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Yusef Lateef – Alight Upon The Lake: Live At The Jazz Showcase – (2026)
Il ne s’agit pas d’un retour parmi nous de Yusef Lateef revenu rassembler ses ouailles, mais bien d’une réédition miraculeuse, en provenance d’enregistrements jusqu’alors inconnus, au « Jazz Showcase » de Chicago.
Ces enregistrements datent de juin mille neuf cent soixante-quinze, et pèsent plus de deux heures cinquante, soit un triple Cds ou un triple Lps, de quoi faire, assurément. Les amateurs seront comblés jusqu’à plus soif, réservez votre soirée, vous allez vous régaler !
Un travail méticuleux de restauration a été effectué, ainsi, c’est bien à l’heure de la dégustation où vous êtes conviés. Yusef se partage entre le saxophone ténor, la flûte et le hautbois, c’est précisément là où se situe l’originalité de son charme, ainsi, il vous transporte de la chaleur étouffante d’un club de Chicago à une cérémonie orientale dépaysante et rêveuse, sans que vous ayez à vous déplacer…
Les pièces s’étalent immodérément, comme si le temps n’avait pas d’importance et qu’il s’enflait ou se contractait, au bon vouloir du shaman sur la scène : c’est qu’ils sont en résidence pour tout le mois de juin. Mais il n’est pas seul, l’extraordinaire Kenny Barron est au piano, c’est une excellente occasion de l’apprécier, si ce n’est déjà fait, lui aussi ne se presse pas et s’étend quand nécessité se fait sentir.
Bob Cunningham est à la contrebasse, pizzicato ou archet, comme sur « Eboness » où il charme dans l’ordre des solos, après la douceur de la flûte s’exprime celle de l’archet. C’est Albert « Tootie » Heat qui tient les tambours et la batterie, un maître de l’instrument, tous les quatre partagent la même maîtrise et le même plaisir d’être là et de jouer, dans l’esprit de la tradition.
Cette formation tourne avec Yusef depuis plusieurs années, de même, ils fréquentent ce club assez souvent, et le proprio, Joe Segal, est un ami, s’il y avait des enregistrements inédits et inconnus à récupérer, c’était bien par là qu’il fallait chercher !
Le champ d’action est celui le plus courant, c’est-à-dire un bon hard bop qui se frotte souvent à la musique modale, ça démarre d’ailleurs avantageusement avec « The Untitled », excellente pièce d’une demi-heure qui ouvre la porte toute grande à l’expression débridée des solistes, qui en profitent comme il se doit, c’est la tradition du jazz, de son langage libre et affranchi, où chacun dispose de la musique pour lui donner vie.
La première véritable ballade s’exprime au beau milieu du second Cd, avec « I Remember Webster », cinquième des neuf titres qui occupent l’album. Un bel hommage au son charnu et chaud du vieux Webster, le saxo ténor de Yusef se régale et se recueille en pensant au noble « Ben », un aîné à qui est dû tout le respect possible, lui qui fut un guide pour tant d’admirateurs, connus ou pas…
Sur « Opus 1 & 2 », pièce de trente minutes, signée par Akira Inoue, on retrouve à nouveau le tandem flûte et contrebasse frottée, qui fait des merveilles et nous renvoie près de l’Inde et de ses sonorités exotiques et enchanteresses…
Ce sont ces moments qui sont si précieux sur cet album, quand s’échappe les cadres et que survient la douce méditation provoquée par la flûte, dans un espace modal et innovant, alors qu’un drone s’exprime à l’arrière…
Ces moments rares où tout dure sans limitation particulière sont à chérir dans notre vie, il en arrive quelques-uns par la voie de la musique, alors il faut les goûter avec délicatesse, et même parcimonie…
Aucune baisse dans l’inspiration ici, sur « Golden Goddess » qui est absolument magnifique et lumineux, ou « Straighten up and Fly Right » ou bien encore « Yusef’s Mood », c’est peu de dire qu’ici nous sommes en immersion, disons plutôt que le plus difficile est de s’extirper de ce monde-là, auquel nous aspirons.
Beaucoup d’étoiles…
Eboness
I Remember Webster
Golden Goddess
Straighten Up & Fly Right
Opus 1 & 2