J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 16 août 2026 15:11

vox populi a écrit :
dim. 16 août 2026 06:00
Personnellement, j’avais adoré ce disque (comme celui qui est sorti cette année). Je trouve que Tigran Hamasyan est une excellente porte d’entrée dans le monde du jazz pour les amateurs de rock, et en particulier de musique progressive ou de metal. Tigran est un très grand fan de Dream Theater et de Tool. Cela se traduit dans sa musique par une richesse rythmique incroyable, avec de nombreuses mesures impaires ou asymétriques. Il adore aussi changer les accents au cours d’un morceau, ce qui peut être assez déstabilisant.

À titre personnel, ce qui me plaît le plus dans son univers, c’est son amour des musiques traditionnelles, et en particulier de celles provenant de son pays d’origine, l’Arménie.
Oui, il est raccord avec ses racines, et surtout c'est un très grand pianiste, il connaît également bien le jazz, il aime les cassures, les tempos rapides et pleins d'énergie, il est probable qu'il aime également le rock et ses rythmes...
Maintenant, pour moi, ça ne marche pas à tous les coups...

Par contre, j'avais vu une retransmission de concert dans une église, c'était grandiose !
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 17 août 2026 04:09

eRikm & Akosh S – Zufall.jpg
eRikm & Akosh S – Zufall.jpg (8.46 Kio) Vu 1108 fois
eRikm & Akosh S. – Zufall – (2008)

Un album sans doute un peu difficile à trouver, paru sur le label « ronda », en deux mille-huit. Il s’agit d’une collaboration entre le saxophoniste hongrois Akosh Szelevényi, arrivé en France depuis quatre-vingt-six, et le français eRikm qui joue des platines et des sons électros.

Akosh, dans son couloir jazz expérimental, joue de multiples instruments, clarinette basse, sax ténor et soprano, clarinette, kalimba, cloches et cor tibétain. eRikm joue des platines et de divers plans électroniques, ainsi que des boucles et des samples.

L’un construit une texture, un fond sonore, ou une voix alternative qui échange et discute, tandis que l’autre, Akosh joue au fil de l’eau, se laisse glisser dans la fantaisie et improvise dans les pièces successives qui s’alignent, jusqu’à sept. Chacune étant une partie de l’ensemble, ainsi se succèdent, partie une, partie deux et ainsi de suite…

On connaît le lyrisme qui habite Akosh, il est toujours présent, et offre une chair vivante à cette musique, composée pour partie des sons de la machine, un échange organique s’établit, à l’origine d’une mue étrange et implacable.

Il faut bien le reconnaître, les deux n’ont pas trop à voir, les univers sonores sont très différents et ne fraient que par obligation, on pourrait même les opposer assez facilement comme le chaud avec le froid, c’est cette interaction qui fait l’intérêt, comme si chacun ne restait pas à sa place, surtout cette machine qui s’essouffle à vouloir prendre vie, respirer, et même jouer…

L’échange est finalement plutôt une réussite, et la machine n’est pas si froide, eRikm a, semble-t-il, dans une vie précédente, connu les feux de la rampe en tant que guitariste rock, c’est sans doute cette hargne qui demeure et traverse encore, transperce la maille et touche au cœur, à l’esprit et s’introduit pour donner vie…

A Akosh, que l’on n’entend plus…

we transfer - 3 jours
Lien de téléchargement
https://we.tl/t-dW9jFRTHz0mZt3fu

eRikm & Akosh S. - Zufall - flac
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Message par Douglas » mar. 18 août 2026 01:46

Un Drame Musical Instantané – Jeune Fille Qui Tombe…Tombe.jpg
Un Drame Musical Instantané – Jeune Fille Qui Tombe…Tombe.jpg (292.06 Kio) Vu 1069 fois
Un Drame Musical Instantané – Jeune Fille Qui Tombe…Tombe – (1991)

La formation gravite essentiellement autour d’un trio composé de Jean-Jacques Birgé à la flûte, Francis Gorgé à la guitare ainsi qu’à l’ordi et Bernard Vitet à l’arbalète-piano et à la trompette, par ailleurs les trois utilisent également les instruments de synthèse, en gros des synthés.

Il faut ajouter un autre intervenant, Daniel Laloux, récitant et « tambour ». « Jeune fille qui tombe…tombe » a été créé au Festival Musiques Actuelles de Victoriaville, au Québec, le quatre octobre quatre-vingt-dix, d’après une nouvelle écrite par Dino Buzatti, dans l’ouvrage « Le K ».

Nous voici plongés dans un univers fantastique, entre improvisation et musique jazz, dans un monde théâtral trépidant, au-delà du réel et du possible, mais tangible cependant, dans cette réalité-là…

Martha est le personnage principal de cette aventure, elle se trouve sur un toit, prête à sauter, bien qu’âgée d’à peine dix-neuf ans, elle saute et tombe, tombe… Cette chute narrée durant les quarante-six minutes de l’album constitue la trame ici, car la chute est longue, longue…

Cette longue descente précipitée lui permet de croiser des personnages situés derrière leurs fenêtres, dont elle retrace l’existence, car cette chute, si longue, lui permet, lorsqu’enfin arrive le sol, d’être devenue une vieille femme…

Laloux narre en s’intégrant à la musique, ou est-ce l’inverse ? Mais les deux vont bien ensemble et dessinent des rencontres étranges, ainsi filent les pièces et la narration, « En ce beau soir très pur », « De ce faîte aérien », « Aux balcons des milliardaires », « On m’attend en bas », « Même pas entendue ».

On le constate, la formation porte décidément bien son nom, « un drame musical instantané », même si l’instantané dure le temps d’une vie, ou celui d’une chute, comme on veut… L’accompagnement sonore du texte est donc la part jazz, free ou improvisée, entre acoustique et électro, musique descriptive et de sensations, légère et aérienne dirait-on, spatiale également, malgré l’inévitable choc final…

En ce beau soir très pur (instrumental)
De ce faîte aérien
Aux balcons des milliardaires
On m'attend en bas
Même pas entendue
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 19 août 2026 02:14

Roy Ayers – Coffy (Original Motion Picture Soundtrack).jpg
Roy Ayers – Coffy (Original Motion Picture Soundtrack).jpg (175.74 Kio) Vu 1013 fois
Roy Ayers – Coffy – (1973)

Cette B.O. fait partie de celles qui resteront légendaires, Roy Ayers signe ici un de ses tout meilleurs albums et marque le funk de façon définitive, voire légendaire. On n’est pas loin du « Superfly » de Curtis Mayfield ou de « Shaft » d'Isaac Hayes, sur la durée pourrait-on juste regretter un certain fléchissement…

Roy Ayers est vraiment le maître d’œuvre ici, il compose et dirige le tout avec classe et habileté. Côté vibraphone il est royal. Il y a également Richard Davis à la contrebasse, Bob Rose à la guitare, Dennis Davis à la batterie, John Faddis à la trompette et j’en passe…

Les pièces sont souvent courtes, c’est ce que demande le genre, mais Roy vise juste et bien, particulièrement en début d’album avec la série, « Coffy Is The Colour », « Pricilla’s Theme », « King George » et « Aragon », même « Coffy Sauna » un poil sirupeux ne manque pas de charme, dans son genre unique…

On ne dépasse quasi pas les trois minutes, tout est dit rapidement, avec efficacité, comme sur « Brawling Broads » funky à souhait, même sur la fin il y a encore de belles trouvailles, comme sur « Escape » ou sur le bref titre final, « End Of Sugarman » …

Concernant le vibraphoniste on pense souvent à la période « Roy Ayers Ubiquity », avec le fameux « Everybody Loves The Sunshine » ou « Red Black & Green » mais son passage à la « blaxploitation » mérite également un énorme satisfécit.

On pourra légitimement reprocher une certaine brièveté à cet album un peu court, dépassant de quelques minutes seulement la demi-heure, mais ce qui est gravé est globalement remarquable et donne l’envie de bouger irrésistiblement, atteignant largement les objectifs !

Coffy Is The Color
Pricilla's Theme
King George
Aragon
Coffy Sauna
Brawling Broads
Escape
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 20 août 2026 02:03

Ike Quebec – Bossa Nova Soul Samba.jpg
Ike Quebec – Bossa Nova Soul Samba.jpg (89.74 Kio) Vu 959 fois
Ike Quebec – Bossa Nova Soul Samba – (1962)

Alors qu’il préparait son grand « retour », Ike Quebec a été fauché par le crabe, et ces derniers enregistrements, annoncés sous la couleur de la « bossa nova », alors en pleine mode, seront ses derniers, ceux des adieux et des regrets.

Voici ce qu’en dit l’ingénieur du son Rudy Van Gelder dans le livret de cette réédition remasterisée : « Ike a toujours joué magnifiquement, même à la fin, alors qu'il se mourait... Je veux dire, qu'il était littéralement en train de mourir. » Ike s’en va donc, il laisse derrière lui cet ultime album, sans doute pouvons-nous danser à son écoute, ou du moins tanguer de ci, de là, et imaginer la grande tristesse qui devait habiter Ike Quebec, en ces moments effrayants.

L’album étant présenté ici avec trois alternates takes, on peut même s’offrir le luxe de choisir, de comparer, histoire de s’occuper du dérisoire, du soleil dans la musique, quand elle valse et tourne, comme cette fumée de cigarette qui volute en fuyant vers la fenêtre ouverte…

Ike n’est pas seul avec son gros sax au son velu, il y a le grand Kenny Burrell à la guitare, l’excellent Wendell Marshall à la contrebasse, en ex de chez Duke Ellington, l’homme des temps nouveau, Willie Bobo à la batterie, et le rutilant Garvin Masseaux au chékeré qui apporte ici une couleur unique…

Tout est en place pour apprécier la bossa nova brésilienne, Stan Getz a allumé les feux avec l’intemporel « Jazz Samba » qui danse encore, et chacun y va de son air, mais Ike a écarté Jobim, déjà en surexploitation, il compose lui-même où regarde ailleurs, il capte même un « Goin’Home » d’Anton Dvořák !

La pochette de ce Blue Note est presque noire, la couleur du deuil qui transpire ici, semble accaparer jusqu’au visage là-haut, qui regarde vers l’intérieur. « Soul Samba » en lettres rouges qui bat la passion, quand il se délaye avec le noir…

Parmi les neuf pièces, « Loie » de Kenny Burrell est la première reprise, puis « Shu Shu » de Almeida et de Souza, et pour finir « Favela » de Tavares et Camargo. Malheureusement pas de version alternative de « Blue Samba » qui a sans doute été réussi dès la première prise.

Avec courage, comme l’indique Alfred Lion: « Ike a joué magnifiquement et a porté la séance à bout de bras. », la dernière, bientôt le rideau va tomber…

Loie
Ike Quebec - Goin' Home
Ike Quebec - Shu Shu
Ike Quebec - Blue Samba
Ike Quebec - Favela
Ike Quebec - Linda Flor
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 21 août 2026 02:15

Bérangère Maximin – No One Is An Island.jpg
Bérangère Maximin – No One Is An Island.jpg (26.87 Kio) Vu 901 fois
Bérangère Maximin – No One Is An Island – (2012)

Après avoir publié « Tant Que Les Heures Passent » chez Tzadik Bérangère a poursuivi sa route et, quatre années plus tard est paru ce « No one is an island » que j’ai beaucoup aimé, à défaut de le saisir...

Bérangère est une collectionneuse de sons, qu’elle choisit, élit et travaille, parfois par petits bouts, des tas de sons, qu’elle range dans un coin de sa tête et qu’elle classe, elle en découvre également beaucoup, tous les jours serait trop, mais sans limite très certainement…

Ensuite elle fait le tri et bricole, colle, coupe, tranche, traite, c’est un vrai travail harassant, ou peut-être cool, quand le son rend bien, ou qu’il possède un truc qui va, de l’épaisseur, de la chair, il est encore temps de le charcuter, de le nettoyer, ou bien de le salir, d’en faire un objet intéressant, ou de le ranger pour plus tard, dans la bibliothèque à sons…

Bérangère utilise les objets du quotidien, sa voix sur « Knitting In The Air », la guitare et le laptop. Elle a également des invités, et pas des moindres, Christian Fennesz à la guitare sur deux pièces, Richard Pinhas également à la guitare sur « Carnaval Cannibale », Frédéric D. Oberland encore à la guitare sur le titre d’ouverture « How Warm Is Our Love ». Et puis il y a le trompettiste Rhys Chatham qui joue de la trompette divinement bien, sur « Where The Skin Meets The Bone » !

Voilà ce qu’elle dit en parlant de ses invités : « Leur vivacité d'esprit et leur énergie étaient exactement ce dont j'avais besoin : un voyage sonore qui développe l'intuition tout en favorisant la compréhension, parmi bien d'autres effets subtils. »

C’est sorti en vinyle, chez Sub Rosa, le label belge, cent cinquante transparents et cent cinquante noirs, et également en cds, une fournée de cinq cents. De quoi faire, car l’expérimental ça n’attire pas forcément trop, trop…

How Warm Is Our Love
Knitting in the Air
Carnaval Cannibale
Bicéphale ballade
Where the Skin Meets the Bone
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 22 août 2026 02:01

Yusef Lateef – Alight Upon The Lake Live At The Jazz Showcase.jpg
Yusef Lateef – Alight Upon The Lake Live At The Jazz Showcase.jpg (79.68 Kio) Vu 840 fois
Yusef Lateef – Alight Upon The Lake: Live At The Jazz Showcase – (2026)

Il ne s’agit pas d’un retour parmi nous de Yusef Lateef revenu rassembler ses ouailles, mais bien d’une réédition miraculeuse, en provenance d’enregistrements jusqu’alors inconnus, au « Jazz Showcase » de Chicago.

Ces enregistrements datent de juin mille neuf cent soixante-quinze, et pèsent plus de deux heures cinquante, soit un triple Cds ou un triple Lps, de quoi faire, assurément. Les amateurs seront comblés jusqu’à plus soif, réservez votre soirée, vous allez vous régaler !

Un travail méticuleux de restauration a été effectué, ainsi, c’est bien à l’heure de la dégustation où vous êtes conviés. Yusef se partage entre le saxophone ténor, la flûte et le hautbois, c’est précisément là où se situe l’originalité de son charme, ainsi, il vous transporte de la chaleur étouffante d’un club de Chicago à une cérémonie orientale dépaysante et rêveuse, sans que vous ayez à vous déplacer…

Les pièces s’étalent immodérément, comme si le temps n’avait pas d’importance et qu’il s’enflait ou se contractait, au bon vouloir du shaman sur la scène : c’est qu’ils sont en résidence pour tout le mois de juin. Mais il n’est pas seul, l’extraordinaire Kenny Barron est au piano, c’est une excellente occasion de l’apprécier, si ce n’est déjà fait, lui aussi ne se presse pas et s’étend quand nécessité se fait sentir.

Bob Cunningham est à la contrebasse, pizzicato ou archet, comme sur « Eboness » où il charme dans l’ordre des solos, après la douceur de la flûte s’exprime celle de l’archet. C’est Albert « Tootie » Heat qui tient les tambours et la batterie, un maître de l’instrument, tous les quatre partagent la même maîtrise et le même plaisir d’être là et de jouer, dans l’esprit de la tradition.

Cette formation tourne avec Yusef depuis plusieurs années, de même, ils fréquentent ce club assez souvent, et le proprio, Joe Segal, est un ami, s’il y avait des enregistrements inédits et inconnus à récupérer, c’était bien par là qu’il fallait chercher !

Le champ d’action est celui le plus courant, c’est-à-dire un bon hard bop qui se frotte souvent à la musique modale, ça démarre d’ailleurs avantageusement avec « The Untitled », excellente pièce d’une demi-heure qui ouvre la porte toute grande à l’expression débridée des solistes, qui en profitent comme il se doit, c’est la tradition du jazz, de son langage libre et affranchi, où chacun dispose de la musique pour lui donner vie.

La première véritable ballade s’exprime au beau milieu du second Cd, avec « I Remember Webster », cinquième des neuf titres qui occupent l’album. Un bel hommage au son charnu et chaud du vieux Webster, le saxo ténor de Yusef se régale et se recueille en pensant au noble « Ben », un aîné à qui est dû tout le respect possible, lui qui fut un guide pour tant d’admirateurs, connus ou pas…

Sur « Opus 1 & 2 », pièce de trente minutes, signée par Akira Inoue, on retrouve à nouveau le tandem flûte et contrebasse frottée, qui fait des merveilles et nous renvoie près de l’Inde et de ses sonorités exotiques et enchanteresses…

Ce sont ces moments qui sont si précieux sur cet album, quand s’échappe les cadres et que survient la douce méditation provoquée par la flûte, dans un espace modal et innovant, alors qu’un drone s’exprime à l’arrière…

Ces moments rares où tout dure sans limitation particulière sont à chérir dans notre vie, il en arrive quelques-uns par la voie de la musique, alors il faut les goûter avec délicatesse, et même parcimonie…

Aucune baisse dans l’inspiration ici, sur « Golden Goddess » qui est absolument magnifique et lumineux, ou « Straighten up and Fly Right » ou bien encore « Yusef’s Mood », c’est peu de dire qu’ici nous sommes en immersion, disons plutôt que le plus difficile est de s’extirper de ce monde-là, auquel nous aspirons.

Beaucoup d’étoiles…

Eboness
I Remember Webster
Golden Goddess
Straighten Up & Fly Right
Opus 1 & 2
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 23 août 2026 02:59

Gregorio, Gustafsson & Nordeson – Background Music.jpg
Gregorio, Gustafsson & Nordeson – Background Music.jpg (109.18 Kio) Vu 788 fois
Gregorio, Gustafsson & Nordeson – Background Music - (1998)

Guillermo Gregorio est né en quarante et un à Buenos Aires, c’est un clarinettiste, saxophoniste et compositeur qui rêve de réunir les contraires, le cool jazz avec le free ! La mission s’avère quasi impossible, voire périlleuse. Pour arriver à ses fins il se lie avec Mats Gustafsson, celui qui ose tout et que rien n’arrête, ce dernier joue du saxo ténor et du fluteophone.

Pour donner de l’assise et structurer l’ensemble, le batteur percussionniste Kjell Nordeson est également appelé, ils vont tenter l’impossible, mais conservent l’atout-maître : la possibilité sans limite d’improviser et de créer au gré du vent…

Dès la première pièce, « Vanderin’ » dédicacé à Ken Vandermark, la tempérance est de mise, tout semble calme et doux, cool, oui tout à fait, comme s’il ne fallait rien forcer, avancer à pas de velours en gardant les chaussettes sur la moquette…

Lentement et sans même s’en apercevoir nous voici dans la seconde pièce, le très long « A Tiny Bit More », cette fois-ci dédicacé à Tiny Kahn. Ce dernier est un batteur surnommé « Tiny », précisément parce qu’il était le contraire, particulièrement costaud et musculeux, il mourra à l’âge de trente ans, après avoir brillé en tant qu’arrangeur et compositeur aux côtés de Woody Herman.

La pièce ne s’énerve jamais vraiment non plus, pendant une durée frôlant les dix-neuf minutes, pourtant quelques impros à visée exploratoire se font entendre dans le jeu de Mats et celui de Gregorio qui ne rechigne pas non plus, ouvrant les voies. On peut y entendre l’intrigant fluteophone …

Cette musique reste cependant résolument contemplative et n’attire l’attention que lorsque qu’elle échappe à sa destinée, s’énervant un peu, comme par accident.

« Cannots » est plus libéré et virtuose, dessinant des arabesques, des courbes et des circonvolutions bienvenues, qui agitent l’ensemble des intervenants, tous co-compositeurs par ailleurs, partageant la même galère…

Bon, je force un peu le trait, car ces gars-là sont tous incroyables, et on pourra trouver beaucoup de douceur et de subtilité dans cet album, ils sont tous ultra professionnels dans l’usage des instruments, et chacun tisse une partie merveilleuse, mais, en choisissant le silence plutôt que le bruit, le pauvre pékin que je suis se sent un peu perdu, en quête du Nord pour y retrouver sa boussole…

Peut-être un rééquilibrage aurait-il été bienvenu, avant que ne s’installe un trop long systématisme, le « cool », à l’origine, connaissait des moments intenses et chauds, voire survitaminés…

Vanderin' (To Ken Vandermark)
A Tiny Bit More (To Tiny Kahn)
Just About Five: Beginning
Cannots
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 24 août 2026 02:10

Mats Gustafsson, Ken Vandermark, Tomeka Reid, Chad Taylor – Pivot.jpg
Mats Gustafsson, Ken Vandermark, Tomeka Reid, Chad Taylor – Pivot.jpg (85.41 Kio) Vu 729 fois
Mats Gustafsson, Ken Vandermark, Tomeka Reid, Chad Taylor – Pivot – (2025)

Rien qu’à l’énoncé des noms rassemblés, on fond. Certes l’album date de l’année dernière, mais il n’apparaît ici et maintenant que par ma paresse, ce qui n’occasionne véritablement aucun « grand tort », car tout le monde s’en moque… Simplement je me serais bien fendu d’un « probablement l’un des meilleurs albums de l’année », qui aurait été mérité…

C’est un album « Silkheart », ce qui signifie le plus souvent que l’album est bien plein, ce qui est le cas mais sans démesure, il tourne autour de l’heure. Je note également que le Cd est fabriqué en France, bonne nouvelle, il me semblait que l'usine de fabrication de disques à Villaines-la-Juhel, du groupe MPO, avait mis les clefs sous la porte, mais si c’est reparti tant mieux !

On retrouve notre quartet dans ses dispositions habituelles, Mats Gustafsson au saxophone baryton, au ténor et aux flûtes, Ken Vandermark au saxophone ténor, à la clarinette si bémol et à la clarinette basse, Tomeka Reid au violoncelle et Chad Taylor à la batterie.

L’album se répartit tout d’abord avec une série de quatre titres plutôt sensationnels, avec le remarquable « Drops of Sorrow. Accelerating », admirable hommage à la poétesse et romancière danoise Inger Christensen, composé par Mats.

Ensuite il y a une série de six duos, plutôt courts, improvisés par les uns et les autres, de quoi laisser libre cours à l’imagination vive et au lyrisme de chacun… Puis on retrouve une autre série de quatre titres bien menés qui régalent, comme le magnifique « Drifting against the Wind ».

Tout ça a été enregistré en deux jours au studio « Electrical Audio » de Chicago. C’est du free puissant et concentré, ces quatre-là ne sont pas près de me lâcher…

The Sensation of Sliding
Drops of Sorrow. Accelerating
Drifting against the Wind.
Popular Music Theory
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 25 août 2026 02:42

Living By Lanterns – New Myth  Old Science.jpg
Living By Lanterns – New Myth Old Science.jpg (165.3 Kio) Vu 626 fois
Living By Lanterns – New Myth / Old Science – (2012)

Pas tout jeune cet album de « Living By Lanterns », une quatorzaine d’années et pourtant déjà un rassemblement de grands noms qui font encore l’actualité d’aujourd’hui. Cet album est né de la rencontre de deux musiciens tous les deux fascinés par Sun Ra. Il se trouve que les deux ont été mandatés pour ressusciter des bandes anciennes du Mage, époque soixante et un, complètement inédites…

Le premier de ces musiciens est Jason Adasiewicz, vibraphoniste, et le second Mike Reed, batteur, il se trouve également qu’ils sont compositeurs et que, plutôt que de simplement publier ces bandes, ils préfèrent les écouter, les étudier, et s’en inspirer pour un travail plus personnel, avec l’aval de « L’ Experimental Sound Studio », qui veille sur les droits pour tout ce qui touche à l’héritage artistique de Sun Ra.

C’est ainsi que va se construire cet album très atypique, après une réécriture et de nouveaux arrangements. Pour se faire ils rassemblent autour d’eux une fine équipe composée de fameux musiciens, en provenance parfois de New-York et souvent de Chicago.

Greg Ward est au sax alto, Taylor Ho Bynum au cornet, Ingrid Laubrock au sax ténor, Tomeka Reid au violoncelle, Mary Halvorson à la guitare, Jason Adasiewicz au vibraphone, Joshua Abrams à la basse, Tomas Fujiwara à la batterie et Mike Reed à la batterie également et à l’électro, Nick Butcher à l’électro est invité sur deux pièces.

L’impression qui ressort à l’écoute est celle d’une grande fidélité à l’œuvre de Sun Ra, en cette période le Sun n’est pas encore plongé dans le free dans lequel il semble ne pas encore trop croire, si bien qu’une grande sagesse traverse l’œuvre qui ne frôle que rarement l’avant-garde, seul « Grow Lights » franchit le pas.

Nous sommes dans un entre-deux plutôt sympa, entre l’ancien et le moderne, j’imagine que les interprètes ont dû se régaler lors des solos. C’est lorsque le groupe s’échappe des cadres et des carcans qu’il nous régale le plus, ainsi « Think Tank » et « Old Science » vont bien.

L’interprétation est tout du long de très haut niveau et chacun trouve le petit plus qui fait la différence…

Think Tank
2000 West Erie
Forget B
Old Science - Living By Lanterns (Jason Adasiewicz 2011)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 26 août 2026 02:39

Michael Formanek – Wide Open Spaces.jpg
Michael Formanek – Wide Open Spaces.jpg (104.34 Kio) Vu 548 fois
Michael Formanek – Wide Open Spaces – (1990)

Voici le tout premier album du contrebassiste de la côte ouest, Michael Formanek, nous sommes en quatre-vingt-dix et le Cd en est encore à ses débuts. Michael explique comment ce nouveau format change les habitudes, le fait de n’avoir qu’une face contraint davantage l’album à conserver une ligne directrice et une homogénéité. La capacité de stockage autorise un tel album avec près de cinquante-cinq minutes de musique, on change d’époque !

Cet album est une belle réussite, Formanek a tout composé avec un grand talent, mais il a su également s’entourer de fameux collègues, Greg Osby aux saxs alto et soprano, Mark Feldman au violon, Wayne Krantz à la guitare et Jeff Hirshfield à la batterie. Un album qui va bien au milieu de ces galettes vouées aux cordes, qui pleuvent en ce moment…

Cet album fait énormément plaisir lors de l’écoute, Formanek est un bassiste de grand talent et un compositeur habile, il fréquente nombre de jazzmen de la west coast et travaille avec Herbie Mann, Dave Douglas, Stan Getz ou Mulligan. La formation qu’il drive ici est construite à partir d’habitués qu’il aime côtoyer.

Cette bonne humeur qui règne transpire dans la musique, comme sur « Coffee Time » par exemple. On goûte au gros son bien rond de sa contrebasse, à sa belle technicité qui lui permet de virevolter avec élasticité, sa basse est chantante et optimiste, comme sur le très bon « Home, at Home », la pièce la plus longue qui frisotte avec les huit minutes trente…

Aujourd’hui il joue également en trio dans la formation « Thumbscrew », avec Mary Halvorson et Tomas Fujiwara, ce qui situe un peu sa famille d’influence et de cousinage jazz…

Edge to Edge
Wide Open Spaces
Coffee Time
Home, At Home
Outerlude
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 27 août 2026 02:08

john-zorn-song-of-songs-Cover-Art.jpg
john-zorn-song-of-songs-Cover-Art.jpg (21.14 Kio) Vu 449 fois
John Zorn – Song Of Songs – (2022)

John Zorn nous offre sa vision du « Cantique des Cantiques ». Ce dernier est un des « livres poétiques » de la Bible hébraïque, mais il est également intégré à la bible chrétienne. Il date du IVe siècle av. J.-C., son écriture est attribuée traditionnellement à Salomon, roi d'Israël.

C’est une suite de poèmes, dix-sept, qui dévoilent un dialogue amoureux entre un homme et une femme. La version de Zorn inclut un livre en lettres dorées, qui recueille le Cd, y compris de nombreux dessins de Zorn, certains d’inspiration érotique.

Ce dialogue constitue le cœur de l’œuvre, il est interprété en anglais par Barbara Hannigan, une chanteuse classique que l’on entend parfois au fil des œuvres de Zorn, et de Mathieu Amalric dont le timbre de la voix semble contenir toute la chaleur nécessaire pour restituer la passion qui habite ce « Cantique des Cantiques ».

Il nous faut cependant abandonner les terres jazz et nous orienter davantage vers les régions de la musique contemporaine, avec cinq voix féminines qui ornent de bout en bout ce voyage à travers les mondes de la passion et de l’amour. Voici le nom des choristes rassemblées, Abigail Fischer, Kathryn Mulvehill, Kirsten Sollek, Lisa Bielawa et Martha Cluver qui constituent l’ensemble « The Daughters Of Jerusalem ».

Pour une approche plus aisée et moins solennelle de cette œuvre, on pourra préférer, en français, une autre version, proposée en deux mille deux par Alain Bashung et Chloé Mons, qui en avaient proposé une version l’année précédente, lors de leur mariage…

La musique, excellente, était de Rodolphe Burger, l’album avait alors été publié sur « Dernière bande » et constitue une belle pièce agréable et facile à écouter, d’une durée d’environ vingt-cinq minutes. La version de Zorn est un peu plus longue, elle dépasse les trente et une minutes, son titre est « Shir Hashirim », ce qui signifie, bien sûr, « Le cantique des cantiques » …

En deux mille huit, Zorn avait déjà présenté une version de cette œuvre avec Lou Reed et Laurie Anderson, ainsi que Mathieu Amalric, il y avait également un récitant, rôle absent lors de cette nouvelle version épurée.

On appréciera l’effet hypnotique des voix qui bercent et s’entremêlent, la diction douce et habitée des récitants, ainsi que la force de ce texte mis à nu par une nouvelle traduction de Jeremy Fogel.

Shir Ha-Sharim by John Zorn
Cantique des cantiques - Bashung, Mons
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 28 août 2026 03:06

Tigran Hamasyan – Mockroot.jpg
Tigran Hamasyan – Mockroot.jpg (102.17 Kio) Vu 381 fois
Tigran Hamasyan – Mockroot – (2015)

« Mockroot » est le successeur de « Shadow Theater » qui est probablement le meilleur album de Tigran à ce jour, pour ce que j’en connais. La musique de Tigran est souvent typée, pas seulement parce qu’elle prend ses racines en Arménie, mais aussi parce qu’elle est dans l’intranquillité, rarement comme on la souhaiterait, toujours à rebrousse-poil, pas là où on l’attend, Tigran réfléchit trop…

Alors forcément ici ça bouge beaucoup, et nous sommes le jouet des humeurs du marionnettiste, qui nous emmène là où il a choisi. Il y a des coins doux et douillets où nous sommes au chaud, cocoonés, comme sur « Lilac », la seule pièce jouée au piano solo qui est juste une petite merveille…

Il y a également les territoires merveilleux de « The Apple Orchard in Saghmosarang », pièce qui nous renvoie aux accents arméniens qui réchauffent. « The Grid » va bien également avec une partie de piano fantastique, suivi par le tonique « Out of The Grid », la dernière pièce de l’album, la seconde partie de la pièce est chantée probablement par Gayanée Movsisyan, dans un esprit voisin de « The Roads That Bring Me Closer To You ».

Le Cd contient un poster assez grand, avec les paroles au verso, peut-être un support intéressant pour se lancer dans l’apprentissage de l’arménien et de son alphabet si joli. Autrement l’album a été enregistré au « Studio de Meudon » en deux mille quatorze…

The Grid
Out of the Grid
Lilac
Tigran Hamasyan - Entertain Me
Tigran Hamasyan - The Apple Orchard in Saghmosavanq
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Piranha » ven. 28 août 2026 07:34

Allez un petit peu de Guitar Jazz, ma madeleine de Proust dans ce genre musical :) ; bien sûr tendance Fusion

Ici un projet avec au final un seul album à son actif : Sugar Loaf Express (Featuring Lee Ritenour) en 1977.
Harvey Mason, Patrice Rushen (...) Eric Gale et donc Lee Ritenour enregistrent cet album sorti uniquement au Japon (mais on le trouve à pas cher).

6 titres d'une Fusion classique et délicate, où les guitares ciselées n'envahissent jamais l'espace mais viennent plutôt accompagner le rythme doux et langoureux de l'album.


Image


Lee Ritenour propose un extrait sur son Bandcamp et l'album inclus 6 bonus tracks : https://leeritenourofficial.bandcamp.co ... af-express. (pas écouté vu que j'ai le vinyl ::d )


:chapozzz:

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 29 août 2026 02:50

Fred Frith & Henry Kaiser – Friends & Enemies.jpg
Fred Frith & Henry Kaiser – Friends & Enemies.jpg (77.86 Kio) Vu 279 fois
Fred Frith & Henry Kaiser – Friends & Enemies – (1999)

Fred Frith & Henry Kaiser se connaissent depuis pas mal d’années quand ils enregistrent cet album. Ils ont tous les deux participé à l’aventure à quatre, avec John French et Richard Thompson, qui s’était concrétisé en quatre-vingt-sept par l’album « Live, Love, Larf & Loaf », et en quatre-vingt-dix avec « Invisible Means ».

Mais la véritable rencontre date de bien avant, dès soixante-dix-neuf, avec cet album « With Friends Like These » dont la démarche artistique est très expérimentale, lorgnant vers des dérives aventureuses et pleines de liberté, ouvrant des possibles, et des portes et des fenêtres aussi…

Les cinq premières pièces du Cd1 et les quatre premières du Cd 2 concernent cet album, tous les titres sont entièrement improvisés, en juillet soixante-dix-neuf à San Francisco. Les pièces « The Changing Of Names », « Twisted Memories Give Way To The Angry Present » et « Black Glass » sont des sortes de « battle » sans overdubbing.

Cette première rencontre assez fondatrice en appellera d’autres, ainsi quatre années plus tard, en quatre-vingt-trois, toujours chez « Metalanguage », ils se retrouvent toujours à San Francisco pour enregistrer « Who Needs Enemies ? », moins expérimental, plus harmonieux avec des mélodies et quelques trucs bizarres de temps en temps, avec aussi une boîte à rythmes et un séquenceur, un magnifique alboum !

Ce qui fait le plus de ce double LP ce sont les add-on, ainsi s’ajoute rien moins qu’ un album entier d'enregistrements en public inédits, ainsi qu’une demi-heure supplémentaire d’inédits en provenance des studios d’enregistrement. La totale, quoi !

C’est tout simplement fabuleux, cent soixante minutes de musique au total, mais surtout on se régale vraiment, ces deux-là se complètent merveilleusement et les pièces filent sans que l’ennui ne se manifeste une seule seconde. Il semblerait que la répartition des pièces se soit faite pour utiliser au maximum la totalité des capacités de stockage des Cds, ainsi le Cd1 contient la moitié des pièces de chaque album, et le Cd2 l’autre moitié…

C’est évidemment étrange mais n’influe en rien sur le mode d’écoute, ni sur sa qualité : le régal reste total !

It Moves...
The Kirghiz Light
...But Does It Swing?
The Golden Eighties
Drowsy Maggie
Henry Kaiser & Fred Frith - One of Nature's Mistakes
Roy Rogers
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 30 août 2026 03:42

Rodrigo Amado, This Is Our Language Quartet, Joe McPhee, Kent Kessler, Chris Corsano – Wailers.jpg
Rodrigo Amado, This Is Our Language Quartet, Joe McPhee, Kent Kessler, Chris Corsano – Wailers.jpg (183.55 Kio) Vu 210 fois
Rodrigo Amado, This Is Our Language Quartet, Joe McPhee, Kent Kessler, Chris Corsano – Wailers – (2026)

« This Is Our Language Quartet » est composé des quatre musiciens cités plus haut, Rodrigo Amado aux saxs ténor et alto, ainsi qu’au sifflet à eau en forme d’oiseau sur l’intro de « Theory of Mind III », on l’entend côté gauche, Joe McPhee est également au ténor mais côté droit, Kent Kessler est à la contrebasse et Chris Corsano à la batterie, l’album est paru en avril, mais l’enregistrement est plus ancien, enregistré aux « Namouche Studios » fin deux mille dix-neuf.

A l’intérieur, au-dessus d’une photo rassemblant les quatre, se trouve une citation d’Amiri Baraka, la voici : « Nous sommes les Wailers, nous sommes des Wailers. N'ayez pas peur. Il ne se passe rien d'autre que du pur, de l’hors-norme. Il ne se passe rien d'autre que du positif. (À moins que vous ne soyez du côté du négatif.) Wailers. Nous, les Wailers. Ouais, des Wailers. On hurle, on hurle. » Le terme « The Wailers » peut se traduire par les gémisseurs, les pleureurs ou ceux qui se lamentent.

Peut-être qu’ici ça s’entend, ce drôle de blues free qui s’étale sur cet album, traversant les pièces et lui donnant cette tonalité un peu étrange, pleurs, cris et hurlements même, de quoi effrayer ceux qui passent, les passants de hasard qui croisent ces Wailers, un peu effrayants et pas très fréquentables…

Ça s’épaissit en fin d’année, déjà sortis de grands albums, et celui-ci fait partie du lot, millésimé vingt-six malgré une conception plus lointaine. Les amateurs de free n’iront pas beaucoup plus loin pour repérer les moments saillants de cette année, il y a comme de l’Ayler en boîte dans ce lot-là !

On murmure également qu’est paru un autre projet d’Amado, cette fois-ci à deux, « Desolation Row », si on pense au « Further Beyond » que je vous ai présenté y’a pas longtemps, ça bouillonne dans les cuisines, là-bas, au Portugal, et que pour le meilleur, enfin jusqu’à présent…

Ici c’est la dernière pièce qui arrache tout et élève la flamme dans les sommets, il y a bien deux pièces plus lentes, pour les lamentations, ça va, « Hot Folk » et « Subterranean Night Colour », mais sur la fin ça grimpe sévère avec l’éblouissant « Blue Blowers » qui avance crescendo, en colimaçon vers tout là-haut, d’où on ne peut plus descendre sans risque grave, alors le mieux c’est de rester là, perché, tout là-haut !

Wailers
Hot Folk
Theory of Mind III (for Joe)
Subterranean Night Color
Blue Blowers
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 31 août 2026 01:40

Terry Riley – Music For The Gift.jpg
Terry Riley – Music For The Gift.jpg (79.05 Kio) Vu 147 fois
Terry Riley – Music For The Gift – (2000)

Je dépasse un peu ma sphère de confort avec cet album de Terry Riley, ouvert sur la musique concrète et le monde expérimental. Toutefois je conserve quelques billes, car certains ici, me sont plus familiers, particulièrement sur le morceau titre, « Music for the Gift », enregistré en direct à Radio France, à Paris, en soixante-trois…

C’est une suite en cinq parties, Terri Riley est le compositeur, il joue également de ses bandes magnétiques. Il y a également un trompettiste de renom, rien moins que Chet Baker lui-même, et c’est formidable ! Luis Fuentes est au trombone, George Solano à la batterie, Luigi Trussardi à la contrebasse et John Graham est la voix de « She moves », sur les parties deux et trois. L’apport de Chet Baker est crucial, particulièrement sur la partie une et la partie cinq, où la complicité avec Terry Riley est à son apogée.

Les amateurs de Riley trouveront sur cette œuvre de jeunesse des apports pour ce qui concerne le travail sur les bandes magnétiques, comprendre ce qui touche aux « échos », et au coupage/collage qu’il utilise à profusion également, pour de multiples effets, souvent combinés, qui impressionnent.

La seconde pièce est Bird of Paradise, en cinq parties également, cette fois-ci pas de jazz pour se raccrocher aux branches, mais un Terry Riley qui manipule les bandes avec des collages, des créations de boucles, des répétitions à n’en plus finir, et déjà le minimalisme qui pointe et prend de l’importance.

Nous sommes en soixante-cinq, à San Francisco, au domicile de Terry où se trouve également un piano et des bandes magnétiques qu’il triture avec science. On entend quelques voix liées à son entourage. On note la recherche et l’apparition d’un solide groove qui va bien, et qui fait pencher l’album côté populaire, malgré le côté très radical de la démarche…

C’est ensuite le quart d’heure de « Mescalin Mix » avec Terry et ses bricolages, assisté de la mesca, oui, oui… Il y a également Lynn Palmer, Mike Mack et John Graham qui font les voix. C’est un travail de collecte réalisé entre soixante et soixante-deux, puis de mixage, assemblage et collage. On pourrait également dire que c’est un résumé de ses expériences avec la mescaline, délirant, à base de sensations et du ressenti…

La dernière pièce, « Two Piano’s and five Tape Recorders » date de mille neuf cent soixante elle a été captée en public au « Hertz Hall » du Campus de Berkeley. C’est un duo qui rassemble Terry Riley et La monte Young, une pièce d’importance, on y entend également un commentaire radiophonique humoristique dit par Glenn Glasow.

Music for the Gift: Part 1
Music for the Gift: Part 3
Music for the Gift: Part 5
Bird of Paradise: Part 1
Mescalin Mix
Concert for Two Pianists and Five Tape Recorders
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 1 sept. 2026 01:11

Starlite Motel – Awosting Falls.jpg
Starlite Motel – Awosting Falls.jpg (67.65 Kio) Vu 80 fois
Starlite Motel – Awosting Falls – (2016)

Si tu n’aimes pas l’orgue, passe ton chemin… Mais si tu n’as rien contre et que tu aimes l’énergie survoltée, alors ici tu es chez toi, bien accompagné par ce fougueux quartet, qui envoie des copeaux, fort en masse…

Le gars des saxophones alto et ténor c’est Kristoffer Berre Alberts, le premier des fougueux, on dithyrambe sur lui et sur son nom, faut dire que c’en est un de première classe ! L’autre qui envoie aussi en masse c’est Jaimie Saft, première classe également, il déploie ses ailes comme un aigle et tournoie, comme au moyen-âge, il aime les impacts, quand le choc démembre et force la place, un autre fougueux, lui et Kristoffer sèment la terreur…

Jaimie il est fort outillé, orgue Hammond, orgue Whitehall, Mr Moog en sus et Lapsteel Guitar pour les récalcitrants. L’homme de base est celui des basses, Ingebrigt Håker Flaten est son nom, et rien qu’à le prononcer on tremble, il joue de l’Ibanez huit cordes, sans frettes et sans manières, ou de la Fender Precision ou encore de l’Univox Hi-Flyer bass, quand c’est nécessaire. Le dernier mais pas le moindre c’est Gard Nilssen qui joue de la batterie, des percus et tapatouille l’électro, si nécessaire…

Ils sont valeureux et fougueux, je crois que je l’ai déjà dit, mais ne tiennent pas sur les grandes longueurs, ce ne sont pas des coureurs de fond, ici ça plafonade autour de quarante-cinq unités, vu l’énergie dépensée le ratio est tout de même très favorable, parce qu’ici on vous ressert la sauce, bien avant qu’on en redemande, un peu comme à Ostende !

Tous les plats se ressemblent, du preux, du fougueux, du rageux, du tapeux et on envoie. La plupart des pièces sont collégiales, tricotées et bricolées à quatre, mais une l’est à deux, « A Thousand Thousandths » qui termine l’album de façon géniale, il y a aussi « The Prince Of The Face Of The Bull » qui est signé du seul Nilssen, ce dernier l’a présenté aux autres qui ont trouvé ça bien et ont voté pour.

« Awosting Falls », le titre de l’album, est le nom d’une cascade qui se transforme en cours d’eau aux multiples aspects, un peu comme la grande sauce servie ici qui ne se tarit jamais, provoquant comme un torrent boueux dans lequel on se débat, toutes bottes dehors…

Fort recommandé en masse…

A Beautiful Nightmare
Starlite
Awosting Falls
The Prince of the Face of the Bull
A Thousand Thousandths
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 2 sept. 2026 01:13

Rodrigo Amado, Carlos Zíngaro, Ken Filiano – The Space Between.jpg
Rodrigo Amado, Carlos Zíngaro, Ken Filiano – The Space Between.jpg (113.6 Kio) Vu 4 fois
Rodrigo Amado, Carlos Zíngaro, Ken Filiano – The Space Between – (2002)

Pendant l’été deux mille deux ces trois-là se sont retrouvés pour ce qui est le premier enregistrement officiel de Rodrigo Amado dans la chronologie de Discogs, mais il y en eut d’autres auparavant. Ce musicien portugais a pris une belle place dans la musique jazz européenne et en est devenu une figure influente. Il est donc intéressant de s’y attarder un peu…

Pour ma part, la première fois que je l’ai écouté c’est sur le fameux « Live at Casazul », qui fit un peu de bruit lors de sa sortie. En effet l’album était le point de rencontre entre le groupe instrumental psyché rock « Black Bombaim » et le saxophoniste Rodrigo Amado, le guitariste du groupe « Earthless » Isaiah Mitchell et Shela aux synthés, avec un résultat plutôt excellent et un album qui se vendit pas mal, il me semble.

Depuis cette période, l’expérience d’ Amado s’est encore épaissie, amenant à de nombreuses rencontres avec des piliers du free jazz européen ou mondial, comme Joe McPhee, Kent Kessler et Chris Corsano pour la formation « This is our language », Alexander von Schlippenbach, Ingebrigt Håker Flaten ou David Maranha.

Pour ce qui concerne cet album le concept de départ provient d’ Amado qui souhaite que les trois se tiennent au centre du studio autour de la « composition en temps réel ». Pour se faire le violoniste Carlos Zíngaro est un partenaire idéal, expérimenté et improvisateur éprouvé, également familier de la musique classique. L’autre pôle étant le contrebassiste Ken Filiano qui lui aussi se partage entre musique jazz, classique et contemporaine.

Dans un tel contexte la musique est de très haute tenue, le jeune Amado, né en soixante-quatre, est également le cofondateur du label portugais « Clean Feed » avec Pedro et Carlos Costa, extrêmement prolixe et intéressant, qui sort cet album avec le numéro quinze. On apprécie la qualité sonore, extrêmement fine, la relation entre les trois toute en spontanéité, malheureusement je ne connais pas le « secret » de cette composition « en temps réel », et en quoi elle se distingue de l’improvisation collective, ni même s’il existe une distinction, mais ça viendra…

On comprend tout de même que la création collective s’organise d’après l’espace, comme l’indique le titre « The Space Between », reste à définir de quel espace on parle, entre quelles limites, s’il y en a. Mais l’album est beau, quelques passages évoquent la musique contemporaine, plus que le jazz, comme sur « Horn, Strings & Sound ».

J’ai oublié de préciser qu’ Amado joue des saxs alto et baryton. Un album très intéressant, avec des pointures…

Nothing / New Thing
The Space Between
Tripplets
In We Walked Out
We will dance again...

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