J'ouvre ce sujet en copiant/collant un chouette texte de Julien Deléglise: (à comparer avec ce qu'en disait Jo Lebb dans sa fameuse interview désopilante de Rock 'n Folk n°106 de novembre 1975.
LES VARIATIONS : NADOR Part 1.
Alors que la chaleur nous oblige à nous enfermer chez nous, pour ceux qui le peuvent, je déambule sur les réseaux sociaux comme un zombie. Au détour de la page consacrée au groupe français Les Variations, je vois un post d’un contact. Il propose à la vente un magnifique poster du groupe de 1969, et édité à l’origine par leur label, Pathé-Marconi. Je lui envoie un message, on discute un peu. Il est prêt à me le donner en souvenir de ma biographie officielle du groupe en 2018. Je ne veux pas abuser de sa gentillesse, surtout que je sais l’objet inestimable. On convient d’un prix, et il me l’envoie.
Lorsque je l’ai déplié, j’ai eu un pincement au coeur. J’étais à la fois heureux de posséder enfin cette pièce magnifique, mais aussi un peu triste en repensant à Marc Tobaly, parti il y a maintenant deux ans. Il était le guitariste-fondateur des Variations, c’est avec lui que j’ai longuement discuté pour écrire « Moroccan Roll – La Fantastique Aventure Des Variations ». Marc Tobaly était un homme d’une grande gentillesse. Bien que conscient de la place de son groupe, il était resté les pieds sur terre, et faisait preuve d’une grande sagesse. On était resté en contact jusqu’au COVID, on se donnait des nouvelles de temps en temps. Et puis il a été victime d’un AVC, il a été très affaibli, puis il a été emporté en 2024. Si je savais sa santé défaillante, sa mort m’a fichu un coup. Un grand musicien doublé d’un homme bon qui s’en va est toujours une immense perte, notamment quand on a eu l’honneur de le connaître.
Ce grand poster m’a fait ressortir l’album « Nador » des Variations, le premier album datant de 1970. Je ne l’avais pas réécouté depuis quelques temps, et je l’ai trouvé toujours aussi bon que les premières fois où j’ai posé mes oreilles dessus, voire même meilleur. On cite plus souvent « Take It Or Leave It », mais pour moi, l’album fondateur, c’est « Nador ». La France disposait d’un groupe de niveau international, un équivalent à Led Zeppelin ou Cactus. Et plus personne ne s’en souvient. Parce qu’ils chantaient en anglais, parce qu’ils ont eu de l’ambition, parce qu’ils se sont collés une bonne partie de la presse musicale et du business français sur le dos simplement parce qu’ils étaient bons, qu’ils le savaient et qu’ils n’en avaient pas honte. Je me souviens encore de la voix de Marc m’expliquant tout cela. Il n’aimait pas trop rentrer dans les détails, je devais un peu le titiller. Il ne voulait plus être en colère contre tout cela, même si certains épisodes restaient douloureux dans son coeur, et qu’il ne fallait pas grand-chose pour que quelques noms d’oiseaux sortent de sa bouche. Mais cela est resté entre nous.
Comme Marc ne voulait pas se souvenir du racisme dont les Variations ont fait l’objet. Le batteur Jacky Bitton fut un peu plus cru sur le sujet. Les Variations étaient en effet constitués aux trois-quarts de musiciens d’origine marocaine et juifs sefarade. Si le groupe n’a jamais été étiqueté nulle part « juif marocain », et qu’il était bien considéré comme un groupe français à part entière, le racisme se faisait de manière plus insidieuse, via de vieux relents antisémites. Les musiciens étaient relativement bien organisés. Managés par le frère de Marc, Alain, ils avaient une équipe de roadies, un camion, leur propre matériel, et pouvaient donc jouer partout en France et à l’étranger comme un groupe professionnel, ce qui n’était pas le cas de la plupart des groupes français de l’époque.
Les Variations ont eu dès le départ la volonté de réussir au-delà de la France. Sûrs de leur force, bien organisé, avec une ambition débordante, et un succès grandissant auprès du public européen (France, mais aussi Italie, Espagne, Belgique et Scandinavie), les sarcasmes sur les juifs arrogants et grippe-sous remontèrent vite à la surface. Pourtant, cela n’était finalement que le reflet minable de la jalousie.
Marc Tobaly voit le jour le 1er janvier 1950 dans une famille aisée et nombreuse de commerçants. Le pays est sous protectorat avec la France, mais obtient son indépendance en 1956. Malgré cela, la présence française restera importante, et son père travaille notamment avec l’Armée Française, lui fournissant des denrées alimentaires locales. Marc découvre Elvis Presley avec ses grands frères. A Kénitra, il y a une base américaine, et les stations américaines permettent d’écouter du rhythm’n’blues et du rock’n’roll.
Après un accident de mobylette, sa sœur Hélène lui achète une guitare acoustique afin d’occuper ses journées alité. Il se passionne vite pour l’instrument, et la musique devient sa vie. Il fonde son premier groupe dans l’esprit des Chaussettes Noires : Les P’tits Loups. Il a treize ans. Tiens, c’est un autre point qui nous a rapproché, Marc et moi. J’avais découvert les Chaussettes Noires gamin, et j’ai toujours adoré ce groupe, son énergie, et les paroles marrantes d’Eddy Mitchell. On avait discuté une heure ensemble comme ça sur les Chaussettes Noires, Marc était enthousiaste, avec tous ses souvenirs de gamin qui lui revenaient.
Marc assiste aussi à des concerts, mais pour cela, il faut monter à Casablanca. Marc dort alors chez son cousin Marcel. On lui parle d’un super concert local, et on lui présente le chanteur, un certain Jo Philippe Leb. Les deux jeunes garçons se connectent, et l’après-midi, alors que Jo garde le garage de son père, ils se lancent dans des jams de moroccan roll, Marc à la guitare, Jo au chant et aux percussions, deux règles en fer sur un baril d’huile moteur.
Marc monte chez Marcel pour le concert exceptionnel des Shadows en 1964 à Casablanca. Ils sont précédés par un groupe local du nom de Jets, qui fait dans le même genre de musique, mais avec des touches nord-africaines. Le jeune guitariste est stupéfait par le batteur, au point qu’il va essayer de décrocher un autographe, sans succès à cause de la foule. Le jeune batteur prodige s’appelle Jacky Bitton.
En juin 1966, Marc a gagné un peu d’argent en accompagnant les pool-parties avec les P’tits Loups. Il décide de monter à Paris pour rendre visite à son frère Alain et sa sœur Magda. La plupart des enfants Tobaly ont fait ou font leurs études en France. Lorsqu’il arrive, Alain et Magda sont partis à Londres. Marc les rejoint. Alain est devenu un mod, fan des Rolling Stones et des Small Faces. Il travaille dans un coffee shop et pendant ce temps, Marc traîne sur Piccadilly Circus avec sa guitare. Il décroche un job dans un restaurant italien pour jouer des chansons italiennes mais aussi des tubes des Beatles. Le jeune garçon de seize ans découvre une effervescence musicale incroyable, avec des concerts et des disques merveilleux à chaque coin de rue. Marc assiste à des concerts au Marquee des Move, de The Creation, des Who. Ils découvrent les albums de Sam & Dave et Otis Redding, des Rolling Stones et des Small Faces… Les trois mois de l’été 1966 sont un rêve éveillé.
Et puis en septembre, Alain et Magda reviennent sur Paris pour reprendre leurs études. Marc suit et loge chez Alain. Ils s’installent dans un studio Rue de l’Ouest à Paris et vivent chichement. Leurs parents leur envoient de l’argent, mais le niveau de vie au Maroc et en France n’est déjà pas le même. A Paris, le temps de septembre est maussade, il pleut, il fait froid, il ne se passe pas grand-chose par rapport à Londres.
Marc décide de former un groupe. Et c’est le début de la désillusion. Il pensait trouver des musiciens enthousiastes comme à l’époque des Chaussettes Noires, il découvre une scène empêtrée dans les Yé-Yés, dans une forme de variété plus ou moins rock, dont les deux fers de lance sont Johnny Hallyday et Eddy Mitchell. Après avoir passé trois mois à écouter les Rolling Stones, les Who, les Move et les Small Faces, cela semble un peu léger. Marc passe alors ses après-midis d’ennui chez Paul Beuscher, le principal vendeur d’instruments de Paris. Il y croise le guitariste Jacques Micheli et le bassiste Guy De Baer. Les trois musiciens sont en phase, et décident de chercher un batteur. Il pose une annonce chez un disquaire du Boulevard Saint-Michel avec seulement une adresse, les Tobaly n’ayant pas le téléphone. Un soir froid d’octobre 1966, un jeune homme au teint hâlé et aux longs cheveux noirs bouclés se présente. Il s’agit de Jacky Bitton des Jets, qui est venu à Paris pour suivre des études. Il a acquis un kit double grosses caisses Ludwig comme Ginger Baker de Cream avec ses économies issues des sets des Jets. Il cherche maintenant un engagement professionnel en France, et ne trouve personne pour jouer du heavy-blues comme Cream.
Le groupe commence à répéter, mais il manque clairement un chanteur. Marc Tobaly pense à Jo Leb, mais où est-il ? C’est Alain qui va le retrouver par hasard dans un bar. Il aperçoit un type avec une gueule un peu à la Mick Jagger, il s’approche, lui demande si il est chanteur. C’est Jo Leb. Marc avait les yeux brillants quand il racontait cette anecdote. Lui qui croyait au destin, il venait de retrouver totalement par hasard le batteur de ses rêves et son ami chanteur en quelques semaines. Le quintette doit alors commencer à répéter de manière sérieuse. Marc a décidé d’appeler le groupe Les Variations. Il y a une référence au terme musical. Mais cela s’inscrit aussi dans la continuité de plusieurs groupes anglo-saxons de l’époque : The Creation, The Action, The Temptations… Et puis, Variations, ça s’écrit pareil en anglais. Jean-Louis Aubert aura la même réflexion en proposant comme nom de groupe Téléphone.
Alain s’improvise manager. Connaissant bien les endroits où sortir à Paris, il déniche un engagement original à un pub de Bastille. Le groupe doit jouer dans le sous-sol toute la journée pour attirer les spectateurs pour le set du soir. Les Variations peuvent ainsi répéter tranquilles, ils sont payés et ont droit à un repas tous les soirs. Pour des gamins de seize à dix-huit ans, c’est fabuleux.
Mais l’affaire commence à devenir trop sérieuse pour Micheli et De Baer, qui s’en vont après la première soirée. Les Variations se retrouvent réduits à trois. Une fois encore, le destin va frapper l’histoire des Variations. Nous sommes le 16 décembre 1966, et les trois musiciens tentent de répéter comme ils le peuvent. Un jeune homme descend les voir jouer et leur dit qu’il a un ami qui joue de la basse. Marc lui demande d’aller le chercher, ne serait-ce que pour dépanner. Il s’exécute et fonce chez Jacques Grande. Ce dernier n’a pas perdu sa journée, puisqu’il vient d’être réformé de l’armée. Sa grand-mère, anti-militariste, tient sa promesse, et lui achète une basse Gibson EB3 avec un amplificateur dans l’après-midi. Son ami arrive à ce moment-là pour lui dire qu’un groupe cherche un bassiste en urgence. Jacques prend son matériel et se dirige vers Bastille. Il descend dans le sous-sol, se présente, installe son matériel, et en quelques consignes, se fond dans le groupe. Les Variations sont au complet le 16 décembre 1966 au soir.
Alors que les choses sérieuses s’amorcent, avec des engagements au Tour Club et la réussite au Tremplin du Golf Drouot, la matériel de Marc commence à montrer ses limites, surtout qu’il ne possède qu’une modeste guitare Höfner qui ne tient pas le choc à côté de la basse de Jacques. Parallèlement, le guitariste annonce à son père qu’il ne reprendra pas ses études. La musique marche pour lui, et il va rester à Paris. Le patriarche va alors prendre une décision : il va acheter du bon matériel à son fils pour qu’il puisse réussir. Ce sera l’acquisition d’une Fender Telecaster rouge et d’un amplificateur VOX AC 30. C’est la guitare de Jeff Beck et de Jimmy Page.
Parallèlement, Alain déniche un plan pour le groupe de son frère : il obtient de la marque de vêtements Compton de les sponsoriser. Ils apparaissent sur des publicités et en échange, ils ont des vêtements à l’oeil. Désormais équipés et habillés, Alain pense qu’il faut aller jouer à l’étranger. Les groupes anglais se font souvent la main en Scandinavie avant de passer à la vitesse supérieure aux Etats-Unis. Le jeune manager a aussi des souvenirs émus du charme des filles scandinaves. Le groupe entasse son matériel dans une petite camionnette Volkswagen. Alain abandonne lui aussi ses études pour s’occuper des Variations à temps plein. Deux copains de l’époque des P’tits Loups feront office de roadies. Les sept s’entassent dans la camionnette en mars 1967 et partent en Allemagne de l’Ouest. Ils s’arrêtent à Hanovre.
Le plan est aussi culotté que simple : le groupe arrive en début d’après-midi, Alain fonce au club rock local, et propose les services des Variations pour le soir. Et ça marche, car la formation a tout son matériel, prêt à être installé. Les musiciens se changent dans les toilettes de la gare, puis se dirigent au club pour jouer. Et le plan fonctionne. Les Variations se font remarquer immédiatement. Leur répertoire est alors uniquement composé de chansons pop du moment, réarrangées à leur sauce. A Hanovre, ils font l’ouverture des Smoke, qui ont eu un tube avec « My Friend Jack ». Frimeurs et hautains, ils refusent de prêter leur matériel à ces français un peu basanés. Les Variations les humilient sur scène, le patron du club les accueille à sa table avec le champagne, et ils sont invités à revenir quinze jours plus tard.
Ainsi, Les Variations deviennent populaires en Allemagne de l’Ouest, aux Pays-Bas en Norvège, en Suède et au Danemark. Auréolés d’une réputation prometteuse, le label danois Triola leur propose d’enregistrer un simple. Sans aucune expérience, ils se retrouvent dans un ancien cinéma avec une console, et captent deux morceaux : « Spicks And Specks » des Bee Gees et « Mustang Sally » de Wilson Pickett. Le son est un peu caverneux, mais c’est le premier disque des Variations. On distingue déjà la volonté du groupe de jouer fort et lourd. Les deux reprises sont ainsi passés à travers une moulinette Cream/Jimi Hendrix Experience/Jeff Beck Group déjà particulièrement efficace. Marc se souvenait encore de cet épisode, et pensait que le disque avait échoué dans les bacs à soldeurs. Lorsque je lui ai appris qu’il s’était classé n°4 au Danemark, il fut stupéfait. Il ne ne le savait pas, et évidemment, Triola ne versa pas un sou au groupe.
En décembre 1967, les Variations sont de retour de leur périple scandinave et entreprennent de labourer sérieusement la France. La scène française est en train de muter, avec l’arrivée de groupes rock inspirés de la scène britannique : Alice, Alan Jack Civilisation, Triangle… Les Variations sont des pionniers de cette seconde génération du rock français qui tente de s’extraire du côté franchouillard des Yé-Yés. Les Variations écument les clubs et les bals, ils passent toutes ses soirées du vendredi au dimanche en concert. Parallèlement, il réussit à aller jouer en Grande-Bretagne et se retrouvent en clubs aux côtés de Taste et Free. Le groupe n’oublie pas non plus ses fans scandinaves et retourne aux Pays-Bas. Le groupe s’achète un nouveau camion plus gros, Marc change sa Fender Telecaster pour une Gibson ES 335 plus puissante et heavy. (à suivre)
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Vivement la suite, j'en salive déjà .. 
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Re: Les VARIATIONS
Voilà voilà :
LES VARIATIONS : NADOR PART 2
Mais en novembre 1968, les Variations sont fatigués. Malgré des concerts pleins, et des dates un peu partout en Europe, aucun label ne s’intéresse à eux. Ils n’ont certes pas de répertoire original, mais ils sont en fait comme les groupes anglo-saxons de l’époque. De Vanilla Fudge à Deep Purple, ils jouent tous des reprises de soul et de rock qu’ils façonnent à leur manière. Alors qu’ils végètent dans l’appartement d’Alain, on les informe d’un gros tournage à Joinville-Le-Pont pour enregistrer une émission du réveillon. Fleetwood Mac, les Who, Small Faces et Jeff Beck Group sont là. Jo, Marc, Jacques, et Alain se dirigent alors vers les dits-studios. Ils arrivent le dernier jour au moment du repas de midi. Ils n’ont pas osé s’incruster, et déambulent sur le plateau vide en attendant la reprise du tournage. Marc aperçoit alors une splendide guitare Gretsch demi-caisse verte. Il a envie de jouer un peu avec. Il regarde autour, personne. Il se saisit alors de l’instrument, le branche, et commence à jammer.
Lorsque le producteur, Michel Taittinger, revient de manger, il découvre ce jeune guitariste brillant. Il a la gueule, il a l’attitude. Il demande aux personnes présentes qui est ce garçon, et les Variations indiquent que c’est leur guitariste.Tattinger veut alors les faire jouer pour les plans de coupe entre les séquences avec les artistes britanniques. Le producteur demande alors si le groupe est là au complet, mais ce n’est pas le cas : Jacky Bitton n’est pas là. Plus indépendant, il vit sa vie à côté du groupe. On essaie de le joindre chez lui à Clichy, sans résultat. A force de recherche, il est retrouvé : il est au cinéma. Il est extirpé en pleine séance pour l’emmener sur le tournage.
Le groupe commence par une reprise des Bee Gees, « To Love Somebody », en duo avec la chanteuse soul PP Arnold. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est déjà une apparition télévisée avec le gratin du rock anglais. Et puis, il s’avère que Traffic ne peut pas venir, coincé à la douane française. Il y a donc du temps, et Taittinger encourage les Variations à jouer pour meubler. Ils attaquent par une reprise des Rolling Stones, « Around And Around ». Le public, un peu saoul du repas de midi, commence à s’exciter. Cela devient un vrai succès au bout de sept morceaux, Jo Leb se retrouvant porter en triomphe par le public. Les Variations sont heureux, mais ne se font pas d’illusions. Il y aura forcément des coupes. Le soir du Premier de l’An 1969, ils jouent à l’école HEC à Jouy-En-Josas en première partie d’un nouveau groupe anglais du nom de Led Zeppelin, et ne verront pas le show lors de sa diffusion. Mais en fait, les sept morceaux live ont été conservés, alors que les formations britanniques ne jouent que un ou deux morceaux. Le téléphone d’Alain Tobaly se met alors à sonner sans répit.
Alain décroche un contrat en or : les Variations signent avec RSO, soit Robert Stigwood Organisation, qui vient de s’installer à Paris, et qui préside les destinées de Cream, Eric Clapton et Traffic. RSO va négocier un contrat avec Pathé-Marconi. Une petite équipe se forme autour des Variations : Alain Tobaly est le manager, Claude Ebrard de RSO le producteur, Michel Taittinger s’occupe de la promotion. Andrew Jakeman devient le régisseur de la formation, et sera aussi le co-auteur de paroles de chansons. Les Variations considèrent que le rock, celui qu’ils aiment, se chante en anglais. Andrew Jakeman deviendra par la suite Jake Riviera, il fondera le label Stiff et publiera les disques de Nick Lowe, Elvis Costello et Motörhead.
Désormais bien entouré, il faut sortir un premier simple. Les Variations auraient pu publier deux reprises réarrangées, mais Marc Tobaly sent qu’il est temps de passer à l’étape supérieure. Il décide de composer deux morceaux originaux : « Come Along » et « Promises ». Pour les textes, Magda Tobaly, licenciée d’anglais, se charge de la relecture. Les Variations entrent ensuite aux studios des Dames de Pathé-Marconi. Les ingénieurs du son sont alors encore en blouse, et protestent quand c’est trop fort. Le groupe se retrouve alors dans la même situation que ses homologues anglais deux ou trois ans plus tôt. Marc impose une prise de son live avec des micros autour des instruments et des amplificateurs, et des séparateurs entre les musiciens. L’équipe technique de Pathé-Marconi est alors horrifié par le son démentiel de la batterie de Jacky Bitton et des guitares électriques. Jo Leb surprend aussi en ajoutant en overdubs des cris et des mimiques vocales pour rendre les chansons plus vivantes. Les Variations passent pour des ahuris, mais le premier simple, publié en mars 1969, se vend très correctement, atteignant les quatre vingt mille exemplaires.
Ses ventes vont être boostées par le Grand Show de Johnny Hallyday au Palais des Sports de Paris du 23 avril au 10 mai 1969. La grande scène sera d’abord investie par Aphrodite’s Child, et les scènes latérales par les Variations et Dévotion. Ce dernier entame le spectacle, suivi des Variations, qui rendent fou le public parisien. C’est la même déflagration que le concert de Led Zeppelin le 10 octobre 1969 à l’Olympia. La prestation des Variations passent de trente minutes à un quart d’heure.
En septembre 1969, les Variations publient un second simple : « What’s Happening/Magda ». La face B est un instrumental génial dédié à la sœur de Marc, qui a toujours été là pour le soutenir et l’aider. L’essor spectaculaire des Variations commence à gêner. Philippe Paringaux de Rock&Folk charge le groupe, qui ouvre le 2 novembre 1969 au Musicorama de Europe 1 consacré aux américains stars de Steppenwolf. Les Variations ne respectent pas les horaires, et harangue un public devenu fanatique. Ils savourent le moment, mais ils ne se rendent pas compte qu’ils ont commis un crime de lèse-majesté vis-à-vis du rock anglo-saxon. Comment une formation française peut se permettre cela ? Les Variations auront un droit de réponse dans Rock&Folk grâce aux protestations des fans. Dans le numéro de mars 1970, Jo Leb explique les difficultés des groupes français, cherchant un esprit de solidarité entre eux et la presse spécialisée. Ce sera peine perdue. Les Variations seront désormais sujets à polémiques.
La seconde accusation sera qu’ils sont trop « commerciaux ». Les Variations remplissent en effet les salles un peu partout, et le public, surtout ouvrier, adore ça. Il est alors de bon ton dans le rock français de donner dans les musiques undergrounds comme le jazz, les sonorités psychédéliques à la Zappa ou Captain Beefheart, et de déclamer des paroles complexes en français pour faire intellectuel. Le souci, c’est que ces musiques n’attirent qu’un public d’étudiants, et rarement au-delà de cinquante kilomètres de Paris. Seules les formations qui poussent les concepts de l’improvisation et de l’originalité à fond sont reconnues, comme Magma et Gong. Elles sont cependant vivement critiquées, la première pour être néo-fasciste, la seconde pour être trop baba-cool et pas assez sérieuse.
Les Variations sont en réalité d’authentiques rebelles, qui jouent du hard-rock pied au plancher, et permettent au public de s’extérioriser et de s’éclater. La jalousie de leur succès est ainsi transformée en procès politique. Les Variations n’ont pas les bonnes références culturelles. Le public, lui, s’en fout, et les clubs sont pleins. Les Variations trouvent néanmoins un allié dans la presse spécialisée avec Best. Les filles les apprécient aussi beaucoup : leurs physiques un peu typés juste ce qu’il faut, tous bien habillés à la mode, leur assurance, les rendent irrésistibles.
« Nador » sort en octobre 1970. Il est composé de neuf morceaux. L’album débute par un uppercut redoutable de hard-rock à la puissance équivalente à Cactus : « What A Mess Again ». La voix haute et râpeuse de Jo Leb, la guitare grondante de Marc Tobaly, la batterie spectaculaire de Jacky Bitton, les lignes souples et inventives de la basse de Jacques « P’tit Pois » Grande font de ce morceau un bombardier sonore équivalent à la production anglo-saxonne de l’époque : Cactus, James Gang, Led Zeppelin… « Waiting For The Pope » poursuit avec un mid-tempo heavy. Le morceau est superbement écrit, avec sa petite touche de piano électrique cristallin qui vient en contre-point du riff heavy. La partie centrale est un décollage superbe, sorte de psychédélie blues avant que le groupe ne revienne matraquer l’auditeur avec un groove hard-rock redoutable.
« Nador » est un morceau acoustique dédié à la ville portuaire marocaine du même nom. Marc Tobaly joue une magnifique guitare folk soutenue par le darbouka de Youssef Berrebi. C’est une magnifique parenthèse rêveuse après deux morceaux féroces, et qui introduit les références marocaines du groupe à une époque où le Maroc commence à devenir à la mode chez les rockstars anglo-saxonnes. « We Gonna Find The Way », chanté par Mick Fowley, qui joue également du piano, apporte une dimension gospel et folk-rock inspiré de Traffic.
« Générations » est un morceau hard-rock interprété en français par Jo Leb. Le riff est excellent, et le texte touchant. Leb évoque le conflit de générations entre la sienne et celle d’avant. Malgré le fait qu’ils soient « commerciaux », les Variations sont des rebelles pour l’époque : ils ont les cheveux longs, ils jouent du hard-rock, et c’est suffisant pour se faire traiter de « pédé » dans la rue. Et la police est régulièrement à la sortie des concerts pour éviter les éventuels mouvements de rébellion et enquiquiner ceux qui ont un peu de hasch dans les poches.
« Free Me » suit avec une excellente mélodie inspirée des Rolling Stones de l’époque, un peu boogie, et d’un doublage à la guitare acoustique inspiré des Who. Si Marc Tobaly compose la grande majorité du matériau musical, Jacky Bitton et Jo Leb apportent des contributions sérieuses. « Completely Free » est justement une collaboration Tobaly-Bitton heavy-blues. Si les inspirations Jimi Hendrix Experience-Cream sont là, les Variations vont déjà bien au-delà, avec une approche presque orchestrale. Marc Tobaly fait grogner une wah-wah funky, Jacques Grande a l’occasion de mettre en avant sa basse, Jacky Bitton improvise à la batterie. Le trio instrumental est en feu, et donne au titre du morceau tout son sel. Comme pour James Gang sur « The Bomber », les Variations se permettent un petit délire.
« Mississippi Woman » est un boogie-rock composé et chanté par Mick Fowley qui ressemble un peu à du Mott The Hoople de la première époque. C’est efficace, addictif, avec une couleur américaine. « But It’s Alright » est une composition de Jacky Bitton, qu’il interprète aussi au chant. Bitton va régulièrement chanter des morceaux des Variations, notamment quand Leb ne voudra pas s’en charger car pas assez rock à son goût. Pour le coup, on est dans le pur morceau de heavy-rock, mélangeant hard-rock et rock prog. Puis, il s’arrête pour laisser place à un solo de percussions marocaines, Jacky à la batterie, Youssef Berrebi au darbouka. Ce qu’ils effectuent est une démonstration de percussions mélangeant modernité rock et instrument traditionnel. C’est tout simplement inédit pour l’époque, d’autant plus de la part de musiciens qui sont directement originaires du Maroc, et non de jeunes blancs tentant de reproduire maladroitement ce qu’ils ont entendu en vacances. Jimmy Page va mettre des années pour comprendre le lien entre rock et musique marocaine. Il n’est pas impossible que l’album « Moroccan Roll » des Variations de 1974 lui ait permis de comprendre, pour aboutir finalement à « Kashmir » en 1975, aux incursions musicales nord-africaines finalement modestes. Dès 1970, les Variations faisaient le lien sur « But It’s Alright ». Ce fantastique morceau clôt l’album « Nador », véritable merveille sonore.
Le 5 juin 1970, la scène Pop française était réunie aux Arènes de Lutèce à Paris. Alan Jack Civilisation, Magma, Triangle, Zoo, Martin Circus … sont là. Et Les Variations terminent la soirée par un concert mémorable, qui va donner envie au jeune Georges Bodossian de créer son groupe, lequel formera Océan. Les Variations, malgré les critiques et les ricanements, sont bien le meilleur groupe de rock français de l’époque. « Nador » va confirmer ce statut. C’est le plus grand disque de rock en France jamais enregistré, et il va le rester au moins jusqu’à l’arrivée de Trust et Téléphone.
Les américains et les anglais passionnés de heavy-rock seventies continuent de s’interroger sur cet étrange équipage d’origine marocaine, devenu groupe de rock français, et qui délivre un hard-rock sauvage plus teigneux que Led Zeppelin. Philippe Manoeuvre les surnommait « les Stooges de Montrouge », le groupe s’établissant dans une grande maison dans cette ville de banlieue parisienne début 1971 pour être ensemble et pouvoir jouer dès qu’ils en ont envie. Les voisins se méfient de ces jeunes gens à cheveux longs, avant de découvrir qu’ils sont gentils, qu’ils disent bonjour et qu’ils payent leurs courses.
La suite des aventures des Variations ne sera ni moins compliquée, ni moins glorieuse. Le groupe va affronter l’adversité des erreurs de jeunesse, et aller de réussite en réussite, défrichant le terrain pour les générations à venir, affrontant l’adversité avec la rage au ventre. En 1970 il n’est déjà plus qu’un simple de groupe de rock français. Il a la trempe du meilleur heavy-rock mondial, et « Nador » est sa carte de visite.
LES VARIATIONS : NADOR PART 2
Mais en novembre 1968, les Variations sont fatigués. Malgré des concerts pleins, et des dates un peu partout en Europe, aucun label ne s’intéresse à eux. Ils n’ont certes pas de répertoire original, mais ils sont en fait comme les groupes anglo-saxons de l’époque. De Vanilla Fudge à Deep Purple, ils jouent tous des reprises de soul et de rock qu’ils façonnent à leur manière. Alors qu’ils végètent dans l’appartement d’Alain, on les informe d’un gros tournage à Joinville-Le-Pont pour enregistrer une émission du réveillon. Fleetwood Mac, les Who, Small Faces et Jeff Beck Group sont là. Jo, Marc, Jacques, et Alain se dirigent alors vers les dits-studios. Ils arrivent le dernier jour au moment du repas de midi. Ils n’ont pas osé s’incruster, et déambulent sur le plateau vide en attendant la reprise du tournage. Marc aperçoit alors une splendide guitare Gretsch demi-caisse verte. Il a envie de jouer un peu avec. Il regarde autour, personne. Il se saisit alors de l’instrument, le branche, et commence à jammer.
Lorsque le producteur, Michel Taittinger, revient de manger, il découvre ce jeune guitariste brillant. Il a la gueule, il a l’attitude. Il demande aux personnes présentes qui est ce garçon, et les Variations indiquent que c’est leur guitariste.Tattinger veut alors les faire jouer pour les plans de coupe entre les séquences avec les artistes britanniques. Le producteur demande alors si le groupe est là au complet, mais ce n’est pas le cas : Jacky Bitton n’est pas là. Plus indépendant, il vit sa vie à côté du groupe. On essaie de le joindre chez lui à Clichy, sans résultat. A force de recherche, il est retrouvé : il est au cinéma. Il est extirpé en pleine séance pour l’emmener sur le tournage.
Le groupe commence par une reprise des Bee Gees, « To Love Somebody », en duo avec la chanteuse soul PP Arnold. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est déjà une apparition télévisée avec le gratin du rock anglais. Et puis, il s’avère que Traffic ne peut pas venir, coincé à la douane française. Il y a donc du temps, et Taittinger encourage les Variations à jouer pour meubler. Ils attaquent par une reprise des Rolling Stones, « Around And Around ». Le public, un peu saoul du repas de midi, commence à s’exciter. Cela devient un vrai succès au bout de sept morceaux, Jo Leb se retrouvant porter en triomphe par le public. Les Variations sont heureux, mais ne se font pas d’illusions. Il y aura forcément des coupes. Le soir du Premier de l’An 1969, ils jouent à l’école HEC à Jouy-En-Josas en première partie d’un nouveau groupe anglais du nom de Led Zeppelin, et ne verront pas le show lors de sa diffusion. Mais en fait, les sept morceaux live ont été conservés, alors que les formations britanniques ne jouent que un ou deux morceaux. Le téléphone d’Alain Tobaly se met alors à sonner sans répit.
Alain décroche un contrat en or : les Variations signent avec RSO, soit Robert Stigwood Organisation, qui vient de s’installer à Paris, et qui préside les destinées de Cream, Eric Clapton et Traffic. RSO va négocier un contrat avec Pathé-Marconi. Une petite équipe se forme autour des Variations : Alain Tobaly est le manager, Claude Ebrard de RSO le producteur, Michel Taittinger s’occupe de la promotion. Andrew Jakeman devient le régisseur de la formation, et sera aussi le co-auteur de paroles de chansons. Les Variations considèrent que le rock, celui qu’ils aiment, se chante en anglais. Andrew Jakeman deviendra par la suite Jake Riviera, il fondera le label Stiff et publiera les disques de Nick Lowe, Elvis Costello et Motörhead.
Désormais bien entouré, il faut sortir un premier simple. Les Variations auraient pu publier deux reprises réarrangées, mais Marc Tobaly sent qu’il est temps de passer à l’étape supérieure. Il décide de composer deux morceaux originaux : « Come Along » et « Promises ». Pour les textes, Magda Tobaly, licenciée d’anglais, se charge de la relecture. Les Variations entrent ensuite aux studios des Dames de Pathé-Marconi. Les ingénieurs du son sont alors encore en blouse, et protestent quand c’est trop fort. Le groupe se retrouve alors dans la même situation que ses homologues anglais deux ou trois ans plus tôt. Marc impose une prise de son live avec des micros autour des instruments et des amplificateurs, et des séparateurs entre les musiciens. L’équipe technique de Pathé-Marconi est alors horrifié par le son démentiel de la batterie de Jacky Bitton et des guitares électriques. Jo Leb surprend aussi en ajoutant en overdubs des cris et des mimiques vocales pour rendre les chansons plus vivantes. Les Variations passent pour des ahuris, mais le premier simple, publié en mars 1969, se vend très correctement, atteignant les quatre vingt mille exemplaires.
Ses ventes vont être boostées par le Grand Show de Johnny Hallyday au Palais des Sports de Paris du 23 avril au 10 mai 1969. La grande scène sera d’abord investie par Aphrodite’s Child, et les scènes latérales par les Variations et Dévotion. Ce dernier entame le spectacle, suivi des Variations, qui rendent fou le public parisien. C’est la même déflagration que le concert de Led Zeppelin le 10 octobre 1969 à l’Olympia. La prestation des Variations passent de trente minutes à un quart d’heure.
En septembre 1969, les Variations publient un second simple : « What’s Happening/Magda ». La face B est un instrumental génial dédié à la sœur de Marc, qui a toujours été là pour le soutenir et l’aider. L’essor spectaculaire des Variations commence à gêner. Philippe Paringaux de Rock&Folk charge le groupe, qui ouvre le 2 novembre 1969 au Musicorama de Europe 1 consacré aux américains stars de Steppenwolf. Les Variations ne respectent pas les horaires, et harangue un public devenu fanatique. Ils savourent le moment, mais ils ne se rendent pas compte qu’ils ont commis un crime de lèse-majesté vis-à-vis du rock anglo-saxon. Comment une formation française peut se permettre cela ? Les Variations auront un droit de réponse dans Rock&Folk grâce aux protestations des fans. Dans le numéro de mars 1970, Jo Leb explique les difficultés des groupes français, cherchant un esprit de solidarité entre eux et la presse spécialisée. Ce sera peine perdue. Les Variations seront désormais sujets à polémiques.
La seconde accusation sera qu’ils sont trop « commerciaux ». Les Variations remplissent en effet les salles un peu partout, et le public, surtout ouvrier, adore ça. Il est alors de bon ton dans le rock français de donner dans les musiques undergrounds comme le jazz, les sonorités psychédéliques à la Zappa ou Captain Beefheart, et de déclamer des paroles complexes en français pour faire intellectuel. Le souci, c’est que ces musiques n’attirent qu’un public d’étudiants, et rarement au-delà de cinquante kilomètres de Paris. Seules les formations qui poussent les concepts de l’improvisation et de l’originalité à fond sont reconnues, comme Magma et Gong. Elles sont cependant vivement critiquées, la première pour être néo-fasciste, la seconde pour être trop baba-cool et pas assez sérieuse.
Les Variations sont en réalité d’authentiques rebelles, qui jouent du hard-rock pied au plancher, et permettent au public de s’extérioriser et de s’éclater. La jalousie de leur succès est ainsi transformée en procès politique. Les Variations n’ont pas les bonnes références culturelles. Le public, lui, s’en fout, et les clubs sont pleins. Les Variations trouvent néanmoins un allié dans la presse spécialisée avec Best. Les filles les apprécient aussi beaucoup : leurs physiques un peu typés juste ce qu’il faut, tous bien habillés à la mode, leur assurance, les rendent irrésistibles.
« Nador » sort en octobre 1970. Il est composé de neuf morceaux. L’album débute par un uppercut redoutable de hard-rock à la puissance équivalente à Cactus : « What A Mess Again ». La voix haute et râpeuse de Jo Leb, la guitare grondante de Marc Tobaly, la batterie spectaculaire de Jacky Bitton, les lignes souples et inventives de la basse de Jacques « P’tit Pois » Grande font de ce morceau un bombardier sonore équivalent à la production anglo-saxonne de l’époque : Cactus, James Gang, Led Zeppelin… « Waiting For The Pope » poursuit avec un mid-tempo heavy. Le morceau est superbement écrit, avec sa petite touche de piano électrique cristallin qui vient en contre-point du riff heavy. La partie centrale est un décollage superbe, sorte de psychédélie blues avant que le groupe ne revienne matraquer l’auditeur avec un groove hard-rock redoutable.
« Nador » est un morceau acoustique dédié à la ville portuaire marocaine du même nom. Marc Tobaly joue une magnifique guitare folk soutenue par le darbouka de Youssef Berrebi. C’est une magnifique parenthèse rêveuse après deux morceaux féroces, et qui introduit les références marocaines du groupe à une époque où le Maroc commence à devenir à la mode chez les rockstars anglo-saxonnes. « We Gonna Find The Way », chanté par Mick Fowley, qui joue également du piano, apporte une dimension gospel et folk-rock inspiré de Traffic.
« Générations » est un morceau hard-rock interprété en français par Jo Leb. Le riff est excellent, et le texte touchant. Leb évoque le conflit de générations entre la sienne et celle d’avant. Malgré le fait qu’ils soient « commerciaux », les Variations sont des rebelles pour l’époque : ils ont les cheveux longs, ils jouent du hard-rock, et c’est suffisant pour se faire traiter de « pédé » dans la rue. Et la police est régulièrement à la sortie des concerts pour éviter les éventuels mouvements de rébellion et enquiquiner ceux qui ont un peu de hasch dans les poches.
« Free Me » suit avec une excellente mélodie inspirée des Rolling Stones de l’époque, un peu boogie, et d’un doublage à la guitare acoustique inspiré des Who. Si Marc Tobaly compose la grande majorité du matériau musical, Jacky Bitton et Jo Leb apportent des contributions sérieuses. « Completely Free » est justement une collaboration Tobaly-Bitton heavy-blues. Si les inspirations Jimi Hendrix Experience-Cream sont là, les Variations vont déjà bien au-delà, avec une approche presque orchestrale. Marc Tobaly fait grogner une wah-wah funky, Jacques Grande a l’occasion de mettre en avant sa basse, Jacky Bitton improvise à la batterie. Le trio instrumental est en feu, et donne au titre du morceau tout son sel. Comme pour James Gang sur « The Bomber », les Variations se permettent un petit délire.
« Mississippi Woman » est un boogie-rock composé et chanté par Mick Fowley qui ressemble un peu à du Mott The Hoople de la première époque. C’est efficace, addictif, avec une couleur américaine. « But It’s Alright » est une composition de Jacky Bitton, qu’il interprète aussi au chant. Bitton va régulièrement chanter des morceaux des Variations, notamment quand Leb ne voudra pas s’en charger car pas assez rock à son goût. Pour le coup, on est dans le pur morceau de heavy-rock, mélangeant hard-rock et rock prog. Puis, il s’arrête pour laisser place à un solo de percussions marocaines, Jacky à la batterie, Youssef Berrebi au darbouka. Ce qu’ils effectuent est une démonstration de percussions mélangeant modernité rock et instrument traditionnel. C’est tout simplement inédit pour l’époque, d’autant plus de la part de musiciens qui sont directement originaires du Maroc, et non de jeunes blancs tentant de reproduire maladroitement ce qu’ils ont entendu en vacances. Jimmy Page va mettre des années pour comprendre le lien entre rock et musique marocaine. Il n’est pas impossible que l’album « Moroccan Roll » des Variations de 1974 lui ait permis de comprendre, pour aboutir finalement à « Kashmir » en 1975, aux incursions musicales nord-africaines finalement modestes. Dès 1970, les Variations faisaient le lien sur « But It’s Alright ». Ce fantastique morceau clôt l’album « Nador », véritable merveille sonore.
Le 5 juin 1970, la scène Pop française était réunie aux Arènes de Lutèce à Paris. Alan Jack Civilisation, Magma, Triangle, Zoo, Martin Circus … sont là. Et Les Variations terminent la soirée par un concert mémorable, qui va donner envie au jeune Georges Bodossian de créer son groupe, lequel formera Océan. Les Variations, malgré les critiques et les ricanements, sont bien le meilleur groupe de rock français de l’époque. « Nador » va confirmer ce statut. C’est le plus grand disque de rock en France jamais enregistré, et il va le rester au moins jusqu’à l’arrivée de Trust et Téléphone.
Les américains et les anglais passionnés de heavy-rock seventies continuent de s’interroger sur cet étrange équipage d’origine marocaine, devenu groupe de rock français, et qui délivre un hard-rock sauvage plus teigneux que Led Zeppelin. Philippe Manoeuvre les surnommait « les Stooges de Montrouge », le groupe s’établissant dans une grande maison dans cette ville de banlieue parisienne début 1971 pour être ensemble et pouvoir jouer dès qu’ils en ont envie. Les voisins se méfient de ces jeunes gens à cheveux longs, avant de découvrir qu’ils sont gentils, qu’ils disent bonjour et qu’ils payent leurs courses.
La suite des aventures des Variations ne sera ni moins compliquée, ni moins glorieuse. Le groupe va affronter l’adversité des erreurs de jeunesse, et aller de réussite en réussite, défrichant le terrain pour les générations à venir, affrontant l’adversité avec la rage au ventre. En 1970 il n’est déjà plus qu’un simple de groupe de rock français. Il a la trempe du meilleur heavy-rock mondial, et « Nador » est sa carte de visite.
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Re: Les VARIATIONS
Moi, je commence à être dur de la feuille, 30 de Rock 'n Roll à 25cm de l'ampli réglé à 11, ça laisse des traces de sang dans le pavillon MAIS j'entends toujours "Breton" au lieu de "poltron" à la fin, et ça me fait toujours marrer !
<-They have des chapeaux ronds...
...et "fumée non" je ne pense pas que ce soit ça, "fainéant" peut être ? Hey Jo, t'es là ?
Tu peux dire ce que tu veux de moi
Peu importe que tu m'aimes ou pas
Je peux dire que je n'suis pas méchant garçon
Voleur, drogué, fumier ou poltron, non
REFRAIN
Je suis juste un rock n'roller
Est-ce que tu vois ce que cela veut dire
Je suis juste un rock n'roller
Trop tard, je ne veux plus souffrir
Tu vois ce que cela veut dire
J'ai fait des tas d'erreurs dans ma vie
Aujourd'hui je sais ce que valent les hommes
Aussi ai-je foi en demain
Suis-je un rêveur
Sage, révolté, graveur ou fumée, non
REFRAIN
Tu peux dire ce que tu veux de moi
Tu en as bien le droit
Je peux dire que je n'suis pas méchant garçon
Voleur, drogué, fumier ou poltron, non
REFRAIN
Maintenant je vais bientôt me tirer
REFRAIN
"Je suis juste un rock n'roller"
Non, non… je ne veux pas, je ne veux plus souffrir
"Je suis juste un rock n'roller"
Tu m'as eu, tu m'as vu, tu ne m'as pas cru
Non, non… je ne veux pas, je ne veux plus
Non, non… je ne veux pas, je ne veux plus souffrir
...et "fumée non" je ne pense pas que ce soit ça, "fainéant" peut être ? Hey Jo, t'es là ?
Tu peux dire ce que tu veux de moi
Peu importe que tu m'aimes ou pas
Je peux dire que je n'suis pas méchant garçon
Voleur, drogué, fumier ou poltron, non
REFRAIN
Je suis juste un rock n'roller
Est-ce que tu vois ce que cela veut dire
Je suis juste un rock n'roller
Trop tard, je ne veux plus souffrir
Tu vois ce que cela veut dire
J'ai fait des tas d'erreurs dans ma vie
Aujourd'hui je sais ce que valent les hommes
Aussi ai-je foi en demain
Suis-je un rêveur
Sage, révolté, graveur ou fumée, non
REFRAIN
Tu peux dire ce que tu veux de moi
Tu en as bien le droit
Je peux dire que je n'suis pas méchant garçon
Voleur, drogué, fumier ou poltron, non
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Maintenant je vais bientôt me tirer
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Non, non… je ne veux pas, je ne veux plus souffrir
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Re: Les VARIATIONS
Superbe, sauf SATISFACTION ...
merci M'sieur Hulot et si jamais il y a une suite, c'est quand tu veux ..