J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 29 déc. 2025 00:28

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Steve Swell's Kende Dreams – Hommage À Bartók – (2015)

Un album en provenance du label « Silkheart », gage de qualité et d’un remplissage maximum, pas loin des soixante-dix minutes. Du côté des musiciens c’est également au « top », Steve Swell, leader et tromboniste, qui jouit d’une grande réputation, ici à la tête d’un quintet de haut vol.

Le saxophoniste alto Rob Brown, qui me rappelle un peu Jimmy Lyons qui jouait aux côtés de Cecil Taylor, entre tradition et audaces nouvelles, capable de franchir les limites mais sans systématisme. Caractère qui pourrait également qualifier Steve Swell lui-même, qui aime également nager dans ces eaux-là, entre risque et sagesse.

Connie Crothers est la pianiste, le grand William Parker, souvent dans les bons coups, est à la contrebasse et Chad Taylor, autre pointure remarquable, s’assoit derrière les fûts et les cymbales. Une rythmique extrêmement solide qui a de quoi faire rêver n’importe quel leader.

Un « Hommage À Bartók » nous promet le titre, il n’y a aucune raison d’en douter. J’ai, pour ma part, passé autrefois de longues heures à l’écoute des six quatuors à cordes, que je trouvais, et trouve encore, bien trippant. Toutes les compos sont cependant signées par Steve Swell, et l’hommage est davantage formel que de réinterprétations, ainsi, le hongrois exerce-t-il essentiellement une influence d’ordre spirituel ou compositionnel.

Aussi le jazz est bien là, avec Rob Brown et Steve Swell qui se lâchent tout du long, en solos de très haut niveau, le cuivré et le boisé font la paire et nous enivrent, soutenus par cette rythmique de haut vol. On goûte également aux éclats lumineux du piano éblouissant joué par Connie Crothers, élève de Lennie Tristano, « elle a mis le Bartók dans la séance », confie Steve Swell, dans le livret intérieur. On l’admirera entre autres sur la pièce « Bartók Screams ».

Difficile de mettre en avant des compos particulières, car tout est bon du début à la fin, « Roswellian Folk Song », « Attack of the Mikrokosmos » ou « After SQ4 » pourraient cependant être honorées, pour leur accessibilité.

Bartók Screams
Roswellian Folk Song
After SQ4
Attack of the Mikrokosmos
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 30 déc. 2025 03:55

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John Zorn – Nocturnes – (2025)

A la suite d’une longue tradition qui prend ses racines dans la musique classique, dite « savante », John Zorn s’inscrit à son tour dans l’écriture de « Nocturnes », musiques de nuit et douceurs des soirs déjà dépassés, à la suite de Chopin ou Debussy, pour ne citer que les plus connus.

Zorn convoque à nouveau son trio de choc, avec Brian Marsella au piano, Jorge Roeder à la contrebasse et Ches Smith à la batterie, des habitués du moment, le trio préférentiel et élu, qui réunit l’ensemble des qualités requises pour que tout soit parfait.

Zorn a composé huit pièces qui se livrent ici, parfaitement interprétées, musique classieuse bien que jazz, subtile et onirique, avec une ombre visionnaire que l’on perçoit sur la très belle « Nocturne Nr. 4 » qui file son chemin dans l’obscur…

La nuit est secrète, elle aime les pinceaux qui caressent la caisse claire, les cordes pincées de la contrebasse qui vibrent jusqu’au dernier tremblement, le piano dont les touches s’écrasent mollassonnes, avant de dessiner un tourbillon qui vous perd vers son centre…

La « Nocturne Nr. 6 » est des plus séduisantes, succédant à la « 5 » également formidable, la « Nr. 7 » semble de minuit, plus mystérieuse encore, dessine-t-elle une trame ? Un dessein caché ? Ou bien la rencontre de quelques amoureux empressés ? La nuit est souvent le théâtre de l’amour et de la tendresse, quand sentiments et corps se mélangent…

Une fois de plus un album exquis, fort réussi, qui se livre dans sa trame avec délicatesse, douceur et expressivité, du grand Zorn, encore…

Nocturne Nr. 3
Nocturne Nr. 4
Nocturne Nr. 6
Nocturne Nr. 7
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 31 déc. 2025 01:45

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Cannibales & Vahinés – Songs For A Free Body – (2015)

Bien qu’apparemment rien ne s’y prête, puisque le groupe est toulousain, on pourrait rattacher, d’une certaine façon, cette formation aux hollandais de « The Ex », en effet l’excellentissime chanteur n’est autre que G.W. Sok, après une trentaine d’années de service, exilé au pays du cassoulet, qui ajoute sa patte et sa facture.

Il y a également le guitariste Nicolas Lafourest, le batteur Fabien Descombs et surtout le touche à tout Marc Démereau au saxophone baryton, à la scie musicale et à l’électro. Alors comme ça, vite fait, on pourrait parler de rock, c’est vrai.

Mais un peu non quand même, car vite ça déraille, et on s’aperçoit que le rock est encanaillé, démonté, habillé d’oripeaux qui ne vont pas, y’a du free qui pousse de temps en temps et de l’expé qui pointe aussi, et qui s’enracine sur « une bulle » de blues…

Le clou c’est l’extraordinaire « Goghsuckers » qui fait mon bonheur, après le très beau « The Bus is Late », et juste avant cette histoire de vieux chêne, « Old Oak Tree », c’est perché haut tout ça, et Démereau participe sérieux à l’addiction générée par la voix de Sok, en ajoutant une démesure qui fait bien.

Bon les deux autres ne sont pas des figurants, la gratte assure du diable et Duscombs n’est pas le moins talentueux, derrière ses fûts, bien en place, d’autant que domine une forte personnalité d’écriture et du « son » d’ensemble souvent tendu, assez âpre, parfois habité et fantomatique.

L’exigence de qualité est maintenue tout du long, de l’errant « Murder Poets » jusqu’à « Free Body », sans oublier l’excellent titre d’ouverture « Whatever ». Le seul mystère qui reste est le relatif anonymat de « Cannibales & Vahinés », qui réunit pourtant l’intégralité des critères, comme sur le magnifique « City Of Shades », ils sont vraiment forts !

Ou alors est-ce ce climat sombre, un brin gris et morne, qui détourne la masse, empressée autour des musique légères et revigorantes, dont elle se gave car elle en a besoin…

Whatever
Goghsuckers
City of shades
Mirror man
The bus is late
Cannibales & Vahinés - Oak Tree
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 1 janv. 2026 04:52

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The Free Zen Society – The Free Zen Society – (2007)

Beaucoup de beaux albums dans cette « Blue Séries » que j’ai souvent évoquée, celui-ci en est un bon exemple. « The Free Zen Society » est formée de musiciens que nous citons souvent, comme Matthew Shipp au piano, William Parker à la contrebasse, Zeena Parkins à la harpe, et Peter Gordon aux « autres sons », particulièrement à l’électro.

Huit pièces bien cool se succèdent au fil de ces quarante minutes, force est de constater que le dénommé Peter Gordon est également le producteur de l’album, une situation qui le projette à l’avant de cette musique, et dont il tire avantage, il faut dire qu’il a tout composé ici, et qu’il agit en leader.

Aussi nous voici plongé dans une sorte d’ambient-jazz dont j’aurais, personnellement, préféré goûter davantage les éléments jazzeux. Mais les amateurs de Jean-Michel Jarre, ou de Brian Eno, devraient hautement apprécier cet album. Matthew Shipp est celui qui s’en sort le mieux, il conserve une sorte « d’aura » de la première heure et brille, particulièrement sur « Dream Escapes ».

William Parker est un peu envoyé au fond de la classe, on l’apprécie toutefois sur « Surrender » où il est mis en évidence, et Zeena Parkins brille à son tour sur « Glistening ». Gordon, lui, est partout et défend son projet qui n'est pas sans mettre en avant quelques qualités…

Gordon tapisse, peint au rouleau, et effectue les finitions, on l’entend beaucoup et, même s’il tire l’œuvre à lui, ses compagnons du jour donnent le meilleur d’eux-mêmes, ce qui suffit à rendre l’album suffisamment délectable pour qu’on s’en régale, ce sont de sacrées pointures, ou des pointures sacrées…

Ça reste beau, calme et reposant, « Zen » pourrait aller, c’est doux et contemplatif, Shipp réussit à ajouter une touche de lyrisme qui va bien, de quoi rêver le temps de quarante-minutes…

Lightly Dropping
Surrender
Dream Escapes
Glistening
Streaming Through
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 2 janv. 2026 01:46

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The OGJB Quartet – Bamako – (2019)

Voici le « OGJB Quartet » avec son tout premier album, « Bamako ». Je vous ai déjà présenté le second « Ode To O », au moment de sa sortie, en deux mille vingt-deux.

Cet énigmatique sigle, « OGJB » correspond tout bêtement aux initiales du prénom des musiciens. Le « O » de Oliver Lake, le gars de St Louis dont on a parlé il y a peu sur l’album « Ofamfa » de Children of the Sun. Il joue des saxs soprano et alto.

Le « G » de « Graham Haynes », qui joue du cornet et du dousn’gouni, un instrument d’Afrique de l’ouest, avec une calebasse qui sert de caisse de résonance sur laquelle des cordes sont disposées au-dessus d'un chevalet.

Le « J » c’est pour Joe Fonda, le contrebassiste, et le « B » c’est pour Barry Altschul, le fameux batteur qui joue également du mbira. La formation a fière allure et l’album est très bon, l’ensemble des titres est composé par les musiciens de la formation.

Ainsi le premier, « Listen to Dr. Cornel West » de près d’un quart d’heure, est-il signé par Joe Fonda. C’est un hommage à l’activiste universitaire qui est reconnu comme l'un des principaux contributeurs aux « African-American studies ». La pièce résume assez bien le « son » de l’OGJB, entre post hard-bop déluré et solos free, on peut songer à, de temps en temps.

Oliver Lake est sans doute le plus en vue, mais Graham Haynes n’est pas mal non plus, les deux combinent à l’avant et collaborent avec efficacité, par moments, on croit entendre renaître la complicité qui se formait autrefois, à la fin des cinquante, entre Don Cherry et Ornette Coleman, au temps de la grande époque.

Joe Fonda a écrit une seconde pièce, « GS #2 » qui est également fort réussie et propice à de beaux solos, particulièrement Oliver Lake qui, cette fois-ci, vire carrément free. Le répertoire est tout à fait excellent, à noter que chacun a apporté des pièces dans sa besace, souvent un peu anciennes, comme Barry Altschul avec « Be out S’cool » et « Just A Simple Song », des pièces avant-gardistes qui vont bien.

Mais le plus prolixe est Oliver Lake qui signe quatre pièces et participe dans les signatures aux deux dernières qui sont improvisées sur place. « Bamako » le morceau-titre est signé de Graham Haynes avec un texte d’Oliver Lake, on y entend le fameux dousn’gouni et le mbira, ainsi que la voix d’Oliver en tant que récitant.

Avec ses œillades vers l’arrière et ses projections vers l’avant, cet enregistrement est bien dans son temps, excitant et jamais ennuyeux, il nourrit et régale avec générosité, chez l’excellent « TUM Records ».

Quelques extraits pour se faire une idée:
https://www.bol.com/nl/nl/p/bamako/9200000107936502/
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 3 janv. 2026 02:25

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Anthony Pirog – Palo Colorado Dream – (2014)

Anthony Pirog n’est pas le plus connu des guitaristes, mais il n’est pas non plus le moins intéressant. Il est ici à la tête d’un trio dont il est probablement le membre le plus discret, en effet Michael Formanek tient la basse acoustique et Ches Smith la batterie et le vibraphone.

Pour être complet, intéressons-nous à la panoplie de Pirog, il joue des guitares souvent électriques, mais aussi acoustiques, du moog et du minimoog, du Roland Juno-60 et du wurlitzer 4022D, des loops, du vibraslap… Bon ! je m’arrête là, mais la liste est encore longue, c’est que le gars est un « touche à tout » attiré par l’électro nouvelle et tous les accessoires qui permettent de transformer le son, c’est son ADN et on ne peut rien y changer…

Il ne convient pas de parler de « jazz-rock » tel qu’il existait auparavant, mais on peut évoquer et le jazz, et le rock, car Anthony passe d’un style à l’autre d’une façon très naturelle, ce qui compte c’est la guitare et les sons qui en sortent, sans oublier le feeling et les références anciennes qui remontent à la surface.

Pirog explore les genres, ainsi au fil de l’album s’intercalent une série de pièces courtes, qui dépassent tout juste la minute sans arriver à la suivante. Elles exposent souvent un thème, voici quelques titres explicites, « Palo Colorado Dream » « Minimalist », « Threshold » et « Goodnight Geen ».

Le geste est donc souvent bref, et quand il dure il n’atteint jamais la sixième minute, car tout est déjà dit avant. On parcourt différents univers comme sur la seconde pièce « Great Northern » qui pourrait évoquer les grands espaces de Bill Frisell, ou « Motian » tellement révélatrice, et « The New Electric » contemplative et mollassonne, qui s’alourdit quand elle avance jusqu’à l’explosion attendue.

Le jazz est plus que jamais présent, mélangé à l’électro, comme sur « Heads » de Zorn par exemple, un poil expé toutefois avec des bidouilles qui refrènent les ardeurs… La dernière pièce « Vicious Cricket » contient même une pointe jazz-rock légère qui va bien…

Un bon album où le guitariste expose son talent, accompagné par deux solides de la planète jazz, qui le portent tout du long…

Palo Colorado Dream
The Great Northern
Minimalist
Song In 5
The New Electric
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 4 janv. 2026 01:57

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François Tusques, Itaru Oki, Claude Parle & Isabel Juanpera – Le Chant Du Jubjub – (2015)

« Le Chant Du Jubjub », ancré en deux mille quinze, est plutôt du côté « Fin » de la longue voie ferrée… François aime à se souvenir du temps où il jouait aux côtés de Don Cherry :

« Il m’a beaucoup appris. J'ai passé des après-midis entiers à jouer avec lui dans l'appartement de Jean-François Jenny-Clark. Il était très mal vu. A Paris les gens se moquaient de lui en disant qu'il ne savait pas jouer (alors qu'il savait tout jouer, mais il était déjà bien au-delà). Je crois qu'il s'est un peu appuyé sur moi parce que j'étais un des seuls pianistes qui était un peu « ailleurs ». Dans les concerts qu'on faisait ensemble Don me présentait comme le plus grand pianiste de jazz français, pour faire chier les autres. Alors les gens pensaient : « Ah oui, ça doit être lui le plus grand ! ». Ce que je jouais était sans doute assez significatif mais j'avais des moyens extrêmement limités. »

Chaque mot est un délice et en dit tellement long… Cet album s’inscrit dans ce long parcours qui file encore, Tusques est au piano, le magnifique Itaru Oki à la trompette, au bugle et aux flûtes, Claude Parle joue de l’accordéon et Isabel Juanpera est la récitante, elle chante également comme sur « La ballade des parfums », à la mode ancienne.

C’est un album « Improvising Beings » enregistré dans les sudios « Ackenbush » à Malakoff, avec Julien Palomo qui supervise, il maintiendra son label en vie deux années encore, permettant à Tusques ou à Sonny Simmons de s’exprimer encore…

Il y a de l’émotion au fil de cet album, particulièrement en écoutant Itaru Oki extrêmement brillant à chaque fois qu’il est mis en valeur, il disparaîtra en deux mille-vingt et Tusques gardera un doux souvenir des moments passés en sa compagnie.

Cet album est difficile à catégoriser car il pourrait se glisser dans beaucoup de cases, sans jamais y entrer complètement, trop free, trop classique, trop traditionnel, trop innovant et trop rétrograde, tout ça en même temps, ce qui est suffisant pour attirer l’oreille des curieux en tous genres…

Le titre lui-même est étrange, il s’inspire de Lewis Carroll, auteur de « La chasse au Snark » dont les personnages recherchent cet être improbable, à la façon des musiciens du « chant du JubJub », en quête de l’imprévisible. De courts passages parlés ponctuent régulièrement l’album et lui donne un parfum unique et un peu rétro.

Encore un album incroyable et étrange, complètement atypique, qui intéressera les plus curieux de passage…

Tout Est Possible


François Tusques, Claude Parle - Essayez Tout Ce Que Vous Ne Savez Pas


Don Cherry Blue / Si Blue


Au Chat Qui Pêche


Isabel Juanpera, François Tusques, Itaru Oki, Claude Parle - La Ballade Des Parfums
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Message par Piranha » dim. 4 janv. 2026 13:15

Merci, c'est alléchant :)

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » dim. 4 janv. 2026 16:56

Piranha a écrit :
dim. 4 janv. 2026 13:15
Merci, c'est alléchant :)
Côté François Tusques il y a également le très excellent "Sonny Simmons, François Tusques – Near The Oasis" toujours sur « Improvising Beings », un des meilleurs, mais il faudrait que je vous en parle mieux ...

Côté Sonny Simmons et « Improvising Beings », ne pas rater "Symphony Of The Peacocks" dont je vous avais parlé, avec la harpiste Delphine Latil, la pochette n'est pas terrible mais c'est une pépite, de mon point de vue.

Sur ce label le nec plus ultra côtoie le très moyen, il faut écouter d'abord, c'est mieux...
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Message par Piranha » dim. 4 janv. 2026 17:59

Ok, merci pour ces conseils, j'irai explorer
Malgré la renommée de François Turques, je connais peu son travail

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 5 janv. 2026 03:09

Sa carrière se partage en deux parties, la première est free, avec l'album "Free Jazz" qui est considérable, je l'écoute bien mais au début j'ai eu du mal, en original il vaut une blinde. Il y a le "Vol.4" de "L'Intercommunal Free Dance Music Orchestra" avec Jo Maka, Vitet, Thollot, Marre... et tout de même l' "Intercommunal Music" sur Shandar, qui pète bien...

Dans la seconde partie c'est plus accessible mais parfois inégal, le "Musichien" avec son morceau titre sur une face, "Après La Marée Noire - Vers Une Musique Bretonne Nouvelle" assez inégal, mais très sympa, "Topolitologie" avec McGhie, celui avec Simmons, le "Jubjub" est pas trop mal et "La Reine Des Vampires 1967" a été bien reçu. J'en ai écouté une vingtaine mais il en reste...

Le titre le Musichien est paru également sur une compile célèbre "Freedom Jazz France" que je trouve indispensable... ( Tout comme "Mobilisation Générale" dans ce même genre)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » lun. 5 janv. 2026 03:45

Henry Threadgill Zooid – Poof.jpg
Henry Threadgill Zooid – Poof.jpg (74.19 Kio) Vu 418 fois
Henry Threadgill Zooid – Poof – (2021)

Une sorte d’anniversaire, puisque la formation « Zooid » a fait paraître son premier album, « Up Popped The Two Lips », vingt années auparavant. Le rythme des parutions n’est pas très élevé, en moyenne un album tous les trois ans, mais le précédent date, tout de même, de six années…

Threadgill signe l’entièreté des compos et joue des flûtes et du sax alto, Liberty Eilman tient la guitare acoustique et tricote sur la gauche, Jose Davila se partage entre tuba et trombone, il apporte une des sonorités qui font la signature du groupe, avec le sax alto si typé de Threadgill.

Christopher Hoffman joue du violoncelle côté droit, et Elliot Humberto Kavee tient la batterie, commentant et colorant à souhait…

On croirait une sorte d’orchestre de chambre, se promenant entre jazz avant-gardiste et musique contemporaine, on ne ressent que très rarement ce sentiment de grande densité, qui particularise souvent la musique d’Henry Threadgill.

On se balade dans un parcours se délimitant dans un partage entre écriture et improvisations, cette grande liberté offre à chacun l’opportunité de s’exprimer abondamment, et d’offrir constamment matière à manifester cette originalité qui fait tout le « sel » du jazz…

La pièce la plus expé semble être « Happenstance » où les échanges s’offrent de façon timbrales, à deux ou trois, c’est aussi l’occasion pour Elliot Humberto Kavee d’offrir un solo de batterie un peu long, exercice qui devient plutôt rare, avant d’être rejoint, un par un, par la troupe qui s’ébroue…

Ce n’est évidemment pas l’album le plus accessible concernant la musique de Threadgill, mais il constitue une étape intéressante dans son parcours et séduira les inconditionnels qui retrouveront la « patte » unique du grand musicien.

henry threadgill zooid – beneath the bottom (2021)
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mar. 6 janv. 2026 03:07

José James – No Beginning No End.jpg
José James – No Beginning No End.jpg (71.46 Kio) Vu 380 fois
José James – No Beginning No End – (2013)

« No Beginning No End » est le premier album pour « Blue Note » enregistré par le chanteur baryton. Il est souvent « en limite », comprendre par là qu’il se balade vers les frontières, entre soul et jazz, variété et pop, charmeur et crooner, et, à priori, pas mauvais garçon… Tout ici est doux, cool, ça susurre et charme, ballades et confidences, murmures au coin de l’oreille …

Dans son genre cet album est une pépite, un truc balaise dans son créneau, qui réussit son coup sans férir, enfin c’est mon avis, c’est pourquoi je le dépose ici, ça pourrait brancher quelqu’un de passage, peu habitué à ces sucreries, qui dresserait l’oreille, par exemple le titre « Sword+Gun », où José chante avec Hindi Zahra, pour nous dire que la violence c’est pas gentil, avec des accents venus de l’ailleurs…

Le truc le plus pop, probablement aussi le plus commercial, c’est le très réussi « Come To My Door » qui coche beaucoup de cases, où José partage le titre que Emily King lui a écrit, dans une partie à deux où les voix conversent, la pièce est présentée sur l’album en deux versions différentes. « Heaven on the Ground » est également une autre pièce signée de la compositrice, qu’ils interprètent également en duo, un chouïa plus gnangnan.

Mais on pourrait également parler de « Vanguard », avec la caution Blue Note en la personne de Robert Glasper, qui signe la musique, et accompagne, avec le Rhodes, le chanteur à la voix de velours…

On peut également parler de « Trouble », qui est le premier single de l’album, et qui groove comme il faut, avec une section de cuivres qui intervient bien à propos, et la basse qui roule gentiment, et accompagne les déhanchements lents qu’elle suscite.

Chaque pièce possède son charme et sa personnalité, comme « Bird of Space » un peu barrée et rêveuse, soul, et manifestation typique du phrasé unique de José James, qui accentue les syllabes à sa façon, imperturbable, et juste au bon endroit…

Je signale également « Do You Feel », une des deux pièces les plus longues, dans la tradition des ballades qui durent et s’éternisent, avec un magnifique solo de piano de qui vous savez, et voilà que le blues se greffe méchamment dans le groove et nous voilà piégés, transis…

Bon, bon, il va falloir encore creuser un peu cette affaire James/Blue Note… C’est dit !

Sword + Gun
Trouble
Vanguard
Come To My Door
Do You Feel
Bird Of Space
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » mer. 7 janv. 2026 02:07

Marc Ribot – Saints.jpg
Marc Ribot – Saints.jpg (51.15 Kio) Vu 320 fois
Marc Ribot – Saints – (2001)

Voici Marc Ribot en solo, dans un exercice assez expé, et qui n’a pas grand-chose à voir avec « Ceramic Dog », formation qui le verra beaucoup plus accessible, en compagnie de Ches Smith et Shahzad Ismaily.

Le compagnon de cet album serait plutôt l’ombre de l’ange tutélaire d’Albert Ayler, dont Marc a choisi quelques compos, « Saints » qui offre son titre à l’album et l’ouvre franco, sans précaution. Vers la fin de l’album on découvre également une reprise de « Holy, Holy, Holy » et une autre de « Witches and Devils » qui termine l’opus, autant d’hommages incandescents et révélateurs.

Ils proviennent tous du même album, précisément le fameux « Spirits » de soixante-quatre, qui fut souvent réédité sous le nom de « Witches and Devils », un album des plus directs, sincères et saignant, comme une mise à nu, de la part de l’iconique saxophoniste. Il ne manque que le titre « Spirits » pour que l’album soit repris en entier.

Peut-être ce choix reflète -t-il cette même volonté de « mise à nu » de la part de Marc Ribot, qui, avec ses seules mains, sans la force organique du souffle exerce cette même ascèse, à la recherche de ce même perfectionnement, peut-être (ou pas) en quête des racines.

Sans doute acquiescerons-nous, à l’écoute des deux traditionnels, « Go Down Moses » et « St. James Infirmary » qui sont également magnifiques… Mais l’album est bien plus riche encore et ouvre d’autres portes, comme la reprise de Zorn « Book of Heads#13 » qui livre une nouvelle porte, ou encore la reprise des Beatles « Happiness is a warm gun », vraiment épatante et très réussie.

Ribot n’hésite pas à appliquer cette même volonté d’aller au bout, avec des standards bien visités, comme « I'm Getting Sentimental Over You » ou « I'm Confessin’(That I Love You) », on le voit Ribot ne plaisante pas et persiste.

Cet album est donc un véritable projet, il porte ici une ambition qui dépasse le simple exercice artistique, et propose une voie viscérale, différente et originale.

Marc Ribot - Saints
st james infirmary - Marc Ribot
Happiness is a warm gun (Marc Ribot)
Marc Ribot - Saints (2001) - L'album en entier, le meilleur choix
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » jeu. 8 janv. 2026 02:23

Eyvind Kang – Chirality.jpg
Eyvind Kang – Chirality.jpg (28.71 Kio) Vu 240 fois
Eyvind Kang – Chirality – (2019)

Je vous avais déjà présenté un album d’Eyvind Kang, « The Story of Iceland », paru sur Tzadik en l’an deux mille, un bel album original et plaisant. Avec « Chirality » nous sommes en face d’un projet encore plus grandiose, avec, tout de même, pas mal de moyens qui sont à l’œuvre…

Je pense surtout au « MG_INC Orchestra » qui compte vingt-deux musiciens, formant une section de cordes et une autre de bois, ainsi que d’instruments complémentaires.

Eyvind Kang chapeaute le projet, dirige en utilisant la chironomie, c’est-à-dire les mouvements des mains, il joue également deux solos d’alto et a composé la plus grande partie des pièces.

Alan Bishop est le vocaliste, il apporte également le « field recordings » sur la première piste. Marco Dalpane joue de l’accordéon, du moog et du synthé. Les forces en place sont considérables et nous plongent un peu loin des musiques improvisées.

Nous sommes parfois éloignés de l’ambient contemplatif, le meilleur exemple en est certainement la courte pièce chantée « What’s A Difference ? » plutôt pop et très sympa. Mais ce qui caractérise le plus souvent Eyvind Kang c’est son appartenance à une sorte d’avant-garde qui se manifestait, autrefois, dans sa proximité avec John Zorn.

L’œuvre est donc extrêmement écrite et consiste en une plongée plutôt cool, bien que parfois énergique, à l’écoute de la masse déjà évoquée, qui avance souvent mollassonne et uniforme.

Le lyrisme est cependant sauvegardé grâce aux couches supérieures des sons qui s’échappent et construisent des structures aux doux effets. S’entendent parfois des chœurs et une organisation qui évoque la musique classique, mais sans tomber dans l’académisme.

Car il y a tout de même pas mal de modernité ici, sans véritables audaces cependant, et la séduction pourtant réelle ne produit guère de bouleversements… (le coup de sabot à la fin, quelle rouerie!)

Love Theme
Go In A Good Way
Whats The Difference
We will dance again...

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Douglas
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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » ven. 9 janv. 2026 00:47

São Paulo Underground – Beija Flors Velho E Sujo.jpg
São Paulo Underground – Beija Flors Velho E Sujo.jpg (162.72 Kio) Vu 181 fois
The Love I Feel For You Is More Real Than Ever – (2013)

Le « São Paulo Underground » est formé de Rob Mazurek, de Chicago, qui joue du cornet, de l’harmonium et de l’électro, et de Mauricio Takara, de Sao Paulo, percussionniste, qui joue aussi de l’électro. Ce quatrième album voit arriver un nouvel élément, Guilherme Granãdo, aux claviers, synthés, sampler, également vocaliste.

A noter que Rob Mazurek joue dans plusieurs formations dont le nom comprend le terme « Underground » comme « Chicago / London Underground », « Chicago Underground Duo », « Chicago Underground Orchestra », « Chicago Underground Quartet » ou « Chicago Underground Trio », on l’entend également avec le « Chicago Odense Ensemble » ou « l’Exploding Star Orchestra » et d’autres encore…

Sa discographie est donc importante, ce qui caractérise ce « São Paulo Underground » c’est donc le partage qui s’organise entre lui et les deux brésiliens, qui apportent un parfum exotique toujours présent, soit dans les rythmes, les mélodies, et la couleur tropicale qui s’exerce puissamment, sur « Evetch » par exemple.

On ressent, à l’écoute, toute la positivité joyeuse de la musique brésilienne qui impose sa marque sur des pièces d’une durée raisonnable, avec le seul « Arnus Nusar », dédicacé à Sun Ra, qui dépasse les sept minutes, une pièce qui se déploie autour d’un invariant répétitif, ce qui autorise quelques beaux solos en périphérie.

Les rythmes sont évidemment bien là, mais ce qui domine vraiment sur cet album, c’est cette couleur électro qui envahit le cœur de la musique, englobant jusqu’à la rythmique, l’originalité est forte, bien accentuée par tous ces solos, au cornet, à la guitare électrique, aux claviers ou aux percussions qui se déploient par stries, tout du long.

Bien que l’album ait été chauffé en tournée assez longtemps, il a bien été enregistré en studio à Chicago, fin septembre deux mille douze, par rapport aux efforts précédents, outre la concision, on remarque le soin apporté aux mélodies et au traitement électro-acoustique, des titres comme « The Love I Feel For You Is More Real Than Ever » se veulent d’évidence très populaires, avec ce parfum joyeux et festif, une volonté de plaire qui se devine facilement au fil des pièces.

Ce qui n’empêche pas ici ou là quelques incartades free réconfortantes, qui font également bien plaisir, comme sur « Basilio’s Crazy Wedding Song ». Un album chaud et optimiste qui apporte soleil et joie de vivre…

Into The Rising Sun
Evetch
The Love I Feel For You Is More Real Than Ever
Basilio's Crazy Wedding song
Arnus Nusar
We will dance again...

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Re: J A Z Z et musiques improvisées - C'est ici qu'on en parle

Message par Douglas » sam. 10 janv. 2026 04:16

Bill Doggett – As You Desire Me.jpg
Bill Doggett – As You Desire Me.jpg (110.98 Kio) Vu 55 fois
Bill Doggett – As You Desire Me – (1956)

Bill Doggett fait partie de ces vieux organistes à l’ancienne, pour qui Jimmy Smith est peut-être une sorte « d’Ovni », c’est dire si sa planète semble éloignée, et pourtant il garde dans ses doigts la douceur exquise des plaisirs anciens, c’est pourquoi il est parfaitement à sa place ici.

On n’attend pas de cet album une qualité d’enregistrement exceptionnelle, et nous ne sommes donc pas déçus, certains se souviennent peut-être de l’album « Dame Dreaming » avec ce même genre de pochette, et qui date lui aussi de cinquante-six, que je vous avais présenté il y a bien longtemps, on retrouve cette même veine ici, un poil plus austère…

Il faut imaginer qu’alors Bill était un précurseur, l’un des premiers à utiliser l’orgue Hammond, un instrument qui fit énormément pour la popularité du jazz. C’était alors un des tout premiers instruments qui faisait appel à l’électro, un son nouveau qui plut tellement, que Bill fera de gros succès et deviendra alors une des valeurs montantes du jazz.

On nous promet un orchestre en soutien sur la pochette, la mention « Orchestra » est pourtant anecdotique, on l’entend vraiment peu, de façon très éloignée, à la façon d’une contrebasse et d'une gratte enregistrées dans le lointain. L’impression est donc d’avoir avoir affaire à un orgue quasi en solo, avec un lointain support peu significatif, et qui donne la mesure de façon basique.

Ce qui n’empêche pas le charme d’opérer, les standards défilent et charment, organisant une ambiance « Lounge Bar » à l’ancienne, costumes rayés et Borsalino, regards langoureux et coupe aux lèvres, promesses d’un avenir proche à deux, tant que le charme de l’orgue Hammond opère…

« Vous partagerez bien une coupe ?

-Oh ! yes darling » …

Bill Doggett His Organ And Combo – As You Desire Me -1956 (FULL ALBUM) - pochette originale
We will dance again...

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