 » mer. 12 avr. 2023 18:54

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1708
Full Speed Ahead (1978)
Voici Full Speed Ahead d'un groupe originaire de Givors dans le Rhône, j'ai nommé Ganafoul. A l'origine le groupe est composé de cinq membres mais par la suite il devient un trio : Jack Bon aux guitares, Jean-Yves Astier à la basse et Yves Rothacher à la batterie. Juste avant l'enregistrement de l'album ce dernier quitte le groupe et est remplacé par Bernard Antoine.

Full Speed Ahead est enregistré à Angers aux Studios Loury en août et septembre 1978 et sort en octobre 1978. Bernard Antoine apprendra le répertoire du groupe en écoutant des cassettes alors que le trio se rend en Bretagne pour une série de concerts. L'album contient neuf titres, huit titres écrits par Jack Bon et une reprise de King Bee du bluesman Slim Harpo.
C'est l'album le plus abouti de Ganafoul. Blues, rock, avec des riffs alliant des influences AC/DC ou Status Quo. Le titre Full Speed Ahead annonce un album rock, sans concession. Une voix rauque faite de nuits blanches, de concerts sans fin et de passion rock'nroll et une rythmique puissante. Nothing More est un pur rock'n'roll, énergique qui est loin d'être passé de mode encore aujourd'hui. Le son de basse reste encore incroyablement dans le coup. Et Jack Bon prouve toute son incroyable dextérité lors d'un superbe solo rock'n'roll et slide.
I'm A King Bee est une reprise fulgurante du standard du blues. Elle est ici transformée en furie rock'n'roll et même hard rock. Les guitares sont âpres, à vif et la voix de Jack Bon transpire le whisky et la sueur. Superbe. Mon titre préféré de l'album. Et encore un superbe solo. Comment résister au riff de Dealing Your Love ? Impossible. Un titre rapide, rock'n'roll, bluesy sur lequel le trio se montre soudé et intraitable. Ils ne sont que trois et font du bruit comme dix. Waiting For The Show est un faux live (rajout de voix public). L'atmosphère ici est plus soul, rhythm'n'blues et rockn'roll. Un excellent refrain entrainant et vivifiant.
On change de face (vinyl oblige) et Rock Gutter nous accueille de sa lourde rythmique, de ses guitares claires puis c'est un torrent électrique qui nous foudroie. Ici aussi, impossible de résister à un refrain imparable. Du pur rock'n'roll. Une basse lourde comme une porte d'un pénitencier, une guitare wah wah solide comme un roc, c'est King Size Killer. Un rock à la limite du hard rock. Rapide, furieux, urgent et au solo agressif et abrupt.
Trying So Hard est un blues qui ralentit le rythme. Un peu dans le même genre que le Ride On d'AC/DC. Jack Bon excelle aussi à la slide. Far From Town est un rock blues acharné, agité et clôt Full Speed Ahead sur un rythme furibond et frénétique. On notera la belle intervention d'un harmonica bluesy.

Un album homogène, énergique qui ne nous permet que peu de repos. L'album s'est plutôt bien vendu et reste aujourd'hui une légende du rock français.
A noter les backing vocals de deux légendes du rock français : Robert "Little Bob" Piazza et Fabienne "Shakin' Street" Shine.
rocknreviews

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Message par alcat01 » jeu. 13 avr. 2023 09:10

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1709
Recorded Live 1973
Ce double Live fait donc suite à "Undead" enregistré à Londres au Klooks Kleek, Railway Hotel. En juin 1973, Chrysalis décide de publier un double album issu de quatre concerts remontant à Janvier en Europe. Produit par le groupe, on n’est jamais mieux servi que par soi-même, le disque propose 7 morceaux joués à Francfort, la face C provient du show parisien du 29 janvier, "Help Me" étant extrait d’un concert à Amsterdam.

D’entrée de jeu, on retombe dans la folle ambiance des gros concerts du début seventies. Foule en délire, musiciens qui ont envie d’en découdre et qui ne sont pas là pour le cachet. Un chauffeur de salle à l’accent teuton annonce en grande pompe Ten Years After, des fois que le public ne saurait pas qui il est venu voir. En ouverture, "One Of These Days" avec ses solos de guitare, un harmonica porté, une rythmique solide et des ivoires qui apportent de la consistance pourrait résumer à lui seul le répertoire de TYA. Impression similaire avec "You Give Me Loving" avec des claviers encore plus présents et un chant plus déclamatoire. Il ne faut pas chercher bien loin pour savoir où Elmer Berstein a pioché la bande son du film "McQ" (Un silencieux au bout du canon), un nanar de John Sturges avec John Wayne.
Le groupe s’attaque le couteau entre les dents à "Good Morning Little Schoolgirl", standard de Sonny Boy Williamson enregistré en 1937 au Leland Hotel d’Aurora, dans la banlieue Ouest de Chicago. L’histoire ne dit pas si Sonny Boy, mort depuis 25 ans, s’est retourné dans sa tombe en découvrant cette version. Là Alvin et ses potes passent la surmultipliée, c’est simple la version de Johnny WINTER enregistrée quelques semaines plus tôt ferait presque office d’exercice scolaire. Souvent repris par de jeunes musiciens énervés et bien imbibés, le titre n’a jamais été aussi dynamité que lors de ce concert. Avec son gros solo de batterie (quasiment 85% du morceau) et ses nappages d’orgue, "Hobbit" renverrait presque vers DEEP PURPLE. Second emprunt à Sonny Boy (il s’agit cette fois de Rice Miller, le 2ème du nom) avec "Help Me". Ce grand classique repris par de nombreux harmonicistes en herbe fait ici la part belle à la guitare plaintive d’Alvin Lee. Une version qui s’inspire plus de la reprise des allemands de Cuby & The Blizzards que de l’original.
La face C (celle enregistrée à Paris) comporte un long titre de plus de 16 minutes, subdivisé en cinq parties dont deux reprennent "I Can’t Keep From Cryin’ Sometimes" titre d’Al KOOPER fortement inspiré par un Gospel de Blind Willie Johnson, un évangéliste itinérant et non-voyant. Certains passages se révèlent proches de l’expérimentation, on a parfois le sentiment que le guitariste s’essaie à des effets de manche ou d’accordages de tonalité. La 4ème face débute avec un étrange interlude d’une trentaine de secondes avec "Silly Thing", une sorte d’exercice instrumental d’obédience Country. S’ensuit un long Blues instrumental à 90% avec "Slow Blues In C" ; si les deux tiers du titre se rapprochent des répertoires de John MAYALL ou Alexis Korner, la dernière phase se révèle nettement trop démonstrative à notre goût, on a l’impression qu’Alvin Lee veut absolument épater la galerie. Le quatuor nous offre ensuite "I’m Going Home" que de nombreux chroniqueurs considèrent comme leur marque de fabrique. Pendant plus de 9 minutes, secondé par une rythmique efficace la guitare nous fait invite à de beaux voyages passant par le Blues, le Boogie, le Rock avec une petite incursion dans le Rockabilly. Une version qui diffère par rapport à celle captée à Woodstock. Ce double s’achève sur "Choo Choo Mama", un Boogie Rock endiablé marchant sur les traces de STATUS QUO et qui a la sagesse de ne pas s’éterniser.

Curieusement ce double album connaitra son meilleur classement dans les charts en France avec une étonnante 6ème place. Alors qu’il figurera dans le Top Ten dans pratiquement toute l’Europe, c’est en Angleterre et aux States que le disque restera le plus mal classé, prouvant que nul n’est prophète dans son pays. Si ces quatre faces restent marquées par une certaine inégalité avec des passages en dents de scie et un étalage parfois trop démonstratif d’Alvin Lee, le disque demeure toujours une valeur sure de la production Live des années 70. Ce disque, preuve que le groupe tentait de durcir son répertoire, est considéré comme une référence par de nombreux journalistes Rock. A son encontre, certains jugent à tord ou à raison que le "Live At Fillmore East 1970" édité tardivement en 2001 sous forme de triple album lui est supérieur. Dernier élément, le disque bénéficie d’une excellente prise son pour l’époque puisque passé dans les mailles du studio mobile des ROLLING STONES qui tentaient de rentabiliser leur jouet comme ils pouvaient.
LE KINGBEE

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Message par alcat01 » jeu. 13 avr. 2023 09:11

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1710
1978 Jazz
Jazz, septième tête couronnée de la dynastie, naquit le 10 novembre 1978. Une grande reine que celle-ci. Elle sut accommoder l’héritage des anciennes suzeraines, fantasque et éclatant, aux inflexions plus sobres instiguées par la reine précédente. Elle fut d’ailleurs célèbre pour son amour des courses de cyclisme et son gros popotin qui fit tourner la tête du monde du rock.

Tout d’abord, mon devoir de chroniqueur royal m’oblige à prévenir le lecteur qu’il ne faut pas prendre le terme 'Jazz' au premier degré. Jazz n’est pas du jazz, c’est du bon rock, avec un zeste de pop et quelques influences diverses qui font le piment de QUEEN depuis quelques générations déjà (ici, épice orientale, country et funk, notamment).
En termes moins policés, on peut affirmer que cet album est franchement bon. Moins alambiqué que ses deux illustres prédécesseurs, A.N.A.T.O et A.D.A.T.R, poursuivant en ce sens la voie empruntée par News of the World, Jazz n’en demeure pas moins un rock très entraînant et décomplexé, comme en témoigne le ton résolument humoristique d’un certain nombre de morceaux.

D’ailleurs, on entre dans l'album avec le surprenant "Mustapha", aux paroles pour le moins minimalistes (" Mustapha, Ibrahim) qui prend des accents de prière musulmane et se développe sur une mélodie arabisante (logique), méchamment électrique et bien appuyée par la batterie. Et la saveur du déjanté a déjà commencé à imprégner nos oreilles. On ne s’arrête pas là : le célèbre "Fat Bottomed Girls" déboule ensuite, assez hard, avec sa rythmique pachydermique, ses guitares pesantes, le ton affirmé de Freddie et ses choeurs entraînants. Un classique.
Pour se reposer, on enchaîne avec "Jealousy", titre plus doux, plus pop, façon BEATLES, registre dans lequel Freddie excelle et où le piano tient une place de choix. La suite est tout aussi réjouissante : le déjanté "Bicycle Race", avec son fameux passage de concert de klaxons et son délire très cartoon à la guitare, qu’un A Night at the Opera n’aurait pas franchement renié (ni un A Day at the Races, d’ailleurs, mais il faut dire que le titre est de circonstance).
S’ensuivent trois morceaux de tradition rock, voire hard-rock, l’accrocheur "If You Can’t Beat Them" et ses clins d’œil à James BROWN (Sure feels good!), le puissant et provocateur "Let Me Entertain You", muni d’un très bon riff de guitare, et enfin le frénétique "Dead On Time" où se marient à merveille la guitare véloce de Brian May et l’élocution hallucinée de Freddie (sacrée performance), qui rappelle peut-être "Keep Yourself Alive" (d’ailleurs cité par la guitare au bout de 2 minutes 37 et dans le texte à la fin, juste avant l’intervention de Dieu et de sa foudre destructrice).
A ce stade, nos esgourdes sont déjà bien satisfaites, mais on poursuit notre route avec "In Only Seven Days", chanson pop moins ambitieuse mais agréable, le semi-acoustique "Dreamer’s Ball" avec son rythme country très nonchalant, le funky "Fun It", chanté en duo par Roger Taylor et Freddie Mercury (et qui annonce en fin de compte le style vers lequel QUEEN s’orientera ensuite), et "Leaving Home Ain’t Easy", ballade aux inflexions planantes interprétée par Brian May, avant de terminer en beauté par le célèbre "Don’t Stop Me Now", petite tuerie en marche, lyrique, délirant et épique à la fois, petite pépite made in QUEEN dans toute sa splendeur. Enfin, je préfère ignorer le dernier titre, "More of that Jazz", dépressif, austère et sombre, qui contraste de ce fait pas mal avec le morceau précédent, et surtout interprété par Taylor (qui définitivement s’impose alors comme le compositeur le moins inspiré du quatuor) de sa voix chevrotante.

On a affaire ici à un groupe confirmé qui nous sert un album sans grandes faiblesses et capitalise l’expérience forgée par les précédents opus. Les musiciens assurent à tout point de vue, et comme je le répète à chaque chronique, la voix de Mercury évolue encore un peu, un poil plus grave, 'granuleuse' et puissante, qui se rapproche mine de rien de la 'grande voix' qu’on louera dans les années 80, faisant de lui encore aujourd’hui l’une des références vocales du rock.
Jazz est excellent, varié et rythmé. Je le place sans hésiter dans mon quarté des meilleurs albums du groupe. Par la suite, QUEEN évoluera vers un registre plus pop branché, oserons-nous dire dans l’ère du temps (Ah ! L’adjonction de ces fameux synthés…), et de ce fait sera peut-être un peu moins enthousiasmant pour les amateurs de leur rock originel (mais pas en termes de ventes, c’est certain…).
Mais telle est la conception du jazz selon QUEEN.
MR. AMEFORGEE

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Message par gabuzomeuzomeu » jeu. 13 avr. 2023 09:20

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L'humour est le seul vaccin contre la connerie… Le con lui n’a jamais trouvé la pharmacie ! (Aphorismes et Blues - Pierre Perret 2020)

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Message par alcat01 » jeu. 13 avr. 2023 09:28

gabuzomeuzomeu a écrit :
jeu. 13 avr. 2023 09:20
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Joli poster, n'est-ce pas?

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Message par alcat01 » jeu. 13 avr. 2023 10:17

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1711
Chick Corea Elektric Band
Au milieu des années 80, il semble que la carrière musicale de Chick Corea soit au point mort. Toute chance de revisiter Return To Forever de quelque manière que ce soit n'était pas envisageable. Et jusqu'à présent, les années 80 ont vu Corea absent de la musique et ne sortant qu'un set acoustique occasionnel ici et là.
En 1986, il réapparaît, apparemment sorti de nulle part, avec the Elektric Band. Ce groupe se compose de Corea, du bassiste John Patitucci, du batteur David Weckl et des guitaristes Scott Henderson et Carlos Rios. À cette époque, la musique de fusion, audacieuse et explosive, cède la place à quelque chose de plus pop et de plus mélodique. On l'appellera un jour le smooth jazz. Et à bien des égards, le GRP a été un centre majeur dans le développement de cette musique particulière. Chick Corea avait quelque chose d'autre en tête. De la même manière que Herbie Hancock, il s'est vraiment intéressé au jazz électrique, même s'il a d'abord rencontré la musique avec autant de réticence que Keith Jarrett. Mais s'il n'avait rien à dire, il jouait une sorte de jazz acoustique, juste pour entretenir son jeu. Après un certain temps de recherche, il a finalement semblé trouver ce qu'il cherchait sous la forme d'un nouveau son de jazz électrique.

Même si l'instrumentation et la production avaient changé, le style de Chick n'avait pas changé. Même si la musique sonne différemment, le style de composition n'est pas très éloigné de RTF à son apogée. On l'entend notamment sur des titres comme "Rumble", "Side Walk" et "King Cockroach". On y trouve un mélange de batterie électronique contemporaine et de programmation de synthétiseurs numériques jouant une fusion stimulante et très improvisée avec des mélodies fortes et intelligentes et des tempos souvent rapides. Sur "Cool Weasel Boogie", "No Zone" et "All Love", le rythme est plus lent, ce qui permet à la mélodie de se développer. Cela met également en valeur le groupe sur des instruments non numériques. Sur "Got A Match", on retrouve une qualité de jazz swinguant, ainsi qu'un solo de clavier électrique très exploratoire de Corea. Mon morceau préféré sur cet album est "Elektric City", qui est en fait une combinaison d'électro funk post-disco et d'un rythme samba mélodique. Il y a aussi "India Town", avec ses échanges mélodiques de style très arabe, et le final "Silver Temple", qui donne vraiment à John Patitucci l'occasion de montrer ses talents de bassiste.

Miles Davis a dit un jour que l'électricité ne ruinerait pas la musique mais que c'est plutôt la mauvaise musique qui le ferait. Il voulait dire que les musiciens qui n'ont pas les capacités et les compétences nécessaires pour bien jouer de la musique ne feraient pas de la bonne musique, peu importe ce qu'ils jouent. Et il a raison.
Les musiciens de cet album étaient si forts et inventifs qu'ils étaient capables de prendre des instruments que les gens qualifient trop facilement de "ringards" et de tirer le meilleur de ce que les sons numériques avaient à offrir. Maintenant, c'est tout à fait dans l'idiome contemporain de l'époque en termes de son des instruments pour sûr. Et c'est l'une de ses qualités vraiment spéciales.
En plus de cela, les compositions sont extrêmement inventives et fortes : elles n'ont pas besoin d'un flash électronique pour les faire sonner mieux qu'elles ne le sont réellement. Vous pourriez probablement jouer ces chansons avec des instruments purement acoustiques et elles sonneraient toujours aussi bien.
À mes oreilles, cet album a extrêmement bien vieilli pour ces raisons. Il fait entrer Chick Corea dans l'ère du synthétiseur numérique et du séquenceur à batterie sans sacrifier aucune des qualités musicales pour lesquelles il est le plus connu.
Malgré tout, je le considère comme l'un des meilleurs albums auxquels Chick a été associé sur le plan créatif.
Andre S. Grindle

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Message par Cooltrane » jeu. 13 avr. 2023 11:39

alcat01 a écrit :
jeu. 13 avr. 2023 09:28
gabuzomeuzomeu a écrit :
jeu. 13 avr. 2023 09:20
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Joli poster, n'est-ce pas?
Je ne l'ai pas trouvé en accès ouvert :faché2: (faut s'inscrire :priezzz: et qu'ils aient se faire enc... chez gougueule :footzzz: )

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Message par alcat01 » jeu. 13 avr. 2023 13:11

Cooltrane a écrit :
jeu. 13 avr. 2023 11:39
alcat01 a écrit :
jeu. 13 avr. 2023 09:28
gabuzomeuzomeu a écrit :
jeu. 13 avr. 2023 09:20
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Joli poster, n'est-ce pas?
Je ne l'ai pas trouvé en accès ouvert :faché2: (faut s'inscrire :priezzz: et qu'ils aient se faire enc... chez gougueule :footzzz: )
Il était incorporé au LP d'origine!
Il existe un DVD de QUEEN où on retrouve la fameuse 'course', mais je ne sais plus sur lequel!

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Message par alcat01 » jeu. 13 avr. 2023 13:15

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1712
Otis Rush - 1994 Ain't Enough Comin' In
Cet album est excellent de bout en bout, tout au long de ses 58 minutes. Commencez l'écoute par le dernier titre, une reprise d'Albert King : les 8 géniales minutes de "As the years go passing by", qu' Ots Rush joue formidablement. Admirez ensuite "Don't burn down the bridge" (encore d'A. King), ou son magnifique solo dans "It's my own fault". Les deux titres de Sam Cooke ont un swing extraordinaire. Bref, tout est excellent. Tout.
Le son est formidable. La production est subtile, aérienne, et met en valeur le jeu des artistes et les cuivres sont superbement placés et utilisés.
C'est un très grand cd de blues moderne. L'influence que l'immense Albert King a eu sur Otis Rush, on la sent aisément, est un gage de qualité, non ?
Jean Humbert gloup
Un son moderne (1994) mais une voix aussi suave que sa guitare, Otis RUSH donne une leçon de blues sensuel, bien cuivrée qui plait d'ailleurs au delà du public habituel (entre Albert King et Robert Cray) pour ceux qui ne connaissent ce grand monsieur ave lequel Eric Clapton himself avait joué les guests stars a night in montreux.
laurent des landes

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Message par alcat01 » jeu. 13 avr. 2023 14:04

[media][/media]
Cooltrane a écrit :
jeu. 13 avr. 2023 11:39
alcat01 a écrit :
jeu. 13 avr. 2023 09:28
gabuzomeuzomeu a écrit :
jeu. 13 avr. 2023 09:20
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Joli poster, n'est-ce pas?
Je ne l'ai pas trouvé en accès ouvert :faché2: (faut s'inscrire :priezzz: et qu'ils aient se faire enc... chez gougueule :footzzz: )

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Re: à l'écoute chez Alcat01 en ce moment

Message par alcat01 » jeu. 13 avr. 2023 14:41

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1713
Copperhead
Deux ans et demi après avoir quitté Quicksilver Messenger Service, dont il était le principal instrumentiste, le guitariste John Cipollina refait surface à la tête d'un nouveau quatuor rock, Copperhead.
Le groupe s'est formé lentement, mais au moment de la sortie de leur premier album, ils étaient prêts pour l'action. Le second guitariste Gary Philippet est à l'origine des rocks les plus directs, comme le premier morceau et le premier single "Roller Derby Star", tandis que le bassiste Jim McPherson a tendance à écrire des morceaux plus discursifs, bien qu'il soit capable d'écrire de forts shuffles rock & roll comme le "Wing-Dang-Doo" des Rolling Stones. Mais ces deux musiciens sont relégués au second plan par Cipollina, dont le jeu de guitare légèrement dissonant et très aigu définit le son du groupe, tout comme il l'avait fait pour Quicksilver.
On devrait peut-être modifier cette expression pour dire "les débuts de Quicksilver" ; Copperhead rappelle l'apogée du groupe précédent à la fin des années 60 sur leur propre premier album éponyme et sur le disque d'or Happy Trails, plus que l'édition du début des années 70 du groupe, en particulier sur les passages instrumentaux prolongés dans des chansons comme "Pawnshop Man" et "They're Making a Monster". Copperhead aurait donc dû devenir l'un des principaux groupes de rock de la deuxième génération de San Francisco dans les années 70, mais cela n'a pas été le cas.
À la suite du licenciement de Clive Davis, président de Columbia Records, peu après la sortie de cet album, ses signatures ont été reléguées au dernier rang des priorités de la société, et peu de gens ont découvert l'existence d'un groupe et d'un album intitulé Copperhead.
Copperhead a également enregistré un deuxième album complet pour Columbia que le label n'a jamais sorti, laissant ces enregistrements et un LP live difficile à trouver comme seule preuve de leur existence.
William Ruhlmann

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Re: à l'écoute chez Alcat01 en ce moment

Message par alcat01 » jeu. 13 avr. 2023 17:10

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1714
Embryo's Reise 1979
Ce double album est certainement l'une des meilleures tentatives de fusion entre le rock progressif et les musiques ethniques et du monde, et peu ont réussi aussi bien que le Reise (voyage) d'Embryo.
En effet, après le départ de l'important Roman Bunka du groupe, des plans ont été élaborés pour voyager d'Istanbul au Pakistan et au Népal, tout en enregistrant leurs rencontres musicales avec les indigènes trouvés sur leurs chemins. L'album n'est pas que cela, il y a aussi des morceaux qui viennent de gauche, de droite et du centre, mais dans l'ensemble, c'est une description juste du contenu de l'album. Parmi les dernières recrues d'Embryo, le guitariste Drexler (ex-Out Of Focus) et le joueur de vent Josch (ex-Missus Beastly) étaient du voyage. Le vinyle gatefold est accompagné d'un livret délicieusement illustré détaillant leur voyage en allemand et en anglais. J'ai entendu dire que la version Cd contenait également ce livret, mais je doute de la lisibilité du format.

Là où cet album est important pour les amateurs de prog, c'est que la liste des morceaux regorge de jams entre les membres d'Embryo et les musiciens locaux, ce qui donne parfois lieu à des jams absolument époustouflants. Il est difficile de commencer à décrire ces jams, mais la plupart d'entre elles avaient une structure pour un sens conventionnel (pas de forme libre ou volontairement dissonante). Le groupe donnait des concerts multimédias improvisés en cours de route, dont certains comprenaient de superbes peintures en direct. Dans tous les cas, je suis sûr qu'ils ont ramené des centaines d'heures de jams et qu'ils nous en ont donné une petite sélection ici. Certaines de ces jams sont vraiment réussis, mélangeant parfaitement les musiciens rock européens (souvent électriques) et les musiciens locaux souvent acoustiques (comme le Road To Asia d'ouverture), tandis que d'autres sont plus des joueurs ethniques jouant leur truc pendant que les Européens attendent une chance de monter sur les planches. D'autre part, il y a des morceaux de rock à guitares ouvertement et sauvagement saturés.

Symbole du rêve hippie des années 70, cette route est aujourd'hui hautement improbable pour tous les jeunes occidentaux ou orientaux, car les conflits internationaux ont depuis longtemps rendu la route impossible à parcourir en toute sécurité de nos jours. Un véritable must, et pas seulement dans la discographie d'Embryo.
Sean Trane

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