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un podcast passionnant sur l'histoire de l'opposition aux vaccins dans les populations Européennes du 18eme et 19eme siècle
On apprend que tout démarre avec la méthode de l'inoculation de la variole pour les enfants dans l'empire Ottoman au début du 18eme siècle
La variole est un peu l'équivalent, à cette époque, du cancer dans nos sociétés. Elle tue à part égale les puissants (Louis XV par ex) et les pauvres.
Au début du siècle des lumières les diplomates Anglais constatent que dans l'empire Ottoman on inocule aux enfants, à travers des plaies, le virus et que cela les protège mystérieusement de la maladie
Gros scandale dans les cercles de la médecine occidentale qui peu à peu mène cependant des expériences sur les prisonniers, les pauvres et les orphelins.
Cela conduit à un premier rejet de cette méthode par la population qui estime servir de cobaye pour les riches.
Lorsqu'à la fin du 18eme siècle un médecin de campagne anglais met au point le premier vrai vaccin contre la variole à partir de la variole des vaches (d'où le nom vaccin qui provient de "variola vaccina", littéralement "variole des vaches"), un nouveau mouvement de contestation se lève, en particulier en Angleterre. Beaucoup craignent qu'en s'inoculant des gènes des animaux ils ne finissent par développer leurs attributs!
Cette défiance est encore renforcée au début du 19eme siècle quand les Etats D'Europe rendent le vaccin obligatoire
Plusieurs raisons expliquent ce phénomène
- D'abord on vaccinait les enfants pour, plus tard, les envoyer à la guerre. La vaccination était donc synonyme de séparation et mort pour de nombreuses familles.
- Ensuite parce que la vaccination est très vite devenu un marqueur social : Seule la classe populaire, qui devait travailler à l'usine et envoyer ses enfants à l'école, était, dans les faits, obligé de se vacciner. En effet le contrôle se passait le plus souvent à l'entrée des usines ou à l'école. Les bourgeois qui vivaient de leurs terres et de leur capital et qui bien souvent pratiquaient l'instruction à la maison pour leur enfants échappaient à cette obligation. Il s'en est suivi un rapprochement entre le mouvement progressiste, qui luttait pour des avancées sociales, et le mouvement anti vaccin. Ils ont très vite été rejoint au 19eme siècle par les mouvements féministes qui étaient férocement opposés aux expériences sur les animaux et donc à toute l'école de Pasteur.
au vu de ces éléments Il est surprenant de constater qu'aujourd'hui les anti vaccins soient considérés comme des conservateurs alors que historiquement c'est plutôt l'inverse.
- Plusieurs scandales au début du 20 eme siècles ont également grandement endommagés la crédibilité de la politique vaccinale.
Plusieurs problèmes graves ont été longtemps étouffés par les Etats, en particulier sur le fait que le vaccin transmettait parfois d'autres maladies aux gens vaccinés (on pense en particulier à la syphilis).
Pasteur lui même a truqué des rapports pour éviter que la politique vaccinale ne soit remise en cause (le scandale du cas de l'enfant Rouyer est resté célèbre) ..mais à vrai dire ces scandales dépassaient largement le seul personnage de Pasteur. On se souvient par exemple des vaccinations mortelles de Lübeck dans les années 30.
Tout ces éléments parmi d'autres (religion, l'histoire du sang contaminé en France etc..) conduisent depuis 3 siècles de nombreux citoyens à être méfiants envers le vaccin.
A tel point que, depuis le début du 20 eme siècle, on a inventé, en Angleterre, le principe d'objection de conscience qui permet à tout citoyen de s'opposer pour lui et sa famille à la vaccination. Ce n'est que plus tard que ce principe a été étendu au domaine militaire