J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Monsieur-Hulot
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Monsieur-Hulot » dim. 18 oct. 2026 13:22

Je n'ose comprendre de quoi parle le titre...... :hehe:
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Douglas
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 19 oct. 2026 03:44

Monsieur-Hulot a écrit : ↑
dim. 18 oct. 2026 13:22
Je n'ose comprendre de quoi parle le titre...... :hehe:
Oui, il y a un double sens, l'expression signifie « C’est comme ça, et c’est du tonnerre ! », mais il y a également une connotation sensuelle...
::d
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Douglas
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 19 oct. 2026 03:58

William Parker, Joe Morris, Hamid Drake – Eloping With The Sun.jpg
William Parker, Joe Morris, Hamid Drake – Eloping With The Sun.jpg (133.5 Kio) Vu 668 fois
William Parker, Joe Morris, Hamid Drake – Eloping With The Sun – (2002)

Cet album réunit trois pointures du free jazz, de grands noms déjà, bien que l’on ne soit qu’en début de siècle. Ce qui surprend c’est le choix des instruments de chaque musicien, pour cet album. C’est un peu comme si la consigne qui avait été donnée était « Surtout, voyagez léger ! »

Ainsi William Parker joue du « zintir », qui est une sorte de luth à trois cordes d’origine marocaine. Joe Morris joue du banjo et du banjouke, ce dernier est un hybride entre le banjo et l’ukulélé, quant à Hamid Drake il joue du tambour sur cadre, ainsi pas de contrebasse, ni de guitare, ni de batterie !

Ce dépouillement s’entend et la musique semble un peu ramassée, avec moins d’ampleur et plus centrée. Le registre est donc plutôt minimaliste et répétitif, par choix acoustique, et assez proche des sonorités folks, type world music.

L’album comprend cinq compos, les trois dernières sont les plus conséquentes, entre treize et seize minutes, ce qui peut sembler assez long, compte tenu des moyens utilisés. Ainsi les motifs répétitifs sont extrêmement centraux et définissent d’une certaine façon l’objectif de cette musique : atteindre un état de transe hypnotique, propre à se mettre dans un état second.

Le zintir de William Parker n’offre pas mille variations, même s’il est habile à ce jeu-là, il se met au centre du creuset et distille des séquences graves et répétitives qui arrivent directement au ventre. Hamid Drake à l’arrière avec son tambour qu’il frappe dans ses mains offre une assise relativement basique et uniforme, mais solide.

Joe Morris a pour charge de dynamiser l’avant, lui aussi avec des moyens relativement ténus, cantonnés dans un registre assez restreint, il s’efforce d’envoyer mille piqûres, comme des déferlantes de notes serrées et répétitives, ajoutant lui aussi à l’effet de transe qui s’impose dans une relative uniformité, à laquelle on ne peut échapper.

C’est un album original et à part, unique dès sa conception, qui va aussi loin que possible en conservant des limites infranchissables, un concept à lui seul…

L'album est limité à deux mille, mais je ne pense pas que ce soit la raison pour laquelle je ne trouve d'extrait nulle part...
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 19 oct. 2026 04:09

john zorn Seven Sonnets.jpg
john zorn Seven Sonnets.jpg (77.24 Kio) Vu 668 fois
John Zorn – Seven Sonnets – (2026)

« Seven Sonnets » réunit une nouvelle fois deux immenses guitaristes, Julian Lage et Gyan Riley. Les deux se sont rencontrés une première fois en deux mille quinze, déjà sous les auspices de John Zorn, autour des « Bagatelles ». Cette collaboration entre les trois musiciens ne cessa de grandir. On vit parfois le génial Bill Frisell ajouter ses talents à cette confrérie, toujours pour le meilleur.

« Seven Sonnets » est déjà leur sixième album en duo, me semble-t-il, ils ont par ailleurs uni leur talent avec Frisell sur sept autres albums. A chaque fois nous sommes éblouis par leur talent et leur virtuosité, pourtant cette dernière n’est jamais une fin en soi, juste une conséquence de leur habileté conjuguée.

William Shakespeare est souvent en toile de fond avec Zorn, c’est à nouveau le cas ici, avec ces « Sept Sonnets », chacun est une petite pépite, une fine miniature ciselée avec art, délicatesse et douceur. Elles sont cependant uniques et ne se ressemblent pas nécessairement, chacune porteuse d’une personnalité forte.

A nouveau l’album s’écoule bien vite pour un total de trente-sept minutes environ, sans qu’on ne s’ennuie une seconde. On fréquente ici des allées bien différentes et des chemins de toutes sortes, passant par la musique ancienne et ses formes surannées, à la musique minimaliste des grands d’aujourd’hui…

Le folk et le jazz se côtoient également, le blues même a sa place avec le sonnet cinq. Cette grande diversité réunit toutes les musiques en une, et cet album possède cette grande magie de réunir, plutôt que de diviser. L’équation Zornienne est tout à fait fabuleuse, unissant ce qui est épars, avec un lyrisme très puissant.

Cet album s’annonce comme le début d’une nouvelle série de Zorn autour de ces fameux « Sonnets » de William Shakespeare avec lesquels il ouvre une sorte de dialogue.

Vivement la suite !

Sonnet I
Sonnet II
Sonnet III
Sonnet V
Sonnet VII
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 20 oct. 2026 00:35

Ivo Perelman  Karl Berger – Reverie.jpg
Ivo Perelman Karl Berger – Reverie.jpg (77.08 Kio) Vu 602 fois
Ivo Perelman, Karl Berger – Reverie – (2014)

Voici une rencontre entre deux musiciens, suffisamment étonnante pour en parler un peu. Le brésilien Ivo Perelman est au sax ténor, et l’allemand Karl Berger, qui oublie son vibraphone, pour se consacrer, le temps de cet album, au piano.

Le deux ne sont pas spécialement proches, une poignée de main dans le studio et quelques mots de bienvenue avant l’enregistrement suffiront à ce qui s’avèrera être un grand moment. Perelman s’attendait à du dense, du lourd, du massif, le style allemand comme on peut l’imaginer, parfois, parce que l’on a des préjugés et qu’on s’y tient, sans même émettre le moindre doute…

Et puis voilà que tout s’effondre d’un coup, le jeu de Berger est léger, fin, lumineux et d’une grande beauté. Perelman est un grand émotif, il désarme et se laisse porter par le flot des notes pianotées, qui l’emmène dans des coins où il aime aller, des endroits secrets qui le remuent et le secouent, c’est probablement cet effet « surprise » qui donnera son nom à cet album, « Rêverie ».

Karl Berger joue une partition qui jongle entre simplicité et une sorte de minimalisme, portant un lyrisme qui emporte Ivo vers des sensations qui l’emportent et l’emmènent dans ce même monde, dans lequel il se sent bien, chaud, il se prend au jeu et part lui aussi en quête de ce doux rêve…

Voilà ce qu’il confia plus tard à la suite de cette session de studio : « Il y avait certains morceaux dont je garde un souvenir impérissable, tant ils m'ont marqué. Cette séance a changé, a transformé mon jeu à jamais ! Chaque fois que je retrouve cet esprit « Karl Berger » en jouant avec d'autres musiciens, je laisse le courant passer. Je laisse cette sensation imprégner mon jeu, je l'honore et je la chéris. »

Cet album célèbre en outre le vingt-cinquième anniversaire de carrière discographique d'Ivo Perelman, fêté par la plus belle des façons, au travers de la fragilité poétique des pièces enregistrées. A l’écoute de l’album l’auditeur est en effet lui aussi piégé dans ces beaux rets, entre romantisme, lyrisme et sensibilité à fleur de peau.

Transcendence
Contemplation
Pensiveness
Reverie
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 21 oct. 2026 01:33

Tim Berne's Bloodcount – Memory Select The Paris Concert.jpg
Tim Berne's Bloodcount – Memory Select The Paris Concert.jpg (174.24 Kio) Vu 527 fois
Tim Berne's Bloodcount – Memory Select : The Paris Concert – (1995)

Et voici le troisième volume du « Paris Concert » capté aux Instants Chavirés, à Montreuil dans la banlieue parisienne, entre le vingt-deux et le vingt-cinq septembre quatre-vingt-quatorze. Je vous avais déjà présenté le second volet et je n’ai toujours pas écouté le premier…

Celui-ci contient deux pièces signées de Tim berne, « Jazz Off » qui dure environ dix-huit minutes et « Eye Contact » qui pèse cinquante et une minute et vingt secondes, du lourd donc. Tim est toujours en compagnie de l’excellent « Bloodcount ».

Il joue des saxs alto et baryton, Chris Speed lui joue du ténor et de la clarinette, Michael Formanek joue de la contrebasse, Jim Black est à la batterie et Marc Ducret à la guitare électrique. Mon exemplaire est la réédition très soignée par « Winter & Winter », de deux mille cinq.

Le sous-titre de cette troisième séquence est « Memory Select », et ça commence tout doux, à la clarinette avec Chris Speed pour un premier volet somme toute très calme et serein, malgré un Marc Ducret qui s’éveille et semble vouloir piquer un peu, de temps à autre.

On y retrouve les climats propres à Tim Berne, souvent sous le couvercle, quand la température monte sans jamais vraiment exploser, mais riche et pleine de sensibilité. « Eye Contact » semble suivre ce même chemin, avec l’alto de Berne à l’avant qui tire l’ensemble avec un fort lyrisme, dans la première partie de la pièce.

Au signal de la guitare de Ducret, l’alto de Berne s’échappe en solo et se libère en une montée décisive et impressionnante, avec l’appui de l’entourage, pourtant la douce atmosphère de musique de chambre subsiste encore et renaît en toile de fond comme si de rien n’était. Formanek, avec sa contrebasse dépose alors un long solo, nous ne sommes pourtant qu’au milieu de la pièce…

Un autre passage notable est confié à la guitare de Ducret qui avance en solo, à coup de secousses, par salves brèves, comme il aime, avec la batterie à l’arrière qui pulse et pousse. L’électricité prend la place et s’installe, bientôt rejointe par les souffleurs. Nous sommes-là au plus haut, mine de rien, Berne nous a emmené vers les sommets par un chemin détourné et plein de malice, typique d’une démarche qui n’appartient qu’à lui !

La déflagration qui s’installe alors est énorme, bien qu’elle semble destinée à laisser la place… Ce qui aurait pu très bien constituer un final s’étiole doucement alors que les forces en présence semblent s’éloigner, mais ce n’est là qu’apparence puisque le véritable final surgit à nouveau, pour un second coup de massue ! Diable, ce Berne nous a encore berné !

Jazz Off
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 22 oct. 2026 04:10

Jasper Van't Hof, Fredy Studer – Pangramm.jpg
Jasper Van't Hof, Fredy Studer – Pangramm.jpg (126.43 Kio) Vu 460 fois
Jasper Van't Hof, Fredy Studer – Pangramm – (2008)

Le pianiste néerlandais Jasper Van’t Hof a connu une trajectoire intéressante, il a notamment participé à deux albums aux côtés de Shepp. Par ailleurs il s’est toujours intéressé aux « bidouilles » et autres gadgets, ce qui l’a poussé vers la musique électro avec laquelle il s’est très sérieusement acoquiné.

Cet album se situe un peu dans cette perspective, il joue en effet des claviers, des synthés et des « modules sonores », ces derniers sont très présents sur cet album et apportent une couleur moderne et nouvelle, tout en frayant avec l’esprit jazz qui reste présent.

Fredy Studer est un batteur percussionniste suisse, il joue également d’appareils électroniques divers et non répertoriés. C’est un ami de Van’t Hof avec lequel il collabore épisodiquement depuis une dizaine d’années environ. On conviendra que les deux se connaissent et s’estiment tout en ayant une fibre commune.

L’album se structure autour de neuf pièces souvent courtes, qui sont particulièrement propices à l’utilisation de diverses sources électroniques, qui fondent chaque pièce de façon différentes, un peu comme une sorte de catalogue.

Cependant cette vision pourrait sembler un peu courte car quatre pièces se distinguent par une longueur dépassant les huit minutes, « Pangramm » qui ouvre l’album dure un peu plus de onze minutes par exemple, ce qui autorise sans doute une pièce un peu plus ambitieuse, avec un aspect « atmosphérique » amené après une belle introduction. Le livret nous indique que le terme « Pangramm » se réfère à une phrase qui contiendrait toutes les lettres de l'alphabet…

On peut également se tourner vers le passé et réveiller la période de « fusion jazz », avec Van’t Hof dans les années soixante-dix, qui jouait déjà de cette grammaire-là, avec l’historique formation « Association P.C. » autour d’albums comme « Sun Rotation » ou « Erna Morena », probablement encore davantage novateurs alors…

Pangramm
Jigaboo
Witticism
Iks Kaks Kander
Zero Hour
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 23 oct. 2026 00:53

Hossam Ramzy, samy el bably – Cairo Nights  Bellydance Bar.jpg
Hossam Ramzy, samy el bably – Cairo Nights Bellydance Bar.jpg (127.9 Kio) Vu 393 fois
Hossam Ramzy, سامي البابلي – Cairo Nights / Bellydance Bar – (2007)

Quittons un peu l’univers du jazz le temps d’une écoute vers des musiques plus légères et exotiques, peut-être même sucrées, glissant même, parfois, vers des musiques faciles et populaires, comme sur le titre « Kol El Aalam », mais pas toujours, car des surprises se cachent à l’écoute de cet album…

Toutes les pièces sont signées par le joueur de tabla, Hossam Ramzy, qui joua autrefois des musiques jazz et côtoya quelques stars rock, comme Peter gabriel, Robert Plant, Jimmy Page, Rachid Taha ou les Gypsy Kings, mais également les Stones !

L’autre vedette ici c’est le trompettiste Samy El Bably, qui savait mieux que quiconque faire sonner sa trompette à la manière orientale, sans artifice ni bidouille sur l’instrument lui-même. Tous les deux sont égyptiens, Hossam est né au Caire et Samy dans le village d’El Sawafna, près de Etsa, en mille neuf cent trente-cinq, il décèdera peu après cet album, dans un accident d’automobile.

Samy était très connu en Egypte et le son de sa trompette se glisse un peu partout dans la culture musicale égyptienne, particulièrement dans de nombreuses musiques de film, ou au sein de multiples formations qu’il illuminait de son talent unique.

Personne ne savait mieux que lui dessiner des chemins sinueux et serpentins dans les mélodies, pour mieux les faire vivre. Les sons qui s’échappaient de son instrument étaient souvent lancinants, éthérés, et sa virtuosité était toute dirigée vers l’orient mystérieux, il y a, ici, comme un privilège à pouvoir l’entendre.

Bien que rien ne soit signifié sur le livret ou la pochette, je pencherais pour le format compilation, les pièces étant captées dans de multiples lieux, sans que les dates ne soient spécifiées, mais ceci n’a guère d’importance.

Les accompagnements variés vont également dans ce sens, mais on retrouve une grande constance dans les musiciens accompagnateurs, comme Mamdouh El Gebaly à l’oud, Mohamed Aly à la flûte nay, Ahmed Abdel Fattah ou Farouk Ombor à l’accordéon, Shebl Abdalla à la magrouna, une flûte égyptienne, ou Ayyad aux percus.

Mention spéciale à la toute dernière pièce qui dépasse le quart d’heure, en grande partie improvisée dans la tradition égyptienne « baladi », qui appelle à la danse, elle se nomme « El Malek Farouk » ce qui signifie « Le Roi Farouk ». Mais on remarque aussi le titre d’ouverture, « Asrar El Ein », « Naima’s desert Castle », « Mawwal El-Oshaa », « Waheshny » …

Asrar el Ein
Waheshny
Naima's Desert Castle
Mawwal el-oshaa
El Malek Farouk
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 24 oct. 2026 01:14

The Nu Band – The Dope And The Ghost.jpg
The Nu Band – The Dope And The Ghost.jpg (110.7 Kio) Vu 321 fois
The Nu Band – The Dope And The Ghost – (2007)

Cet album a été capté live au « Porgy & Bess Jazz and Music Club » de Vienne, en Autriche, le vingt-sept janvier deux mille cinq, le temps de tout mettre en boîte et l’album est dispo.

On retrouve le quartet habituel avec Roy Campbell à la trompette, au bugle et au chant. Mark Whitecage au sax alto, à la clarinette et à la « performance vocale » sur « BushWacked », Joe Fonda est à la contrebasse et Lou Grassi à la batterie. Il y a également un invité, l’excellent Marco Eneidi au sax alto sur « Next Step », le dernier titre de l’album.

Ce dernier est long et consistant, mesuré à près de soixante-treize minutes, ce qui est considérable, et surtout il est vraiment bon, avec un Roy Campbell absolument énorme. Ça chauffe dès la première pièce, « BushWacked », une protest-song avec Mark Whitecage à l’avant qui a composé la pièce, et déclame les mots que Jeanne Lee a exprimés dans un article de presse.

Ici on parle ou on chante, converse sur une sorte de blues qui dénonce l’administration Bush, dix-sept minutes intenses avec la basse énorme de Joe Fonda qui maintient le cap jusqu’au terme, ça s’annonce chaud !

On ne peut pas dire que l’on baisse en intensité avec la seconde pièce « Where Has My Father Gone ? » de Campbell qui a écrit un hommage à son père récemment disparu, c’est extrêmement trippant, d’une très grande intensité avec les solistes qui déchirent vraiment, avec ses seize minutes, c’est la pièce la plus courte ici …

« The Dope and The Ghost » baisse un poil en intensité, après une intro assez longue, Campbell, bien soutenu par Lou Grassi à la batterie, déclame un long solo comme il aime, avec moi ça marche à tous les coups, et je m’embarque bien dans son délire.

Mark Whitecage prend le relais, mais cette fois-ci seul, sans accompagnement, histoire d’embarquer tout le monde quand la rythmique se lance et le poursuit pour une belle séquence qui se termine en apothéose, puis s’étiole lentement !

Pour la dernière pièce les forces en présence croissent avec l’arrivée de Marco Eneidi au sax alto pour un « Next Step » signé par Joe Fonda, c’est la pièce la plus longue ici, plus de vingt minutes d’une musique bien Hot, on peut même dire allumée, d’une grande intensité déclamatoire, qui termine au mieux cet album incandescent et plutôt exceptionnel !

BushWacked
Where Has My Father Gone
The Dope and The Ghost
Next Step
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 25 oct. 2026 02:44

Müsiconspiracy – Do I The In.jpg
Müsiconspiracy – Do I The In.jpg (109.21 Kio) Vu 231 fois
Müsiconspiracy – Do I The In ? – (2008)

Voici « Do I The In ? », un album paru sur le label polonais « Not Two », que je parcours un peu en ce moment. « Müsiconspiracy » est le nom de la formation dirigée par le batteur polonais Jacek Kochan, accompagné par l’étasunien Joe Fonda à la contrebasse, membre du Nu Band, l’autrichien Franz Hautzinger à la trompette à quarts de ton, ainsi qu’à l’électro, et à l’excellent guitariste « fretless », Tellef Øgrim, venu de Norvège, une attraction à lui-seul.

L’album a été capté live au « Klub Alchemia » de Cracovie, dans le sud de la Pologne, le dix-neuf septembre deux mille sept. Onze titres se suivent et le Cd est bien plein, environ soixante-huit minutes d’un bon concert qui balance entre musique avec effets électros, expérimental et free jazz.

Bien entendu l’impro est de mise, même si la structure de chaque pièce est connue à l’avance, seules trois pièces sont entièrement improvisées, « « Before or After ? », « Restless Apple » et « Organic Boots ». Mais les autres compositions sont signées par les musiciens présents, chacun y va de ses thèmes et apporte son écot.

Une telle musique fait plaisir à entendre, jouée dans un pays ouvert aux influences, avec des musiciens branchés comme il se doit et très au niveau européen, sans aucune restriction. On pense souvent à la fusion et à Miles Davis, grâce à la présence de Franz Hautzinger qui fait le boulot et envoie des climats qui puisent dans ces années électriques, comme sur « Summer Is Far » …

Il y a également l’hommage de Joe Fonda, « For Mingus » qui va bien et qui fait plaisir, « Feed The Hamster » avec Hautzinger qui relève haut le défi sur cet album, et le signe de sa marque. Ce sont probablement les phases les plus expérimentales qui sont les moins accrocheuses, c’est une remarque qui vaut souvent, mais même l’improvisé « Restless Apple » tient le coup tout du long…

En vingt ans cet album n’a pas pris une ride et reste moderne dans son approche, riche de ses musiciens innovants, fers de lance d’une musique actuelle et vivante !

Song for My Mother
Feed the Hamster
Summer Is Far
For Mingus
Organic Boot
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 26 oct. 2026 00:08

John Zorn _– Alea Iacta Est.jpg
John Zorn _– Alea Iacta Est.jpg (56.9 Kio) Vu 156 fois
John Zorn – Alea Iacta Est – (2026)

Cet album est paru en avril de cette année, le temps de le faire venir, conjugué à l’attente pour l’écouter, font que le retour est un peu tardif, mais l’expérience sonore est pourtant exceptionnelle, bien qu’assez complexe, car ici nous sommes confrontés à un véritable maelström.

La composition, d’après ce qu’a rapporté Zorn, a duré quatre années, jusqu’en deux mille vingt-quatre. Quand on connaît son énorme force de travail et sa rapidité à faire face à l’art de l’écriture, on peut s’étonner, même s’il est reconnu qu’il peut faire front conjointement à une multitude de tâches.

« Alea Iacta Est » est une suite en quatre parties, la première est la plus longue, dix-neuf minutes quarante-deux, c’est également la seule en quartet, les trois autres étant en trio. En effet la vibraphoniste Sae Hashimoto participe à ce premier mouvement, extrêmement « Zornien » dans l’esprit.

En effet, une infinité de climats divers s’enchaînent et se percutent, avec l’extraordinaire Brian Marsella au piano, Jorge Roeder à la contrebasse et Ches Smith à la batterie. Ce trio est l’un des plus percutants de la dernière période, et là, nous sommes plongés dans une complexité assez habituelle pour ces soudards de la zornerie, mais tout semble vouloir s’élever d’un seul coup, avec la contrainte technique d’une sorte de « résumé », où l’ensemble des difficultés serait répertorié.

La première partie est à cet égard assez significative, tempérée dès la seconde par une pièce où le lyrisme possède une grande place, même si cet album est essentiellement instable, et que rien jamais n’est vérité révélée, bien que « le sort en soit jeté » comme le suggère le titre.

S’il existe une constante chez Zorn c’est la grande maîtrise, même si l’aléatoire s’invite, l’impromptu ou la surprise, « tout » est dans l’ordonnance des choses, car même l’imprévisible possède sa place, et chaque musicien ici sait ce qu’il doit faire avec l’élément déstabilisant.

Cet album est essentiellement éblouissant, car la complexité que l’on y trouve ne naît jamais de la simple prouesse technique, mais de sa nécessaire écriture, à l’endroit précis où elle figure.

Alea Iacta Est part I
Alea Iacta Est part II
Alea Iacta Est part III
Alea Iacta Est part IV
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 27 oct. 2026 02:28

Double-Basse – This is Not Art.jpg
Double-Basse – This is Not Art.jpg (42.6 Kio) Vu 49 fois
Double-Basse – This is Not Art – (2015)

Double-Basse c’est Benjamin Duboc à la contrebasse et Jean-Luc Petit à la clarinette contrebasse, les deux forment le duo que l’on entend ici, en avril deux mille treize, c’est-à-dire pas hier. L’enregistrement a été capté à l’église St Martin, à Bignac, en Charentes, ville aujourd’hui rebaptisée « Genac-Bignac », suite à une fusion, pour ceux qui veulent aller visiter les lieux.

La contrebasse, tout le monde voit, mais la clarinette contrebasse c’est autre chose. Jean-Luc en joue assis, l’instrument entre les jambes, encombrant puisqu’il peut mesurer entre deux mètres cinquante et trois mètres ! Les deux instruments ensemble font dans le grave, mille et une nuances de « graves » dit-on, et c’est vrai.

Pourtant ce mélange de sons proches ne nuit pas, on s’y habitue vite, il faut dire que les deux sont experts et s’y connaissent pour assembler ces sons-là, séance tenante. Il y a deux pièces, « Craftmen I » pour commencer, vingt-cinq minutes de sons grondants, austères et sévères, mais aussi parfois quasi aigus, quand on les déniche en tripatouillant les petites clefs libératrices, là, en haut…

La contrebasse elle aussi est bien vive et donc pas si grave, elle vibre et sonne parfois avec surprise, il faut dire que Duboc est un maître, comme Kanter, le gars du bock, et toc ! Le son est bon et bien restitué, c’est certain…

Pourtant, je suis bien sûr que ceux qui étaient là-bas, dans l’église St Martin, ce soir du concert, devaient ressentir les vibrations jusqu’à l’intérieur des ventres, ça fait souvent ça, la musique d’église ou de chapelle, quand elle frissonne, juste à côté…

Mais pour connaître ça, faut se déplacer, y aller, et accepter une pointe d’inconfort, du brut qui n’arrondit pas les angles, inconfort pour les musiciens également, bien qu’ils sourient, pas de partitions encombrantes, tout dans la tête, juste bien s’échauffer les doigts, pour que ça glisse et s’oublie le reste, tout autour, et que ne subsistent que les bonnes vibrations, celles qui s’entendent quand tout se tait…

C’est pour tout ça que j’aime cet album qui reste très beau, après tout, s’il existe une âme, c’est ici qu’elle demeure, dans la respiration des uns et des autres, dans la circulation des sons qui tournent, se croisent et s’entrecroisent, se télescopent et se lient…

Ce n’est sans doute pas de l’art, puisqu’on nous le dit, mais, tout simplement, la vérité nue…
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 27 oct. 2026 02:41

The Rempis Percussion Quartet – The Disappointment Of Parsley.jpg
The Rempis Percussion Quartet – The Disappointment Of Parsley.jpg (82.64 Kio) Vu 45 fois
The Rempis Percussion Quartet – The Disappointment of Parsley – (2009)

Un album enregistré en Pologne pour le label « Not Two Records », par le second couteau du « Vandermark 5 », le très excellent Dave Rempis. On retrouve également le batteur percussionniste Tim Daisy, mais pas seul sur le créneau, accompagné qu’il est par Frank Rosaly qui le double.

Dave Rempis joue du sax ténor sur la remarquable première pièce « The Disappointment of Parsley », et du sax alto sur les deux autres morceaux, le dernier membre du quartet est le contrebassiste Anton Hatwich qui nous offre un beau solo sur la dernière pièce signée Julius Hemphill, « C/Sold At Ten Percent Discount », « C » étant issue du fameux album « Raw Materials And Residuals » sur Black Saint Records.

La seconde pièce « Zoni » est dédiée à la Grand-mère de Rempis, décédée à l’âge vénérable de cent deux ans, « Zoni » étant le nom du petit village où elle est née, près de Megalopóli, en Grèce. Elle est jouée dans une atmosphère calme et reposée, en contraste avec la première pièce qui file comme un torrent dévalent une forte pente, en faisant rouler les cailloux et ravinant le sol…

L’enregistrement est capté complètement en live à l’« Alchemia » de Cracovie, le six avril deux mille huit, c’est heureux que cela se fit car Rempis, parfois ombrageux, est un musicien vraiment exigeant et remarquable.

Il n’hésite pas à dire ce qu’il pense, ainsi s’est-il formalisé à propos de critiques de jazz « qui semblent incapables de distinguer un instrument d’un autre — alors même qu’ils chroniquent des dizaines de disques chaque année dans des espaces publics », « Sachez que je joue ici du saxophone ténor, et du saxophone alto sur les deux autres titres. Les sonorités sont pourtant bien différentes. Dexter Gordon jouait du ténor ; Lee Konitz, de l’alto ». Voilà qui est dit !

Son ire est justifiée dans la mesure ou autrefois, à l’heure de bebop, le challenge n’était pas de reconnaître l’instrument à l’oreille, mais le musicien qui en jouait, à la simple écoute, un défi d’un autre genre !

Zoni
We will dance again...

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