J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Douglas
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 18 sept. 2024 02:11

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Lucien Johnson, Alan Silva, Makoto Sato – Stinging Nettles – (2014)

Voici un album paru sur le label de Julien Palomo, « Improvising Beings », qui recèle quelques trésors, celui-ci en fait partie, avec les albums de Sonny Simmons. Deux générations sont ici rassemblées, Lucien Johnson à lui seul symbolise la plus jeune. C’est un néozélandais né à Wellington, qui passa pas mal de temps à Paris, période pendant laquelle il laissa une trace phonographique avec cet album. Il joue du saxophone ténor et se montre tout à fait à l’aise avec les deux anciens.

Le contrebassiste Alan Silva est sans doute le plus capé, on peut même le ranger parmi les contrebassistes les plus vivaces de sa génération. Plus jeune, il faisait partie de l’avant-garde du free jazz et son nom est resté dans l’histoire, comme l’un des plus audacieux d’alors. Il a également enregistré plus tard avec Julien Palomo quelques albums sur le label de ce dernier, dont celui-ci, très réussi.

Makoto Sato lui aussi est un ancien, peut-être n’a-t-il pas l’aura du contrebassiste, mais son nom reste fameux, et ce n’est pas un hasard s’il se retrouve ici, batteur de cette illustre compagnie. Pour faire le lien avec un album plus haut qui nous a occupé, il faut signaler la présence de Jean-Marc Foussat à la prise de son et au mixage, mais attention, en deux mille six !

L’album dépasse les cinquante et une minute, ce qui laisse à chacun largement le temps de s’exprimer, d’autant que l’album est très aéré, il respire l’espace et le grand air. Chaque instrument est enregistré à la perfection et tout s’entend. Le saxophone, bien sûr, au ton chaud et souvent volubile, ne refuse aucune audace et se cale synchro avec ses deux comparses, autant qu’il est possible.

Il est bien sûr des pièces qui sont axés sur les timbres, comme « Ice Shelf », ou qui avancent en trio comme « Burnt Fingers », où Lucien Johnson se rappelle Ayler l’ancien, mais ces exercices n’attisent aujourd’hui plus que de l’admiration. Les deux rythmiciens au jeu très ouvert sont absolument phénoménaux et se trouvent très vite, habité par le même esprit et la même veine inspiratrice.

Huit pièces se succèdent avec un bel « allant », chacune succédant à l’autre et dessinant encore d’autres voies à suivre, d’autres destinations cousines, tout en suivant une ligne logique et pertinente. La dernière pièce où s’entend la voix de Makoto Sato pourrait signifier un point d’arrivée très paisible, plein de lyrisme et de joie de vivre, comme la fin d’un long voyage…

Stinging Nettles


Pieces Of Eight
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 19 sept. 2024 02:05

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NDIO – Airback – (2005)

NDIO signifie "Never Dance In Orange", le groupe a été formé à partir du « Hugh Hopper Band » défunt, donc bienvenue dans le monde de la musique de Canterbury. C’est ainsi que le saxophoniste néerlandais, Frank van der Kooij, prend le lead, et convoque quelques anciens pour enregistrer cet album.

On retrouve donc Hugh Hopper à la basse, le tromboniste anglais Robert Jarvis et le batteur Pieter Bast. Côté nouveaux, se greffent le guitariste Niels Brouwer et le claviériste Paul Maassen. Sous ces couleurs majoritairement bataves s’enregistre un bel album « fusion », qui conserve l’influence prégnante du grand Hugh Hopper, le titre d’ouverture, « Big Bombay » est d’ailleurs une de ses compos, en provenance de « Uses Wrist Grab » de la formation Bone, paru en deux mille trois.

Faut pas trop attendre d’appréciation négative de ma part car je suis le plus souvent un fan de la musique dite de « Canterbury », dont j’apprécie plus particulièrement la constellation « Soft Machine » et tout ce qui gravite autour, comme cet album, me semble -t-il pas très connu, mais qui possède des qualités indiscutables.

Il y a d’évidence une influence jazz prépondérante dans cette fusion qui regarde également côté rock, tendance prog, avec de bons musiciens au gros bagage technique, dont la volonté semble de vouloir s’ouvrir à un large public, même si ça ne marche pas à tous les coups. On entend des échantillonnages, une influence un peu « classique » induite par le pianiste et organiste Paul Maassen, bien que ce ne soit pas le côté que je préfère…

Hugh Hopper a apporté également une seconde compo, « Stromboli » qui arrive à l’étape sept, mais l’essentiel est tout de même signé de l’excellent Frank van der Kooij, qui fait beaucoup ici, et emmène deux tiers des compos, souvent bien inspirées, aériennes et bien enlevées. L’excellent tromboniste Robert Jarvis signe pour sa part le très beau « Landscapes » et ajoute une belle couleur sur l’ensemble de l’album qu’il bonifie considérablement, comme sur « Soap » par exemple.

On retiendra également « Last Night of the Prawns » très réussi, « Bone » est plus folkeux avec son influence espagnole, où Jarvis et Niels Brouwer signent la couleur, ainsi que de belles impros qui habitent la pièce.

Sans être particulièrement bouleversant l’album est cependant honnête et fait partie de ceux qui trouvent aisément le chemin vers la platine, ou même le compagnonnage lors de longs périples routiers, à ne pas négliger, donc.

Ndio - Big Bombay


Wise Men


Mr. Barn


Soap
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 20 sept. 2024 01:55

Un petit retour vers cette série qui enflamma alors la planète "Jazz"...
Douglas a écrit :
dim. 19 juin 2022 20:48
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John Zorn – Masada – Alef (1994)

Restons dans l’année mille neuf cent quatre-vingt-quatorze avec cet autre totem. Voici le groupe Masada dans sa conception acoustique, un quartet de feu qui laissa derrière lui dix albums enregistrés en studios, celui-ci est le premier, le dernier de cette série du « Masada Songbook » sortira en quatre-vingt-dix-huit. Quelques « Live » suivront pour que vive la légende.

Que des numéros « un » à chaque poste, John Zorn compose et joue du saxophone alto, c’est un musicien exceptionnel, dommage qu’il laissera trop souvent cette qualité dans sa poche pour ne se consacrer qu’à la composition, il faut dire qu’être surdoué oblige parfois à des choix. Le fait qu’il soit musicien et soliste à part entière ne fait que rajouter à l’attractivité de la formation Masada.

Dave Douglas joue de la trompette, on connaît la qualité de ce grand musicien, précisément c’est ce qui a présidé à ce choix, et on en prend plein les oreilles au fil des albums. Justesse et précision sont les maîtres-mots ici mais, au-delà de la technique, qui est immense, c’est l’engagement du musicien en entier dans le projet qui interpelle, l’âme ici déborde.

Il y a également Greg Cohen à la basse, il suffit de consacrer un peu d’attention à son jeu pour comprendre son rôle central, la subtilité du son dans les détails, ce petit plus qui s’ajoute à chaque fois, une façon de magnifier le son. Mais c’est le grand Joey Baron qui surprend le plus sur cet album, cette façon de s’impliquer dans cette musique, d’en devenir parfois leader et d’orienter le jeu de façon définitive, avec autorité, peut surprendre.

Mais s’attarder sur chacun est presque une faute car c’est le quartet en entier, dans sa composition et ses rouages, qui est une machine exceptionnelle. C’est incontestablement un quartet de jazz dans toute sa dimension, on ne peut rien enlever à cette noblesse, mais il faut ajouter cette importante influence de la musique klezmer ici, ce mélange d’influences de musiques orientale et d’Europe de l’est, qui offre ce petit plus, parfumé et exotique, bien que s’y cache également les larmes d’un peuple souffrant, réunissant étroitement joie et tristesse en même temps, un message qui s’adresse directement au cœur.

Alors cet album est éblouissant, entre virtuosité assumée et diversité des styles, tantôt des ballades nostalgiques ou tristes, tantôt des airs vifs et trépidants et, parfois, un entre-deux savant, ce qui domine c’est la diversité et l’éblouissement lors des solos, ou lors de l’impro collective qui jamais ne s’égare.

La maîtrise est en effet parfaite, chaque folie est désirée mais contrôlée, c’est ce mélange unique qui fait de cette musique ce qu’elle est : l’une des plus belles, tout simplement !

Masada: Alef - Jair


John Zorn - Masada: Alef - Tahah


John Zorn - Bith Aneth


John Zorn - Masada: Alef - Tzofeh
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Message par Douglas » ven. 20 sept. 2024 02:08

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John Zorn - Masada – Beit – (1994)

Voici le second volume de la formation « Masada », initié par John Zorn autour d’un quartet fixe. Ce parti-pris sera abandonné par la suite, Zorn abandonnant le plus souvent sa fonction d’instrumentiste, pour se consacre à celle de compositeur et chef d’orchestre, confiant ses œuvres entre les mains de musiciens pour la plupart hors pair.

Pourtant John Zorn, le musicien, est tout à fait excellent, il l’a démontré lors de son début de carrière et plus particulièrement avec le groupe Masada, vite devenu historique. Chaque album de cette série qui en contient dix, est appelé par un nom de lettre de L'alphabet hébreu, ainsi après « aleph », vient « beth », puis « gimel », il y a souvent plusieurs écritures pour nommer ces lettres. Il y a, en outre, une valeur symbolique qui se cache dans chacune, mais tout ça est très complexe et une vie suffirait à peine à la compréhension fine de ces symboles…

Nous nous contenterons d’observer que Zorn s’en est tenu aux dix premières lettres, bien qu’il en existât encore, derrière. Lorsque ces albums sont parus au milieu des années quatre-vingt-dix, ils connurent vite une grande considération, qui semblait entourée de mystère pour ceux qui en entendait parler sans pouvoir les écouter, je m’en souviens encore.

Ce qui faisait l’admiration, c’est bien sûr les compos et leur exotisme, mais aussi, et peut-être surtout, la parfaite exécution des pièces, cette idée du « parfait » est une constante chez Zorn, même s’il aime introduire dans certaines œuvres, justement de l’inattendu et de l’aléatoire. Mais il faut également saluer les musiciens qui improvisent magistralement dans les cadres prévus par les compositions.

Généralement, le reproche que l’on fait à cet album est la relative lenteur des compos que l’on y trouve, comme le très beau « Sansanah » probablement, en réalité, ce manque de dynamisme supposé ne pèse que pour partie seulement.

J’aurais plutôt tendance aujourd’hui, à penser qu’en fait, ça ne joue pas, les pièces lentes ne sont pas moins bonnes que les autres et s’il est vrai que l’équilibre n’y est pas, il n’est pas non plus à l’intérieur des compos elles-mêmes, qui sont souvent secouées et parcourues de saccades.

D’ailleurs certaines compos ici feront partie de la sélection qui sera établie lors des concerts et « Hadasha », « Lachish », « Rachab », « Achshaph » et « Shilhim » seront jouées en live, c’est-à-dire un peu moins de la moitié de l’album, ce qui ne laisse en rien supposer un quelconque affaissement dans l’inspiration. La dernière pièce « Shilhim », est teintée profondément par la musique klezmer et nous est servie à la sauce free, bref et éclatant !

Il faut savoir également que l’album est couramment nommé « Masada deux » par les amateurs, ce qui se conçoit aisément, il en sera de même pour le reste de la série, une numération non écrite s’imposera, avec le temps...

John Zorn • Masada - Beit (1994) Full Album
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Message par Douglas » sam. 21 sept. 2024 01:47

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John Zorn - Masada – Gimel – (1995)

Comme l’ensemble de cette série, les albums ne sont pas parus sur Tzadik, qui n’existait pas encore, mais sur le label japonais « Diw Records », c’est ce qui explique la relative rareté de certains albums de ce premier « Book » de Masada, assez peu réédité. Pourtant le packaging est très réussi, on peut penser que les « obi » qui vont devenir la marque de Tzadik, prennent leur racine ici, avec ce label de free jazz.

Les enregistrements live qui suivront seront, eux sur Tzadik, et ne connaîtront pas cette relative rareté qui reste la marque des Masada authentiques, car il y a eu des versions russes, pirates et plutôt à fuir. Ces « live » sont au nombre de sept, si on compte celui du cinquantième anniversaire, dont je vous ai déjà fait part, ils ne font pas partie du « Book un », dont ils sont une sorte d’extension.

« Gimel » est un grand cru, avec des compos souvent magnifiques, ici pas de problème d’équilibre, comme sur le précédent, et tout y est bon, comme sur le précédent, également. Il est considéré par certains comme le meilleur de la série, et il faut bien reconnaître qu’il est tout à fait recommandable, jusqu’à devenir une porte d’entrée privilégiée pour aborder la musique klezmer, ou pour entrer dans le monde incroyable de Masada.

Le quartet s’y montre époustouflant, je le répète à chaque fois, mais cette quasi perfection me hante, chaque note, écrite ou improvisée semble irrémédiablement à sa place, comme si le bon génie de Zorn veillait à tout. On peut taper au hasard dans le cd, à chaque fois le même génie, la même lumière, côté batterie, contrebasse, trompette ou saxo, tout va et se trouve à la bonne place au moment idoine…

Le seul défaut de cette démesure est qu’elle pourrait devenir lassante, pourtant l’ennui ne vient jamais et les albums s’écoutent avec plaisir en enfilade. Dont acte, laisser couler donc, et profiter de ce nectar au charme particulier et inimitable. A noter que, cette fois-ci, les titres lents, comme « Abidan » ou « Sheloshim », sont moins nombreux et tout aussi excellents que les autres !

John Zorn • Masada - Gimel (1994) Full Album
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 23 sept. 2024 00:30

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John Zorn - Masada – Dalet – (1995)

« Dalet » est un petit peu à part dans ce premier livret de Masada, en effet, l’édition originale a été offerte par le label distributeur « Diw », contre une preuve d’achat des trois premiers Masada. Aussi il est un peu plus léger en performance, puisqu’il n’arrive pas aux dix-neuf minutes, réparties en trois titres, « Midbar », « Malah » et « Zenan ».

Une réédition, deux années plus tard le proposa à la vente, afin que les aficionados ne soient pas lésés. Il faut également signaler que lors de la réédition du trentième anniversaire, en deux mille vingt-trois, « Dalet » fut considérablement augmenté de sept nouveaux titres, rien que « Paran » frôle les dix-neuf minutes à lui seul, il faut dire qu’il contient de nombreux faux départs et d’arrêts intempestifs, il y a également des outakes, et plus d’une heure d’ajouts au total.

Une petite plongée historique nous apprend que ce fabuleux quartet, avec Dave Douglas, Greg Cohen, Joey Baron et John Zorn n’a pas été créé pour cette série sous le nom de Masada, mais qu’il s’est tout d’abord formé en quatre-vingt-treize, pour une musique de film de Joe Chappelle, qui deviendra plus tard le « Filmworks III : 1990-1995 », ceci pour les complétistes qui apprécieront.

Ces trois pièces gratuites à l’origine sont, en fait, un cadeau aux fans, même si plus tard le Cd aura, malgré son format E.P, le même prix qu’un album complet. Les pièces restent malgré tout intéressantes et méritent une publication. « Midbar » évoque la musique d’Ornette Coleman, dès son introduction, avec des éclairs d’accents klezmer qui naissent dans l’échange entre les solistes, Douglas et sa trompette et John Zorn et son saxophone alto.

« Malah » avance lentement, avec un tel poids que la pesanteur le ralentit encore, ce qu’il perd en légèreté il le gagne sur la durée, car la pièce est la plus longue et dépasse les huit minutes. Elle est malgré tout agréable avec un beau solo de Dave Douglas qui risque le blues, avant que Zorn ne s’en saisisse également. « Zenan » est par contre très enlevée, bien pulsée par Joe Baron qui envoie sérieusement.

C’est court, mais bien bon, tout ça !

John Zorn • Masada - Dalet (1995) Full Album
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 24 sept. 2024 03:26

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John Zorn - Masada – Hei – (1995)

Ce cinquième album se situe dans le même souffle que les précédents, toujours ce mélange entre jazz et musique klezmer, le free se mélangeant à la tradition, et ces mêmes sensations de renouvellement inquiet, jonglant entre musique spirituelle vivante, et conservatisme culturel, mélangeant les émotions avec des sentiments différents et même parfois, opposés.

« Hobah » est d’ailleurs assez effarant quand on le prend de face, et qu’il arrive, sans crier gare, terrible et effrayant. Douglas et Zorn sortent les griffes, l’un secouant l’autre, tandis que Joey Baron frappe ses tambours et esquisse comme une colère, un questionnement. La basse de Greg Cohen est d’ailleurs toute secouée, claquante des cordes et chancelante comme un arbre dans la tempête…

« Hobah » est puissant et ravageur, destructeur de certitudes, et dire qu’il arrive central, dans la séquence des pièces, que signifie ce désordre ? Quel est le sens de ce questionnement ? Il n’y a plus rien de sûr et plus rien ne tient… « Neshamah » qui arrive est porté par le jeu de Joey à la batterie qui commente, orne et décore les solos des souffleurs qui se posent. Joey a la main, il distribue et distingue.

C’est bien lui que l’on a entendu, magistral sur « Beeroth » qu’il a envoyé, tel un prince dansant, distribuant pièces étincelantes et pierres luminescentes, il s’est emparé du vaisseau et l’a précipité, ensuite, dans la tempête, donnant l’alerte et maintenant chacun sur sa garde…

Pourtant l’album semblait normal, à son début, deux belles pièces qui attirent la sympathie et semblent consensuelles, « Paran » et « Halisah », surtout cette dernière, qui fait mouche, avant que tout ne bascule…

Le court « Lakum », colemanien en diable, pourrait être une réponse à cette agitation, mais il n’est que criard et grimaçant, voire moqueur et crispant, certainement pas une réponse, plutôt une nouvelle secousse provocante…

« Makedah » ne rassure pas vraiment, évasif, mais interrogatif, il rassemble, mais ne parle pas de paix, il soigne, mais ne guérit pas… La basse convole avec l’alto, et la trompette sombre avec la batterie. Puis le cuivre se redresse dans les aigus appelant un peu de clarté, « tit’ lumière siou plaît… » C’est vrai, ça peut marcher…

Reste « Hafla’ah » qui sonne comme un appel, un rassemblement, un désir d’union, se serrer, se tenir, se soutenir…

John Zorn • Masada - Hei (1995) Full Album
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 25 sept. 2024 01:47

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John Zorn - Masada – Vav – (1996)

Avec « Vav » on continue avec le meilleur, après les remarquables « trois » et « cinq », dès « Debir » le titre d’ouverture, extrêmement efficace. John Zorn à l’alto se révèle à nouveau digne fils d’Ornette et envoie à la perfection. Dave Douglas est au niveau, alter ego essentiel, chacun stimule l’autre et le pousse vers les limites. La rythmique est redoutable d’efficacité, et se montre à la hauteur, ici chacun côtoie les cimes, et on n’est pas prêt à redescendre…

Dave Douglas est éblouissant bien souvent sur les titres lents, il sait y faire et s’y plait. Une nouvelle preuve ici avec le très, très lent « Miktav », où il régale d’un solo exceptionnel, cultivant une sorte de suspens qui pourrait devenir la bande sonore de bien des films du genre… Avec les balais de Joey Baron qui caressent les toms, et les frémissements des cymbales. John Zorn apporte lui aussi sa couleur et tisse sa trame également… C’est la pièce la plus longue de l’opus, elle frôle les dix minutes, encore un grand moment.

Bon je vais dans le désordre, mais toutes les pièces sont remarquables, toujours cette écriture ciselée, précise, qui vise juste, et va toujours plus loin qu’on ne s’y attend, aménageant les surprises et les effets. L’interprétation est hors norme, mais déjà on s’y habitue, et les improvisations, toujours bien cadrées, ne cessent de s’intégrer avec une belle justesse, comme sur « Nashon », qui pousse le post-bop vers le hors limite et frétille fort, vers les six minutes quinze, quand Zorn répond à Douglas et incendie la pièce.

Il y a également le tubesque « Tiferet » qui ramènera la plupart des suffrages, avec son accroche mélodique et sa facilité à vous harponner le cerveau, l’air de rien. Les variations de l’intensité dans l’interprétation y sont pour beaucoup, et le mélange entre Orient et musique d’Europe de l’est fonctionne à ravir, juste une promenade, prendre l’air et tourner, comme le ferait la feuille d’automne, et repartir encore, l’air frais dans les poumons et la brise légère qui caresse…

Mais la tornade, le truc qui effraie c’est l’énorme « Beer Shiba » qui termine l’album, il apparaît comme une sorte de verrue sur l’album, le « truc » pas à sa place avec un retentissant Greg Cohen à la basse qui donne le ton et un Joey Baron désarticulé. Zorn balance free et dérape, la tension s’installe fort et tout bascule, Douglas même crachote et glisse… Ça flambe et prend feu ! Ce « Masada » six », comme il est souvent appelé, est décidément incroyable !

John Zorn • Masada - Vav (1996) Full Album ( C'est bien le six, même s'il y a erreur sur les titres annoncés sur la vidéo! )


Miktav by John Zorn
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 26 sept. 2024 03:13

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John Zorn - Masada – Zayin (1996)

Peut-être, avant d’aller plus loin, une brève parenthèse sur les formations « Masada » chez Zorn. Car celle-ci est la toute première, que nous pourrions appeler le quartet Masada acoustique, mais elle va connaître d’autres destinées, au fil des années. Car il y eût, en deux mille cinq, le grandiose double Cd « At The Mountains Of Madness », puis « 50⁴ » dans la série des anniversaires, qui parurent sous le nom « Electric Masada ».

Il y a eu également le « Masada String Trio », formé de Mark Feldman au violon, Erik Friedlander violoncelle et Greg Cohen à la contrebasse. Si on rajoute Marc Ribot à la guitare, Cyro Baptista aux percus et Joey Baron à la batterie on obtient le « Bar Kokhba Sextet », un dérivé. Enfin, depuis deux mille dix-neuf, est apparu le « New Masada Quartet » avec Julian Lage à la guitare, Jorge Roeder à la contrebasse et Kenny Wollesen à la batterie.

Ce septième volume « Zayin », est assez souvent considéré comme un point faible, particulièrement au regard de ses prédécesseurs, souvent excellents. Il est mis un peu à part, tout comme « Dalet », le quatrième volume. Pourtant nous baignons avec cette formation dans l’excellence, et même dans le mythique, pour les plus fans, il faut donc rester prudent et ne pas tirer de trop hâtives conclusions...

Les réussites pour commencer, « Mashlav », belle pièce incontestable, me semble-t-il. « Otiot », consacré à la basse de Greg Cohen, très mise en avant et gentiment accompagnée, trois minutes où il est mis en honneur. « Nevuah » fonctionne sur un hard bop survitaminé où Zorn et Douglas se passent la main de façon virtuose, puis se prennent les pieds dans le tapis et virent cahin-caha, un peu surprenant et étonnamment bavard, sans doute trop long, mais, cependant, encore impressionnant.…

Le long et lent « Kedem » fait partie sans doute des titres qui attirèrent les reproches, mais il connut une résurrection, repris par l’Electric Masada sur « At The Mountains Of Madness », en compagnie des très bons « Hath-Arob » et du superbe « Tekufah », tous les deux en provenance de cet album dans d’honorables versions.

Le bref « Zemer » est également à saluer, tout comme « Shevet » qui ouvre l’album ou « Evel » qui prend le temps. On le comprend bien, il y a beaucoup à sauver ici, mais à l’ombre des précédents albums, qui ne sont rien moins que parfaits, par ailleurs celui-ci semble un peu disparate, rassemblant certaines pièces qui pourraient sembler mineures.

Il fallait bien, de toute façon, un vilain petit canard…

John Zorn • Masada - Zayin (1996) Full Album
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 27 sept. 2024 00:42

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John Zorn - Masada – Het – (1997)

A l’origine « Masada » signifie « forteresse », cette dernière est constituée de plusieurs palais et de bâtiments défensifs, située sur un point proéminant, au sommet d’une montagne isolée sur la pente est du désert de Judée. L’accès est très difficile, Masada est bordée à l’est d’une falaise de plus de quatre cent cinquante mètres, le plateau est quasi imprenable, autrefois Hérode y vivait, gardé par une garnison importante. En soixante-dix, les romains voulurent s’emparer de Masada, ils construisirent un mur d’encerclement, huit camps et une rampe d’accès de plus de cent mètres de hauteur, en utilisant des rochers et des troncs d’arbre.

Ils étaient huit mille qui encerclaient un millier de révoltés. En soixante-treize les romains défoncèrent la muraille et accédèrent à Masada, mais les bâtiments étaient en feu et les habitants s’étaient suicidés. Ce suicide collectif créa une légende où s’exalte l’héroïsme des populations face à l’oppresseur. John Zorn est militant de la cause israélienne et ne choisit pas ce nom au hasard, encore aujourd’hui, des soldats font serment à Masada : « Massada ne tombera pas une nouvelle fois ».

Nous voici arrivés au huitième volume de Masada, qui s’ouvre avec l’excellent « Shechem », une longue pièce qui dépasse les onze minutes et qui s’avère très agréable, et déjà un point fort de cet album. Joey Baron à la batterie mène la pièce main de maître, en frappant les anneaux métalliques de ses tambours, comme il aime le faire assez souvent, mais surtout en utilisant un jeu de cymbales foisonnant.

On retrouve les solos serpentins des duettistes à la trompette et au sax alto, l’entente est désormais quasi télépathique et la pièce file à grande vitesse, emportée dans un tourment post-colemanien de haute tenue. « Elilah » est beaucoup moins vive, avec ses accents klezmer et sa mélodie addictive, si belle et fragile, avec un solo déchirant de Dave Douglas…

Vient ensuite « Kodashim » où les deux souffleurs jouent de concert en tournoyant follement, sur un tempo assez lent, avant de laisser Greg Cohen dessiner un beau solo de basse. Puis arrive « Halom » bref et free, qui envoie et nettoie, histoire de reposer les bases avec « Ne’eman », d’une durée de dix minutes, introduites par la contrebasse qui lance le quartet.

La pièce est une belle réussite, les accents klezmer l’illuminent et Zorn et Douglas se croisent et entrelacent le flux, mais, à d’autres moments se comportent en soliste solitaire, ce qui est plutôt rare en fait, encore un autre sommet de l’album, déjà le troisième ! « Abed-Nego » est également intéressante, sur tempo plutôt lent, mais avec des accélérations, elle avance lentement et s’enrichit de mystères et d’ivresse, tournoyante et superbe !

Il reste encore le bouillant « Tohorot », vivace et resplendissant, le calme « Mochin », reposant et bluesy où Dave brille, le vif et dansant « Amarin », ainsi que « Khebar » qui ferme la marche et conclut ce très bel album, le « Masada huit » !

John Zorn • Masada - Het (1997) Full Album
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 28 sept. 2024 05:56

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Masada – Tet – (1998)

Et voici le neuvième album de l’aventure Masada, côté studio, on pourrait penser qu’il résume assez bien le parcours de cette extraordinaire formation. Le succès est là, et même un peu plus, la série a fortement contribué à la légende de Zorn, son nom est maintenant connu et partagé, sa musique est écoutée, c’est le moment que le démiurge va bientôt choisir pour passer à une nouvelle étape, construire une autre maison…

Eternel insatisfait peut-être, mais aussi curieux de tout, avec des idées qui bouillonnent et le traversent, Zorn ne peut résister à la tentation de l’aventure, quitte à faire des choix risqués ou même désastreux, mais qu’importe il avance, prend des risques et les assume seul. Jusqu’au bout de la route il obéira à ses foucades, il ne sait faire autrement, là est son chemin, son destin, et son génie aussi…

Ce « Masada neuf » peut en effet, résumer pas mal de choses qui se sont opérées lors de l’aventure Masada, à commencer par le rôle des musiciens qui a un peu évolué, chacun prenant une place de plus en plus importante dans la mixture commune, à tel point que Greg Cohen et Joey Baron pourraient être les nouveaux héros de ce neuvième opus.

A tout le moins le partage se fait à égalité, ce qui est notable, mais de plus en plus Zorn s’échappera des formations avec membres fixes, il préfèrera l’altérité et le changement, s’effacera même en tant que musicien, délaissant la tâche, malgré qu’il soit un extraordinaire saxophoniste. C’est également, pour l’amateur de jazz, l’occasion, au travers de ces « Masada », de pouvoir l’entendre et l’apprécier en tant que musicien, rôle dans lequel il brille avec excellence.

On retrouve ici son goût pour la musique klezmer et la musique traditionnelle juive qui l’influence, tout du long il restera un interprète émérite de cette partie de son identité, car, faut-il le préciser, il garde au fond de l’âme un esprit militant et profondément attaché à ses racines et à sa culture. Assez souvent il aime porter des vêtements kaki, ou de camouflage, comme s’il vivait comme un guerrier.

Mais il y a cette influence « Jazz » qui domine majoritairement, avec une tendance à rendre hommage à Ornette Coleman, plus qu’à John Coltrane. Probablement cette continuité post-bop lui paraît-elle plus évidente chez Ornette, qui puise dans be-bop et le hard bop, alors que Coltrane suit une route différente, habitée, qui ne cherche pas de voix logique, qui est celle d’une quête infatigable et d’abord spirituelle…

Et puis ici, se trouve ce qui le caractérise le plus, sans parler de son imagination, de sa très grande culture et de sa créativité sans borne, je veux parler de la haute exigence de son travail ainsi que de celui de ses partenaires, il est presque ahurissant d’arriver à un tel niveau de perfection.

Ce neuvième volume est donc parfaitement réussi, réunissant un peu tout ça, de l’excellence un peu partout, il ne me semble pas que les derniers albums de Masada soient tellement fêtés, et bien celui-ci, me semble-t-il, le mériterait bien.

On y trouve de tout : de chouettes ballades, des pièces un peu free, d’autres davantage post bop, de magnifiques solos des uns et des autres, de belles mélodies, des passages dansants, d’autres où on frappe du pied, et d’autres encore où on remue la tête, avant qu’elle ne se perde…

John Zorn • Masada - Tet (1998) Full Album
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Piranha » sam. 28 sept. 2024 13:51

En parlant de Zorn, un nouvel album de Painkiller va sortir bientôt :o (novembre)
Plus de 10 ans après le dernier.
Toujours avec Bill Laswell et Mick Harris (Scorn, fondateur de Napalm Death)

Pochette en exclu
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 29 sept. 2024 01:12

Une pochette en harmonie avec ton avatar !
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 30 sept. 2024 03:49

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John Zorn - Masada – Yod – (1998)

Et voici venir « Yod » le dernier volume de Masada, cette première série sera également appelée « Masada Book 1 ». Je vous avais présenté le « Masada Book 2 : The Book of Angels » et ses trente-deux volumes qui s’étagèrent entre deux mille-cinq et deux mille dix-sept, ainsi que « Masada Book 3 : The Book Beriah » qui contient les onze derniers volumes, sortis en deux mille dix-huit. L’entièreté de ce travail est tout à fait considérable, aussi haut que la montagne de Masada, parfois tout aussi escarpé et insaisissable…

« Yod » s’ouvre méchamment avec le terrible « Ruach » que Zorn incendie et lacère, terrible, efficace et sanglant, pourtant aisément écoutable. Le klezmer est à la fête et « Kilayim » qui suit, pourrait annoncer un nouveau dérapage : secousses, saccades, arrêts fréquents, reprises, bordées furieuses, rien ne va et tout est beau, c’est une des signatures de Zorn l’intraitable.

Très vite arrive « Taltalim » troisième pièce soumise à Zorn le déchaîné, mais cette fois-ci on reste un peu en d’dans, la pièce est lente et se présente comme une ballade, elle offre à Douglas l’opportunité de déployer ses talents sur ce genre de tempo qu’il affectionne, Baron y est tout simplement merveilleux de justesse et Greg Cohen tricote gentiment avec les cordes de sa contrebasse.

« Hashmal » est plus virevoltant et pourrait faire tourner les danseurs, de la musique klezmer presque traditionnelle, c’est vraiment bien ! « Tevel » confirme ce retour vers un certain « calme », du lyrisme en pagaille et le klezmer qui triomphe, on remarque à nouveau que les entrelacs entre l’alto et la trompette ne sont plus aussi significatifs, ni systématiques qu’à d’autres moments.

« Segulah » marque une nouvelle rupture vers un peu moins de conventionnel, et tout s’agite une fois encore, « la tempête après le calme », dit le sage… « Yechida » s’offre comme une sorte de blues-klezmer assez nostalgique, qui s’ouvre lentement et s’énerve un peu en se déployant, le rythme colle au pied et la lenteur moite s’installe dans les interstices, un titre qui sait prendre son temps…

Sur « Tzalim » Joey Baron s’installe et nous régale, « Nashim » également. Puis arrive la pièce la plus longue, qui frôle le quart d’heure, l’hypnotique « Abrakala » qui s’étire et s’ouvre aux impros, cuivre et anche déroulent de longs fils tandis que la rythmique occupe l’espace avec délicatesse… Probablement la pièce la plus « cool » du livre.

Ce dernier se ferme avec le bref « Zevul » qui met un point final joyeux et presque martial…

John Zorn • Masada - Yod (1998) Full Album
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 1 oct. 2024 04:11

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Lee Konitz With Warne Marsh – Lee Konitz With Warne Marsh – (1955)

Voici une bonne bouteille millésimée, cru mille neuf cent cinquante-cinq, avec deux saxophonistes qui ont l’habitude de se côtoyer, le bien connu Lee Konitz, joueur de sax alto, et le moins connu Warne Marsh au sax ténor, un gars spécial. Aujourd’hui il est difficile d’imaginer ce que représentaient ces gars-là, tant, vu d’ici, tout se ressemble et même se vaut.

C’est évidemment une fatale erreur qui ferait bondir les plus anciens, cet album en est un parfait exemple, il se distingue déjà par son « école », comme on disait autrefois, ici c’est de la musique typée « cool », dans la lignée de Lennie Tristano, le père spirituel dont les deux jouent l’excellent « Two not one ». Le plus connu des suiveurs est certainement Miles Davis, mais faisons avec ces deux-là, le voyage en vaut la chandelle, comme on disait, autrefois…

Sur la pochette on les voit bien potes, et c’est la réalité, le prénom « Lee » est écrit en gros, ici, c’est lui le boss, Warne est l’invité, son nom est plus petit… Pourtant ce gars est tout à fait exceptionnel, non pas parce qu’il joue sur une jambe avec un bras en arrière, non, mais pour la qualité de son jeu qui subjuguait à l’époque.

Evidemment ce n’est pas Charlie Parker, ça tombe bien car il ne s’inscrit pas vraiment dans cette lignée, lui, l’homme du « cool jazz », son héro ce serait plutôt Lester Young si on remonte encore un peu le temps. Et puis il y a ce truc chez Warne, il s’installe goulument dans les sons aigus de son ténor, à tel point que parfois on ne sait plus très bien si c’est Lee à l’alto qui joue ou Warne au ténor !

Warne possède un son chaud et doux comme une caresse, quand on pense que dans les années cinquante certains prétendaient que les musiciens « cool » manquaient de swing et possédaient un jeu froid, ils n’ont pas dû écouter Warne Marsh ! Son jeu est réputé complexe et acrobatique, une anecdote raconte que lors d’une Jam Session, où il jouait avec Stan Getz, il a bluffé ce dernier qui en était presque intimidé !

Les accompagnateurs sont également superlatifs, le pianiste Sal Mosca, le guitariste Billy Bauer, Oscar Pettiford à la basse et Kenny Clarke à la batterie. Les pièces jouées sont essentiellement des standards, le fameux « Topsy » de Count Basie, revisité, le « Donna Lee » de Charlie Parker, « Don’t Quawk » d’Oscar Pettiford et « Background Music » signé de Warne Marsh. « Ronnies Line » composé par le pianiste Ronnie Ball voit le compositeur remplacer au piano Sal Mosca sur ce titre.

Un bon album de Jazz Cool, assez représentatif de cette lignée du jazz.

Topsy


There Will Never Be Another You


Lee Konitz and Warne Marsh - Donna Lee


Lee Konitz Quintet with Warne Marsh - Two Not One


Lee Konitz with Warne Marsh - I Can't Get Started
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 2 oct. 2024 01:50

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Henri Texier Strada Sextet – Alerte À L'Eau = Water Alert – (2006)

Il a pu m’arriver de tomber sur un ou deux albums d’Henri Texier un peu en dedans, ce n’est pas le cas de celui-ci qui est vraiment très bon, ce qui est le cas pour la plupart de ce qu’il touche par ailleurs. Grand respect pour ce musicien et ce grand compositeur.

Ici il sait s’entourer, le sextet est radieux avec son fils Sébastien aux clarinettes et au sax alto, l’excellent François Corneloup au sax baryton, Guéorgui Kornazov au trombone, Manu Codjia à la guitare et Christophe Marquet à la batterie. L’album baigne dans l’écologie avec ce thème autour de l’eau, on pourrait même ajouter l’Afrique, car les deux sont souvent réunis sur cet album qui n’hésite pas à mettre les pieds dans les flaques…

L’album se structure autour d’une suite interrompue par quelques mouvements qui ont la fonction d’intermèdes. Ces derniers sont aisément reconnaissables car leurs noms débutent systématiquement par le mot « flaque ». Ainsi arrivent « Flaque nuage », « Falque étoile », « Flaque soleil » et « Flaque lune » qui sont autant de titres constitués pour un duo d’instrumentistes.

L’album fourmille d’idées et bénéficie d’une grande variété de style, et comme chaque pièce est bien foutue on se régale, pour peu que l’on apprécie les fameux duos qui sont en fait improvisés par les musiciens mis en avant. Ainsi sont réunis Kornazovic et Marquet, Texier fils et Corneloup, Codjia et Texier père, et à nouveau le contrebassiste avec Marquet. Ils sont plutôt brefs, dépassant à peine les deux minutes.

Les autres compos sont à mettre au crédit d’Henri Texier qui a soigné chaque titre, chacun ayant sa personnalité musicale. « Afrique à l’eau », « Ô Africa » et « Blues d’eau » forment la première salve. Tous sont réussis, on goûte au timbre chaleureux du baryton de Corneloup, magistral tout du long. Le trombone de Guéorgui Kornazov est également savoureux, on pense à « S.O.S. Mir », mais celui qui régale particulièrement lors de ses solos, c’est Manu Codjia qui apporte une couleur souvent rock, décisive ici.

Il y a également « Reggae d’Eau » qui balance, « Ô Elvin » qui est un hommage à Elvin Jones, et « Valse à l’Eau » à l’intention de l’acteur de la Comédie Française Daniel Znyk, décédé cette même année à l’âge de quarante-sept ans, il lui est arrivé de participer plusieurs fois à des concerts du contrebassiste.

reggae d'eau


KORNAZOV with HENRI TEXIER "STRADA" sextet "Afrique à l'eau"


S.O.S Mir - Ce n'est pas la version de cet album, mais celle de 2002 sur "Mad Nomad(s)"...


Ô Elvin - ce n'est pas la version de cet album mais celle du "Henri Texier Hope Quartet" en 2013 sur l'album "At L'Improviste":
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 3 oct. 2024 04:16

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Roy Ayers – Stoned Soul Picnic – (1968)

Cet album pourra dérouter les admirateurs de Roy Ayers attachés au « soul-funk » pour lequel il est devenu célèbre à travers des albums comme « Coffy » de soixante-treize, ou « Everybody Loves The Sunshine » de soixante-seize, autant de marqueurs de ses succès les plus populaires.

Celui-ci est le troisième album du vibraphoniste en tant que leader et nous sommes en soixante-huit, une période où il est encore imprégné essentiellement de jazz, il faut dire que sa vie musicale est intense, et il baigne en grande compagnie, des musiciens illustres qui se trouvent également sur cet enregistrement.

Il joue plus particulièrement sur les albums d’Herbie Mann, il va enregistrer sur son LP, « Windows Opened » cette même année, « Memphis Underground » un peu plus tard, puis sur « Live At The Whisky A Go Go », ou encore « Concerto Grosso In D Blues » …

Mais c’est un autre flûtiste qui joue aux côtés de Roy sur cet album, Hubert Laws qui n’est pas mal non plus, il y a également Gary Bartz au sax alto, Charles Tolliver à la trompette ou au bugle, Herbie Hancock au piano, Ron carter ou Miroslav Vitous à la basse et Grady Tate à la batterie. Un casting de rêve !

Six pièces sont interprétées, la première, signée par Roy, « A Rose For Cindy », est la seule qu’il a écrite. « Stoned Soul Picnic » est de Laura Nyro, il reprend également « Wave » d’Antonio Carlos Jobim, avec un beau solo au piano d’Herbie Hancock.

« Lil’s paradise » est signé de Charles Tolliver, on se souvient que celui-ci est également le père du fameux label « Black Jazz » demeuré célèbre. La pièce est un peu cinématographique et pleine de points de suspension, parcourue par un très beau solo de Roy, puis un autre d’Herbie Hancock qui cède ensuite la place à Hubert Laws…

La dernière pièce « What The People Say » se développe sur tempo lent, écrite par Edwin Birdsong, un ami de Roy Ayers, elle donne la touche finale à un album globalement très sage et consensuel, sans trop d’éclats, mais parcourus de beaux solos tout du long. Il est également intéressant d'effectuer ce trajet, d’abord très « jazz », pour celui qui deviendra une icône de la musique soul-funk, un virage qu’il ne tardera pas à accomplir, assez peu de temps après cet album.

Stoned Soul Picnic


Wave


A Rose For Cindy


What The People Say


Lil's Paradise
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 4 oct. 2024 02:22

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New Ghost – Live Upstairs At Nick's – (2006)

Voici un album capté live à Philadelphie, au « Nick’s », le vingt-trois janvier quatre-vingt-dix-huit. New Ghost est souvent catégorisé, peut-être abusivement, « free », pourtant il y a également une influence rock, et plus particulièrement Zappaïenne, c’est dû au leader du band, Elliott Levin qui cumule pas mal, il est en effet à la fois musicien et auteur de poèmes, ainsi il dit ses œuvres en même temps que se joue la musique, et comme sa voix est assez proche de celle de Franck…

Il joue de la flûte et du hautbois, et aussi des saxophones soprano et ténor, on peut même accorder qu’il chante également, lorsqu’il ne souffle pas… Il y a trois membres qui sont apparentés, certainement le bassiste Steve Testa et le batteur John Testa, vous avez deviné pourquoi. Il y a également Rick Lannacone qui joue de la guitare et chante, lui ou Elliott sont donc du même sang que les deux autres, mais cela importe peu, convenons-en…

Il faut également compter avec trois percussionnistes qui interviennent un peu, ici ou là. La seconde pièce, « It's That Passing Gleam », qui dure treize minutes, est la plus conséquente ici. Elle est plutôt chouette avec sa rythmique solide, la basse électrique lui va bien, ainsi que le jeu du batteur, puissant et plutôt carré. On ressent particulièrement l’ambiance « club », avec le son des voix du public et la chaleur qui se dégage de l’ambiance générale.

Rick Lannacone est agréablement mis en évidence lors de la troisième pièce, « Uninvited Guest », où il expose ses talents de guitariste, un grand moment de l’album, il fait ensuite une petite place à Steve Testa qui joue un chouette solo. Le bref « Psychopathology of Everyday Life » qui suit est à nouveau très « Zappa », dans ses débuts, déjanté et vif, ce sont ces rappels constants qui tiennent l’album et lui donne une belle personnalité, car il n’y a jamais de plagiat, juste une ressemblance qui s’impose…

« Sunnyland » voit intervenir le percussionniste Jim Meneses, ce qui ajoute encore de la densité à l’excellente rythmique, la pièce peut faire penser à du Ornette Coleman, avant que n’intervienne le chant, assez groovy. Ce ton général obéit également aux standards du rock, quand il se libère des conventions et accepte une part de délire, ce côté un peu impertinent me plaît bien.

Il faut également ajouter que c’est un album ESP, ce qui signifie déjà beaucoup, et parlera aux amateurs de musiques différentes. La dernière pièce se voit encore augmenté d’un autre percussionniste, Toshi Makihara. Elle se nomme « C.T. (What I’m Saying) », on reconnaît les initiales de Cecil Taylor et on devine qu’ici l’impro se déchaîne et que le free prend le dessus. C’est également la dernière pièce de l’album, qui s’étale sur onze minutes, le temps d’une conclusion psyché-free bien sentie…

New Ghost - Live Upstairs at Nick's (Full Album)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 5 oct. 2024 04:27

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John Russell – With ... – (2015)

John Russell est un guitariste britannique, né en décembre cinquante-quatre. Alors qu’il était âgé de onze ans, son grand-père lui offrit une guitare dont il apprend à jouer en autodidacte. Il devient l’élève de Derek Bailey et s’intéresse à l’impro et à la musique free, il a enregistré sur une cinquantaine d’albums. Il touche un peu à tout, fait des concerts, devient créateurs avec d’autres du magazine « Musics », fédère « Quaqua », un centre d’improvisations, il est aussi co-fondateur du club « Mopomoso » où de nombreux concerts seront enregistrés. Il décède en janvier deux mille vingt et un, à l’âge de soixante-six ans.

Sur cet album il en a soixante, et cet enregistrement, au Cafe Oto de Londres, se déroule le dix-neuf décembre deux mille quatorze, et fête son soixantième anniversaire. Il est déjà bien malade, ayant trois artères bouchées et un cœur qui ne fonctionne qu’au quart de sa capacité. Très bientôt, après une opération chirurgicale, tout redeviendra normal. Je vous rassure, à l’écoute de cet album rien ne laisse penser qu’il puisse être diminué.

Ce soir-là il joua quatre titres, chacun avec des partenaires différents, le premier se nomme « The First Half Of The First Half », le second sera « The Second Half Of The… », puis « The first Half of The Second Half », et enfin « The Second Half of the Second … ».

Les partenaires sont changeants, les voici dans l’ordre d’apparition. Tout d’abord un trio formé avec le trompettiste Henry Lowther et la violoniste Satoko Fakuda. Vous l’avez deviné, ici la musique est très free et expérimentale, née de l’improvisation. D’ailleurs chacun des intervenants est un partenaire d’improvisation de John Russell, comme ici, ou chacun a pratiqué l’échange en duo avec le guitariste. Satoko Fakuda joue de son instrument le plus souvent en pinçant les cordes, comme d’une guitare.

Ce trio n’est pas non plus une première, il s’est déjà formé, ce qui favorise probablement l’entente musicale et l’entrée dans la musique, dans un chemin sans doute déjà parcouru, avant que les trois ne se perdent et ne se retrouvent, sur de voies nouvelles…

La seconde rencontre est sous le signe du duo, où le chanteur et vocaliste Phil Minton se lancent dans de longues diatribes avec le guitariste. La voix chante peu, mais s’exprime avec toute sa texture et son langage, onomatopées, petits cris, borborygmes, grincements, bruits buccaux, crissements… Tout va dans cet échange très surprenant et passionnant. Phil Minton est coutumier de ce style de performance.

La rencontre suivante prend à nouveau la forme du trio, c’est également la pièce la plus longue, vingt-cinq minutes. Il faut préciser que cet album est plein, pour y rentrer l’entièreté du concert, des coupures d’éléments non essentiels ont été effectuées, applaudissements, présentation des musiciens… Plus de soixante-dix-sept minutes de musique au total sont enregistrées…

Pour ce troisième volet ce sont Evan Parker au saxo ténor, et le contrebassiste John Edwards qui accompagnent le guitariste. Les trois sont rompus à l’exercice, particulièrement Evan Parker qui est fréquemment convié à ces impros ouvertes où l’art de jouer vaut celui d’écouter.

La performance est très remarquable et garde tout du long un intérêt soutenu, chacun à son poste stimulant l’autre et suivant le fil de l’impro, elle apparaît très naturelle et presque évidente, ce qui pourrait être considéré comme un « gros mot » dans ce contexte ! Une pièce magique…

Le dernier duo est également étonnant puisqu’il convoque Thurston Moore, le gars fou-fou de Sonic Youth en mode complètement relâché. Ce n’est pas non plus la première fois qu’ils jouent ensemble, car il y a une rencontre précédente avec Mats Gustafsson. Les deux musiciens mélangent les sons de leur guitare électrique, avec effets et pédales, ce qui demeure très intéressant, particulièrement pour les distorsions et l’esprit rock que porte Moore. Russell est à gauche et Moore à droite à ce qu’il semble.

Le Cd contient un petit livret et des photos de l’événement sur une sous-pochette. Il existe également un film du concert, avec le gâteau et tout et tout…

John Russell's Birthday concert with Henry Lowther and Satoko Fukuda


Phil Minton and John Russell at his 60th birthday concert.


John Russell electric guitar duo with Thurston Moore (19/12/2014, Cafe Oto)



Thurston Moore - Happy Birthday John Russell (pas sur l'album)


Evan Parker, John Edwards and John Russell on his birthday.
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 6 oct. 2024 03:33

(pochette à venir)

William Parker, Cooper-Moore, Hamid Drake – Heart Trio – (2024)

Voici « Heart Trio » proposé par le grand William Parker, Cooper-Moore et Hamid Drake, un trio rassemblé autour des musiques du monde, entre transe et percussions, flûtes diverses et instruments encore exotiques à nos oreilles occidentales.

C’est pourtant cette variété d’instruments mis au service d’une musique très riche, qui est au centre ici. Faire l’inventaire de ces « outils du son » c’est déjà entrer dans l’album et en comprendre la philosophie et la raison d’être. Il faut imaginer que l’Afrique d’abord, plutôt côté ouest, résonne profondément de ses musiques ici, mais il faudrait prolonger un axe vers l’orient et les musiques lointaines pour mieux appréhender la diversité des rythmes entendus ici.

William Parker joue du « doson ngoni », un instrument à cordes malien avec une caisse de résonnance recouverte d’une peau de chèvre, du « shakuhachi », flûte droite japonaise avec cinq trous, propice à la méditation, du « bass dudek », un instrument à vent d’origine arménienne, réputé pour posséder un son mystique, la flûte ney qui prend son origine en Perse qui est utilisée dans tout le monde arabe, et enfin de la flûte en F# plus universelle…

Cooper-Moore est lui aussi un drôle d’oiseau puisqu’il joue d’instruments qu’il a fabriqué lui-même. L’« ashimba » qui est un xylophone à onze notes, et la « harpe à manche en houe », quant à Hamid Drake il joue du tambour sur cadre et da la batterie basique, voire pour débutant.

Vous l’avez compris nous sommes conviés à un voyage multi ethnique, à travers le monde, ses musiques et ses expressions musicales diverses, entre instruments à cordes et à percussions. La pièce la plus longue est « Kondo » qui frôle le quart d’heure, la batterie de Drake supporte le ngoni et la harpe dans une sorte de tourbillon, où s’entend un chant formé d’une mélodie, ou est-ce une psalmodie qui s’incruste dans la musique et la fait vibrer ?

Peut-être le titre est-il une allusion au célèbre trompettiste Toshinori Kondo qui s’en alla en deux mille-vingt ? Mais la pièce est belle et s’enroule autour des instruments à cordes, secoués par des motifs répétitifs et une rythmique elle-même très consistante, il semble que la pièce soit formée de deux parties distinctes, la première cessant en même temps que les chants.

« For Rafael Garrett » est dédié à Donald Rafael Garrett, multi instrumentiste de Chicago, lui aussi disparu, c’est sans doute la flûte ney qui s’entend ici, car celle dont joue Parker a été fabriquée par ce même musicien. Mais je ne suis pas sûr car ce pourrait également être le « bass dudek » qui s’entend ici, bien que sur « Mud Dance » un peu plus haut, on l’entende mais avec un timbre différent. Nous pensons fort à Didier Malherbe qui jouait lui aussi du duduk arménien, instrument cousin. La sonorité est magnifique et transporte aisément l’auditeur conquis. Quoiqu’il en soit la musique est belle…

« Processional » ferme ce bel album avec un mélange organisé de ngoni, de harpe et de percussions, qui tissent une pièce harmonieuse, qui pourrait fort bien être une marche processionnelle, comme le suggère le titre. Beaucoup de belle musique ici, destinée à ceux qui désirent ouvrir la fenêtre et suivre les vents, se laisser porter vers les musiques originelles et variées, vers la nature retrouvée…

Atman


Kondo


Five Angels by the Stream


Processional
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