J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Douglas
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 5 juil. 2026 04:22

Ambrose Akinmusire, Mary Halvorson – Slo-Mo Neon Luminate Hoverings.jpg
Ambrose Akinmusire, Mary Halvorson – Slo-Mo Neon Luminate Hoverings.jpg (233.74 Kio) Vu 223 fois
Ambrose Akinmusire, Mary Halvorson – Slo-Mo Neon Luminate Hoverings – (2026)

Ambrose Akinmusire et Mary Halvorson sont des musiciens qui se côtoient en dehors des circuits depuis deux mille-neuf. Lors de rencontres ils jouent et échangent dans des sessions improvisées, simplement pour le plaisir de jouer.

Il se trouve que les deux sont remarquables et innovants sur leur instrument. Les échanges sont libres et sans contraintes, c’est ce qui incitera Ambrose à franchir une étape, il est depuis longtemps fasciné par les pédales à effet dont usent les guitaristes, de Hendrix en passant par Frisell et Mary Halvorson.

Celle-ci a prêté à Ambrose une de ces pédales, elle confie : « Je lui ai donné la pédale cinq minutes avant la répétition et j'ai été bluffé par la rapidité avec laquelle il a réussi à faire des trucs incroyables… en cinq minutes chrono ! » C’est aussi cette découverte que nous entendons ici, les habitués de Mary Halvorson ne seront pas surpris par la multiplicité des effets et les identifieront aisément.

Neuf pièces magnifiques sont ainsi gravées, héritées de l’expérience commune forgée au fil du temps. Le feeling accumulé est certainement un des secrets de cet album, on ressent presque physiquement cette complicité, dans l’air que l’on respire, dans l’intimité des pièces et leur architecture, et dans la façon dont elles évoluent, fusionnant parfois.

On peut également souligner la présence du souci mélodique, que l’on omet trop souvent, et qui s’impose au fil de ces pièces, mais ce qui émerge davantage encore c’est la précision parfaite, jusque dans les détails. Les effets forment une partie non négligeable de l’œuvre, les boucles, les tessitures, tout ce qui ajoute à l’atmosphère est également important.

Et c’est bien tout cet ensemble finement brodé qui donne à cette œuvre un cachet unique, avec une finition irréprochable, qui s’entend dès le titre d’ouverture « Prélude In The Ash » et qui se continue jusqu’au titre final, « Slo-Mo Neon Luminate Hoverings », entre jazz et ambiant, avec le meilleur de l’un et de l’autre, qui forment ensemble une douce alliance…

Prelude in the Ash
Soundcheck
Watersmoke
Blood & Sand
Slo-Mo Neon Luminate Hoverings
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 6 juil. 2026 04:07

Dominique Cravic et Les Primitifs Du Futur – Les Crimes du Musette.jpg
Dominique Cravic et Les Primitifs Du Futur – Les Crimes du Musette.jpg (200.51 Kio) Vu 184 fois
Dominique Cravic et Les Primitifs Du Futur – Les Crimes du Musette – (2026)

Il y a des albums comme ça qui vous font poser le crayon direct, vous savez que ce que vous allez écrire est de toute façon « en d’dans », y pèsent tant, sans en avoir l’air, qu’ils vous paralysent, et l’effet peut durer deux jours ou trois, ou davantage encore, pour en sortir faut surmonter et accepter l’inévitable échec et y aller quand-même, comme avancer dans l’eau trop froide, l’hiver, pour s’y tremper en entier…

Cet album en impose tellement, il est constitué d’une multitude de perles qui s’enquillent avec une régularité confondante. La pochette est due à Robert Crumb, le mythique dessinateur tout droit sorti des années psychés, qu’est un collaborateur historique et fidèle, un dans toute cette cohorte de participants dont la liste sans fin des noms figure ici… Comme s’il fallait lister avant de dire au revoir, tirer la révérence…

Vingt-sept pièces sont au menu, chacune à son poids, son essentialité, alors, heureusement il y a la simplicité, la modestie de la démarche, et pourtant une perfection jamais mise en faute, des détails sans cesse qui bousculent et vous font fondre vous laissant là, pantois…

C’est l’album de tous les folklores, adroitement mené par Dominique Cravic qui porte l’affaire depuis tant d’années, alors remontent le musette, la béguine, la bossa, la musique de Django, des manouches qui poussent la chansonnette, tout un répertoire d’essence populaire qui surgit, renouvelé mais toujours dans l’jus…

Sont plus tout jeunes les septuas qui tournent encore au bal des vampires, Sanseverino gratouille et Salvador est convoqué avec l’ombre de Chet Baker et de Juliette Gréco, des images qui surgissent du passé et le font revivre…

Alors écoutons « Cool Paradis », « M’bube », « Ta femme m’a quitté », « Les Enfants de João », « Boude Pas », « La Grande Serre », « Fumée Aux Yeux » …

Ta femme m a quitté
Cool Paradis
Les enfants de João
Boude pas
La Grande Serre
M bube
N oubliez pas Gréco
Fumée aux yeux
We will dance again...

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 7 juil. 2026 01:30

Lionel Martin Solos.jpg
Lionel Martin Solos.jpg (189.99 Kio) Vu 147 fois
Lionel Martin – Solos – (2020)

Retour de Lionel Martin avec cet album enregistré en fait un an avant « Solo » déjà présenté, c’est le « s » qui fait toute la différence. Lionel et ses saxs en vagabondage, avec un pote, Bertrand Larrieu, coupable des prises de son nomades !

Alors on entend tout, le sax, autour du sax, aux alentours du sax et plus généralement dans les environs du sax, événements, bruits, actions et réactions. Le sax et son maître agissants sur le monde en le faisant vibrer, on ne sait de toute façon pas qui a commencé, alors vibrons à l’unisson.

Bertrand Larrieu au mixage ajoute de l’overdubs, un peu de batterie. Les deux se promènent sous un pont à Goussainville, puis dans le métro de Paris, ils explorent les champs de la Beauce, puis La Loire où s’effectue un enregistrement « mouillé » …

Seule la dernière pièce, la cinquième, « La Chute Hello Mr Gaga » n’est pas insérée dans un lieu, échappant probablement à l’attraction de son environnement.

C’est tout à fait court et ça passe vite, trente-trois minutes pleines de « field recordings », où les sons se mélangent et cohabitent en proximité hasardeuse avec les sons du vivant. Peut-être à la recherche de racines ? Ou plus simplement d’expériences inhabituelles, pour enchanter la nature avec le son du saxophone…

La dernière pièce, « La chute » ressemble davantage à l’appel vers une danse transe qui pourrait créer l’envie…

Vibration
Réalité
Fiction
Éternité
La chute
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 8 juil. 2026 02:16

Paul Motian Quintet – Misterioso.jpg
Paul Motian Quintet – Misterioso.jpg (37.38 Kio) Vu 107 fois
Paul Motian – Misterioso – (1987)

C’était l’époque où beaucoup de musiciens US venaient enregistrer en Europe, une sorte de « pont » s’est créé dans ces années-là, où nous vîmes arriver de nombreux jazzmen, attirés par un accueil chaleureux, une reconnaissance artistique, et des possibilités correctes et acceptables, qui permirent à de nombreux enregistrements de voir le jour…

Black Saint, Hat Hut, Horo, ECM, Enja sont autant de labels qui se sont tournés vers les musiciens Étasuniens, fixant dans la cire une musique qui autrement se serait sans doute perdue. C’est aussi le cas pour Paul Motian qui reçut bon accueil de la part du label Italien Soul Note, label frère de Black Saint qui firent tant pour les musiques free et d’avant-garde.

« Soul Note » avait la réputation d’être moins pointu que Black Saint, mais ces distinctions de départ devinrent de plus en plus floues et le magnifique « Misterioso » que voilà est une belle illustration de la qualité de ces enregistrements d’époque !

Jim Pepper joue aux saxs ténor et soprano, Joe Lovano au ténor, Bill Frisell à la guitare électrique, Ed Schuller à la basse et Paul Motian à la batterie.

Hormis deux plages de Monk, Paul Motian est également compositeur de toutes les pièces, il dévoile ici une belle aptitude pour cet art tout en subtilités, décrivant des paysages magnifiques et propices à ouvrir une grande liberté aux solistes.

Sa façon de jouer est également moderne, il aime créer des climats, des textures et des contrepoints. Son jeu aux cymbales est très riche et coloré, il peut se démarquer du tempo pour commenter, plutôt que de simplement s’inscrire dans le rythme.

Il trouve dans ce quintet formidable des interlocuteurs de choix, comme Frisell qui est éblouissant, et créateur lui aussi d’espaces et de mystères. Lovano et Pepper sont également au top, prompte à entrer dans ces mondes qui se dessinent sous nos yeux…

On remarque évidemment la version miraculeuse de « Misterioso », le court « Byablue » qui inspira Keith Jarrett, « Dance » qu’il réinterprétera assez souvent, ainsi que « Once Around The Park » et « Gang of Five » qui illustrent cet album.

Misterioso
Dance
Once Around The Park
Gang Of Five
Byablue
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 9 juil. 2026 02:02

Bill Frisell – Before We Were Born.jpg
Bill Frisell – Before We Were Born.jpg (81.29 Kio) Vu 74 fois
Bill Frisell – Before We Were Born – (1989)

La période de la fin des années quatre-vingts est souvent très intéressante concernant la musique enregistrée de Bill Frisell, il sort d’une intense pratique aux côtés de John Zorn qui bouscule pas mal l’ordre des choses et, surtout, semble vouloir tout autoriser, les audaces et l’apparent désordre des choses…

Le voici entouré de ses habituels accompagnateurs d’alors, le violoncelliste Hank Roberts, le bassiste Kermit Driscoll et le batteur Joey Baron. Mais il faut également ajouter l’invité de passage, Arto Lindsay, avec sa guitare électrique, ses talents d’arrangeur sur les trois titres où il contribue. Il est même l’auteur des paroles du titre final, « Steady, Girl » dont Frisell a composé la musique.

Cet album n’est donc pas académique, et c’est très bien, ainsi il conserve cet aspect un peu « à côté » qui distingue singulièrement l’excellent Frisell, on s’y régale comme sur le mystérieux « The Lone Ranger » qui s’étire en longueur, où sur le morceau titre qui ouvre l’album, « Before We Were Born ».

« Hard Plains Drifter » dont le sous-titre est : « Alors que je rends mon dernier souffle et que la corde se resserre, les événements incroyables de ces trois derniers jours défilent sous mes yeux. » Pièce arrangée par John Zorn qui porte les stigmates du sorcier, nous sommes peu après la période « Spillane » avec ses collages, ses brefs élancements et ses virages à quatre-vingt-dix degrés.

Il y a également « Love Motel » qui va bien et le curieux « Some Song And Dance » avec des invités prestigieux, Julius Hemphill à l’alto qui est également le soliste principal, Billy Drewes à l’alto également et Doug Wieselman au sax baryton qui ajoute une nouvelle palette à un album qui n’en manque pas.

Une très belle pièce de la discographie Frisellienne !

Before We Were Born
Bill Frisell - Some Song And Dance, part 1: Freddy's Step
The Lone Ranger
Love Motel
Steady, Girl - Bill Frisell
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 10 juil. 2026 04:56

Stevko Busch, Paul Van Kemenade – Contemplation On Songs, Russian Chants, Miniatures.jpg
Stevko Busch, Paul Van Kemenade – Contemplation On Songs, Russian Chants, Miniatures.jpg (200.08 Kio) Vu 38 fois
Stevko Busch, Paul Van Kemenade – Contemplation On Songs, Russian Chants, Miniatures – (2010)

Il y a peu, sur l’album « Who is in Charge ? » je suis tombé sur ce saxophoniste alto, Paul Van Kemenade qui m’a intéressé par sa sonorité, son jeu souvent au bord de la fêlure, fragile et agile, libre et sans limite.

C’est ainsi que je suis arrivé à ce bel album d’un duo, où Paul partage l’affiche avec le pianiste allemand Stevko Bush, installé à Amsterdam où il a étudié au Conservatoire Sweelinck. C’est ainsi que ce dernier a pu finalement côtoyer le hollandais Paul Van Kemenade, son aîné d’une dizaine d’année, avec lequel il a souvent joué en concert.

Cet album est le premier pour ces deux habitués bien rôdés. On parle souvent de complicité pour les musiciens qui jouent en duo, elle est ici encore plus évidente qu’ailleurs, les deux se devinent, s’espèrent, se devancent presque, ils partagent une même sensibilité souvent à fleur de peau et se complètent avec force et évidence.

L’album est composé de seize titres qui sont autant de « contemplations » comme l’indique le titre. Un grand nombre sont des improvisations à partir de chants orthodoxes russes qui ont été rassemblés par le pianiste, comme « Plotiju Usnuv » qui ouvre l’album, le bref « Gospodi Vozvach » ou « Svjaty Bozhe » ou encore « Cheruvimi ».

Il y a également deux pièces de Dollar Brand, « The Mountain » et « Resolution » et cinq autres cinq qui présentent des « Reflections » et sont intitulés « Contemplation I », « II », « III », « IV » et « V » …

Les duos sont d’une grande beauté et gagnent même à être réécoutés, ainsi ils livrent plus facilement leur quintessence, ils brillent par leur finesse, leur sens mélodique et la sensibilité qui rassemble ces deux musiciens, au-delà du visible et du commun, en un lieu bien à eux.

Une musique du monde inhabituelle et unique, toute en grâce, comme sur « Cheru », qui referme l’album, comme une prière.

Plotiju Usnuv (part one)
Gospodi Vozvach
Cheruvimi
The Mountain
Svjaty Bozhe
Cheru
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