J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Douglas
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 5 juil. 2026 04:22

Ambrose Akinmusire, Mary Halvorson – Slo-Mo Neon Luminate Hoverings.jpg
Ambrose Akinmusire, Mary Halvorson – Slo-Mo Neon Luminate Hoverings.jpg (233.74 Kio) Vu 773 fois
Ambrose Akinmusire, Mary Halvorson – Slo-Mo Neon Luminate Hoverings – (2026)

Ambrose Akinmusire et Mary Halvorson sont des musiciens qui se côtoient en dehors des circuits depuis deux mille-neuf. Lors de rencontres ils jouent et échangent dans des sessions improvisées, simplement pour le plaisir de jouer.

Il se trouve que les deux sont remarquables et innovants sur leur instrument. Les échanges sont libres et sans contraintes, c’est ce qui incitera Ambrose à franchir une étape, il est depuis longtemps fasciné par les pédales à effet dont usent les guitaristes, de Hendrix en passant par Frisell et Mary Halvorson.

Celle-ci a prêté à Ambrose une de ces pédales, elle confie : « Je lui ai donné la pédale cinq minutes avant la répétition et j'ai été bluffé par la rapidité avec laquelle il a réussi à faire des trucs incroyables… en cinq minutes chrono ! » C’est aussi cette découverte que nous entendons ici, les habitués de Mary Halvorson ne seront pas surpris par la multiplicité des effets et les identifieront aisément.

Neuf pièces magnifiques sont ainsi gravées, héritées de l’expérience commune forgée au fil du temps. Le feeling accumulé est certainement un des secrets de cet album, on ressent presque physiquement cette complicité, dans l’air que l’on respire, dans l’intimité des pièces et leur architecture, et dans la façon dont elles évoluent, fusionnant parfois.

On peut également souligner la présence du souci mélodique, que l’on omet trop souvent, et qui s’impose au fil de ces pièces, mais ce qui émerge davantage encore c’est la précision parfaite, jusque dans les détails. Les effets forment une partie non négligeable de l’œuvre, les boucles, les tessitures, tout ce qui ajoute à l’atmosphère est également important.

Et c’est bien tout cet ensemble finement brodé qui donne à cette œuvre un cachet unique, avec une finition irréprochable, qui s’entend dès le titre d’ouverture « Prélude In The Ash » et qui se continue jusqu’au titre final, « Slo-Mo Neon Luminate Hoverings », entre jazz et ambiant, avec le meilleur de l’un et de l’autre, qui forment ensemble une douce alliance…

Prelude in the Ash
Soundcheck
Watersmoke
Blood & Sand
Slo-Mo Neon Luminate Hoverings
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 6 juil. 2026 04:07

Dominique Cravic et Les Primitifs Du Futur – Les Crimes du Musette.jpg
Dominique Cravic et Les Primitifs Du Futur – Les Crimes du Musette.jpg (200.51 Kio) Vu 734 fois
Dominique Cravic et Les Primitifs Du Futur – Les Crimes du Musette – (2026)

Il y a des albums comme ça qui vous font poser le crayon direct, vous savez que ce que vous allez écrire est de toute façon « en d’dans », y pèsent tant, sans en avoir l’air, qu’ils vous paralysent, et l’effet peut durer deux jours ou trois, ou davantage encore, pour en sortir faut surmonter et accepter l’inévitable échec et y aller quand-même, comme avancer dans l’eau trop froide, l’hiver, pour s’y tremper en entier…

Cet album en impose tellement, il est constitué d’une multitude de perles qui s’enquillent avec une régularité confondante. La pochette est due à Robert Crumb, le mythique dessinateur tout droit sorti des années psychés, qu’est un collaborateur historique et fidèle, un dans toute cette cohorte de participants dont la liste sans fin des noms figure ici… Comme s’il fallait lister avant de dire au revoir, tirer la révérence…

Vingt-sept pièces sont au menu, chacune à son poids, son essentialité, alors, heureusement il y a la simplicité, la modestie de la démarche, et pourtant une perfection jamais mise en faute, des détails sans cesse qui bousculent et vous font fondre vous laissant là, pantois…

C’est l’album de tous les folklores, adroitement mené par Dominique Cravic qui porte l’affaire depuis tant d’années, alors remontent le musette, la béguine, la bossa, la musique de Django, des manouches qui poussent la chansonnette, tout un répertoire d’essence populaire qui surgit, renouvelé mais toujours dans l’jus…

Sont plus tout jeunes les septuas qui tournent encore au bal des vampires, Sanseverino gratouille et Salvador est convoqué avec l’ombre de Chet Baker et de Juliette Gréco, des images qui surgissent du passé et le font revivre…

Alors écoutons « Cool Paradis », « M’bube », « Ta femme m’a quitté », « Les Enfants de João », « Boude Pas », « La Grande Serre », « Fumée Aux Yeux » …

Ta femme m a quitté
Cool Paradis
Les enfants de João
Boude pas
La Grande Serre
M bube
N oubliez pas Gréco
Fumée aux yeux
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 7 juil. 2026 01:30

Lionel Martin Solos.jpg
Lionel Martin Solos.jpg (189.99 Kio) Vu 697 fois
Lionel Martin – Solos – (2020)

Retour de Lionel Martin avec cet album enregistré en fait un an avant « Solo » déjà présenté, c’est le « s » qui fait toute la différence. Lionel et ses saxs en vagabondage, avec un pote, Bertrand Larrieu, coupable des prises de son nomades !

Alors on entend tout, le sax, autour du sax, aux alentours du sax et plus généralement dans les environs du sax, événements, bruits, actions et réactions. Le sax et son maître agissants sur le monde en le faisant vibrer, on ne sait de toute façon pas qui a commencé, alors vibrons à l’unisson.

Bertrand Larrieu au mixage ajoute de l’overdubs, un peu de batterie. Les deux se promènent sous un pont à Goussainville, puis dans le métro de Paris, ils explorent les champs de la Beauce, puis La Loire où s’effectue un enregistrement « mouillé » …

Seule la dernière pièce, la cinquième, « La Chute Hello Mr Gaga » n’est pas insérée dans un lieu, échappant probablement à l’attraction de son environnement.

C’est tout à fait court et ça passe vite, trente-trois minutes pleines de « field recordings », où les sons se mélangent et cohabitent en proximité hasardeuse avec les sons du vivant. Peut-être à la recherche de racines ? Ou plus simplement d’expériences inhabituelles, pour enchanter la nature avec le son du saxophone…

La dernière pièce, « La chute » ressemble davantage à l’appel vers une danse transe qui pourrait créer l’envie…

Vibration
Réalité
Fiction
Éternité
La chute
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 8 juil. 2026 02:16

Paul Motian Quintet – Misterioso.jpg
Paul Motian Quintet – Misterioso.jpg (37.38 Kio) Vu 657 fois
Paul Motian – Misterioso – (1987)

C’était l’époque où beaucoup de musiciens US venaient enregistrer en Europe, une sorte de « pont » s’est créé dans ces années-là, où nous vîmes arriver de nombreux jazzmen, attirés par un accueil chaleureux, une reconnaissance artistique, et des possibilités correctes et acceptables, qui permirent à de nombreux enregistrements de voir le jour…

Black Saint, Hat Hut, Horo, ECM, Enja sont autant de labels qui se sont tournés vers les musiciens Étasuniens, fixant dans la cire une musique qui autrement se serait sans doute perdue. C’est aussi le cas pour Paul Motian qui reçut bon accueil de la part du label Italien Soul Note, label frère de Black Saint qui firent tant pour les musiques free et d’avant-garde.

« Soul Note » avait la réputation d’être moins pointu que Black Saint, mais ces distinctions de départ devinrent de plus en plus floues et le magnifique « Misterioso » que voilà est une belle illustration de la qualité de ces enregistrements d’époque !

Jim Pepper joue aux saxs ténor et soprano, Joe Lovano au ténor, Bill Frisell à la guitare électrique, Ed Schuller à la basse et Paul Motian à la batterie.

Hormis deux plages de Monk, Paul Motian est également compositeur de toutes les pièces, il dévoile ici une belle aptitude pour cet art tout en subtilités, décrivant des paysages magnifiques et propices à ouvrir une grande liberté aux solistes.

Sa façon de jouer est également moderne, il aime créer des climats, des textures et des contrepoints. Son jeu aux cymbales est très riche et coloré, il peut se démarquer du tempo pour commenter, plutôt que de simplement s’inscrire dans le rythme.

Il trouve dans ce quintet formidable des interlocuteurs de choix, comme Frisell qui est éblouissant, et créateur lui aussi d’espaces et de mystères. Lovano et Pepper sont également au top, prompte à entrer dans ces mondes qui se dessinent sous nos yeux…

On remarque évidemment la version miraculeuse de « Misterioso », le court « Byablue » qui inspira Keith Jarrett, « Dance » qu’il réinterprétera assez souvent, ainsi que « Once Around The Park » et « Gang of Five » qui illustrent cet album.

Misterioso
Dance
Once Around The Park
Gang Of Five
Byablue
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 9 juil. 2026 02:02

Bill Frisell – Before We Were Born.jpg
Bill Frisell – Before We Were Born.jpg (81.29 Kio) Vu 624 fois
Bill Frisell – Before We Were Born – (1989)

La période de la fin des années quatre-vingts est souvent très intéressante concernant la musique enregistrée de Bill Frisell, il sort d’une intense pratique aux côtés de John Zorn qui bouscule pas mal l’ordre des choses et, surtout, semble vouloir tout autoriser, les audaces et l’apparent désordre des choses…

Le voici entouré de ses habituels accompagnateurs d’alors, le violoncelliste Hank Roberts, le bassiste Kermit Driscoll et le batteur Joey Baron. Mais il faut également ajouter l’invité de passage, Arto Lindsay, avec sa guitare électrique, ses talents d’arrangeur sur les trois titres où il contribue. Il est même l’auteur des paroles du titre final, « Steady, Girl » dont Frisell a composé la musique.

Cet album n’est donc pas académique, et c’est très bien, ainsi il conserve cet aspect un peu « à côté » qui distingue singulièrement l’excellent Frisell, on s’y régale comme sur le mystérieux « The Lone Ranger » qui s’étire en longueur, où sur le morceau titre qui ouvre l’album, « Before We Were Born ».

« Hard Plains Drifter » dont le sous-titre est : « Alors que je rends mon dernier souffle et que la corde se resserre, les événements incroyables de ces trois derniers jours défilent sous mes yeux. » Pièce arrangée par John Zorn qui porte les stigmates du sorcier, nous sommes peu après la période « Spillane » avec ses collages, ses brefs élancements et ses virages à quatre-vingt-dix degrés.

Il y a également « Love Motel » qui va bien et le curieux « Some Song And Dance » avec des invités prestigieux, Julius Hemphill à l’alto qui est également le soliste principal, Billy Drewes à l’alto également et Doug Wieselman au sax baryton qui ajoute une nouvelle palette à un album qui n’en manque pas.

Une très belle pièce de la discographie Frisellienne !

Before We Were Born
Bill Frisell - Some Song And Dance, part 1: Freddy's Step
The Lone Ranger
Love Motel
Steady, Girl - Bill Frisell
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 10 juil. 2026 04:56

Stevko Busch, Paul Van Kemenade – Contemplation On Songs, Russian Chants, Miniatures.jpg
Stevko Busch, Paul Van Kemenade – Contemplation On Songs, Russian Chants, Miniatures.jpg (200.08 Kio) Vu 588 fois
Stevko Busch, Paul Van Kemenade – Contemplation On Songs, Russian Chants, Miniatures – (2010)

Il y a peu, sur l’album « Who is in Charge ? » je suis tombé sur ce saxophoniste alto, Paul Van Kemenade qui m’a intéressé par sa sonorité, son jeu souvent au bord de la fêlure, fragile et agile, libre et sans limite.

C’est ainsi que je suis arrivé à ce bel album d’un duo, où Paul partage l’affiche avec le pianiste allemand Stevko Bush, installé à Amsterdam où il a étudié au Conservatoire Sweelinck. C’est ainsi que ce dernier a pu finalement côtoyer le hollandais Paul Van Kemenade, son aîné d’une dizaine d’année, avec lequel il a souvent joué en concert.

Cet album est le premier pour ces deux habitués bien rôdés. On parle souvent de complicité pour les musiciens qui jouent en duo, elle est ici encore plus évidente qu’ailleurs, les deux se devinent, s’espèrent, se devancent presque, ils partagent une même sensibilité souvent à fleur de peau et se complètent avec force et évidence.

L’album est composé de seize titres qui sont autant de « contemplations » comme l’indique le titre. Un grand nombre sont des improvisations à partir de chants orthodoxes russes qui ont été rassemblés par le pianiste, comme « Plotiju Usnuv » qui ouvre l’album, le bref « Gospodi Vozvach » ou « Svjaty Bozhe » ou encore « Cheruvimi ».

Il y a également deux pièces de Dollar Brand, « The Mountain » et « Resolution » et cinq autres cinq qui présentent des « Reflections » et sont intitulés « Contemplation I », « II », « III », « IV » et « V » …

Les duos sont d’une grande beauté et gagnent même à être réécoutés, ainsi ils livrent plus facilement leur quintessence, ils brillent par leur finesse, leur sens mélodique et la sensibilité qui rassemble ces deux musiciens, au-delà du visible et du commun, en un lieu bien à eux.

Une musique du monde inhabituelle et unique, toute en grâce, comme sur « Cheru », qui referme l’album, comme une prière.

Plotiju Usnuv (part one)
Gospodi Vozvach
Cheruvimi
The Mountain
Svjaty Bozhe
Cheru
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 11 juil. 2026 03:05

Surnatural Orchestra - Clameurs.jpg
Surnatural Orchestra - Clameurs.jpg (516.82 Kio) Vu 533 fois
Surnatural Orchestra – Clameurs – (2026)

Retour du Surnatural Orchestra avec un nouvel enregistrement, mais cette fois-ci pas sous la forme d’un Cd ou d’un vinyle, c’eut été trop banal et conforme aux attentes, non, il s’agit d’un jeu de cartes qui s’est glissé dans une pochette cartonnée et qui contient un puzzle, un QR code et un mot de passe vous donnant accès à un téléchargement, au format « wav », de la bête en question…

Ça s’appelle « Clameurs », alors comme ça provient du « Surnatural », je fonce, mais je ne saurais approuver ce changement à l’éthique, qui veut qu’un nouvel album s’accompagne d’un CD, même s’il y a un truc que l’on peut prendre dans sa main et qui permet d’assouvir cet instinct animal de la « possession », et bien je boude dans mon coin en regardant ce QR code bien moche…

Bon, côté musicos également il y a des fuites, des « historiques » sont absents et des trous parsèment les bancs du grand ensemble, même s’il réunit vingt-quatre musiciens dont pas mal de noms me semblent inconnus, ce qui n’induit aucune conclusion, écoutons-donc, jusqu’alors l’originalité de l’écrin a toujours réussi à dévoiler de belles surprises musicales et de merveilleux enchantements prometteurs…

On reconnaît tout de même Cléa Torales à la flûte et au sax alto, ainsi que Léa Ciechelski à la flûte et au sax soprano, mais je m’arrête là, après tout qu’importe, seule compte la galette finale à l’arrivée… Les enregistrements ont été faits de façon éparpillée, en des lieux différents, quatre pour six pièces, subsiste une certaine unité artistique mais, peut-être, un très léger manque dans la folie d’ensemble à laquelle nous étions habitués.

Je retiens, « Solarium Tremens » qui dépasse, « Embrouille » qui décale, « ZutZuite » intéressant par sa structure et la qualité des solistes, et « Clameurs (outro, full of nothingness) » qui ferme l’album plutôt bien, mais sans bouleversifier comme au temps d’avant…

Solarium Tremens
Embrouille
ZutZuite
Clameurs
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 12 juil. 2026 02:09

Jojo Takayanagi Second Concept.jpg
Jojo Takayanagi Second Concept.jpg (81.89 Kio) Vu 480 fois
Masayuki "Jojo" Takayanagi Second Concept - Cool Jojo – (1980)

Masayuki Takayanagi est plus particulièrement renommé pour ses apparitions avec le transgressif Kaoru Abe, ou à la tête du New Direction Unit où il jouait une musique complètement free, en rupture complète avec l’académisme du jazz.

Mais pas ici.

Cet enregistrement, resserré sur trois jours de décembre soixante-dix-neuf, marque pour le guitariste Masayuki Takayanagi un retour en arrière dans le temps, à la période où il se concentrait sur les musiques cool dans le style de Lee Konitz, ou du cherchant avant-gardiste Lennie Tristano, qui franchissait alors toutes les règles.

D’ailleurs le répertoire fait foi plus que tout, comme un révélateur, trois pièces de Lee sont interprétées et deux de Lennie Tristano. Masayuki s’est entouré d’excellents musiciens, Kenji Kohsei au piano et au piano électrique, Nobuyoshi Ino à la contrebasse et Yasuhiro Yamazaki à la batterie, tous forment le groupe « Second Concept ».

L’impression est partagée entre un retour vers un certain classicisme, parcouru des avancées de cette époque lointaine, qui défrichait encore à gros traits et taillait des croupières à la tradition. Cet entre-deux vers le classicisme est également très séduisant, jamais véritablement déstabilisant de nos jours, surtout si on compare à ce que joue Masayuki avec le New Direction Unit, souvent carrément bruitiste.

Mais il y a également beaucoup de tendresse ici, en même temps qu’un hommage au groove et au hard-bop survitaminé, gratouillé par quelques audaces qui appartiennent déjà à la free music… Rien n’est vraiment interdit ici, mais on chérit ce jazz en rupture, capable d’audaces et d’une immense créativité.

C’est pourquoi nous aimons cet album autant que les autres de Jojo Takayanagi, même s’il est particulier et assez singulier dans ce créneau revivaliste. La version Cd contient quatre « alternate takes » supplémentaires.

Cool Jojo (full album) - Masayuki Takayanagi Second Concept (1979)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 13 juil. 2026 01:09

Orchestre National De Jazz – With Carla.jpg
Orchestre National De Jazz – With Carla.jpg (79.18 Kio) Vu 436 fois
Orchestre National De Jazz – With Carla – (2026)

Sylvaine Hélary est la première femme a dirigé l’Orchestre National de Jazz (ONJ), rien de surprenant donc à ce qu’elle se tourne vers la personnalité féminine la plus importante de l’univers du jazz, pour ce qui est des moyennes et grandes formations, la géniale Carla Bley, qui possède une œuvre remarquable.

Sylvaine Hélary est flûtiste et compositrice, elle s’est faite connaître à travers le « Surnatural Orchestra », pas si éloigné de l’univers de Carla Bley, ainsi qu’au sein du « Eve Risser White Desert Orchestra » pour un album de deux mille seize.

L’œuvre de Carla est immense, des premiers « hits » enregistrés pour son premier mari Paul Bley, cinq compos géniales et vite écrites sur « Footloose » de soixante-neuf par exemple, jusqu’aux compos de la grande maturité, l’album « Life Goes On », son dernier, en deux mille vingt qui illustre mieux que tout sa verve créatrice.

Ce sont donc huit compos de Carla qui sont interprétées sur ce double Cd, quatre autres sont signées par un membre de l’ONJ, Rémi Sciuto qui joue des saxs alto et baryton, de la clarinette et de la scie musicale, qui a donc écrit trois pièces, en hommage à Carla, je suppose… Ils sont dix-huit musiciens au total, formant des sections de toutes sortes, la moitié sont des musiciennes ce qui va bien.

Dans un tel contexte l’ONJ se retrouve confronté à l’œuvre de Carla, et forcément, les pièces peuvent être soumises à comparaison. Du côté de l’ONJ on trouvera une certaine « pachydermie » dans l’expression, massive et puissante, parfois engoncée dans la magnificence des cordes, de l’autre on aura l’originale, ce qui n’a pas de prix, et une certaine agilité renforcée d’audace et de prise de risque.

Il est souhaitable de connaître l’œuvre de Carla, ce qui permet de mieux appréhender cet album, sans doute, mais le béotien s’y retrouvera également. Certaines œuvres jouées ici ne sont pas parmi les plus connues, ni même les plus représentatives, ce qui est plutôt bien, même si on goûtera à « Musique Mécanique », « Útviklingssang », « In India », « Wrong Key Donkey » ou « End Of Vienna » …

L’enregistrement a été capté live au Théâtre de Cornouailles à Quimper, ainsi que, pour une petite part, à l’Opéra de Dijon.

Musique Mecanique (Carla Bley)
Útviklingssang (Carla Bley)
In India (Carla Bley - Paul Haines)
Wrong Key Donkey (Carla Bley)
End of Vienna (Carla Bley)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 14 juil. 2026 03:50

Parker - Guy - Lytton – Imaginary Values.jpg
Parker - Guy - Lytton – Imaginary Values.jpg (110.09 Kio) Vu 388 fois
Parker - Guy - Lytton – Imaginary Values – (1994)

Un album bien free certifié d’époque avec trois maîtres du genre, Evan Parker aux saxs ténor et soprano, Barry Guy à la contrebasse et à la contrebasse de musique de chambre et Paul Lytton à la batterie, aux cymbales et aux percussions.

L’enregistrement de l’album a été capté lors d’un concert le vingt-deux mars mille neuf cent quatre-vingt-treize au « Red Rose Club » de Londres. Les trois anglais se fréquentent depuis longtemps et sont habitués à jouer ensemble, ils sont arrivés à une telle maîtrise collective que ce qui se déroule ici n’est qu’une concrétisation, parmi d’autres, d’un mécanisme évolutif à trois qui est à son apogée.

La réunion des sons qui se joue ici est véritablement fusionnelle, en ce sens où trois font un, ou plutôt une, si on évoque « la musique » qui se fond en un son commun, riche et homogène.

Pourtant les relations se firent d’abord par deux, puis à trois, mais avec d’autres, et enfin sous cette forme où chacun plût aux autres, un peu comme une évidence, un truc qui allait de soi et qui devait perdurer. Ainsi prit forme le trio.

Les règles sont connues et admises par chacun, chaque instrument se vaut et aucun ne s’impose. L’improvisation est la règle, la nouveauté également, il faut de l’inédit et de l’inouï pour que la musique soit nouvelle, jamais entendue en un émoi collectif.

Il y a comme une perfection qui s’entend ici, dans la réponse action/réaction qui projette une énergie peu conventionnelle, née de cette fusion presque irréelle qui n’est pas exempte de prémonition. Ainsi un flux d’énergie permanent se met en place qui avance en fonction de chacun, avec des inflexions continues qui se séquencent en pièces variables.

Neuf ici, de longueurs confortables pour les six premières, puis plus courtes pour les trois dernières, la fin de chaque pièce semble arriver comme si un consensus se faisait sans qu’il soit possible à l’auditeur de le devancer, ou simplement de le deviner.

Du free grand cru certifié !

Form
Content
Distinction
Value
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 15 juil. 2026 04:51

Cyro Baptista – Banquet Of The Spirits.jpg
Cyro Baptista – Banquet Of The Spirits.jpg (78.09 Kio) Vu 345 fois
Cyro Baptista – Banquet Of The Spirits – (2008)

Avec « Banquet Of The Spirits » le percussionniste brésilien Cyro Baptista signe un chouette album, festif et dansant, plein de soleil, de joie et de bonne humeur. Il n’en est pas à ses débuts et il possède déjà une discographie non négligeable.

Adoubé par John Zorn, et participant à nombre de ses projets, rien d’étonnant donc à ce que cet album soit paru chez Tzadik, je possède quelques autres de Cyro Baptista, ou du Bar Kokhba Sextet où il participe, et tous sont intéressants, comme « Lucifer », « Caym », « Yesod », « Bluefly », déjà présentés par ici.

Le percussionniste est très largement multi-instrumentiste et il serait fastidieux de tout citer mais son éventail est surprenant et, semble-t-il, intarissable, à titre d’exemple en voici quelques-uns : Washboard, Temple block, Tan-Tan, Berimbau, Caxixi, Talking Drum…

Sont convoquées les musiques du monde et les soleils, de partout et de nulle part, la danse et la transe, les chants des mondes avec des langues qu’on ne connaît pas et d’autres que, oui… on utilise souvent…

Alors oui, l’exotisme, l’ésotérisme presque, le monde à nos oreilles et Brian Marsella maître des claviers les plus variés, mais aussi de l’accordéon, du mélodica et du Bulbul Tarang, Shanir Ezra Blumenkranz et ses basses électriques ou acoustiques, à l’oud également, et Tim Keiper à la batterie en partenariat avec le percussionniste fou…

Et des invités en pagaille, comme Cadu Costa à la guitare, Erik Friedlander au violoncelle, John Zorn au sax alto, Hassan Ben Jaffar au chant et à la Darbouka, ajouté à tout ça un répertoire sympa et original, qui fait appel à Don Cherry, Collin Walcott ou Naná Vasconcelos et Cyro lui-même qui est le plus prolixe, onze pièces au total qui vont bien et font plaisir, pour ce qui forme un maître-album du genre.

Tutubole
Bird Boy
Macunaima
Mumakata
Nana & Tom
Anthropofagia
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 16 juil. 2026 01:52

Rob Burger – Lost Photograph.jpg
Rob Burger – Lost Photograph.jpg (88.98 Kio) Vu 268 fois
Rob Burger – Lost Photograph – (2002)

Voici un album de l’accordéoniste Rob Burger que l’on a pu entendre aux côtés de John Zorn, c’est toutefois son premier album sur Tzadik. Il est paru dans la « Radical Jewish Culture » ce qui signe par avance un album de musique « klezmer », musique hybride née en Europe et constituée d’un mélange entre musique orientale et musique d’Europe centrale ou de l’est, on y entend le « yiddish », langue de mélange également.

Rob Burger joue des folklores, comme du tango sur le titre d’ouverture « Inzihuat », c’est un multi-instrumentiste invétéré, il ne cesse de changer d’instrument tout au long de l’album, la liste des instruments qu’il utilise est longue comme le bras…

Il joue du piano, piano préparé, et de jouets avec claviers, de l’orgue à pédales, du célesta, du glockenspiel, du chamberlin, de l’orchestron, de l’orgue Hammon S-6, de la boîte à musique, de l’harmonica basse, du banjo indien et j’en passe…

Il est accompagné par deux familiers de John Zorn, Greg Cohen à la basse et Kenny Wollesen au vibraphone, à la batterie et aux percussions. Ce goût pour les instruments anciens se conjugue également avec celui de l’improvisation, ce qui augure une musique où s’entend le plaisir de jouer, les trois se font plaisir tout au long des quatorze pièces qui se suivent.

Elles sont d’une durée courte ou moyenne, toujours travaillées et structurées, dans l’esprit jazz mais dans le chant des folklores, il est vraiment difficile d’extraire une pièce ou l’autre, tant l’ensemble est d’un haut niveau qualitatif. Le répertoire est signé principalement par le multi-instrumentiste.

On y trouve cependant deux chansons traditionnelles, « Dem Monastrishter Rebin’s Chosid’L » et « Aveenu Malkenu » ainsi qu’une reprise du « Youkali » de Kurt Weill, pièce déchirante qui chante l’espoir se buttant à la fatalité.

On peut également souligner quelques originaux qui soulignent les talents du trio, comme « Arturo, the Aqua Boy », « Constantinople », « The Couch Episode » ou « Inzihuat » qui ouvre l’album et « The Cantor & His Grandson » qui le ferme.

Reste à souligner l’emploi de « l’overdubbing », c’est-à-dire à la superposition de plusieurs pistes qui permettent d’obtenir un son orchestral plus important, un chouette album !

Inzihuat
The Couch Episode
Arturo, The Aqua Boy
Constantinople
Youkali
The Cantor & His Grandson
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 17 juil. 2026 01:56

Eugene Chadbourne – Boogie With The Hook.jpg
Eugene Chadbourne – Boogie With The Hook.jpg (125.27 Kio) Vu 213 fois
Eugene Chadbourne – Boogie With The Hook – (1996)

Bon, c’est sûr la pochette est floue, pas terrible voire ratée, prise par un amateur peu éclairé, Eugène avec sa gratte dans un coin d’angle de son salon, regard inexpressif à cause des carreaux et tête qui balance…

Je vous rassure, côté musique c’est la même chose, prise de son amateur, mal ficelée et mal barrée, des bruits de dialogue de temps en temps, on n’entend pas très bien et vaut mieux pousser le son, c’est ça, encore davantage si possible…

Comment expliquer l’amour de Chadbourne pour ce putain d’album ? L’un de ses favoris qu’il place très haut, faut dire qu’il y a matière à entendre, plus de soixante-neuf minutes qui se bousculent ici…

Il y a forcément plusieurs raisons à cela, déjà les dates renseignent, de soixante-dix-sept à quatre-vingt-seize, l’espace d’une bonne compile pourrait-on dire, sauf que, non, ça va pas pour une compile, mais par contre on remarque vite que Chadbourne joue en duos avec de sacrés musicos, des gars terribles qui défilent ici…

Je vous fais la liste vite fait, Derek Bailey, Han Bennink, Charles Tyler, Volcmar Verkerk, celui-là je ne le connais pas, et John Zorn. Il y a aussi des explications avec des dessins ou plutôt des schémas, mais surtout des détails qui sont fournis.

Par exemple l’album s’ouvre avec « Whisky And Women » une pièce de John Lee Hooker, Eugene joue avec Han Bennink, c’est le premier duo, entre la « Giant Bass Autoharp » et le « banjo communiste ». Han tape sur sa Pizza Box avec des balais, et utilise les baguettes pour frapper l’autoharpe basse géante. Ça vole haut et ça fait plaisir, on sent la joie de jouer même si on baigne dans le lo-fi…

Ensuite Eugene joue en compagnie de Derek Bailey pour un duo comme on devine, pour ceux qui connaissent les théories fumeuses et jusqu’au-boutistes du gars, inflexible et exigeant. « In Search of Carl La Fong » ça s’appelle et on y entend même les commentaires des deux musiciens qui discutent.

En quatre Bennink revient pour cinq minutes chaotiques, puis arrive le saxophoniste baryton Charles Tyler pour un autre duo avec Chadbourne, « In Between Comme C and Come Saw » plutôt beau et plaisant, facile à écouter et aérien, enfin pas trop barré, quoi... Eugène se contente de soutenir le géant qui fait vibrer sa colonne, Tyler régale et surprend ! Un p’tit quart d’heure ça dure, avec des phases qui se découpent, dont un volet expé qui développe un dialogue qui va.

Puis c’est le « Banjo Duet » avec Volcmar Verkerk, le « qui est qui » se pose, mais ne se résout pas, c’est un truc de quatre-vingt-seize enregistré à Amsterdam, qui prend forme dans la durée, un bon quart d’heure encore où il faut encore pousser davantage le son, pour adhérer et se laisser porter…

Zorn arrive en fin d’album avec ses « cors », saxs alto et soprano, clarinette basse en sus, et Eugene joue des effets avec sa gratte pour un effort New-Yorkais des années quatre-vingts, de bonne durée encore. « Red Lightning, part.1 » ça s’appelle, on ne saisit pas tout, mais ça déjante plutôt grave, même si ça débute avec des paramètres minimalistes, bruitistes et iconoclastes, hors des sentiers battus, avec une fin de course bien sympa.

Bien entendu, on ne peut conseiller cet album qu’à son pire ennemi, il se sentira probablement insulté, mais on peut également l’offrir à son meilleur ami, qui y cherchera et y trouvera certainement de bonnes ondes à partager avec cet étrange camarade que vous êtes…

Eugène Chadbourne – Boogie With The Hook [Full Album]
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 18 juil. 2026 01:22

Joel Ross – KingMaker.jpg
Joel Ross – KingMaker.jpg (152.93 Kio) Vu 114 fois
Joël Ross – KingMaker – (2019)

Et voici le premier album de Joël Ross en tant que leader, album paru en deux mille dix-neuf et déjà sur le label Blue Note, il est déjà bien connu en tant qu’excellent vibraphoniste de la sphère de Chicago, dans laquelle il évolue. Il a notamment participé à l’album « Universal Beings » du batteur Makaya McCraven qui fédérait beaucoup, à l’époque, derrière lui…

Dès la première pièce, « Touched By An Angel » on trouve ce qui fera le succès de Ross. Une belle couleur d’ensemble et de la chaleur aussi, avec une montée lente qui le fait bien. Le vibraphone est à l’honneur et caresse les douces mélodies.

Il se trouve que le saxophoniste alto de la session n’est autre qu’Immanuel Wilkins, un confrère Blue Note sur la voie de devenir une star, et qui fait merveille aux côtés de Joel Ross, les deux avanceront sur deux routes parallèles, souvent complices et toujours amis, pour le meilleur dans cette veine cool qui plaît bien.

Jeremy Corren est au piano, Benjamin Tiberio à la contrebasse et Jeremy Dutton à la batterie, une section rythmique de qualité qui suffit à faire tourner les pistes avantageusement, sur ce premier essai. Une invitée se manifeste au chant sur le très beau « Freda's Disposition », il s’agit de Gretchen Parlato qui se faisait un nom en cette période, mais qui semble désormais un peu oubliée.

Pas mal de classicisme post-bop par ici, avec de beaux thèmes plutôt plaisants, des rythmes, entre ballade et tempos rapides, que les solistes escaladent avec facilité et classe, on caracole, cabriole et retombe toujours sur ses pieds !

L’album est véritablement très agréable à écouter et exprime parfaitement ce que sera la musique de Ross en leader dans les albums qui suivront, pas très nombreux mais toujours de grande qualité, comme le très beau « The Parable Of The Poet », il me reste à me procurer le dernier paru, en janvier de cette année.

A noter au passage que Joel Ross participe à de nombreux albums en tant qu’invité, particulièrement dans le réseau Blue Note où il est souvent appelé. Son jeu est assez particulier car il ne s’oriente pas forcément vers la vélocité où la virtuosité, comme le font nombre de vibraphonistes, ainsi il ne joue que de deux mailloches, une dans chaque main.

Il réussit cependant à instiller une certaine dose d’expressivité dans son jeu, c’est un soutien sans faille pour les autres musiciens, et un aiguillon avisé qui développe des ornements mélodiques et harmoniques au fil des pièces, les colorisant avec talent.

Un musicien à suivre…

Touched By An Angel
The Grand Struggle Against Fear
Joel Ross - Ill Relations (Audio)
KingMaker
Freda's Disposition
Joel Ross - Yana
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 19 juil. 2026 03:41

Ken Vandermark  Paal Nilssen-Love – AMR.jpg
Ken Vandermark Paal Nilssen-Love – AMR.jpg (24.9 Kio) Vu 58 fois
Ken Vandermark / Paal Nilssen-Love – AMR – (2019)

Un des cadeaux de Paal, pas si facile à dénicher semble-t-il…

Une heure de zique répartie en quatre titres : A, B, C et D. Une prestation captée en live à l’AMR de Genève le dix-huit septembre deux mille dix-huit. Sans hésitation il faut bien reconnaître que cet enregistrement est du genre fameux, à écouter avec la concentration nécessaire…

Mais tout s’ajuste au mieux, on sent bien vite que les deux sont en forme, le saxophoniste chicagoan, et le batteur natif de Molde, en Norvège, ce pays où les habitants se déplacent en ramant…

C’est fort et puissant, les deux sont connectés, avide de jouer devant la foule d’une trentaine ou d’une quarantaine de quidams tout au plus, ils ont les spots en pleine tête mais jouent fièrement et de la bonne zique héritée en ligne directe du Messi de là-haut, Coltrane, qui veille au grain…

Après une première pièce complètement allumée, on finasse un peu, arrivé à « B », et un pointillisme interrogateur s’installe, c’est sûr, les deux discutent, conversent, échangent et se questionnent. Il semble qu’ils veuillent faire le tour des possibilités de l’instrument, avec ces clapets qui barbotent, petit à petit la discussion s’installe et devient volubile, tournoyante et l’affaire se continue en se corsant d’une certaine gravité, voire d’une déchirure finale…

C’est peut-être la proximité entre les deux et le public qui explique cette connivence qui se ressent à l’écoute, pas de scène, ils jouent face aux spectateurs, comme à touche-touche, avec ces spots un peu trop invasifs, et ces gens à portée de mains, tous dans le même bain et eux sont le centre de cette agitation messianique…

« C » va bien, agité et tonique, l’énergie circule et s’autoalimente, rien ne faiblit et les grands moments se succèdent, à certains moments Ken évoque Sonny Rollins dont il est, c’est sûr, un des fils. « D » avance à la clarinette en impro totale, comme à l’habitude, et Paal répond en jouant en solo, avec finesse, variant les intensités et les effets, mais c’est toujours musique…

Un bien bel album !

A
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