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The Wicker ManAmerica (1971)
En 1970, Crosby, Stills, Nash & Young se séparent, laissant un grand vide dans le paysage musical. Les labels partent alors à la pêche pour trouver un groupe proposant de la Folk avec une sensibilité Pop/Rock et des harmonies à plusieurs voix. America est sans doute le premier groupe à bénéficier de cette attente et des labels et du public. Et il est incontestable que Stephen Stills et Neil Young sont des influences de Dewey Bunnell tandis que Gerry Beckley pencherait plutôt pour Graham Nash. Pourtant, au départ, le premier album, sorti à la fin de l’année 1971, passera assez inaperçu. Les DJ Jeff Dexter et Ian Samwell qui ont pris le trio sous leur aile dénichent un titre qui n’avait pas été retenu pour l’album. Après l’avoir testé plusieurs fois en public avec succès, il est enregistré et rajouté à une nouvelle version de l’album. « Horse With No Name » devint le succès planétaire que l’on sait ; la carrière d’America était lancée.
Pourtant le succès, justifié, du morceau ne doit pas laisser dans l’ombre le reste du disque qui possède d’autres titres dignes d’intérêt. A l’époque, Dewey Bunnell semble s’imposer comme le leader du groupe. Il compose la moitié de l’album et chante le plus de titres. C’est à trois voix cependant que « Riverside » lance l’album. Le son est clairement de la Folk et Country à l’américaine, le groupe ne trompe pas sur la marchandise avec leur nom. Si les harmonies à trois voix rappellent immanquablement Crosby, Stills & Nash, il y a un côté un peu plus terroir chez eux. De même que les influences psychédéliques sont complètement absentes. En ce sens, et même si on les qualifiera de ‘Crosby, Stills & Nash du pauvre’, America a déjà trouvé une certaine identité. Une identité que confirme « Sandman », chanson qui commence comme une ballade acoustique un peu triste avant de s’accélérer et de devenir plus optimiste. Un titre qui deviendra un incontournable de leur répertoire. Le riff de guitare acoustique de « Three Roses », ainsi que sa mélodie très soignée en font un morceau très accrocheur qui serait certainement devenu un autre hit pour le groupe s’il était sorti en single. A mon sens LE morceau de l’album avec « Horse With No Name ». « Children » rappelle fortement les ballades à trois voix de Crosby, Stills & Nash, mais la mélodie est soignée et on ne peut pas vraiment reprocher aux nouveaux venus de vouloir se reposer sur leurs glorieux modèles.
Que dire de neuf sur « Horse With No Name », tube planétaire qui aujourd’hui encore n’a pas pris une ride ? Un morceau que beaucoup mirent au crédit de Neil Young (Bunnell se rapproche de la voix du Canadien ici… et ce n’est probablement pas tout à fait innocent) et dont il est probable que beaucoup encore ignorent qui en est l’auteur-interprète. Bien sûr on signalera l’efficacité du riff d’accroche à la guitare acoustique, bien sûr on ne manquera pas de remarquer à quel point la ligne de chant est soignée (comment résister aux fameux ‘lalala-la’ du refrain). Il faut signaler aussi une basse très mélodique jouée par Dan Peek qui n’est pas sans rapport avec l’efficacité du morceau. Peek jouait également la basse sur « Three Roses » qui est également réussi en ce domaine, quoiqu’on la remarque moins. On pourrait se demander pourquoi ce n’est pas lui qui la tient sur tout l’album tant il semble maîtriser l’instrument. Le travail de Ray Cooper aux percussions, qui sonnent comme des sabots de cheval mais en mieux, est tout aussi remarquable. « Here » est le premier titre que nous découvrons de Gerry Beckley. Commençant comme une ballade monocorde, elle prend vie brusquement dans un rythme dynamique et joyeux qui n’a plus rien de celui d’une ballade. Si le sens mélodique et accrocheur est ici moins développé que dans les titres précédemment écoutées, il y a de solides parties de guitares.
Beckley est mélodiquement plus convaincant avec « I Need You », une ballade Pop au piano qui entrera au top 10 américain, en faisant le deuxième tube du groupe. On pourrait déplorer en revanche des paroles un peu simplettes (‘j’ai besoin de toi comme les fleures ont besoin de la pluie, comme l’hiver a besoin du printemps’… on n’est pas très loin de « Un chagrin d’amour » des Inconnus). Mais bon, c’est l’avantage des groupes qui chantent en anglais: si on veut on peut faire abstraction des paroles. Avec « Rainy Day », nous faisons la connaissance du troisième larron, Dan Peek. Si Bunnell s’inspirait tantôt de Stills, tantôt de Young, si Beckley avait un petit côté Pop à la Nash, Peek serait donc le Crosby de l’équipe. On retrouve en effet avec « Rainy Day » un titre très bien écrit avec un mélange de Folk et de Jazz, comme on a pu en trouver chez l’ancien Byrds. Mais on se rend surtout compte que si Peek est un compositeur moins immédiat que ses deux compères, il ne leur est en rien inférieur. Sur la ballade « Never Found The Time », il donne un caractère un petit peu plus Pop, mais toujours avec cette rêverie qui lui semble propre. La ballade acoustique de Beckley, « Clarice », quoique belle, n’est peut-être pas placé au bon endroit. Il aurait mieux valu un titre plus remuant entre ces deux ballades pour mieux faire rebondir la seconde. En revanche, le final instrumental plus dynamique est une surprise bienvenue même si un peu trop court. Bunnell revient pour chanter sur le « Donkey Jaw » de Dan Peek, un titre disposant d’une très belle introduction instrumentale qui semble nous emmener dans la jungle du sud des Etats-Unis. C’est un des rares titres disposant d’une guitare électrique (jouée par Peek) assez marquée lors des solos. On appréciera le talent de compositeur de Peek qui fait passer avec fluidité le morceau dans plusieurs parties assez différentes et toujours remarquablement écrites. Pas un titre pour radio, mais une vraie réussite musicale. Après ça, « Pigeon Song » apparaît comme une chanson folk assez banale. Dommage de finir de cette manière, même si bien sûr le titre n’est pas mauvais.
Dans la lignée du succès de « Horse With No Name », ce premier disque d’America restera en tête des ventes américaines pendant cinq semaines. Le trio prendra donc la place encore chaude de Crosby, Stills, Nash & Young comme le nouvel groupe de Folk Rock à sensation. Un statut très difficile à garder sur la durée et qu’ils finiront par perdre au profit des Eagles, plus éclectiques.















