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par RRRouliane » jeu. 1 août 2019 14:06
J'ai souri avec narquoiserie quand j'ai appris le retour de la cassette. Ce support n'avais jamais disparu chez moi, pour deux raisons principales : j'avais conservé l'essentiel de ma collection de cassettes pré-enregistrées (Who, Hendrix, Doors, Pink Floyd, Zappa, Rolling Stones, Beatles, King Crimson, Yes entre autres) ainsi que de celles faites maison (bande-son de mes années de lycée et de fac, avec parfois plus de dix duplications sur la même bande, pour un rendu d'une qualité que je laisse votre imagination apprécier), mais aussi parce que je suis incapable de jeter ou de me séparer des objets qui m'accompagnent (sauf quand je suis raide, ce qui m'a fait revendre pas mal de mes vinyles quand j'étais étudiant).
Mais ce retour de la cassette a ceci d'amusant qu'il représente une nouvelle manifestation des effets de mode, confinant au pur snobisme, qui agite ceux qui ne peuvent se contenter d'apprécier la musique pour ce qu'elle est, pour ses qualités strictes, et qui éprouvent ce besoin irrépressible de se distinguer d'entre la masse, selon le support qu'ils utilisent. Bien évidemment cela fait écho au phénomène identique auparavant observé avec le vinyle et qui, je vous en fiche mon billet, concernera bientôt (si ce n'est pas déjà le cas, ayant aperçu l'année dernière ou il y a deux ans tout au plus, quelques réclames pour hipsters toujours à la pointe)... la bande reel-to-reel ! Et parmi les champions du "J'écoute que du vinyle" qu'il m'a été offert de rencontrer, il y avait notamment ceux (si ce n'est leurs enfants) qui me chantaient le refrain du "Le vinyle c'est has been, le CD ça sonne mieux, c'est indestructible, ça ne craque pas, etc" vingt-cinq ans auparavant, après avoir jeté leurs platines et s'amusant de mon inquiétude à pouvoir continuer de me procurer des cellules pour la mienne, condamnée sur l'autel de la modernité technologique triomphante, et par conséquent appelée à devenir une relique d'un passé révolu et honteux. Tout cela m'amuse, donc.
Mes souvenirs liés à la cassette ont principalement trait à l'usage que j'en faisais adolescent, un usage intensif et destiné à me permettre d'assouvir ma soif inextinguible de découverte, à une époque où je n'avais que peu ou pas de pouvoir d'achat, et où internet s'appelait encore Arpanet. Je me baladais donc toujours avec une ou plusieurs cassettes sur moi, au cas où je me retrouve quelque part où je tombais sur quelque chose que je voulais écouter et conserver, dans l'hypothèse où il y avait la possibilité et le matériel pour dupliquer. Ainsi les cassettes que j'avais emporté pour mon walkman lors de mon second voyage en Angleterre à l'âge de quatorze ans, ont été quasiment toutes effacées pour accueillir des copies des disques que le père de la famille d'accueil possédait, et qui, passez-moi l'expression, me filaient littéralement la gaule (les disques, pas le père de famille) : des trucs que je ne croisais jamais en magasin ou bien à la médiathèque, "Kick Out The Jams", le premier Kinks, le premier Pretty Things ! Ensuite, la cassette m'a servi pour partager et diffuser de la musique parmi celle qui m'enthousiasmait, par exemple le premier album de King Crimson, emprunté au petit bonheur la chance à la médiathèque sur la foi du seul vague souvenir d'avoir déjà vu cette pochette quelque part, et dont l'écoute m'occasionna un traumatisme tel que dans la nuit qui suivit, je fis à la chaîne des copies sur cinq cassettes différentes pour pouvoir les distribuer à quelques-uns de mes camarades de seconde. Enfin, étant déjà à cette époque-là musicien amateur, j'aimais le fait de pouvoir enregistrer ou faire enregistrer tout ce que je faisais, ou bien les concerts d'autres groupes auxquels j'assistais. Quand le support est tombé en désuétude au milieu des années 90 (la dernière cassette neuve que j'ai acheté était la version remastérisée et augmentée de "Live At Leeds" des Who, je n'avais pas assez pour le CD et je ne voulais, je ne pouvais, pas attendre), je n'en ai pas fait un plat, je me suis juste dit que ce serait une bonne idée que de pouvoir entretenir correctement le lecteur pour pouvoir en disposer le plus longtemps possible et ainsi pouvoir continuer d'utiliser mes cassettes.
Enfin, je suis capable d'apprécier les cassettes parce que je ne suis pas audiophile, loin de là.
"Ce sont ces jugements à l'emporte pièce m'ont longtemps tenu loin des forums et croyez bien que plein de gens avec des opinions très intéressantes s'abstiennent de s'inscrire ici et ailleurs pour les même raisons."