Zack Glück 1984
Bien que "Zack Gluck" sonne totalement différemment des six premiers albums, je me sentirais à l'aise de l'inclure avec eux dans mon top 7 des albums studio d'EMBRYO. C'est de la World music, mais j'ai l'impression qu'ils l'ont absolument réussi, ce qui n'était pas tout à fait le cas avec "Embryo's Reise", que beaucoup considèrent comme leur album préféré d'EMBRYO.
Oui, nous retrouvons Bunka, Burchard, Fischer et Hofmann ici, heureusement, ainsi que quelques autres. Cet album a été enregistré en février et mars 1984.
Pour moi, le seul véritable faux pas est le refrain de "Montespertoli" qui est nul à mon avis, mais pas mal quand on sait que je ne suis pas un grand fan de World music.
Je dois dire que le fait que ces gars soient des musiciens accomplis et manifestement de très bons compositeurs est une aide précieuse. Un peu de dulcimer et de tavil sur le morceau d'ouverture mais le violon mène la danse alors qu'il y a aussi des beats et de la basse. "Dage Django" est assez entraînant et l'arrivée de la guitare ajoute vraiment au son. La flûte est très présente sur le titre, mais avant une minute et demie, l'ambiance devient intense. Quelques expressions vocales passionnées et du violon. C'est mon morceau préféré. Le quatrième morceau, "Hor, spiel, vergiß", semble s'améliorer au fur et à mesure qu'il se déroule et se termine avec la guitare qui l'illumine. J'aime beaucoup "Che mangerai domani, vipera (part two)", en particulier le mélange de la guitare et des sons ethniques. Le violon est en retard et j'aime beaucoup le travail du violon d'Hofmann, ainsi que celui du saxophone et de la flûte.
C'est vraiment une agréable surprise qui révèle à quel point ce groupe est talentueux, quel que soit le style qu'il joue.
Mellotron Storm
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The Rainmakers (1986)
Chaque décennie a eu son lot de grandes injustices au sein de l’industrie musicale: des tas de groupes et d’artistes avaient le potentiel pour casser la baraque, voire devenir des légendes, mais n’ont malheureusement jamais été adoubés par le public. Durant les 90’s, il y eut JELLYFISH. Et pendant les 80’s, il y eut THE RAINMAKERS. Même une trentaine d’années plus tard, l’absence de succès de ce groupe (hormis en Norvège) demeure incompréhensible.
Ayant commencé en 1983 en tant que trio sous le nom de STEVE, BOB AND RICH, ce groupe originaire de Kansas City qui était articulé autour de Bob Walkenhorst (chant, guitare), Steve Philips (guitare) et Rich Ruth (basse), avait fait ses débuts discographiques en 1984 avec un album intitulé Balls. Puis au moment de signer chez Mercury et avec l’arrivée du batteur Pat Tomek, il a changé de nom et adopté de manière définitive celui de THE RAINMAKERS (il faut dire que ce nom-là claque davantage, non ?). Sous la houlette de Terry Manning, THE RAINMAKERS travaille sur son premier album studio, sans titre, qui sort finalement en 1986.
Ce premier album éponyme montre en évidence un groupe influencé par CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL, John MELLENCAMP, à cheval entre Americana/Heartland-Rock et Pop-Rock. Et parmi les titres présents, il y en a au moins un qui aurait eu le potentiel d’un mega-hymne: il s’agit de « Let My People Go-Go », une bombe Heartland-Rock aux arômes sudistes qui fait un rapide clin d’oeil à LITTLE RICHARD (à un moment, le chanteur fait « wap-babelou-wap ») et se montre irrésistible avec son refrain joyeusement repris en choeurs qui fait remuer tous les sens, à tel point qu’il aurait dû être le plus grand tube de l’année 1986 tant cette perle se consomme sans modération. Au lieu de ça, « Let My People Go-Go » a dû se contenter d’une 18ème place en Grande Bretagne et a fait chou blanc ailleurs, ce qui est simplement révoltant.
En dehors de cet immense classique en puissance (que les stations de radios/webradios orientées Classic-Rock devraient diffuser de temps en temps), se trouvent sur ce disque quelques compos Heartland-Rock dans la droite lignée des CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL/John FOGERTY, mais personnalisées comme il se doit par le chanteur Bob Walkenhorst à la voix particulière (qui est souvent modulée), telles que « Rockin’ At The T-Dance », remarquablement arrangée (présence de cuivres qui soutiennent les guitares roots), et « Big Fat Blonde », au riff ensorceleur et aux paroles à prendre au second degré, qui s’avèrent accrocheuses, entrainantes, fun. S’inscrivent tout autant dans la tradition Classic-Rock/Heartland-Rock le mid-tempo « Information » finement arrangé dont la basse groovy omniprésente sert de colonne vertébrale et « Drinkin On The Job », compo entrainante, rythmée, potentiellement tubesque qui voit guitares acoustiques et électriques cohabiter harmonieusement, ainsi que la présence aussi inattendue que réjouissante d’un solo d’harmonica et qui a le potentiel pour plaire aux fans de Bruce SPRINGSTEEN, Tom PETTY, John MELLENCAMP. THE RAINMAKERS s’est aussi fendu de quelques compos plus foncièrement ancrées dans les racines du Rock n’ Roll comme « Downstream », délicieusement bluesy, qui a le don de faire taper du pied, de rester bien imprimée dans les esprits une fois qu’elle a été écoutée, faisant par ailleurs référence à Mark Twain et Harry Truman, ainsi que le mid-tempo « Nobody Knows », chanté pour l’occasion par le guitariste Steve Philips, renforcé par des choeurs légers, « Government Cheese », qui voit clap-hands joyeux, basse bien ronflante et choeurs donnant le change au chanteur cohabiter avec maestria, voire « The One That Got Away », chanson courte à l’ambiance légère dont ressortent quelques relents Rockabilly bien sentis. Enfin, la facette la plus sensiblement Pop du groupe est exprimée sur « Long Gone Long », compo insouciante entre Pop et Americana qui sert de trait d’union entre les 60’s et les 80’s, se révèle également potentiellement tubesque avec ses mélodies sensuelles, câlines, ses choeurs légers occasionnellement en renfort, ou encore « Doomsville », titre typé Pop-Rock 80’s davantage dans l’air du temps, mais toujours inspiré, de qualité avec ses mélodies aériennes, claires sur les couplets et son refrain plus bluesy, sans oublier le chant particulièrement possédé de Bob Walkenhorst.
THE RAINMAKERS a accompli un sans-faute pour son premier album qui est blindé de tubes en puissance, d’hymnes intemporels, de refrains qui tuent, de riffs et de solos qui accrochent l’oreille. Qui plus est, le chanteur Bob Walkenhorst s’est montré impérial dans sa propension à moduler sa voix et a fait montre d’un charisme indéniable. Ce disque aurait dû casser la baraque, faire partie des plus gros blockbusters des 80’s aux côtés des Born In The USA, The Joshua Tree, Slippery When Wet, Appetite For Destruction, Hysteria, rien que ça ! Au lieu de ça, il n’a pu faire mieux que 85ème dans le Billboard US (dans lequel il est resté 22 semaines). Je le dis haut et fort: THE RAINMAKERS aurait pu, aurait dû figurer aux côtés des U2, SIMPLE MINDS, MÖTLEY CRÜE, Huey LEWIS & THE NEWS, John MELLENCAMP, DEF LEPPARD, BON JOVI, GUNS N’ ROSES, DIRE STRAITS (entre autres) dans le Panthéon des poids lourds des 80’s. Si j’avais une DeLorean volante, je retournerais en 1986 et j’irais prendre en otage les têtes pensantes de MTV pour les forcer à éjecter de la playlist de la chaine les MADONNA, Janet JACKSON, BANANARAMA et mettre en rotation lourde THE RAINMAKERS.
Trendkill
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Now 2004
Quinze (!!) ans après la sortie du dernier disque studio régulier "About Time", qui était alors encore enregistré dans le line up original avec Alvin Lee à la six cordes et au micro, Ric Lee (batterie), Chick Churchill (clavier ) et Leo a quitté Lyons (basse) pour rejoindre son nouveau leader Joe Gooch aux Chapel Studios du Lincolnshire en janvier 2004. Le moment était venu pour un CD avec de nouveaux morceaux de studio.
Auparavant, Ten Years After a vérifié sa forme lors de diverses apparitions dans des festivals en Allemagne et lors de la première tournée britannique en vingt-cinq ans. Apparemment satisfait du résultat (et on peut l'entendre sur l'album live "One Night Jammed"), une phase créative de haut niveau s'engage pour le groupe. Joe Gooch montrait maintenant ses talents d'auteur-compositeur (après tout, il était impliqué dans sept des neuf nouveaux morceaux).
En raison de la commutation constante entre la scène et la salle de répétition, le développement des nouveaux titres a pris un peu plus de temps que prévu, mais à mesure que la date du studio approchait, toutes les chansons étaient bouclées et attendaient d'être enregistrées sur bande.
Leo Lyons a assumé le rôle de producteur, il n'était donc pas surprenant que l'intégralité de l'album ait été enregistrée « en live en studio ». C'était la seule façon de s'assurer que la spontanéité et l'énergie qui caractérisent Ten Years After soient également correctement capturées sur ce CD. Cela a finalement porté ses fruits avec les premiers enregistrements du groupe dans les années 1960.
Et ce calcul a parfaitement fonctionné ! L'album déborde de dynamique et de puissance, et il est facile d'imaginer comment ces chansons débuteraient sur scène (ce qui a entre-temps été clairement prouvé sur le nouveau disque live Roadworks).
Le matériau se déplace essentiellement dans la plage de tempo moyen et donne à Joe Gooch une grande liberté pour utiliser efficacement ses six cordes. Il est soutenu de manière optimale par Chick Churchill , qui frappe fort sur les touches à la fois de l'orgue et du piano. Leo Lyons peut souvent suivre le rythme habituel, comme nous en avons l'habitude depuis des décennies.
Mais mon conseil personnel pour un essai appartient à la section un peu plus calme des chansons. "A Hundred Miles High" change le tempo plusieurs fois pendant les sept minutes et est soutenu par une belle guitare acoustique dans les parties les plus lentes. Entre les deux, des solos électriques très mélodiques qui rappellent presque UFO avec l'Axeman Vinnie Moore ou Michael Schenker. "I'll Make It Easy For You" va dans le même sens, ici aussi d'abord sur un rythme lent avec accompagnement piano et guitare acoustique, puis intensification et jeu de guitare électrique avec effets wah wah. Sinon, j'aime particulièrement la voix de Joe Gooch ici.
"The Voice Inside Your Hand" est bluesy. Dans le style de "Good Morning Little Schoolgirl" et "Love Like A Man", la basse continue de pomper. Le tout est complété par de beaux intermèdes en solo à la guitare et à l'orgue.
Enfin, "King Of The Blues" doit être mentionné. Ce boogie tonitruant s'est maintenant imposé comme l'ouverture de n'importe quel set live, faisant vibrer toutes les extrémités disponibles dès la première note. A titre de comparaison, je ne peux que penser au "Refraid Hockey Boogie" de Canned Heat ou au "LB Boogie" du groupe de blues hollandais Livin' Blues, qui créent tous les deux une bonne ambiance sur le même morceau. Grand ici est le travail de piano de Chick Churchill.
Dans l'ensemble, il n'y a aucun point faible sur ce CD. Même s'il n'y a pas de coup de marteau absolu dans le style de "I'm Going Home", toutes les chansons sont en fait intemporelles et adaptées à la scène et peuvent être intégrées au programme live sans exception sans que le niveau ne baisse.
Après toutes ces années, Ten Years After n'a rien perdu de sa qualité musicale et offrira certainement de nombreux autres temps forts à la musique rock.
Jürgen Bauerochse
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1984 The Works
Ainsi donc, après le surprenant Hot Space, QUEEN revient à ce qu’il sait faire de mieux, c’est-à-dire alterner les morceaux de pop étincelante et de hard-rock accrocheur qui nettoie les cages à miel, tout en conservant quelques effets de synthés, mais sans ostentation, hérités de la période précédente et à mettre en rapport avec la new-wave alors triomphante.
Ainsi, trouve-t-on du bon hard-rock avec des titres comme "Tear It Up" qui pourrait ressembler, à certains égards, à une version alambiquée de "We Will Rock You", ou bien "Hammer To Fall" qui apparaît dans le film Highlander, avec sa rythmique pesante et ses puissants riffs. De la pop baroque et classieuse labellisée QUEEN, avec la ballade "It’s a Hard Life" ou bien l’excellent "Keep Passing the Open Windows" qui apparaît un peu comme le joyau caché de l’album, associant la tendresse de la pop, son piano soyeux et un chant sensible, et la montée en puissance lyrique du rock, avec la merveilleuse guitare de Brian May, la batterie sèche de Taylor et le chant de Freddie qui s’adapte en conséquence (ce titre était d’ailleurs prévu pour le film The Hotel New Hampshire{fi]). Du rockabilly avec "Man On the Prowl" où Freddie s’amuse, une fois de plus, à imiter avec délice Elvis PRESLEY.
On notera encore le rock expérimental de "Machines", sans doute le titre le plus faible de l’album, que l’on pourra mettre en connexion avec "Radio Ga Ga" pour sa rythmique synthétique assez similaire (toute référence à KRAFTWERK ne serait pas foncièrement fortuite). "Radio Ga Ga" constitue quant à lui le hit que l’on attendait de la part de Roger Taylor, pop-rock entraînante, qui épingle la vanité des médias et de la radio en particulier (qui a dit que c’était prophétique ?).
L’autre titre à succès de l’album est "I Want To Break Free", accrocheur avec ses effets de synthés (bien que dépourvu de l’intro au clavier que l’on peut entendre sur le live à Wembley et sur le Greatest Hits 2). Et enfin la complainte acoustique "Is This the World We Created ?" vient clore cet agréable mais trop court album, par un moment de grande émotion, désespéré et magnifique.
Il n’y a rien à redire sur la prestation des musiciens qui assurent chacun dans leur domaine : Freddie sait se faire rugissant ou délicat quand il le faut. Brian May continue de nous servir de bien belles parties de guitares, ouvragées avec la précision du maître joaillier, tandis que la section rythmique du couple Deacon/Taylor édifie une assise simple mais stable sur laquelle viennent s’ébattre les mélodies.
The Works constitue donc un album fort sympathique, riche et varié, et qui n’accuse pas trop de défauts. Pour ma part, je l’apprécie mais le trouve peut-être un peu court (37 minutes), un ou deux titres accrocheurs en plus n’auraient pas été superflus. Cependant, le groupe qui n’a pas à rougir de cet opus commence à remonter la pente glissante sur laquelle il avait glissé en ce début des années 80. Du bon travail, donc.
MR. AMEFORGEE
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Prof Wolfff 1972
Un groupe allemand assez méconnu du début des années soixante-dix, Prof Wolfff, a sorti un seul album éponyme en 1972 qui semble être passé sous le radar du Prog, et c'est un album qui a grand besoin d'être redécouvert - peut-être pour beaucoup d'auditeurs pour la première fois !
Le groupe jouait un mélange de blues, de rock psychédélique et d'acid-folk agrémenté d'une dureté Krautrock, de voix grossières et de qualités jazzy légères, le tout dominé par le plus savoureux des orgues Hammond, généreusement étalé sur le disque du début à la fin ! Des groupes comme Deep Purple, Birth Control, Frumpy, Bodkin et même certains groupes italiens qui ont favorisé l'instrument joué dans un style suprêmement sale dans leur son comme Il Biglietto per L'Inferno et Il Balletto di Bronzo sont des comparaisons faciles, mais bien que peu commercial ou même vaguement radio friendly, le groupe a greffé des airs mélodiques à leurs séances de travail, même si les vocaux eux-mêmes n'étaient pas faciles à aimer.
Le premier morceau de dix minutes, " Hetzjagd ", est le plus long et le meilleur, un rock puissant et dramatique qui explose avec une batterie d'orgue Hammond de "Romi" Schickle sur presque chaque seconde. Plusieurs thèmes courts mais mémorables sont constamment repris tout au long du morceau, avec de nombreux éclats énergiques et même une accélération frénétique au milieu, le tout animé par l'habileté instrumentale des musiciens et porté encore plus loin par le chant ferme et grossièrement charismatique de Klaus-Peter Schweitzer. Après une telle ouverture qui place la barre très haut, le reste de l'album parvient heureusement à offrir une série constante de morceaux plus courts tout aussi impressionnants. Bien qu'il ne s'agisse pas d'une chanson pop, " Hans Im Glück " contient un refrain de groupe plus percutant qui se répète fréquemment et qui surgit entre des couplets lentement lunatiques et des couplets rapides entraînés par la basse pompante de " Mondo " Zech et la batterie agile de Michael Sametinger, et " Missverständnis " est un peu trop dur pour être un véritable morceau folk, avec des guitares acoustiques carillonnant sur des percussions exotiques et une variété de voix de groupe persistantes portant un air mélodique agréable.
Le début et la fin de la face B, " Das Zimmer ", rappellent un peu Novalis avec son chant brumeux et ses guitares acoustiques douces, mais il reprend du poil de la bête pour un break infectieux et légèrement jazzy au milieu. Le dernier morceau de près de dix minutes, "Weh Uns", est plein d'élan, avec sa batterie grondante, ses deux guitares gémissantes, sa basse rebondissante, ses voix de groupe urgentes et son orgue Hammond brûlant à l'infini, qui culmine dans un spoken word à la Floh de Cologne.
Prof. Wolfff plaira probablement à ceux qui aiment les groupes allemands vintage les plus durs, mais qui veulent quelque chose d'un peu plus structuré qui évite les explorations interminables et sans but que l'on retrouve souvent dans les groupes de Krautrock. Il est vrai que ceux qui parlent allemand comprendront mieux les paroles politiques souvent plus sombres, mais il s'agit toujours d'un rock mélodique et rugueux, avec un son d'orgue Hammond implacablement addictif.
Il s'agit vraiment d'un petit bijou de rock progressif allemand dont on parle rarement et qui a grand besoin d'être réévalué. Il mérite d'être placé aux côtés des classiques les plus connus et les plus appréciés du sous-genre Krautrock.
Aussie-Byrd-Brother
Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 20:56, modifié 1 fois.
1966 : A Quick One
En 1966, the Who nous délivrent leur second opus, A Quick One. Sorti aux Etats-Unis sous le titre Happy Jack (pour cause de vulgarité dans le titre -!!), cet album est ce qu’on pourrait qualifier d' »album collectif ».
En effet, chaque membre signe au moins un titre. Daltrey arrivera avec « See My Way », Entwistle avec le grandiose « Boris The Spider » et Moon va débarquer avec un morceau digne de lui: « Cobwebs And Strange »..
Une seule reprise sur A Quick One: « Heatwave », emprunté à Martha And The Vandellas (déjà responsables de Dancing In The Street) de l’écurie Tamla Motown. « Run Run Ru » et ses accents RnB ouvrent l’album qui se poursuit avec « Boris The Spider », chef d’oeuvre d’humour noir. La sixième chanson est le « Cobwebs And Strange » de Moon The Loon. J’aime ce mec !! Sans rire, je ne connais pas des masses de monde qui composeraient un morceau aussi déjanté que celui-là !! Instrumental barré avec les cuivres d’Entwistle, la guitare déglinguée de Townshend et une flûte à bec, jouée par Moon. Le gros morceau du disque reste sans l’ombre d’un doute « A Quick One While He’s Away » (un petit coup vite fait, pendant qu’il n’est pas là), mini « Opéra-Rock » de 7 ou 8 minutes. Alors voilà:
ça raconte l’histoire d’une femme qui, pendant que son mari est en déplacement, se fait séduire par un routier du nom de Ivor (« My name is Ivor, I’m an engine driver »). Il la culbute. Le mari rentre et les trouve sur le tapis du salon en train de copuler copieusement. Mais il a ces bons mots (car il est d’une grande sagesse): Je vous pardonne (« You Are Forgiven » – répété au moins 46927 fois !!). Happy end, donc.
Musicalement, l’album amène un changement. Moins Soul/RnB, plus Rock, avec des arrangements vocaux et instrumentaux reconnaissables entre mille.
Pendant ce temps, en Angleterre, les radios pirates (Radio Caroline, Radio One..) sont supprimées. Ces radios étaient le seul moyen pour les jeunes britanniques d’écouter leur musique préférée. Townshend et les Who auront tellement les boules qu’ils vont balancer un petit pavé contre cette action et aussi contre la société de consommation, en l’occurrence The Who Sell Out.
Phil Ouze
Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 20:56, modifié 1 fois.
Machiavel – 1977 Jester
Machiavel s'est formé en 1974. Le groupe original comprenait l'ancien bassiste de Moby Dick Roland Degreef et le chanteur/batteur Marc Ysaye, ainsi que le claviériste Albert Letecheur et le guitariste Jack Roskam.
Le deuxième album du groupe, "Jester", est sorti après deux changements de line-up qui ont vu l'ajout du nouveau chanteur Mario Guccio et le remplacement du guitariste original Roskam par Jean-Paul Devaux. Guccio était certainement meilleur qu'Ysaye, mais sa voix criarde et lourdement accentuée a demandé un peu d'effort pour s'y habituer et il y a de fortes chances que beaucoup de gens la trouvent irritante.
Son anglais limité a également donné lieu à des traductions intéressantes - voir "The Jester" et "Rock, Sea and Tree". Je suppose que tout cela a été appris et chanté phonétiquement (non pas que je ferais mieux si je devais chanter en flamand). Cela dit, le reste du groupe était assez impressionnant sur le plan technique. Degreef et Ysaye ont réussi à propulser le groupe à travers les segments les plus prétentieux ('Wisdom'), tandis que la guitare solo de Devaux, orientée vers le rock, m'a toujours surpris, et que Letecheur a fait preuve d'une touche discrète aux synthétiseurs et aux claviers.
Les changements de personnel n'ont pas non plus eu d'impact majeur sur le son général du groupe, qui reste fortement influencé par les groupes symphoniques progressifs britanniques - vous connaissez les noms. Cela dit, le groupe semble cette fois-ci beaucoup plus à l'aise en studio, et les sept chansons étendues sont plus cohérentes que celles du premier album.
Loin d'être un album parfait, mais si vous voulez vous plonger dans les groupes progressifs belges ou dans l'Eurorock du milieu des années 1970, c'est un bon point de départ.
RDTEN1
Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 20:56, modifié 1 fois.
Embryo & Yoruba Dun Dun Orchester 1985
Avec Zack Glück, EMBRYO a pour ainsi dire ouvert une trilogie consacrée à l'Afrique noire. Toujours avide d'explorer le monde et d'en tirer d'enrichissantes expériences musicales autant qu'humaines, la bande à Christian Burchard s'enfonce dans l'origine de l'Homme et enchaîne d'intéressantes rencontres – citons notamment le grand Fela Kuti, ou bien Lamidi Ayankunle. Accompagné du bassiste Gerard Luciano, Burchard continue son périple et croise le chemin du Yoruba Dun Dun Orchestra, une formation axée sur les percussions (tout comme le Karnataka College). Accompagnés d'Edgar Hofmann et d'un certain Yulius Golombeck, Burchard et Luciano enregistrent avec ce groupe et, en plus de concerts donnés en masse, sortent en 1985 Embryo & Yoruba Dun Dun Orchestra qui compte comme le treizième album du groupe allemand.
Tout comme sur Life, la vraie vedette ici n'est pas vraiment EMBRYO, mais plutôt le Yoruba Dun Dun Orchestra. Les batas et autres dun dun résonnent dans une union rythmique avec les vibraphones de Burchard en soutien, tandis que Golombeck, Luciano et Hofmann déposent leurs instruments respectifs de manière plus ou moins discrète la plupart du temps. Inutile donc de chercher de la fusion ou du world jazz ici. En revanche, pour les amateurs de percussions, c'est vraiment un festival. Chaque morceau fait preuve d'une énergie, d'une puissance qui ne laisse pas indifférent ni ne lasse, ou si peu. Le caractère tribal des compositions est évidemment fort, mais il est aussi pertinent et exclut d'office le qualificatif 'de pacotille'. EMBRYO et le Yoruba Dun Dun Orchestra ne sont pas des manches, et ça s'entend.
Quelques points sont à mettre en exergue sur le disque. En premier lieu, son caractère presque instrumental. Sur les 9 morceaux, seuls deux intègrent du chant. C'est dommage, étant donné que ce dernier, de par son aspect incantatoire et solennel, marque les esprits. Des airs de procession parcourent ainsi "Aye-Aye", grâce au chant investi des percussionnistes africains, qui prend des allures de mantra dialogué. Ensuite, "A-Ara-E-Che-Kalo" se veut une conclusion festive (c'est relatif), avec le saxophone de Hofmann en trouble-fête occidental. Ces deux morceaux, clairement pas mauvais, donnent envie d'en avoir plus de ce genre – ce sera le cas sur l'album suivant.
Pas facile de parler de Embryo & Yoruba Dun Dun Orchestra sans tomber dans la description répétitive et chiante. La pseudo-monotonie de la musique peut pousser à émettre un jugement du style 'Beuh on s'ennuie, c'est nul', mais l'album ne se maîtrise qu'à force d'écoutes attentives. Le groupe allemand semble être doué pour trouver de bons groupes et sortir des choses intéressantes en collaborant avec eux. L'opus de 1985 en est une nouvelle preuve, même s'il faudra attendre le suivant pour qui veut plus que des percus en folie.
WALTERSMOKE
Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 20:57, modifié 1 fois.
Nantucket 1978
Au moment où Nantucket a été signé chez Epic, ils avaient déjà accumulé de nombreux fans dans leur État natal de Caroline du Nord et dans la région environnante grâce à leur programme de tournées incessantes et à leurs performances live tout aussi tenaces (le groupe a même gagné une place en première partie d'AC/DC sur certaines dates de sa tournée américaine).
Cependant, contrairement à la plupart des groupes de rock sudiste à la Skynyrd ou Molly Hatchet, Nantucket avait plus en commun avec le son rock d'arène de Boston ou Toto. Et si la musique et les valeurs de production sont à la hauteur des groupes susmentionnés, les paroles ne le sont certainement pas, car elles sont douloureusement clichées et datées, même selon les normes de la fin des années 70.
C'est un disque de rock & roll plaisant et sans fioritures, mais c'est aussi le son d'un groupe qui a du mal à exploiter son énergie live (de nombreuses performances bootleg de Nantucket coûtent cher aux collectionneurs) dans le studio d'enregistrement.
Le groupe finira par trouver sa voie avec son disque suivant, Your Face or Mine.
Rob Theakston
Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 20:57, modifié 1 fois.
Roxy Music (1972)
Le milieu des écoles d’art a été un incroyable vivier pour le Rock anglais à ses débuts. John Lennon, David Bowie, Pete Townshend, la liste est longue. Roxy Music pousse cela à son paroxysme puisque le groupe se créé dans le jeune milieu artistique branché et avant-gardiste. Bryan Ferry donnait des cours de céramiques dans une école de filles (ce qui dû en faire fantasmer plus d’une à des scènes façon Ghost) et décide de rappeler son vieux camarade de classe, le bassiste Graham Simpson, pour former un groupe. A la recherche d’un pianiste, ils récupèrent à la place Andy Mackay, saxophoniste et hautboïste et son ami Brian Eno, qui n’est pas musicien mais passionné de musique électronique et d’expérimentations.
Après plusieurs changements, le groupe se stabilise avec le jeune guitariste Phil Manzanera et le batteur Paul Thompson. Ferry étant passionné par les années 40 et 50, aussi bien le cinéma que le music-hall, le groupe sera baptisé Roxy Music. Rapidement le groupe entre en studio avec Peter Sinfield, le parolier de King Crimson – groupe pour lequel Ferry avait auditionné à une époque – comme producteur.
Si vous connaissez Roxy Music par leurs albums léchés de la fin des 70’s et du début des 80’s ainsi que la carrière solo de Bryan Ferry, vous risquez d’être un peu surpris par ce qui va suivre. De musique léchée, il n’en est point question avec « Re-Make/Re-Model ». Le titre est une véritable explosion, entre Glam Rock et Art Rock. Les musiciens semblent à la fois jouer des choses différentes mais également le même morceau tandis que la voix de crooner de Bryan Ferry, un brin chevrotante, surplombe le tout. Le morceau réussi l’exploit d’être à la fois accrocheur et malgré tout un peu difficile d’accès de prime abord. A noter que chaque musicien fera son petit numéro où l’on peut déceler pêle-mêle « Day Tripper », « La Chevauchée des Valkyries » et « Peer Gynt ». « Laydytron » continue de mêler les genres et les atmosphère avec autant de succès mais de manière plus Pop. Le côté chanteur de charme de Ferry se mélange aux expérimentations de Mackay et Eno et aux interventions à la limite du Hard Rock de Manzanera et Thompson. Avec « If There Is Something », on se retrouve dans le territoire du Country Rock comme en jouaient les Stones à la même époque, mais la voix de Ferry donne au tout un petit côté rétro tandis que Manzanera montre qu’il est un très bon guitariste. Le titre se poursuit avec un long et mélancolique solo de saxophone, bien loin de l’aspect dégoulinant que l’instrument acquerra dans les années 80.
Je vous disais que Ferry était fan du vieux cinéma ? « 2HB » est un hommage à Humphrey Bogart et plus particulièrement à Casablanca. Sur ce titre, Roxy Music fait du neuf avec du vieux. Le titre aurait pu être un morceau Pop conventionnel mais les choix chromatiques du groupe lui donnent des intonations d’avant-garde qui une nouvelle fois peuvent rebuter l’auditeur lambda. « The Bob (Meddley) » s’ouvre sur les expérimentations d’Eno avant un riff très lourd et presque atonal à la manière du « 21st Century Schizoïde Man » de King Crimson. Suit un long passage expérimental sur fond de hautbois et de sons de batailles. Enfin, un moment plus musical arrive avec une partie Rock mettent bien en valeur la guitare de Manzanera mais aussi le piano de Ferry et les bois de Mackay pour un mélange de Rock et de musique traditionnelle anglaise très réussi. Le riff du début vient fermer un morceau qui aura certainement découragé les fans de Roxy venus au groupe avec « More Than This » et « Avalon ». L’ensemble en sans doute un peu décousu pour l’auditeur d’aujourd’hui, mais on ne peut que reconnaître l’esprit d’aventure du groupe qui a donné des ambiances plutôt réussies. Le groupe s’amuse ensuite à détruire la jolie ballade au piano « Chance Meeting » en y introduisant des effets stridents au saxophone, à la guitare et au synthé.
Commençant comme une ballade, « Would You Believe? » se transforme en Rock rétro festif dominé par le saxophone, la guitare et les choeurs. Les fans du Rocky Horror Picture Show adoreront. Sans doute le titre le plus abordable de l’album pour le néophyte avec « If There Is Something ». Avec « Sea Breezes », nous sommes proches du Rock progressif. La première partie est très mélancolique avec le hautbois, la voix de Ferry et les claviers. La deuxième, franchement plus Art Rock où le groupe semble en roue libre à part la basse, le piano et le chant qui continuent leur route tandis que Thompson multiplie les changements de signature rythmique, que Manzanera bidouille sa guitare sans soucis harmonique et que Mackay improvise dans son coin. Et puis le calme revient clôturer la chanson. « Bitters End » nous fait retrouver le côté rétro tant aimé par le groupe à l’époque avec un titre de doo-woop entre nostalgie et espoir. A nouveau, le titre est dominé par Ferry et Mackay.
Afin d’attirer l’attention sur l’album, Roxy Music enregistrera aussi un single, « Virginia Plain » dans un style entre Glam Rock et Art Rock bien senti (comme l’était « Re-Make/Re-Model ») et qui sera caractéristique des premiers tubes du groupe. Sur ce titre, qui sera ajouté par la suite à l’album dont il permettra de faire monter les ventes, Graham Simpson avait déjà quitté le groupe. Roxy Music ne retrouvera dès lors plus de bassiste permanent.
L’album permit aux critiques de se réconcilier au Glam Rock, jusqu’alors dénigré via les productions de T.Rex ou Sweet. Roxy Music y rajoutait une exigence et des influences intellos allant de King Crimson aux Platters en passant par la musique expérimentale. S’il n’est pas l’album le plus facile d’accès (les suivants arriveront à mélanger ces diverses influences de manière plus appréciable), l’album est un incontournable du Rock anglais des 70’s et la pochette, qui inaugure la série des pin-ups, caractéristique du groupe, reste l’une des plus mythiques de l’époque. Si vous voulez une musique de fond pour une soirée familiale, Roxy Music n’est sans doute pas l’album idéal. En revanche, si vous voulez impressionner vos amis branchés en leur faisant écouter de la musique Art Rock malgré tout appréciable et qui n’est pas les premiers Pink Floyd (tellement commun), alors ce premier effort de la bande de Bryan Ferry est fait pour vous.
The Wicker Man
Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 20:58, modifié 1 fois.
1986 A Kind Of Magic
Après un retour à ses racines rock (que beaucoup de fans n’espéraient plus), le "Works Tour" voit le groupe accéder au triomphe planétaire et atteint un stade de starification qui le fait largement déborder du public rock. La prestation survitaminée des Britanniques au Live Aid en 1985 reste à ce jour mythique. La même année, ils composent à quatre le titre d’ouverture de l’album "One Vision" qui montre un groupe qui a repris goût aux grosses guitares tout en restant fasciné par les possibilités d’exploration qu’offre le synthétiseur.
"A Kind Of Magic" est riche, bien produit, puissant, parfaitement exécuté et arrangé. On sent le groupe en pleine bourre, galvanisé par son succès. Pourtant cet album, qui comporte quelques unes des pièces les plus Hard du combo ("Gimme The Prize", "One Vision", "Princes Of The Universe"), sonne parfois variétoche.
Il faut avant toute chose comprendre qu’il s’agit d’un album particulier (comme tous ceux de la Reine vous me direz) car la quasi-intégralité des morceaux ("One Vision", "Pain Is So Close To Pleasure" et "Friends Will Be Friends" étant à part) a été composée pour les besoins du film "Highlander" de Russel Mulcahy. QUEEN s’était déjà frotté à la BO avec "Flash Gordon", mais ce disque était principalement l’œuvre de Brian May et ne contenait que deux véritables chansons ("Flash et "The Hero"). Et l’enrobage de chaque morceau diffère plus ou moins de celui du film, "A Kind Of Magic" étant l’exemple le plus flagrant. L’originale présente dans le film montre un visage dark, envahi par des claviers et des effets sonores inquiétants (que l’on retrouve d’ailleurs à plusieurs moments dans le film, en particulier lors du combat final). Pour la petite histoire, le groupe enregistrait à l’époque aux Musicland Studios de Munich là même où Freddie Mercury avait enregistré l’année précédente son album solo "Mr Bad Guy", partageant le même producteur en la personne de Mack. Convaincu par le potentiel pop de ce titre (qui sera d’ailleurs le premier single extrait de l’album), ils réarrangeront tous les deux "A Kind Of Magic" (introduisant notamment la fameuse ligne de basse) à l’insu de Roger Taylor (compositeur du morceau) avant de lui présenter le travail quasi-finalisé. Et ce dernier devrait reconnaître que Freddie a une nouvelle fois eu du flair devant le succès commercial du titre qui sera illustré (comme les autres singles) de videoclips marquants, dont certains furent réalisés par Russel Mulcahy himself.
Toujours touche-à-tout, QUEEN se lance dans la new-wave très électro avec "Don't Lose Your Head", la ballade larmoyante "One Year Of Love" et le motown "Pain Is So Close To Pleasure", qui n'a pas l'impact d'un "Back Chat" ou d'un "Cool Cat" (n'en déplaise aux détracteurs de "Hot Space"). Le tout avec bonheur, témoignage d'un talent jamais démenti et d'un sens des arrangements unique. Mais les synthés alourdissent beaucoup "A Kind Of Magic". Impression qui ne se révèle qu'au fil des écoutes. Mais des morceaux comme "One Vision" ou "Don't Lose Your Head" et même "Princes Of The Universe" auraient mérité d'être allégés de ce côté-là pour gagner en intensité. Le pendant live de ce "A Kind Of Magic", gonflé à la testostérone, comme le démontrera le "Live Magic" sorti la même année met en évidence l'efficacité de la musique et son tempérament plus Rock.
Malgré un côté patchwork assumé (laissant toujours le groupe aussi inclassable) et un songwriting en plusieurs temps, cet album est celui de toutes les réussites ; celui dont la quasi-totalité des morceaux vont devenir des hymnes de référence dans l'histoire du groupe. "Friends Will Be Friends", facile mais fédérateur en hymne à reprendre par les fans, témoignage de la sensibilité pop de John Deacon. "Who Wants To Live Forever", un joyau absolu arrangé par Michael Kamen et Brian May qui partage sur ce titre les vocaux avec Freddie qui délivre une partition vocale poignante. "Gimme The Prize" furibard, nous rappelant par un tapping effréné que Brian est un redoutable bretteur quand il s'agit de jouer dans la cour des grands du Hard/Heavy. La batterie très massive et le chant rauque de Freddie, au summum de sa puissance, rendent ce titre intouchable. "Princes Of The Universe" aux chœurs grandiloquents et aux guitares savamment superposées et entrelacées s'impose lui aussi comme un hymne.
"A Kind Of Magic" montre un groupe sûr de lui, au top de sa forme et de sa créativité, qui sort un album très calibré et pas très méchant en fin de compte, bien que plus foncièrement Rock que "The Works", son prédécesseur surchargé de claviers et autres effets électro. Il met en scène un QUEEN au sommet de sa popularité dominant à la fois les planètes Pop et Rock grâce à une écriture inspirée et une recherche musicale ininterrompue.
Sans doute l’album des années 80 pour QUEEN et l’un des plus essentiels pour tenter de résumer la discographie des Anglais bien que je lui préfère son successeur "The Miracle".
JEFF KANJI
Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 20:58, modifié 1 fois.
Mike Oldfield – "Tubular Bells"
L'album révolutionnaire de Mike Oldfield, Tubular Bells, est sans doute le plus beau conglomérat d'instruments excentrés réunis pour former une pièce unique.
Une variété d'instruments sont combinés pour créer une multitude excitante de rythmes, de tons, de hauteurs et d'harmonies qui se fondent parfaitement les uns dans les autres, donnant lieu à une pléthore stupéfiante de musique.
Oldfield joue lui-même de tous les instruments, y compris des bizarreries telles que l'orgue Farfisa, l'orgue Lowrey et le flageolet.
L'ouverture sinistre familière, rendue célèbre par son utilisation dans L'Exorciste, démarre l'album lentement, tandis que chaque instrument se faufile acoustiquement dans le bruit qui se fait entendre, jusqu'à ce qu'il y ait un grand unisson de sons excentriques qui excitent sauvagement les oreilles.
Tout au long de l'album, les tempos vont de doux à intenses en passant par les plus surprenants, ce qui donne lieu à d'excellentes culminations musicales. Les mandolines et les guitares espagnoles sont rejointes par des orgues et des claviers grinçants, tandis que des cloches bizarres et des bruits de manivelle résonnent au loin.
Au milieu de l'album, l'invitée Vivian Stanshall annonce chaque instrument quelques secondes avant qu'il ne soit entendu, pour finir avec les cloches tubulaires au son inquiétant, un instrument vraiment puissant et dominant.
L'aspect le plus intéressant et le plus impressionnant de cet album est le fait que tant de sons sont évoqués, mais qu'aucun ne passe inaperçu, ce qui permet à l'auditeur de s'immerger progressivement dans chaque partie unique de la musique.
Tubular Bells est une excursion divine dans le domaine de la musique new age.
Mike DeGagne
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1967 : The Who Sell Out
Avec une pochette plus qu’évocatrice, The Who Sell Out reste un beau coup d’eclat. L’album est entrecoupé de pseudos « jingles », comme à la radio. Ça va de « Wonderful Radio London » à « Rotosound Strings ». Mais les plus belles pièces d’humour sont sans conteste ces petites chansonnettes pour ces produits qu’on voit sur la pochette avec les membres du groupe. Townshend et Odorono, le déo qui tue, Daltrey et les haricots Heinz, Moon avec Medac, la lotion qui, je cite « vous fait la peau douce comme un cul » et enfin Entwistle habillé en peau de bête vantant les mérites d’une bêtise dont le nom m’échappe.
Pour revenir à Sell Out, il n’y a aucune reprise. Toutes les chansons sont signées Townshend ou Entwistle. « Armenia City In The Sky » fait office d’ouverture au disque et, ma foi, c’est un morceau assez lourd dans le sens où la rythmique est très appuyée, le refrain est imparable. « Mary Anne With The Shaky Hands » est assez tranquille, pas indispensable, à mon goût, mais quand-même bien à sa place !! « Tattoo » est un morceau absolument génial, l’histoire de deux frères qui tatouent leurs bras pour se prouver qu’il leur faut bien ca pour devenir des hommes. Brillant. Et puis, il y a « I Can See For Miles », magnifique préambule de ce qui sera le style définitif des Who, à savoir un rock heavy à souhait, blindé d’arrangements superbes. Townshend est vraiment un auteur-compositeur de génie, je n’ai pas peur de le dire. Il n’y a qu’à voir tous les groupes influencés par les Who pour s’en rendre compte. L’album se termine avec « Rael 1+2 », titre de presque 6 minutes, qui contient les bases de ce qui deviendra Tommy.
Encore un grand moment. Sell Out sort en 1967, année du Summer Of Love, du festival de Monterey (où the Who explosent tout et tout le monde), mais aussi l’année d’un certain album qui fera date, j’ai nommé Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Les Who, grands potes des Beatles et des Stones, deviennent alors un groupe incontournable. Plus de 35 ans plus tard, ils le sont toujours et le resteront à jamais. Mais ce n’est rien en comparaison de la déferlante d’albums qui arrivent…
Phil Ouze
Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 20:59, modifié 1 fois.
Hookfoot - Hookfoot 1971
Hookfoot était le groupe d'accompagnement d'Elton John.
A leurs débuts, la musique est bien arrangée, bien mixée, avec un bon chanteur et bons musiciens...
C'est un très bon groupe qui a livré quatre albums très agréables, dont celui-ci est le premier.
Bien que les quatre premiers morceaux soient particulièrement excellents, la seconde moitié de l'album n'est pas vraiment au même niveau.
Cependant, on peut dire que tout l'album est bon. C'est juste que la première face est meilleure que la seconde. Un peu Folk Rock un peu Blues tout en restant toujours très roots et Heavy. Un album étonnant de maîtrise et de diversité.
Ce premier LP comprend des chansons de Steve Stills ("Bluebird") et Neil Young ("Don't Let It Bring You Down"), ainsi que sept originaux, principalement de Caleb Quaye. Ils obtiennent un groove décent sur plusieurs pistes, telles que "Mystic Lady" et "Nature Changes". La face B devient au moins un peu éclectique, avec l'instrumental jazzy "Wim-Wom" et la section prog-rock de style Caravan à la fin de "Golden Eagle".
Le son d'un morceau comme "Movies" n'a particulièrement pas vieilli.
Une belle reprise dans "Bluebird", une reprise douteuse dans l'instrumental jazzy "Wim-Wom".
Leur reprise de "Don't Let It Bring You Down" était bien faite, et semblait même pouvoir sortir aujourd'hui, mais ces gars commencent peut-être à s'adapter à la radio, perdant peut-être un peu de leur avantage.
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Africa 1987
C'est avec une régularité exemplaire qu'EMBRYO sort en 1987 un nouvel opus, nommé tout simplement Africa. La bande à Burchard aurait très bien pu lever le pied et prendre son temps après une décennie précédente déjà bien chargée, mais non, régularité est le mot d'ordre. De plus, le groupe allemand reste toujours sur le continent originel pour créer sa musique, ce qui n'est pas plus mal au vu de ce qu'il a pu faire lors des deux opus précédents.
Africa montre avant tout un EMBRYO en forme, en plus d'avoir étoffé ses rangs. L'accent est encore une fois mis sur les percussions, à la différence que, contrairement à la collaboration avec le Yoruba Dun Dun Orchestra, ces dernières sont soutenues par une panoplie d'instruments plus variés parmi lesquels le chant prend plus d'importance. Les morceaux sont également plus courts, moins monolithiques, à l'exception notable de "Dun Dun Mix" et "Lagune Musik".
Avec un groupe aux allures de big band jazz/world, Christian Burchard peut pleinement jouer une musique à la fois forte et subtile et qui, comme celle de l'opus de 1985, se veut dansante et animée, sans verser dans de faciles excès. Une bonne preuve en est donnée par "Sango", avec sa guitare déversant avec virtuosité un flux de notes, tandis que Muraina Oyelami chante sur un ton calme, presque récité, et entraînant. "Lagune Musik" dégage quant à lui une joie lumineuse, propice aux rêves d'évasion, sans tomber dans les clichés habituels, et ne pêche que par longueur.
Les sommets de l'album sont faciles à atteindre : outre "Sango", "Konga" est un morceau assez court qui vise juste, avec une mélodie facile à retenir et un léger côté mystérieux. "Wole Alade", qui se rapproche pour sa part de l'EMBRYO jazz, aurait mérité un développement plus long; mais du haut de ses 3 minutes, il est déjà très plaisant à écouter. En revanche, contrairement à La Blama Sparozzi et Zack Glück, aucun mauvais morceau ne vient gâcher la fête. Bel exploit de la part d'un groupe qui a déjà 18 ans – mais quand on se renouvelle constamment, le risque de se planter en beauté n'est pas si élevé qu'on peut le croire.
Tout comme son prédécesseur, Africa est quand même un poil répétitif. En outre, si l'on n'est pas ouvert aux musiques du monde, et en particulier du berceau de l'humanité, la musique peut paraître lassante et peu inventive. Après un petit effort d'adaptation cependant, c'est un monde varié et dansant qui s'offre aux oreilles. Et c'est sur un rythme aussi régulier qu'EMBRYO quitte l'Afrique pour entrer au pays et enregistrer la célébration de ses 20 ans.
WALTERSMOKE
Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 20:59, modifié 1 fois.
The Troggs - 1975 The Troggs
The Troggs étaient l'un des groupes les plus durs et les plus glorieusement non polis à émerger du Royaume-Uni à l'époque de la British Invasion - le son luisant et monolithique de "Wild Thing" et "I Can't Control Myself" était à peu près ce qui se rapprochait le plus des Stooges sur vinyle avant que James Osterberg ne se réinvente en Iggy Pop, et le chanteur Reg Presley définissait pratiquement le mot "lascif" avec ses hurlements et gémissements gutturaux sur leurs meilleurs enregistrements.
The Troggs avaient disparu des hit-parades à la fin des années 60, mais ils étaient le genre de groupe qui ne croyait tout simplement pas à l'abandon et, en 1975, ils sont retournés en studio pour enregistrer leur premier album en cinq ans. Intitulé simplement The Troggs, l'album a permis au groupe d'actualiser un peu son son, le résultat suggérant parfois un croisement entre le boogie à la Status Quo et le glam à la Slade, en particulier sur l'autocélébration honnête de "Full Blooded Band".
The Troggs est dominé par les reprises, avec seulement trois nouvelles chansons, mais l'une d'entre elles, "Summertime", est un sleaze inspiré dans la tradition classique des Troggs (et comporte le meilleur bégaiement grossièrement suggestif depuis "My Generation"), et on ne peut pas contester que la réimagination sinistre et dépouillée de "Good Vibrations" des Beach Boys (qui réécrit la ligne d'ouverture en "I like the clothes she almost wears") a emmené la chanson là où Brian Wilson n'aurait jamais pu l'imaginer. La reprise de "(I Can't Get No) Satisfaction" par les Troggs n'a pas besoin de durer cinq minutes et demie, et le remaniement de " Wild Thing ", influencé par le reggae, ne fonctionne pas particulièrement bien, mais les Troggs démontrent que ces gars n'ont jamais oublié comment être impolis et grossiers en studio, et qu'à leur meilleur, ils en ont fait une forme d'art - bien qu'ils n'aient jamais rêvé de l'appeler comme ça.
Mark Deming
Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 21:00, modifié 1 fois.
For Your Pleasure (1973)
Roxy Music ne traine pas pour sortir un successeur à son premier album. De toute manière, c’était de monnaie courante de sortir des albums à rythme soutenu. Cependant, entre temps, Graham Simpson, le co-fondateur du groupe, a quitté le navire. Ne parvenant pas à trouver – ou ne souhaitant pas – un successeur, Roxy Music intervertira les bassistes au grès des albums et tournées. Pour le reste, For You Pleasure continue là où les choses s’étaient arrêtées.
En effet, « Do The Strand » semble être une suite à « Re-Make/Re-Model » et « Virginia Plain » puisqu’il est construit de la même manière. Un riff soutenu au piano sur lequel viennent se greffer la batterie lourde de Paul Thompson et le saxophone omniprésent de Andy Mackay. La guitare de Phil Manzanera et les effets de Brian Eno doivent eux jouer plus des coudes pour s’imposer. Bien que l’aspect Art-Rock est toujours présent, le rendu est plus harmonieux que sur le premier album. Ou bien est-ce nous qui sommes à présent familiarisés avec le style si particulier de Roxy à l’époque. « Beauty Queen » nous montre la facette crooner de Bryan Ferry. Le groupe calme en effet ses ardeurs avec ce morceau Pop rétro dominé par le piano électrique et la voix chevrotante du leader. Il préfigure parfaitement la Pop un peu sirupeuse vers quoi Roxy Music ira de plus en plus au fil des ans. Cependant, la guitare slide de Manzanera et le rythme qui s’accélère quelque peu au milieu du morceau semblent vouloir rappeler que pour l’instant, ils sont toujours un groupe de Rock. Andy Mackay revient avec son saxo et son hautbois sur « Strictly Confidential », une ballade au style quelque peu expérimental où une nouvelle fois le piano électrique est très présent. Petit à petit cependant, Paul Thompson et Phil Manzanera font monter la pression et le volume sonore.
Retour au Glam Rock dynamique avec « Editions Of You » qui est dans la lignée de « Do The Strand » et propose des petits solos de différents instrumentistes, comme ça avait été le cas sur « Re-Make/Re-Model ». Ambiances angoissantes aux claviers ensuite sur « In Every Dream Home A Heartache » sur lequel Ferry ânonne d’une voix monocorde des paroles qui semblent sans queue ni tête mais qui au fur et à mesure se révèlent être une ode à une poupée sexuelle. Une fois celle-ci terminée, le morceau se transforme brusquement en superbe instrumental avec un solo de guitare donnant des frissons. Inspiré par le Krautrock alors très en vogue en Allemagne, « The Bogus Man » est le titre expérimental par excellence. Andy Mackay s’y permet des improvisations avant-gardistes tandis que la batterie, la basse, la guitare et les claviers gardent un rythme répétitif et solide. Ferry, lui, s’essaye à divers effets de voix. Bien qu’Art-Rock, le titre est moins difficile d’accès que certaines expérimentations du premier album, même s’il ne parlera pas aux amateurs de morceaux qui font mouchent de par leur accroche mélodique. Retour à une Pop/Rock rétro avec « Grey Lagoon » dominée par le piano, les choeurs et la voix torturée de Ferry. Le saxo de Mackay, la guitare gorgée de fuzz de Manzanera et même l’harmonica venant briser cette quiétude pour un long intermède musicale très réussi. « For Your Pleasure » est le titre où la présence de Brian Eno, assez effacé sur la majeure partie du disque, est la plus perceptible. Très belle pièce nostalgique au rythme incertain et où les instruments cette fois s’entremêlent plus qu’ils ne se combattent, elle nous emmène avec beaucoup de rêverie vers une fin d’album magnifique, telle une rivière multicolore.
L’album marque la fin de la collaboration de Brian Eno avec le reste du groupe. Déçu que Roxy Music s’écarte de plus en plus des expérimentations des débuts, et suite à de nombreux clashs avec Bryan Ferry sur la direction du groupe, il partira vers une carrière solo étrange mais réussie. For Your Pleasure continuera la montée en popularité de Roxy Music en Angleterre et dans le reste de l’Europe, même si les Etats-Unis ne succomberont pas encore.
The Wicker Man
Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 21:00, modifié 1 fois.
1989 The Miracle
« A Magic Year ». Du Live Aid au Knebworth, concluant dans le gigantisme la tournée promouvant "A Kind Of Magic", 1985/1986 aura été le sommet pour QUEEN. Mais cette intensité a des conséquences non négligeables sur le groupe. Éreinté physiquement et nerveusement, à l’image de John Deacon qui au terme du concert du Knebworth envoie valdinguer sa basse dans les amplis, QUEEN décide de faire un break salvateur. La deuxième moitié des années 80 est entamée et nos Anglais approchent ou atteignent (c’est le cas de Freddie) la quarantaine. L’envie d’oxygène entraîne le chanteur sur les terres de l’opéra et il réalise un ambitieux album en duo avec la cantatrice Montserrat Caballé, où son talent de composition ne s’était pas montré aussi phénoménal depuis des années. Il dira avoir beaucoup appris de cette expérience où ses capacités vocales semblaient décuplées. Mais l’horizon s’obscurcit. Freddie, qui est séropositif sait maintenant ses jours comptés car courant 1988, il développe le SIDA. Brian May pense au suicide devant ses difficultés à gérer son divorce et perd goût à la vie et va entamer la composition de son premier album comme une thérapie. Anita Dobson, sa nouvelle compagne va lui servir de moteur et lui inspirer "I Want It All" qu’il réservera pour le prochain opus de QUEEN. Et Roger Taylor vaque à ses occupations, fondant son propre projet THE CROSS, au sein duquel il compose, chante et joue de la guitare.
Quand Freddie Mercury contacte ses collègues début 1988, l’ambiance est relax et chacun est heureux de retrouver ses copains aux Mountain Studios de Montreux en compagnie de David Richards. Les membres du groupe, à l’issue de délirantes sessions qui verront la naissance de "Khashoggi's Ship" (du nom d'un millionnaire propriétaire d'un plus grands yachts privés du monde, La Nabila, permettant de comprendre le second degré des paroles) décident de partager les crédits d’écriture. Toutes les compositions du futur album, qui porte encore le titre "The Invisible Man" (le groupe en changera trois semaines avant l’envoi au pressage), seront signées QUEEN.
Chacun participe à l’écriture des paroles et des parties musicales et tout le travail de QUEEN est recentré sur l’artistique… Et cela leur fait un bien fou ! L’artwork mêlant les visages de protagonistes met en avant cette unité et tant pis si Derek Riggs leur reproche alors de lui avoir piqué le concept de sa pochette pour le single "The Clairvoyant" d’IRON MAIDEN. "Party" et "Khashoggi’s Ship" affichent une bonne humeur qu’on n’avait pas ressentie depuis longtemps sur les albums du groupe. On est loin des plaintifs "Is This The World We Created ?" ou "One Year Of Love". Ici le groupe s’amuse comme il le faisait quand Freddie un jour de 1978 dégaina "Mustapha". Boîte à rythme de sortie, guitares harmonisées se répondant (excellente utilisation de la stéréo sur "Party") et chœurs complexes, serait-on en train de retrouver le Grand QUEEN ? Celui de "Bohemian Rhapsody" ? "A Kind Of Magic" était déjà solide, mais il est surpassé par "The Miracle".
Tant l’album que le morceau d’ailleurs. Freddie et John s’associent une nouvelle fois pour le meilleur et mélangent des sonorités Pop à des arrangements de claviers soignés et des chœurs grandiloquents avant que la machine ne s’emballe et ne propose ses tiroirs. Le premier d’abord, où un synthé basse drive un solo énergique de Brian May qui fait une utilisation frénétique de l’aller-retour et du tapping, enchaînant les notes avec une vélocité qu’on ne lui soupçonnait pas avant que le deuxième tiroir, plus Pop, ne conclue le morceau sur une mélodie mineure mais empreinte d’espoir. Brian confiera des années plus tard avoir enregistré le solo en étant particulièrement sur les nerfs ! À fleur de peau, il propose des morceaux vindicatifs, soit à travers la musique ("I Want It All"), soit par les textes ("Scandal"). Dans ce dernier, qui sera le quatrième single de l’album, Brian fait passer par l’intermédiaire de Freddie toute sa souffrance par rapport au comportement des journaux à scandales britanniques qui n’en finissent pas de révéler des détails plus ou moins sordides (plus ou moins vrais également) sur sa situation familiale. À cette époque, Freddie s’est retiré dans son immense demeure de Kensington Road et le temps des fiestas semble révolu. La presse commence à se douter que quelque chose ne va pas chez le chanteur et les premières rumeurs naissent quand le groupe affirme qu’il ne partira pas en tournée pour la promotion de "The Miracle" invoquant une officielle volonté de rompre le rythme album/tournée qui est le leur depuis plus de quinze ans.
Brian livre des morceaux dans un genre attendu comme "I Want It All", le grand tube de l'album, typiquement Heavy Metal avec des chœurs énormes, "Chinese Torture" où il fait sortir une nouvelle fois des sons incongrus de sa Red Special. Seule "Scandal" se démarque de ce point de vue, les guitares-synthés apportant une texture sonore un peu différente que ce à quoi QUEEN nous a habitués (si ce qualificatif peut s’appliquer à nos quatre Anglais). Preuve de la détente des sessions, le solo et les claviers ainsi que les parties vocales furent réalisées en une prise chacune. Roger Taylor est à la fête lui aussi et bidouille toutes les machines qu’il peut, que ce soit sa batterie, dont le son est aussi costaud que sur "A Kind Of Magic" (il déballe des fills fulgurants sur "Scandal", "Was It All Worth It" ou encore "The Invisible Man") où les claviers qu’il exploite au mieux sur "Breakthru" et "The Invisible Man" (avec son côté ouvertement bizzaroïde). John et Freddie se taillent la part du lion co-écrivant ("Party", "The Miracle", "Rain Must Fall" et "My Baby Does Me"), le tandem de "Friends Will Be Friends" semble porter ses fruits car si "The Miracle" est passée à la postérité, "Rain Must Fall" est elle aussi des plus réjouissantes avec ses percus latino et ses harmonies de guitares de Brian May dégageant une énergie positive. Seule "My Baby Does Me" tourne un peu à vide, même si Freddie s’y montre particulièrement exceptionnel vocalement, égalant sa performance de l’année précédente ("How Can I Go On" sur l’album "Barcelona" ; l’un de ses titres les plus difficiles à chanter et à interpréter, tant par les difficultés techniques que par l’implication induite par le texte). Ce titre renvoie aux expériences pas toutes fructueuses de "Hot Space", et "Stealin’", la face B de "Breakthru", qui est dans le même esprit, aurait clairement pu trouver sa place aux côtés de "Pain Is So Close To Pleasure" de l’album précédent. Le groupe proposera d’ailleurs en face B de quatre des cinq singles des titres inédits extraits de sessions de cet album. "Stealin’" en est un. Mais il y aura aussi "Hijack My Heart" et "Hang On In There" (absent du pressage vinyle, tout comme "Chinese Torture") et "My Life Has Been Saved" qui sera réorchestré pour "Made In Heaven".
Brian fait dans l’efficace et l’hymnique, Roger dans l’expérimental Pop Rock, John fait le liant de tous ces aspects avec sa touche mélodique et funky et Freddie retrouve la luxuriance Mercuryenne avec "Was It All Worth It" aisément l’un des titres de QUEEN les plus ambitieux depuis des années. Encore une gemme mal connue du grand public qui, au même titre que "Rain Must Fall" et "Scandal", ponctue avec une certaine audace dans les arrangements un album qui n’a pas forcément fait le même tintamarre que son prédécesseur "A Kind Of Magic" mais qui tout en lui ressemblant, s’avère encore plus cohérent et plus ambitieux artistiquement.
Il fut illustré par de nombreux singles à succès ainsi que des clips, tous aussi différents et réussis les uns que les autres, à l'exception de "Scandal" où le groupe semble se faire chier royalement, Freddie donnant le change en usant de ses poses habituelles, pour finalement être honoré début 1990 de meilleur groupe de la décennie, où un Freddie Mercury bien mince fera s’agiter les tabloïds qui ne le lâcheront pas jusqu’au bout de son tragique destin.
1969 Privilege
Pour l'anecdote, Privilege est le groupe dans lequel Jack Douglas a joué avant de devenir le célèbre peoducteur que l'on connait!
Sous la direction des Isley Brothers, Privilege s'est dirigé vers ses premières sessions. "...L'orientation est le mot...", explique Paul. "...Au lieu de nous dire quoi faire et d'essayer de changer ce que nous faisons musicalement, les Isleys ont canalisé nos capacités et nous ont permis de mettre toutes nos idées de côté...".
Résultat, avec le guitariste Edward Leonetti et le claviériste Paul Venturini responsables de tout le matériel, l'album "Privilege" rocke bien plus fort que tout le précédent catalogue de The Soul Survivors.
Etant en plein dans ces années dites psychédéliques, on retrouve forcément des sonorités années 60 avec des guitares acérées, flamboyantes et aux notes Soul. Une énergie débordante se dégage de cet album.
Fait intéressant, ni Leonetti, ni Venturini n'avaient jamais chanté. Prenant alors des responsabilités vocales, Leonetti n'était peut-être pas le chanteur le plus étonnant jamais rencontré, mais il était professionnel et compétent sur des morceaux comme le Rock d'ouverture "Traitor" et le Proto-Punk 'The Quiz', ses performances étaient assez bonnes pour s'assurer qu'il n'était pas une distraction majeure étant donné l'orientation brute de l'ensemble sur le Hard Rock. Quand à la seconde voix, celle de Paul Venturini, celui-ci a plus de mal pour assurer.
Ces gars étaient également assez intelligents pour varier leur son avec "Circling" et "Sojourn" ralentissant le tempo avec quelques ballades puissantes. Leonetti s'en est particulièrement bien acquitté, réalisant des travaux de guitare flamboyants. Les points forts comprenaient le rock propulsé par la guitare fuzz "People" et le "Purple Dog" influencé par Hendrix, bien que George Thorogood aurait dû couvrir "It's Yesterday".
Certainement pas l'album le plus original de l'année, mais il vaut largement le coup d'être écouté.
Le premier morceau, "Traitor", est un excellent Blues Rock qui s'ouvre avec la voix grondante d'Edward Leonetti et sa délicieuse guitare fuzz sur un riff entrainant. La production des Isley Brothers est parfaite.
Il est suivi par le Boogie de bar "It's Yesterday" qui semble mettre en vedette deux voix qui ne se mélangent pas vraiment. La lead guitare de Leonetti joue comme celle de George Thorogood and the Delaware Destroyers.
Pas exactement la Pop que l'on pouvait trouver dans le top 40 de l'époque, le rebondissant "The Quiz" est certainement l'une des chansons les plus commerciales de l'album. Une autre belle plate-forme pour Leonetti pour montrer ses compétences techniques. Malheureusement, c'est un peu gâché par une voix aiguë plutôt irritante.
Les meilleures choses que l'on peut retenir de la ballade "Circling", ce sont le refrain accrocheur et le joli travail de basse de Jack Douglas. En fait, la basse sert essentiellement d'instrument principal.
Le morceau suivant, "People'', est la première déception de l'album. C'est un Boogie Rock somme toute assez moyen. L'inspiration n'est pas du même niveau que ce qui précéde.
La seconde face s'ouvre "Going Down". Construit sur un petit riff accrocheur de Leonetti, c'est le Rock le plus radiophonique de l'album. C'est aussi l'un des airs qui cadrent bien avec la voix rocailleuse de Leonetti. Probablement la piste qui aurait pu être facilement utiliser comme single.
Pas exactement lysergique, mais grâce à la guitare de Leonetti, "Purple Dog" s'en approche. La belle basse de Douglas et la chanson montrent le talent largement inaperçu du groupe pour des vocaux d'accompagnement étonnamment douces. cette chanson rappelle un peu le groupe Traffic à son origine.
"Easter" est un Rock avec une mélodie Soul, Soul aux yeux bleus. Cela ressemble à du Felix Cavaliere et The Young Rascals, mais avec un son plus dur.
Sur "Taking Care Of You", alors que la ligne de basse de Douglas est très bonne, la voix de Leonetti sonne comme s'il se débattait. C'est assez commercial, mais ce n'est certainement pas la meilleure chanson de l'album. Cela n'a pas empêché T-Neck de l'exploiter en single.
Pour finir en beauté, "Sojourn" montre que le groupe savait faire des ballades puissantes. Avec une jolie mélodie alimentée par une guitare acoustique et un son Heavy, presque fondu. Le fait que Leonetti ait utilisé la chanson pour rendre compte de certains de ses meilleurs travaux n'a pas nui aux résultats. T-Neck l'avait apparemment planifié comme le single de l'album, le publiant même en 45 tours promotionnel, mais il semble avoir changé d'avis car il ne semble pas avoir obtenu de sortie nationale.
Malheureusement, l'album n'a pas vraiment marché et le groupe s'arrêta là.
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Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 21:02, modifié 1 fois.
1969 : Tommy
En dépit du succès des Who, Pete Townshend a des ambitions musicales plus élevées. Il sait que si le groupe veut s’installer durablement ils doivent se dépasser musicalement et ne pas seulement se reposer sur les singles. C’est dans cette optique que « A Quick One, While He’s Away » avait été écrit dès 1966. C’est également ainsi qu’avait été envisagé The Who Sell Out, l’album précédent, que l’on pourrait presque qualifier d’album concept. Mais cette fois le guitariste, encouragé par l’un de leurs mangers, Kit Lambert, a la vision d’un véritable opéra, mais de musique Rock. Car c’est bel et bien un Opéra que sera Tommy.
Si aujourd’hui on a généralement tendance à mélanger Concept-Album et Opera Rock, en observant Tommy, on se rend compte qu’il s’agit de deux choses distinct
es. Townshend n’a jamais caché son intérêt pour la musique classique (à une époque les Who reprenaient même « Dans l’antre du Roi de la montagne » issu du Peer Gynr de Grieg en version Rock) et la construction de Tommy va être élaborée comme celle d’un opéra classique, notamment du fait de la répétition de certains thèmes. C’est particulièrement remarquable sur l’ouverture (encore une fois comme en musique classique) de l’opéra, sobrement intitulé « Overture » qui présente certains thèmes musicaux qui seront développés par la suite. Comme pour certains grands opéras, Townshend n’hésitera pas à intégrer et redévelopper d’anciens morceaux non retenus (« It’s A Boy », « I’m Free ou « Sensation ») ou des motifs antérieurs trouvant mieux leur chemin (« Sparks », « Underture »). Il n’hésite pas également à intégrer une reprise d’un vieux Blues (« The Hawker ») comme les compositeurs classiques intégraient parfois de vieux airs folkloriques. D’autres reprises furent également envisagées (dont « Young Man Blues » qui allait devenir un incontournable des concerts de l’époque) mais finalement pas retenus. Mentionnons malgré tout que si Pete Townshend est le principal artisan du projet, il n’en est pas le seul. Kit Lambert l’aidera à développer le livret, les autres Who à arranger certains des morceaux, et John Entwistle sera même mandaté par le guitariste pour écrire des morceaux dont les sujets plus sombres ne l’inspiraient pas (« Cousin Kevin » et « Fiddle About »).
Au menu de Tommy, vingt-quatre titres. Cela dit, plusieurs sont des intermèdes durant entre trente secondes et deux minutes et souvent chanté en choeurs: « Do You Think It’s All Right », « There’s A Doctor », « Miracle Cure », « Tommy Can You Hear Me? », le meilleur d’entre eux, ou encore le délirant « Tommy’s Holiday Camp » entrainé par un Keith Moon plus lunatique que jamais. En revanche certains sont de sacrés pavés musicaux, à l’instar de cette « Overture » dont nous avons déjà parlé. Malgré son aspect grandiose, Pete Townshend avait tenu à ce que tous les instruments soient joués par eux, coupant l’herbe sous les pieds de Kit Lambert qui, se voyant déjà George Martin, aurait voulu un accompagnement orchestral. Ainsi, les interventions du cor sont le fait de John Entwistle (qui en jouait avant de passer à la basse) tandis que Pete Townshend appris le piano. Tommy devait être un spectacle capable d’être interprété en live. La majesté de l’ouverture doit également beaucoup au jeu de guitare de son auteur, aussi magnifique à l’acoustique qu’à l’électrique dans sa capacité à créer un mur du son allant bien au delà des simples power chords. Chaque musicien incarnera un ou plusieurs personnages. Ainsi, si Roger Daltrey fut bien évidemment Tommy, Townshend interpréta à la fois la voix intérieure du héros, le narrateur et certains personnages secondaires, ce qui explique sa grande présence comme chanteur à un point encore jamais atteint jusqu’alors.
Les Who, loin de l’image de destructeurs qu’ils avaient à l’époque, en profitèrent pour réaliser des morceaux plus calmes et mélodiques que ceux pour lesquels ils avaient été connus. C’est le cas du rêveur « 1921 » ou de « Amazing Journey » qui, même s’il explose par moments par le biais de la batterie de Keith Moon, offre des textures de guitare et un chant plutôt délicats. Tommy se distingue par la présence de quelques instrumentaux de haut vol. Si « Overture », n’en était pas tout à fait un (Townshend chante quelques vers à la fin), « Sparks » s’inscrit comme un Rock psychédélique captivant, aux multiples facettes, et où les capacités des trois musiciens nous laissent pantois, prouvant qu’ils n’étaient pas juste une bande de gugusses jouant fort et cassant leurs instruments à la fin. « Underture » en reprendra certains extraits, les développant et l’étirant jusqu’à dix minutes, comme une entracte permettant à l’auditeur de respirer. « Christmas » est le premier moment de l’album à introduire le fameux thème ‘see me, feel me’ qui deviendra emblématique de l’oeuvre. On le retrouvera également sur « Got To The Mirror! », cette fois chanté par Townshend, Daltrey incarnant le docteur sur ce titre. John Entwistle prend le micro pour incarner le méchant « Cousin Kevin » qui avait posé tant de problème à Townshend, mal à l’aise avec le sujet du harcèlement. Il incarnera également un autre méchant, le ‘wicked uncle Ernie’, autre tortionnaire de Tommy, sur « Fiddle About ».
Si tous les morceaux de Tommy forment une unité, il apparaissait comme évident à Townshend que les morceaux devaient pouvoir tenir la route pris en dehors de leur contexte. Tout comme on peut écouter l’air de la Reine de la Nuit en dehors de La Flûte enchantée ou « Toréador » en dehors de Carmen, on peut écouter « The Acid Queen », « Pindball Wizard » (titre ajouté à la dernière minute pour satisfaire un critique influent fan de flipper), « I’m Free » ou « We’re Not Gonna Take It » sans qu’il soit nécessaire à chaque fois de passer tout l’album. Ces titres sont depuis devenus des incontournables du répertoire des Who. Les accords d’intro de « Pinball Wizard » ou le final de « We’re Not Gonna Take It » (reprenant une dernière fois le fameux ‘see me, feel me’ en le poussant à son paroxysme) ramènent automatiquement au groupe dès les premières secondes. D’autres titres moins connus peuvent être également considérés comme intéressants à écouter en dehors, comme le Pop « Sensation » ou le Folk Rock« Sally Simpson » (et son piano typé Calypso) qui préfigure certains titres des 70’s.
Véritable pari, Tommy s’avéra payant pour les Who. Gros succès aussi bien critique que commercial, il lança la carrière du groupe dans une autre dimension, en faisant désormais un incontournable du Rock. Bien sûr, l’album, s’il reste sans doute le plus mythique des Who, n’est pas le plus abordable. Cela reste un gros morceau à digérer et j’avoue m’en être éloigné pendant de nombreuses années (à l’exception de ses tubes) avant de découvrir enfin toute sa richesse. Ce n’est pas non plus l’album le plus représentatif du groupe, même si certains morceaux préfigurent le son que le groupe allait continuer à développer.
Le succès de la tournée (illustrée à la fois par la performance du groupe à Woodstock et à Wright ainsi que l’album Live At Leeds) en fit des stars aux Etats-Unis. Bref, tout semblait leur réussir, mais deux questions commençaient à angoisser Pete Townshend: comment continuer ? Arriverait-il à faire aussi bien ?
The Wicker Man
Modifié en dernier par alcat01 le sam. 28 févr. 2026 21:02, modifié 1 fois.