Sur le chemin de l'Anthologie de la musique folk Américaine

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vox populi
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Re: Sur le chemin de l'Anthologie de la musique folk Américaine

Message par vox populi » lun. 31 mars 2025 05:33

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En attendant la suite de l'immersion dans le disque de Harry Smith, avec l'étude du volume 2 de l'anthologie, j’alimente ce topic avec des nouveautés qui poursuivent l'exploration de la musique folk américaine.

En novembre 2024 est sorti un projet associant Rhiannon Giddens et l'ensemble Silkroad.

Rhiannon Giddens & Silkroad Ensemble – American Railroad

Rhiannon Giddens est, sans aucun doute, l'une des artistes les plus importantes du mouvement folk du XXIᵉ siècle. Brillante musicienne et compositrice, elle consacre une partie de son temps à explorer les marges de la culture folk, mettant en lumière des musiques laissées dans l'ombre par l'anthologie de Harry Smith.

La folk a toujours été une musique identitaire, et aux États-Unis plus encore qu’ailleurs. Définir ce qu’était la musique folk, c’était définir ce qu’était l’Amérique. En ce sens, cet art a toujours été pris très au sérieux par les hommes politiques.

Au départ, lorsque le lien entre le Royaume-Uni et les États-Unis était encore un lien de sang, il semblait évident que seules les vieilles ballades anglaises, transformées par les cultures locales, pouvaient se prévaloir de faire partie de la culture américaine. À la fin du XIXᵉ siècle, les musicologues ont commencé à considérer que la musique des Indiens d'Amérique méritait sa place dans la culture nationale, notamment en raison de la combativité des guerriers qui, par leur sang, avaient prouvé qu’ils faisaient partie de la Grande Amérique. On a alors enregistré leur musique avec les moyens rudimentaires de l’époque, afin d’éviter qu’elle ne disparaisse, avant de forcer l’intégration des populations amérindiennes avec une brutalité inouïe pour un pays promouvant le multiculturalisme.

Pour le blues et la musique noire, il fallut attendre le début du XXᵉ siècle et le travail de la famille Lomax pour que cette musique trouve sa place dans la bibliothèque du Congrès. Beaucoup d’autres musiques sont, en revanche, restées dans l’ombre. On les désignait sous le terme de Race Music, et toute une économie s’était développée autour de ces disques. Au début du XXᵉ siècle, on publiait des airs traditionnels chinois destinés aux émigrés chinois, et il en allait de même pour les Polonais, les Japonais, etc. Si ce marché était économiquement très important, son impact culturel, lui, n’a jamais été véritablement reconnu.

C’est précisément cet oubli que Rhiannon Giddens a décidé de réparer en s’associant à un collectif de musiciens nommé Silkroad, fondé par… un Français ! Un violoncelliste du nom de Yo-Yo Ma, dont les parents ont immigré à New York alors qu’il n’avait pas encore cinq ans. Passionné par la folk music, il a créé un collectif favorisant les échanges artistiques multiculturels et étudiant les flux et reflux des idées. Inspiré à l’origine par les traditions culturelles des anciennes routes commerciales de la soie en Eurasie, le projet englobe aujourd’hui plusieurs programmes artistiques, culturels et éducatifs visant à connecter les peuples et leurs traditions.

Pour mettre en lumière les cultures musicales oubliées des États-Unis, les musiciens se sont appuyés sur l’histoire du chemin de fer, qui a très certainement été la plus grande révolution de l’histoire du pays, permettant de traverser le continent en quelques jours, alors qu’auparavant, cela prenait plusieurs mois. Pour construire ce réseau ferroviaire, des ouvriers du monde entier ont été recrutés, et chacun d’eux a apporté avec lui sa propre musique.

Ce sont ces musiques qui sont présentées dans ce disque, enregistré avec un son exceptionnel. Le résultat est à la fois traditionnel et incroyablement moderne, avec une large place accordée aux musiques d’Asie. Un voyage fascinant qui brouille les frontières physiques et mentales tout en conservant l’identité de chaque culture.


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Monsieur-Hulot
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Re: Sur le chemin de l'Anthologie de la musique folk Américaine

Message par Monsieur-Hulot » lun. 31 mars 2025 06:44

Aaaah....Rhiannon Giddens :love1: et surtout Carolina Chocolate Drops ! Et que dire de Yo-Yo Ma sinon à vanter son excellence et son ouverture d'esprit !
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Re: Sur le chemin de l'Anthologie de la musique folk Américaine

Message par Catherine90 » ven. 12 déc. 2025 02:27

En parlant de projets musicaux et de transmission culturelle, ça me fait penser à quelque chose que nous préparons dans mon entreprise : un team building musical pour la fin d’année. L’idée serait de créer un moment convivial autour de la musique (chant, percussions légères, reprises simples…), histoire de renforcer la cohésion et de partager un bon moment, même entre collègues qui ne sont pas musiciens.

De mon côté, j’aimerais beaucoup m’inspirer de l’univers rock des années 70 pour imaginer cette activité : quelque chose de simple mais énergique, dans l’esprit des groupes de l’époque. Si jamais vous avez des suggestions ou des retours d’expérience, je suis preneuse :super:

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dark pink
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Re: Sur le chemin de l'Anthologie de la musique folk Américaine

Message par dark pink » sam. 13 déc. 2025 09:11

Si le truc que tu veux organiser a pour but de faire chanter des gens en chœur, tu peux visionner la séquence de fin de l'excellent film "Yesterday" où des enfants chantent "Ob La Di Ob La Da" avec bonheur. Il me semble que des adultes peuvent faire de même, l'ambitus de la chanson est minimal et l'air est facile à retenir d'autant plus qu'il doit être connu de pas mal de gens. C'est joyeux et festif. Ce n'est qu'une suggestion.
Et c'est une chanson des Beatles ;)

vox populi
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Re: Sur le chemin de l'Anthologie de la musique folk Américaine

Message par vox populi » mer. 19 août 2026 06:40


Ce matin, j’écoute un album tardif de Pop Stoneman. Aujourd’hui, cet artiste est totalement — ou presque — oublié. Pourtant, il fut l’un des musiciens les plus importants des débuts de la musique folk et country américaine.

Il décida de devenir musicien dans les années 1920 après avoir entendu à la radio les premiers enregistrements de musique traditionnelle. Il dira à sa femme : « Je suis capable de faire beaucoup mieux que ça. » En 1924, il se rendit à New York et réussit à décrocher un contrat avec la maison de disques OKeh. Son premier grand succès, The Sinking of the Titanic, enregistré en 1925, devint l’un des tubes les plus importants de la musique rurale américaine de l’époque.

Stoneman enregistra ensuite de nombreux morceaux et devint rapidement l’une des grandes vedettes de l’old-time music, ce que l’on appelait alors la « hillbilly music ». Ses ventes attirèrent l’attention de Ralph Peer, producteur et chasseur de talents vedette de Victor Records, qui cherchait constamment de nouveaux artistes pour alimenter le catalogue de la maison de disques.

Les deux hommes devinrent proches. En 1927, Stoneman suggéra à Ralph Peer de venir enregistrer à Bristol, dans le Tennessee, et l’aida à repérer des musiciens locaux. Peer s’y rendit avec son matériel d’enregistrement et organisa une série d’auditions et de séances d’enregistrement.

Cet événement allait changer la musique américaine à jamais. La légende veut que la foudre ait frappé deux fois au même endroit : au cours de ces sessions de Bristol, Ralph Peer découvrit tour à tour Jimmie Rodgers et la Carter Family, deux artistes qui allaient devenir absolument essentiels dans l’histoire de la country music. Les sessions de Bristol sont d’ailleurs souvent décrites comme le « Big Bang » de la musique country.

Stoneman continua à enregistrer avec succès jusqu’à la fin des années 1920. Entre 1924 et 1929, il grava plus de 200 chansons. Mais la Grande Dépression allait brutalement mettre fin à cette période faste. Comme beaucoup d’artistes de l’époque, il vit ses revenus s’effondrer. Entre décembre 1928 et décembre 1933, il n’enregistra plus aucun disque. En 1932, lui et sa famille durent quitter leur maison et partir s’installer dans la région de Washington, D.C., où Stoneman reprit notamment son métier de charpentier.

Il faut bien se rendre compte que la crise économique eut pour les artistes le même effet que la chute d’une météorite pour les dinosaures. Des carrières entières furent anéanties en quelques années et de nombreux musiciens sombrèrent dans la pauvreté. Pop Stoneman connut lui aussi ce destin. Pendant près de vingt ans, sa carrière musicale fut extrêmement difficile et sa famille connut des périodes de grande précarité.

Après la Seconde Guerre mondiale, cependant, la situation commença à s’améliorer. Pop eut alors l’idée de faire jouer ses enfants avec lui. La famille Stoneman se transforma progressivement en véritable groupe musical et connut une nouvelle carrière à partir de la fin des années 1940. Dans les années 1950 et 1960, les Stoneman devinrent même une importante formation familiale de la musique country et bluegrass, avec des passages à la télévision et de nombreux enregistrements.

Pop Stoneman continua à se produire avec ses enfants jusqu’à la fin de sa vie. Il mourut en 1968, à l’âge de 75 ans.

Il fut bien sûr intronisé au Country Music Hall of Fame en 2008, mais son nom est peu à peu tombé dans l’oubli auprès du grand public. C’est d’autant plus regrettable qu’il fut non seulement un pionnier de la musique enregistrée, mais aussi un innovateur dans le domaine de son instrument de prédilection, l’autoharpe.

À une époque où l’autoharpe servait essentiellement à plaquer des accords pour accompagner le chant, Stoneman développa une manière beaucoup plus mélodique d’utiliser l’instrument. Il contribua ainsi à faire évoluer considérablement la façon dont l’autoharpe pouvait être jouée.

Et finalement, son importance ne se résume pas à ses propres disques. Sans Pop Stoneman, il est possible que Ralph Peer ne soit jamais venu enregistrer à Bristol dans les mêmes conditions. Et sans les sessions de Bristol, l’histoire de Jimmie Rodgers et de la Carter Family aurait peut-être été très différente.

Un musicien presque oublié, donc, mais qui se trouvait indirectement au cœur de l’un des moments fondateurs de la musique américaine du XXe siècle.

vox populi
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Re: Sur le chemin de l'Anthologie de la musique folk Américaine

Message par vox populi » sam. 22 août 2026 06:07

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Elsie McWilliams est l’une des autrices-compositrices les plus importantes de l’histoire des États-Unis et pourtant, personne ou presque ne la connaît.

Pour comprendre son histoire, il faut remonter à un moment crucial où la folk devient un genre commercialement extrêmement rentable, grâce aux deux tours de Babel du genre que sont la Carter Family et Jimmie Rodgers. Tous deux ont été découverts par Ralph Peer lors des Bristol Sessions, en 1927, et ils ont changé à jamais l’histoire du genre.

Le changement est d’abord économique, puisque la Carter Family et Jimmie Rodgers vont devenir des superstars. Et, cerise sur le gâteau, ils ne vont jamais se cannibaliser puisqu’ils ne s’adressent pas du tout au même public.

La Carter Family joue principalement de vieux airs de la montagne, en les réarrangeant, parfois jusqu’à les réécrire, pour les adapter à l’air du temps. Le groupe s’adresse à un public plutôt conservateur (sans que ce terme n’ait aucune connotation péjorative dans mon esprit).

Jimmie Rodgers, c’est différent. Il crée un tout nouveau personnage : individualiste, moderne — il adore les grosses bagnoles et toutes les marques de luxe — et libre aussi, puisque beaucoup de ses chansons parlent de trains qui partent dans la nuit vers un avenir qui reste à découvrir. Jimmie Rodgers symbolise l’émancipation de l’individu par rapport au groupe.

Il écrit aussi la plupart de ses chansons et, s’il n’invente pas le concept de songwriting, on peut dire qu’il est la première superstar du genre, avant Seeger et Bob Dylan.

La formule fonctionne à tel point que le public demande sans cesse de nouvelles chansons de Jimmie Rodgers, qui n’a pas toujours ni l’envie ni la santé pour composer. Il souffre en effet de tuberculose, un mal qui finira par l’emporter.

C’est là que la sœur de sa femme, Elsie McWilliams, intervient. Elle est professeure de musique et surtout, elle a un incroyable don pour créer une mélodie à partir de n’importe quelle phrase. Donnez-lui trois bouts de ficelle et elle vous en fera une chanson immédiatement mémorable.

Elle écrira ou coécrira près d’un tiers des compositions de Rodgers, sans pour autant être toujours créditée. La maison de disques décidera également de la garder dans l’ombre pour ne pas abîmer l’image du cowboy solitaire et individualiste que Jimmie Rodgers avait auprès de ses fans.

Elle a pourtant joué un rôle essentiel dans la carrière de l’un des artistes les plus importants de l’histoire de la musique américaine.

Son travail finira par être reconnu en 1979, lorsqu’elle sera intronisée au Nashville Songwriters Hall of Fame. Elle est morte en 1985, à l’âge de 85 ans.

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